Arts et spectacles

  • Pourquoi le patrimoine historique, architectural et urbain a-t-il conquis aujourd'hui un public planétaire ? Pourquoi sa connaissance, sa conservation et sa restauration sont-elles devenues un enjeu pour les Etats du monde entier ?
    Ni sa valeur pour le savoir et pour l'art, ni son rôle attractif dans nos sociétés de loisirs ne constituent des explications suffisantes. La recherche d'une réponse, qui engage plus profondément la nature de cet héritage dans son rapport avec l'histoire, la mémoire et le temps, passe, pour Françoise Choay, par une remontée aux origines, une archéologie des notions de monument et de patrimoine historiques.
    Cette investigation, poursuivie sur plus de cinq siècles, éclaire le culte actuel du patrimoine, ses excès, découvre ses liens profonds avec la crise de l'architecture et des villes. Ainsi, précieux et précaire, notre héritage architectural et urbain apparaît allégoriquement dans un double rôle : miroir dont la contemplation narcissique apaise nos angoisses, labyrinthe dont le parcours pourrait nous réconcilier avec ce propre de l'homme, aujourd'hui menacé : la compétence d'édifier.

  • A une époque où les menaces de mort à l'encontre d'écrivains et les assassinats d'artistes occupent le devant de l'actualité, qu'en est-il de l'impunité de l'art ? Sur quoi, en Occident, se fonde ce sentiment, voire cette certitude que l'artiste pourrait créer impunément et l'art refuser de se plier aux juridictions communes ? S'agirait-il d'un droit ? Alors à coup sûr d'un genre spécial, ni civil ni criminel, pas même sanctionné par un texte légal. Mais, l'autonomie pénale de l'œuvre d'art est à la fois la garantie de l'art et son plus paradoxal soutien, car, pour être effective, elle doit être hors des atteintes du premier individu venu, du premier juge ou du premier censeur, et pour cela l'art a besoin de la loi. D'où le rapport en permanent décalage, source de malentendus irréductibles entre l'un et l'autre. Comment d'un côté se déprendre des compromissions avec une instance l'égale, qui au nom du bien général ("bonnes mœurs", "sécurité de l'Etat", etc.) porte en elle la menace d'une limitation à la volonté illimitée de créer, et solliciter de l'autre sa protection contre l'arbitraire des minorités de toutes obédiences ?
    L'art entretiendrait-il par une espèce de péché originel une complicité avec le crime ? se demande la loi. Mais elle-même n'est-elle pas l'autre masque du crime ? s'interroge l'art. L'art, le crime et la loi nouent ainsi une intrigue où tous les protagonistes affichent un visage dédoublé, en perpétuelle instabilité.
    C'est cette relation qui est ici mise à la question en s'appuyant sur des exemples tirés de la littérature, du cinéma, de l'histoire et de l'art mais aussi de l'actualité passée et présente, en Europe et aux Etats-Unis.

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