Littérature générale

  • Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table. Un parcours dans les coulisses d'un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d'un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue. Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. À la fois jeune chef en vogue et gardien d'une certaine idée de la cuisine, celle que l'on crée pour les autres, celle que l'on invente et que l'on partage. Maylis de Kerangal est écrivain. Ses romans et ses nouvelles sont publiés aux Éditions Verticales. Elle vit et travaille à Paris.

  • Pendant un an, Annie Ernaux a tenu le journal de ses visites à l'hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne. « Voir pour écrire, c'est voir autrement », écrit-elle. On redécouvre en effet à ses côtés le monde de la grande surface. Loin de se résumer à la corvée des courses, celle-ci prend dans ce livre un autre visage : elle devient un grand rendez-vous humain, un véritable spectacle. Avec ce relevé libre de sensations et d'observations, l'hypermarché, espace familier où tout le monde ou presque se côtoie, atteint la dignité de sujet littéraire. Annie Ernaux est écrivain. Elle est notamment l'auteur de La Place (1984), La Honte (1997), Les Années (2008) aux Éditions Gallimard.

  • « Quelle horreur d'être jeune dans ce coin ! » Cette remarque, Cécile Coulon l'a entendue pendant toute son adolescence. Jolis mais invivables, ces petits villages du fin fond du Massif central, qui disparaissent de la carte une fois la nuit tombée ? L'auteure et ses amis d'enfance ont pourtant su en faire leurs terrains de jeux et d'apprentissage. Entre le stade, l'école, l'unique boutique, la salle polyvalente et l'église, il semble, à lire la romancière, qu'il soit possible de grandir heureux dans l'ignorance la plus totale des grandes villes. Ce portrait collectif d'une génération se veut aussi réhabilitation de la jeunesse à la campagne.Cécile Coulon est l'auteure de Le roi n'a pas sommeil (2012) et Le Rire du grand blessé (2013), Le Coeur du pélican (2015) publiés chez Viviane Hamy.

  • La Barbe

    Omar Benlaala

    Omar retrace dans ce livre un itinéraire précurseur, le sien : comment, jeune Français d'origine algérienne, il est devenu, au milieu des années 1990, l'un des premiers « barbus ». Il raconte les étapes successives de sa quête d'identité : décrochage scolaire, apprentissage accéléré de l'islam dans les mosquées de la région parisienne, voyages initiatiques à travers le monde, puis défonce sur les pistes de danse. Au terme de ces expériences, il trouve finalement son équilibre dans une pratique spirituelle apaisée. Il y a dix ans, alors qu'un nombre croissant de jeunes font le choix de l'islamisme, Omar coupe sa barbe et redevient invisible. Commence alors pour lui une nouvelle quête, ne visant plus ni l'absolu ni la distinction, celle du calme intérieur. Le parcours singulier d'Omar aide à comprendre celui d'autres jeunes qui, aujourd'hui, se cherchent dans la religion.Avec La Barbe, la collection accueille pour la première fois un auteur du site raconterlavie.fr.Omar Benlaala y a publié plusieurs récits. La Barbe est son premier livre. Sa trilogie romanesque sera bientôt accessible en ligne sur gabrielsanto.com.

  • Samira, Samuel, Philippe, Daniel et Étienne sont « commerciaux d'intérim ». Ils vendent aux entreprises du bâtiment une marchandise qui ne leur appartient pas : le travail des autres. Ils sont des intermédiaires, artisans d'un marché instable, où se redéfinissent sans cesse les tarifs et les conditions d'emploi. Ils ont un minimum de diplômes, certains étaient auparavant secrétaire, manoeuvre ou ferrailleur, mais ils s'assurent, grâce à leurs fichiers d'intérimaires et leur culot, de gros revenus. Ils aimeraient se voir en assistantes sociales ; ils contribuent pourtant à accroître l'insécurité et la précarité des ouvriers.Nicolas Jounin est sociologue ; il est l'auteur de Chantier interdit au public (La Découverte, 2009). Lucie Tourette est journaliste et documentariste ; elle est l'auteure du film On vient pour la visite (Vezfilm Ltd, 2013). Ils ont tous les deux participé à l'ouvrage collectif On bosse ici, on reste ici ! La grève des sans-papiers, une aventure inédite (La Découverte, 2011).

  • Anthony a 27 ans. Il habite la banlieue lyonnaise. Il raconte dans ce livre le choc qu'a été pour lui la découverte du monde du travail après avoir décroché du lycée à 16 ans. Son itinéraire est révélateur de l'actuel mouvement de reprolétarisation qui touche de nombreux jeunes qui lui ressemblent. Anthony est emblématique de ces ouvriers d'aujourd'hui, dont la vie professionnelle est marquée par le triple sceau de l'incertitude, de la précarité des statuts et de l'absence de recours à l'action collective. À travers lui, c'est donc une nouvelle classe ouvrière, travaillant ici dans le monde des entrepôts et de la logistique, que l'on découvre.Son histoire est aussi celle d'une personne qui a appris à garder la tête haute et à résister.

  • Sans eux, les magasins seraient vides. Qui se soucie pourtant des chauffeurs-livreurs qui nous approvisionnent ? Aux yeux des citadins, ils apparaissent comme des gêneurs : déclencheurs d'embouteillages, pollueurs... À eux de concilier l'inconciliable : le stress des automobilistes et les exigences du client, l'impatience des consommateurs et l'aspiration à la tranquillité des riverains. Mission impossible ? Contrôlés à distance par leur patron, pris en tenailles entre les impératifs de la gestion en flux tendus et les contraintes de la circulation urbaine, Léon, Sami, Mohamed et les autres opposent chaque jour à l'agressivité ambiante leur débrouillardise et leur patience.Eve Charrin est journaliste. Elle est l'auteur de La voiture du peuple et le sac Vuitton. L'imaginaire des objets (Fayard, 2013) et de L'Inde à l'assaut du monde (Grasset, 2007).

  • Stéphane Geffroy est employé depuis 25 ans dans un abattoir breton, à la tuerie. C'est à cet endroit de la chaîne que le travail est le plus dur : il casse les hommes et, à cinquante ans, leur donne le sentiment d'être déjà vieux. Dans l'industrie agro-alimentaire, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes vivent encore aujourd'hui cette condition ouvrière d'autrefois, loin des projecteurs médiatiques.
    L'histoire de Stéphane est aussi celle d'un engagement syndical qui le fait tenir debout et d'une expérience de juré qui l'a profondément transformé.

  • Fiction dans le 93. Sous la plume de Rachid Santaki, les frontières entre commerce de la drogue et monde de la com' sont étonnamment poreuses. Après avoir trempé dans le trafic des stups, Rayane - double de l'auteur ? - abandonne le business illégal pour créer un magazine et une boîte de marketing. L'ancrage de Rayane à Saint-Denis devait être son meilleur atout. Pas facile pourtant de tout recommencer quand on a été dealer.Rachid Santaki est un entrepreneur basé en Seine-Saint-Denis. Il est aussi romancier et scénariste. Il est l'auteur de Des chiffres et des litres (Moisson Rouge, 2012) et Flic ou Caillera (Le Masque, 2013).

  • Fils d'ouvrier, Franck dirige la filiale française d'un des principaux groupes pétroliers internationaux. Grâce à son talent mais aussi à une forme de hasard heureux, il a échappé à son milieu : il est devenu un très grand patron. Dans cette ascension sociale fulgurante, Franck est resté étranger à la honte des origines. Il n'a pas non plus adopté les codes du monde auquel il appartient désormais. Son itinéraire offre un autre modèle : celui de la survalorisation des origines populaires comme arme de pouvoir. Charismatique et meneur d'hommes, il peut être un patron d'une extrême dureté.Franck a laissé le sociologue pénétrer dans son univers de travail et son intimité, mais n'a pas souhaité que son nom soit imprimé.Jules Naudet est sociologue. Il est l'auteur de Entrer dans l'élite (PUF, 2012) et a dirigé Justifier l'ordre social (avec Christophe Jaffrelot, PUF/La Vie des idées, 2013).

  • À Bobigny, deux immeubles sont récemment sortis de terre sur l'emplacement du premier foyer Sonacotra de la région parisienne. Il s'agissait de favoriser la mixité sociale et l'individualisation des modes de vie. Là où seuls des ouvriers immigrés partageaient hier encore leur quotidien, vivent désormais aussi des Français, des femmes, des jeunes, des réfugiés. Pour les anciens, qui ont gagné le confort en perdant l'entre soi, il a fallu faire le deuil de la vie collective. Pour les autres, cassés par l'existence, la nouvelle résidence offre un premier logement, une pause dans un itinéraire d'abandon et de rupture. À travers le portrait de ces habitants, le lecteur découvre des solitudes cohabitant les unes à côté des autres. Sylvia Zappi est journaliste au quotidien Le Monde.

  • Karine est la femme aux chats, à la fois contrôleuse des impôts et éleveuse de sacrés de Birmanie. Mal à l'aise dans le monde de la fiscalité, elle a choisi d'aménager sa vie pour assouvir sa passion des félins. L'élevage des chats est pour elle un art plutôt qu'un commerce ; elle a donc fait de ce second métier un lieu de réalisation de sa philosophie du soin mutuel. Cette existence entre deux mondes montre la voie d'un rééquilibrage possible entre vie au travail et vie hors travail. Son histoire est aussi l'occasion de s'interroger sur la place que les animaux domestiques occupent dans nos vies.Guillaume le Blanc est professeur de philosophie à l'université Michel de Montaigne-Bordeaux III. Il est notamment l'auteur de Courir : méditation physique (Flammarion, 2012), L'Invisibilité sociale (PUF, 2009) et Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007).

  • Lou a 22 ans lorsque la maladie entre brutalement dans sa vie. Pour survivre, elle s'engage dans un combat qu'elle n'a pas choisi et qui va bouleverser son existence. Dans ce livre, elle témoigne, avec une grande lucidité parfois teintée de révolte, sur ce parcours chaotique qui l'a menée de la dialyse à la greffe. Elle raconte les espoirs, les galères médicales, l'implacabilité d'un système de soins souvent en mal d'humanité, l'intolérance du monde du travail et de la société face à la maladie chronique et à la vulnérabilité. L'histoire de Lou est aussi celle d'une femme libre qui refuse de renoncer à ce qu'elle est et à ses rêves.Lou Kapikian a 33 ans ; elle est secrétaire administrative dans un établissement de travail social. Pour écrire son histoire, elle a reçu l'aide du sociologue Christian Baudelot et d'Yvanie Caillé, fondatrice de l'association de patients Renaloo.

  • Pour ceux qui sont à l'étroit chez eux, ont des loisirs envahissants, ou sont entre deux vies ou deux maisons, un box loué dans un entrepôt peut faire l'affaire, à défaut d'une cave ou d'un grenier. Derrière les portes numérotées des centres de self-stockage, ces garde-meubles à la carte qui fleurissent aujourd'hui à la périphérie des villes, se cachent des histoires de déménagement, de trop-plein, mais aussi de mal-logement et de précarité. Lieux de stockage provisoire, les box peuvent devenir consignes, bureaux, ou entrepôts de contrebande. Ils disent, en creux, le besoin de garder ou d'accumuler et, derrière l'apparence de boîtes identiques, la diversité des passions et des conditions.
    Catherine Rollot est journaliste au quotidien Le Monde.

  • Jean-Marie est marin pêcheur sur le bassin d'Arcachon. Mais un marin d'un genre particulier. Avec ses tatouages noirs et sa carrure de baroudeur, il ne ressemble guère à ses collègues. Il est l'un des seuls à jeter ses filets dans la zone la plus dangereuse, celle des passes, entre le bassin et l'océan.Pour Jean-Marie, aventurier, complexe, cherchant toujours un ailleurs, le bassin aux eaux apparemment si calmes est comme un étau. Le monde commence à sa limite, quand on rencontre l'océan qui, seul, lui permet de se sentir vivre, en prenant tous les risques.Sylvie Caster est née à Arcachon. Elle a fait partie de l'équipe du premier Charlie Hebdo, avant de tenir une chronique au Canard enchaîné. Elle est l'auteur de plusieurs romans, dont Les Chênes verts (1980, rééd. LGF, 1982), Bel-Air (1991, rééd. LGF, 1993, prix Populiste et prix des Bouquinistes), Dormir (Pauvert, 2002, prix Jean-Freustié), et écrit dans la revue XXI depuis sa création.

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