Syllepse

  • Un tabouret et mille femmes sont pris en photo.
    Eh oui, en français, le masculin l'emporte sur le féminin même lorsque des humaines côtoient des objets?!
    Cette logique tordue n'est pas intrinsèque à la langue française. Elle est le fruit d'une lutte menée aux 17e et 18e siècles contre le féminin - et contre les femmes - par les «autorités» linguistiques.
    En effet, dans le passé, on accordait une phrase selon le genre du mot le plus proche (accord de proximité). Ainsi, des hommes et des femmes pouvaient se montrer généreuses.
    Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque le masculin, en tout temps, doit l'emporter. Le masculin a été décrété générique comme dans l'expression «droits de l'homme», caractéristique attribuée à la construction d'une langue, alors qu'en réalité l'usage en a été délibérément masculinisé.
    Des mots comme autrice, professeuse, philosophesse et capitainesse ont été relégués aux oubliettes, car les femmes n'étaient pas aptes à exercer de telles fonctions, seuls les hommes le pouvaient, prétendait-on.
    On a donc décrété que ces mots devaient disparaître, effaçant ainsi de notre histoire les femmes qui osaient penser, créer et agir.
    Depuis, on ne cesse d'inventer de nouveaux mots féminins, comme auteure et professeure, pour décrire la réalité telle qu'elle est au grand dam des cerbères des académies de la langue qui résistent à la féminisation de toutes leurs forces en déclin.
    Comment écrire et parler de façon non sexiste? Michaël Lessard et Suzanne Zaccour proposent différentes façons de le faire, évaluant les avantages et les inconvénients de chacune d'elles.
    Leur livre n'impose pas de règles grammaticales. En fait, il est une invitation à apprendre, à désap­prendre, à critiquer, à discuter et à oser se lancer à la recherche de la langue des femmes.
    C'est en cela que c'est un véritable manuel proposant à ce titre des exercices, des entraînements et des corrections (voir les bonnes feuilles).
    Les lecteurs et les lectrices, les enseignant-es, celles et ceux qui rédigent textes et articles y trouveront matière à réfléchir à notre langue pour l'adapter aux évolutions sociales et à la nécessaire construction de l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris dans les formes d'expression langagières.

  • Des Juifs s'expriment contre le racisme.
    Pas seulement contre l'antisémitisme. Contre toutes les formes du racisme!
    Les Juifs sont encore parfois victimes de crimes de haine, mais les principales victimes des discriminations et agressions racistes aujourd'hui ne sont plus les Juifs. Dans notre société, négrophobie et bavures policières ont partie liée tandis que l'islamophobie inventive des autorités ouvre la porte aux discriminations et légitime les agressions.
    Musulman·es, Noir·es, Asiatiques, réfugié·es, homosexuel·les... les formes du racisme changent, mais des procédés comparables d'exclusion sont à l'oeuvre.
    Il faut d'abord définir le racisme?: sa prétention à être «scientifique?» doit être anéantie?: le racisme est une construction politique et sociale. Pour le comprendre, deux questions doivent être posées?: «?Le racisme, à quoi ça a servi?» et «?À quoi sert le racisme aujourd'hui???»
    Les auteur·es partent de l'histoire des Juifs dans l'Europe de la Shoah comme dans les pays arabes colonisés. C'est pour mettre cette histoire douloureuse au service des solidarités antiracistes d'aujourd'hui. C'est le sens des actions évoquées ici, comme le Manifeste des enfants cachés dans lequel des victimes des lois raciales vichystes rappellent que sans la solidarité active de délinquants solidaires, ils ne seraient pas en vie.
    Il faut remonter plus loin dans l'histoire?: le racisme d'État a produit la traite négrière, l'esclavage codifié dans le Code noir. Le colonialisme est à l'origine d'un siècle et demi de discriminations légales, dont l'apartheid sud-africain.
    Les fondements du profond racisme qui imprègne la société française se trouvent incontestablement dans des institutions, des pratiques et des discours qui ont été élaborées dans le cadre de l'empire colonial français.
    Ce livre est une petite pierre à ajouter à la construction d'une nouvel antiracisme politique et décolonial, dans la solidarité avec les mouvements autonomes des racisé·es.

  • Le rêve de l'Europe supra-étatique va-t-il se briser sur la question nationale? En Catalogne, en Écosse, en Corse et au Pays basque, des peuples affirment leur droit à vivre un destin que la mondialisation capitaliste ne peut pas satisfaire. Plus à l'Est, notamment en Ukraine et dans l'ex-Yougoslavie, la même question ébranle les dominations.
    Si le néolibéralisme unificateur bute sur ce renouveau de la question des droits des nations à disposer d'elles-mêmes, la gauche, radicale ou non, semble en peine pour offrir ses solutions. Circonstances qui ajoutent à la complexité de la question, toutes ces expressions nationalitaires ne sont pas portées par une vision émancipatrice.
    Pourtant, dès son essor, le mouvement ouvrier s'est emparé de cette question, notamment à la suite du Printemps des peuples de 1848. Parmi les principaux acteurs de la scène politique de l'époque, Friedrich Engels s'attache plus particulièrement à analyser la question nationale et produit le déconcertant concept de peuples «sans histoires», lesquels «n'ont pas été capables de constituer des États et n'ont plus suffisamment de force pour conquérir leur indépendance nationale» qu'il oppose aux nations «révolutionnaires».
    C'est cette thèse que réfute Roman Rosdolsky dans cet ouvrage resté inédit en français.

  • «Fait social total», le marché touristique international s'apparente aussi à un rapport de domination. Il met en présence - asymétrique - opérateurs, visiteurs et visités. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s'imitent ou se distinguent, les derniers se précipitent ou se retirent.
    Si la croissance continue du secteur repose sur sa massification et sa diversification, le droit à la mobilité récréative - 1,4 milliard de séjours à l'étranger en 2018 - reste un privilège, dont la démocratisation réelle déborderait les capacités d'absorption écologique du globe.
    Pour l'heure, moins d'un humain sur quinze est en position politique, culturelle et économique de visiter les quatorze restants. Migrations d'agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices.
    La mise en tourisme d'une destination induit des recompositions socioéconomiques, culturelles et territoriales. Participent-elles d'une amélioration ou d'une dégradation des conditions de vie des populations locales ? Le bilan est problématique : les coûts et bénéfices engendrés par les flux de vacanciers se répartissent injustement. Et tendent à creuser les écarts.
    L'Organisation mondiale du tourisme et quantité d'acteurs conscients des dégâts plaident pour l'adoption de pratiques éthiques et durables. Laissant indemnes toutefois les mécanismes mêmes de l'intrusion : dérégulation, libéralisation et marchandisation des lieux et des comportements, au service de la « touristification » du monde.

  • La fiscalité joue théoriquement trois rôles dans les économies modernes: financer la dépense publique, redistribuer les richesses et orienter les comportements économiques.
    Aujourd'hui, ces trois rôles sont en crise.
    L'évasion fiscale prive les gouvernements de recettes vitales. L'évitement de l'impôt par les plus riches creuse les inégalités. Et les politiques fiscales récompensent de plus en plus, de facto, les comportements les plus prédateurs.
    La situation se révèle particulièrement critique pour les populations du Sud.
    Premières victimes d'une économie «offshore» dont les architectes et les principaux bénéficiaires se trouvent au Nord, elles subissent également les fiscalités nationales les plus régressives.
    La «justice fiscale» y apparaît dès lors régulièrement comme une revendication majeure. Mais avec quel contenu exactement? Est-elle conçue comme une fin ou un moyen ? Comment en articuler les dimensions constitutives : sociale, écologique, de genre, etc.? À quelle échelle d'action
    la poursuivre en priorité?
    Ces questions n'ont rien de rhétorique. À l'heure où même le FMI, l'OCDE ou encore le Forum économique de Davos commencent à revendiquer une fiscalité plus juste, elles permettent de réfléchir aux contours et aux conditions de possibilité d'une «justice fiscale» réellement émancipatrice.

  • En août 1936, le monde stupéfait découvre les premiers procès de Moscou. Accusés des pires crimes, certains des principaux dirigeants de la révolution d'Octobre seront exécutés. Pourtant, le principal coupable, celui qui a tout organisé, selon le procureur Vychinski, est absent, chassé d'URSS quelques années plus tôt et privé de sa citoyenneté soviétique. Léon Trotsky, le fondateur de l'Armée rouge, est en exil au Mexique.
    Il aurait été, tour à tour et depuis longtemps, un agent de la Gestapo, du Mikado japonais et de l'état-major militaire français. Il aurait été l'organisateur de sabotages et d'assassinats en URSS.
    Une commission internationale conduite par le philosophe américain John Dewey va mener une contre-enquête. Elle recueille des témoignages et vérifie la solidité des accusations. En avril?1937, elle se rend à Coyoacán où réside Trotsky pour l'interroger. Le vieux militant bolchevique répond aux questions et revient sur l'histoire de la Révolution russe et son funeste destin, sur sa vie depuis ses premiers engagements politiques, sa rencontre avec Lénine et le déroulement de la révolution d'Octobre.
    Il nous livre aussi son témoignage et ses analyses sur la dégénérescence bureaucratique de l'URSS. Il détaille le fonctionnement de l'appareil policier de Staline et le déroulement des procès Moscou. Sous le feu des questions de la commission, il met en pièces les accusations et démontre les invraisemblances des faits allégués.
    Trois ans avant son assassinat par un agent de Staline, il nous propose sa part de vérité. Dans ces pages du contre-interrogatoire de la commission, Trotsky nous livre le témoignage vivant d'un acteur de premier plan du déroulement tumultueux de l'Histoire de la première partie du 20e siècle.
    Publié en 1938, ce document est resté inédit en français.

  • Ce neuvième tome continue de parcourir la planète autogestionnaire d'hier et d'aujourd'hui.
    Dans la section?: «?L'autogestion en actes?», une place importante est réservée aux conseils ouvriers en Alsace-Lorraine (1918), en Allemagne (1919) et en Italie (1920 et 1946).
    Dans le prolongement du dossier consacré dans le volume 8 à la crise sanitaire mondiale provoquée par la Covid-19, la question de la santé est abordée dans l'Espagne révolutionnaire de 1936, et pour aujourd'hui en Argentine et dans les écoles françaises. Des extraits du contre-plan d'organisation du système de santé rédigé par le Collectif Inter-hôpitaux (France) sont également présentés.
    D'autres formes d'auto-organisation sont traitées?: centres sociaux autogérés (Italie et France), cantines populaires (Chili et Uruguay).
    Les coopératives ne sont pas absentes, que ce soit à Madagascar ou dans le Rojava d'aujourd'hui.
    De nouvelles formes de coopératives sont abordées, comme Railcoop (France) qui entend développer des lignes de chemin de fer hors de la logique du profit.
    Notons la coopérative des «?coursiers sans-patrons?» brésilienne qui propose une forme originale d'association alternative au système Deliveroo, ainsi que celle de Strike Bike, une usine allemande de vélos sans patron ni hiérarchies.
    La question du racisme dans les coopératives aux États-Unis est également traitée dans deux contributions.
    Enfin, la question de la stratégie autogestionnaire est discutée dans plusieurs contributions dans la section «?Buts, chemins et moyens?».

  • En 1994, le Rwanda devient tristement célèbre à cause d'un génocide d'une intensité inouïe qui fauche près d'un million de vies en cent jours, sur une population estimée à 7 ou 8

  • Le Parti communiste français a-t-il fait tout ce qu'il fallait pour mettre fin à la guerre franco-algérienne, et pour aider les combattants algériens ? René Dazy répond par la négative. Ce n'est que poussé par la force des choses, que la direction du P.C.F. va glisser vers la reconnaissance du droit à l'indépendance du peuple algérien. Il lui apporte une aide indirecte, au lieu de l'aide matérielle attendue et, dans le même temps, interdit à ses membres toute participation au réseau de soutien au F.L.N. Les liens le rattachant aux Algériens vivant et travaillant en France, sont tranchés. S'il participe amplement aux manifestations civiles, le P.C.F. refuse de s'engager plus loin et de lancer, en direction des appelés du contingent, un appel à l'insubordination. René Dazy nous livre une grille d'explications, s'appuyant sur les faits et les déclarations de la direction du P.C.F. au cours de ces années noires. Il voit, dans ces erreurs, « le premier symptôme d'un retard sur une évolution historique ».

  • 1989 : au centre de tri postal de Lille, sept postiers sont révoqués. C'est la première fois depuis 1953 que de telles sanctions sont prises dans la fonction publique contre des syndicalistes à l'occasion d'un conflit du travail ordinaire. Deux années de mobilisation face à l'acharnement du ministre socialiste P. Quilès qui réclame le maintien des sanctions.

  • Omniprésent dans les procédures de légitimation des hiérarchies sociales et des formes de pouvoir, le travail est l'éternel silencieux, hormis dans des situations de crise. Les auteurs tentent une synthèse des divers aspects du rapport au travail à la lumière des travaux de recherche récents dans le domaine.

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