Littérature générale

  • Après le temps de la critique et de l'histoire littéraire, vint le temps de la théorie littéraire, ou plutôt des théories littéraires, qui se sont relayées et affrontées durant ces quarante dernières années. Elles s'accordent néanmoins sur le refus de toute psychologie, sur un certain formalisme, et d'abord sur la volonté de réfuter le sens commun, les idées « populaires » sur la littérature : l'auteur comme autorité donnant son sens au texte ; le monde comme sujet et matière de l'oeuvre ; la lecture comprise comme conversation entre l'auteur et le lecteur ; le style comme choix d'une manière d'écrire ; l'histoire littéraire comme majestueuse procession des grands écrivains ; la valeur comme propriété objective du canon littéraire. La théorie a ébranlé ces repères du sens commun, mais le sens commun a résisté à la théorie. Et celle-ci a souvent dû forcer la note pour réduire son adversaire au silence, au risque de s'enfermer dans des paradoxes. C'est le combat de la théorie et du sens commun que ce livre retrace, sans se limiter au domaine français. Le temps est en effet venu d'évaluer nos bonnes années de théorie littéraire afin d'en suggérer un premier bilan.

  • Les thuriféraires de la mondialisation, comme ses détracteurs, focalisent identiquement leurs analyses sur la collusion de l'économie et des nouveaux avatars, téléinformatiques, de la technique. Et, pour dresser leurs bilans ' positif ou négatif ', ils scrutent et traquent identiquement les effets du processus dans les mêmes champs multiples et hétérogènes de l'écologie et du droit, de la psychologie et de la sexologie, de la linguistique et de la morale, de la politique et des arts figuratifs' Mais dans cet inventaire borgésien, un domaine demeure, de part et d'autre, absent': celui de la spatialité, autrement dit, des modalités selon lesquelles les sociétés humaines construisent et vivent leur environnement spatial.
    À l'issue d'une série d'articles, écrits au fil des vingt dernières années, sur les figures multiples de la spatialisation et de son histoire (architecture, urbanisme, aménagement, protection du patrimoine), Françoise Choay découvre progressivement un propre de l'homme, ''la compétence d'édifier'', et les enjeux majeurs dont cette compétence est dépositaire à l'heure de la mondialisation.

  • Sang, tissus, cellules, ovules : le corps humain, mis sur le marché en pièces détachées, est devenu la source d'une nouvelle plus-value au sein de ce que l'on appelle désormais la bioéconomie. Sous l'impulsion de l'avancée des biotechnologies, la généralisation des techniques de conservation in vitro a en effet favorisé le développement d'un marché mondial des éléments du corps humain.Ce livre passionnant éclaire les enjeux épistémologiques, politiques et éthiques de cette économie particulière. Ainsi montre-t-il que la récupération des tissus humains promulguée par l'industrie biomédicale et l'appel massif au don de tissus, d'ovules, de cellules ou d'échantillons d'ADN cachent une logique d'appropriation et de brevetage. De même fait-il apparaître que, du commerce des ovocytes à la production d'embryons surnuméraires, l'industrie de la procréation assistée repose sur une exploitation du corps féminin. Et inévitablement dans notre économie globalisée, le capital issu de la « valorisation » du corps parcellisé se nourrit des corps des plus démunis, avec la sous-traitance des essais cliniques vers les pays émergents, ou le tourisme médical. Ainsi, ce n'est plus la force de travail qui produit de la valeur, mais la vie en elle-même qui est réduite à sa pure productivité.Un livre essentiel sur les implications méconnues de l'industrie biomédicale.Céline Lafontaine est professeure agrégée de sociologie à l'université de Montréal. Elle a notamment publié L'Empire cybernétique. Des machines à penser à la pensée machine (Seuil, 2004, prix Jeune Sociologue) et La Société postmortelle (Seuil, 2008).

  • « Un texte primitif très bref, d'une trompeuse clarté, construit, en vingt lignes, avec la rigueur sans bavure d'une nouvelle de Kafka, et fixé depuis plus de deux millénaires, semble s'être dissous dans la conscience de notre civilisation, n'y laissant que ce maigre résidu : la tour de Babel. Image connue, mais embrumée à nos yeux, véhiculée par un confus souvenir biblique, point d'appui d'une métaphore signifiant vaguement à la fois désordre extrême et impossibilité de s'entendre.Extrait peut-être d'une épopée archaïque, ce texte s'inscrivit cependant, originellement, dans le temps réel de ceux qui le notèrent. Il marquait pour eux l'aboutissement d'une expérience, quelle qu'elle fut, et en tirait la leçon.Par la suite, tous les discours touchant Babel constituèrent la glose de ce récit premier, de siècle en siècle plus affaiblie et parfois aberrante, jusqu'à la banalité d'aujourd'hui. Car le mythe de Babel n'est à proprement parler signe de rien, et comme il ne comporte pas de héros et ne connaît de personnages que collectif et sans nom, il se dérobe aux descriptions trop nettes et semble même demeurer extérieur à ce que peut avoir de plus dramatique la représentation de noter destin. Pourtant, cet aspect, dont il n'est pas impossible de dégager, avec quelques attentions, la perspective. »P. Z.

  • Les mutations du travail ont des effets sociaux et anthropologiques très profonds. Elles bouleversent l'identité des individus et fragilisent la cohésion sociale. Comment doit se redéployer, dans ces conditions, l'État social ? Réformes libérales ou réformes de gauche ?
    Comme toujours, dans ses analyses de la question sociale, l'auteur croise les regards et les interrogations. Il montre les conséquences diverses et multiples des transformations du travail, à la fois pour la vie des individus menacés de désaffiliation et pour la vie collective, la reconfiguration des rapports de classe, l'effritement de la propriété sociale. Partout naît et se renforce une insécurité sociale aux visages multiples, parfois contradictoires. Il faut donc repenser la protection sociale, dans une « société des individus », ce qui contraint l'État à redéfinir son rôle et le droit du travail à redéfinir ses principes. Autrement dit, forcément intervient le politique. Mais dans quel sens ? Et d'abord, pourquoi choisir encore l'« État social » ?
    Le parcours proposé par Robert Castel allie, comme toujours, limpidité et acuité du regard. Il s'apparente à un véritable « traité du social », repensé et actualisé pour répondre aux défis posés par la crise du travail et celle de l'État social qui en est la conséquence, dans une société de plus en plus individualisée.

  • Issue du romantisme, la modernité occidentale s'est construite par opposition avec le "classicisme", assimilé à un style de domination sociopolitique. Portée à l'excès, cette critique aboutit à la phrase fameuse de Roland Barthes, "la langue est fasciste", qui en dit long sur le contre-sens d'interprétation sur lequel se fonde cette critique.L'ouvrage d'Hélène Merlin-Kajman nous propose une tout autre vision du classicisme. La civilité qu'il a instaurée a eu pour fonction, dans la France du XVIIe siècle, de sortir de la violence des guerres civiles de religion pour instaurer une nouvelle forme de collectivité, qui se situerait au-delà des affrontements entre communautés.Il faut dénouer cette erreur historique pour purger la modernité de sa part mortifère, telle qu'elle s'exprime notamment à travers des formes de pédagogie qui, sous couleur de progressisme, se réduisent à donner une vision négative de la norme.

  • Nul ne songerait à contester que le refus des discriminations constitue le cœur même de l'idée démocratique. Pourtant, depuis quelques décennies, un débat s'est fait jour : et si ce refus des discriminations ne suffisait plus à assurer que nous appartenons à une société où tous les êtres humains " naissent et demeurent libres et égaux en droits " ? Depuis les années 1960, la dynamique démocratique a complexifié la promesse d'égalité : elle ne peut plus seulement exclure les différences, elle doit aussi les reconnaître et, à partir de cette reconnaissance, reconfigurer des politiques sociales.
    Dès lors, il importe de mesurer ce qui se joue dans la perspective de promouvoir l'égalité à la faveur de " discriminations positives ". Qu'est-ce que le droit à l'égalité, aujourd'hui ? Comment penser une politique préférentielle qui ne passe pas par l'établissement de quotas ? Comment concevoir une justice sociale qui soit non pas seulement distributive, mais aussi compensatrice ?
    À l'épreuve du cas français, Alain Renaut invite à ouvrir sans préjugés ni tabous le dossier de l'action positive.
    Professeur à l'université de Paris-Sorbonne, Alain Renaut est l'auteur de plus de vingt livres, dont Qu'est-ce qu'une politique juste ? (Grasset, 2004), La Fin de l'autorité (Flammarion, 2004) et Modèle social. La chimère française (Textuel, 2006).

  • La théorie littéraire se constitue à partir des années 1950 au carrefour de la nouvelle critique, de la mouvance structuraliste et de pratiques littéraires avant-gardistes (du Nouveau Roman à Tel Quel), avec le projet de défendre l´autonomie et la spécificité de l´espace littéraire.
    Dans quels contextes culturels une telle aventure a-t-elle pris forme ? Quels en étaient les enjeux ? Et pourquoi, vingt ans après son effacement du paysage intellectuel, continue-t-on de dénoncer ses effets délétères ? Pour répondre à de telles questions, Vincent Kaufmann propose une histoire raisonnée et personnelle de l´aventure de la théorie littéraire. Il éclaire des notions aussi centrales que la « réflexivité », la « mort de l´auteur ou la « production du texte, », souvent mal comprises. Il montre aussi que la « théorie » fut un lieu incontournable de résistance et d´anticipation : résistance au déclassement progressif de la chose écrite et anticipation des transformations des pratiques d´écriture et de lecture dans le nouveau monde numérique. Une manière de dire que les outils de la théorie littéraire n´ont jamais été aussi utiles qu´aujourd´hui, et que l´étude de la littérature reste inséparable d´une réflexion critique sur la place de l´écrit dans nos sociétés.

    Suivi d´entretiens avec : Jonathan Culler, Ottmar Ette, Jean-Joseph Goux, Gérard Genette Werner Hamacher, Julia Kristeva, Sylvère Lotringer, J. Hillis Miller, Michel Pierssens, Jean Ricardou, Avital Ronell, Elisabeth Roudinesco, Philippe Sollers, Karlheinz Stierle et Tzvetan Todorov.

  • Qu'y a-t-il de commun entre des écrivains comme Henri Michaux, Salman Rushdie et V.S. Naipaul? Selon l'auteur, une conception particulière de l'individu, une manière propre de raconter l'histoire d'individus qui tentent de s'émanciper de leur culture d'origine sans croire qu'il est possible de rompre totalement avec elle.

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