Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • Il y a une étonnante similitude entre les questions qui surgissent, en forme bouffonne, chez Rabelais, et celles que nous affrontons : lutte contre l'impérialisme de la guerre, et l'obscurantisme dogmatique. Ce qui déjà s'y découvre, c'est l'arbitraire des signes. La collision des mots et des choses, fondement de la société théologique et monarchique, est l'objet même de la critique - et du rire. Assumer la destruction de ce langage, jusqu'aux audaces verbales les plus « joyciennes », c'est montrer que les signes ne révèlent plus qu'« obscuritez et equivocques ». L'impossibilité de s'en remettre aux apparences - et voilà les antinomies de Panurge : se marier, ne pas se marier ? D'où ces vertigineux « tourniquets » de la description rabelaisienne. Le même lieu peut y être en Asie et sur « la mer Athlanticque ». La littéraire, la surface du « texte » n'est plus ici que la diversion et le voile, le terrain de toutes les ambiguïtés, que l'océan bafoue. De même façon, l'intrusion désordonnée de récits étrangers annonce un abandon du souci « structural » ; les inventaires puérils font éclater les classifications médiévales, les « taxinomies » ! Mais cela, à travers les réjouissances d'une longue plongée dans la saveur, dans la langue, les enjeux et les dérisions de François Rabelais. Du Rabelais au futur de Jean Paris, on a dit déjà que certains résultats y feront date : telle la mise en parallèle entre la lettre sur l'éducation et la Guerre Picrocholine... Il tente de saisir le passage d'un système clos, taxinomique - le moyen âge - à une pensée dialectique, générative : les temps moderne. C'est-à-dire ce « change des formes » (Marx) dont notre époque vit l'analogue.

  • Une machinerie sociale, bétonnée au bord de la mer. Un grand appareil à mots d'ordre, à organisation et à supplice. Dans les capsules de dressage opèrent les chirurgiennes de boudoir. Les assises du grand concile se tiennent dans les tours, dans le temps même où des réunions clandestines s'organisent un peu partout dans la ville. « Où les conteurs se sont infiltrés désormais jusqu'aux centres névralgiques de la machinerie. » - Pourquoi Marine est-elle enlevée - dans les lieux d'aisance de la clinique policière-psychiatrique - avant d'être séquestrée ou évadée dans la chambre des livres - Ce livre : lui-même placé dans cette chambre de torture, au coeur de l'espace moderne.

  • Le lecteur sera, ici, dans la situation même du porteur de Narration : il aborde un espace qui est tendu, à distance, par l'entrecroisement d'autres récits. Agissant par leur absence à chaque moment. La Cité est encerclée par l'étendue - l'histoire - qui assiège les villes du monde. Sur ce fond, celui qui parle tire avec lui un arbre sans fin de narrations muettes, d'écritures perdues. Reflétées et répercutées entre trois noms de femme, entre deux corps féminins. Jusqu'à la grande vague suspendue : montée insurrectionnelle. Et, dans cet espace de guerre, jusqu'au point de mort. Entre les Troyens et cinq autres livres se dessine un hexagramme mouvant : réseau de récits que l'on peut aborder par n'importe quelle entrée - qui peut se lire « littéralement et dans tous les sens ». Et la ville des Troyens est ce lieu ironique de la « tissure ».

  • Le lecteur sera, ici, dans la situation même du porteur de Narration : il aborde un espace qui est tendu, à distance, par l'entrecroisement d'autres récits. Agissant par leur absence à chaque moment. La Cité est encerclée par l'étendue - l'histoire - qui assiège les villes du monde. Sur ce fond, celui qui parle tire avec lui un arbre sans fin de narrations muettes, d'écritures perdues. Reflétées et répercutées entre trois noms de femme, entre deux corps féminins. Jusqu'à la grande vague suspendue : montée insurrectionnelle. Et, dans cet espace de guerre, jusqu'au point de mort. Entre les Troyens et cinq autres livres se dessine un hexagramme mouvant : réseau de récits que l'on peut aborder par n'importe quelle entrée - qui peut se lire « littéralement et dans tous les sens ». Et la ville des Troyens est ce lieu ironique de la « tissure ».

  • Se marier ou ne pas se marier ? Voilà la question. Elle fait d'avance de Panurge « l'envers burlesque de Hamlet » ; mais à travers ce couple, où chacun trouve en l'autre sa parodie, c'est la problématique de la Renaissance qui se propose. Si, chez Dante, la décision humaine relève encore d'une volonté divine, comment agir dans un monde où, de la parole aux apparences, les signes ne révèlent qu'arbitraire et ambiguïté ? La solitude qui se découvre ici, dans la bouffonnerie comme dans le tragique, met en accusation un système du langage où l'homme reste pris comme au coeur du fictif. C'est pourquoi la tentative de le déjouer passe aussi par les stratégies modernes de la connaissance, de Saussure à Lacan, de Hegel à Chomsky... Au-delà du « cas qu'il élucide, le livre prolonge - par le biais de la littérature comparative et de son fondement : l'analogie - la constitution de cette « syntaxe culturelle » entreprise dans L'espace et le Regard et Rabelais au futur. Que le livre se complète de sa propre contestation donne la mesure de son actualité : les Entretiens Polivanov, en amorçant la destruction de ses méthodes et de ses thèses, accomplissent « l'oeuvre essentielle de toute lecture », mais enrichissent aussi de tous leurs apports la naissance d'une « critique générative ».

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