Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX)

  • Le combat pour les droits de l'homme a beaucoup changé depuis la déclaration de 1789. Tour à tour, Kant, Fichte, Hegel et Marx, ont réfléchi aux principes du texte qui a inauguré le monde contemporain. De l'adhésion enthousiaste du jeune Fichte, à la dénonciation marxiste d'une idéologie mystificatrice, en passant par la discrimination kantienne et la rationalisation hégélienne, la philosophie allemande a incarné tout le destin philosophique des droits de l'homme. À une époque où la conscience de l'humanité cherche à fonder, sinon une vraie réconciliation des peuples, du moins leur cohabitation élémentaire, sur l'affirmation universelle du droit des individus, il est peut-être nécessaire de revenir à la méditation initiale des philosophies des droits de l'homme.

  • La liberté d'expression, forme fondamentale de la liberté, doit être entendue en un sens fort. Elle n'est point en question lorsqu'il s'agit de jeux de l'imaginaire, du libre cours accordé à la fantaisie de chacun. En revanche, chaque fois que la liberté affecte le monde du vrai et du faux, elle participe efficacement du monde des relations humaines. Il devient alors nécessaire de situer la liberté d'expression par rapport au vrai et au faux. Mais, ce faisant, on a trop oublié qu'il n'y a pas une seule et unique forme de Vérité affublée d'une majuscule, mais autant de types de vérités qu'il y a de domaines spécifiques de la pensée. En partant de ce point de vue, on délivre la liberté d'expression du carcan de l'universalité et de la nécessité. On condamne les prétentions à l'orthodoxie. On réhabilite les légitimités variables de la tolérance essentielle à la liberté d'expression dans la vie en commun, en justifiant du même coup, en chaque domaine, en chaque cas, ses droits, mais aussi ses limites.

  • Le léninisme n'est pas mort avec Lénine. Ses écrits et ses instructions sont le code génétique du mouvement communiste. Ne lisons plus Lénine comme un tacticien de génie ou un théoricien de l'impérialisme, mais comme un organisateur qui conçoit la politique dans les seuls termes de la force et de la guerre. Lisons-le comme un psychiatre qui stigmatise l'hystérie et pourchasse les déviants. Lisons-le comme un hygiéniste qui veut épurer le corps social de tous ses déchets, fainéants, riches, intellectuels, koulaks. Lisons-le comme le théoricien d'une nouvelle politique qui érige la terreur de masse en norme légitime du pouvoir. Nous comprendrons alors que la dictature du parti unique ne naît pas d'un dérapage causé par l'arriération de la Russie, d'un accident dû à la pathologie de Staline, mais qu'elle est d'emblée inscrite dans le projet de Lénine. Nous comprendrons que le léninisme est la matrice du communisme, l'actualité même de la politique mondiale.

  • Tiens-toi droite. Pense aux autres. On ne parle pas la bouche pleine. Les enfants bien élevés se taisent à table. Ils ont une âme noble. Au-dessus de la vie, les principes. À la place de la vie, les règles. On ne parle pas de ce qui est sale, bruyant, immoral. Catéchisme, probité, bonnes manières. Ah... les manières. Pourquoi les douceurs bourgeoises, pourquoi les oublis bourgeois ? L'Éducation française part du malaise d'une petite fille, habillée en bleu marine, pour interroger les trois générations de sa famille qui, venues de la bourgeoisie radicale, ont, à partir de 1920, falsifié leur héritage, pour faire de l'élégance, de la distinction et du tact les alibis de leur peur de l'histoire et du monde réel. Anamnèse du roman familial, le livre tendre et aigu d'Odile Marcel reprend, à travers le dernier siècle de notre histoire, le problème qui a hanté écrivains et philosophes français, de la déroute et de la décadence de nos élites dans une civilisation du malaise. On se trompe en faisant des classes supérieures les simples bénéficiaires des situations acquises. Elles sont aussi, quand l'histoire leur fait peur, les martyres convaincues des causes fictives. Que nous est-il arrivé ?

  • Le professeur René Frydman est le père scientifique, avec le biologiste Jacques Testart, d'Amandine, le premier bébé éprouvette français. Les progrès de la médecine de ces quinze dernières années ont bouleversé les conditions de la naissance (bébés in vitro, embryons congelés, don d'embryons...), mais les attitudes aussi ont changé : les femmes, les couples, la société ont voulu contrôler la naissance, maîtriser l'accouchement. Acteur et témoin de cette mutation, le professeur René Frydman raconte. Avec humour, passion, gravité, il évoque le trajet qui l'a conduit, de la lutte pour la liberté de l'avortement, à la lutte pour la victoire sur la stérilité et au refus des mères porteuses. Il nous fait vivre l'expérience de ses patientes confrontées à l'angoisse et à l'espoir revenu de leur irrésistible désir de naissance. Il évoque le champ des possibles, le catalogue du futur, les naissances de demain. Il raconte et réfléchit en médecin et en témoin. Ce livre passionnera toutes les femmes et les hommes qui veulent savoir comment on peut vaincre la stérilité, jusqu'où la médecine peut aller. Ce livre est un document pour tous ceux qui sont habités par les interrogations éthiques que soulève la révolution de la naissance.

  • Faust et le Golem : deux mythes fascinants de l'aventure humaine. Derrière ces mythes se cachent deux hommes, deux contemporains, dont les existences réelles ont marqué l'histoire et l'esprit de la Renaissance au XVIe siècle : le docteur Johannes Faustus et le Maharal de Prague. Dans la ligne de ses oeuvres précédentes, et dans le style brillant qui le caractérise, André Neher montre comment le mythe et le réel s'entrelacent autour de ces deux figures. Des coups de sonde en profondeur portent son analyse jusqu'au plein coeur du XXe siècle, avec le roman Le docteur Faustus de Thomas Mann, la naissance de la cybernétique avec Norbert Wiener et la création de la musique dodécaphonique par Arnold Schoenberg.

  • Reconnue comme l'une des plus grandes philosophies de l'État, la philosophie politique hégélienne reste cependant mal comprise ; peut-être, d'abord et avant tout, parce qu'elle se veut philosophie ; parce que cette dimension même de la vie humaine qu'est la vie politique, ne peut, selon Hegel, être comprise que dans et par son rapport aux autres dimensions de la vie, la religion, l'économie et la société. Par opposition aux trois lignes d'interprétation traditionnelles les plus répandues du hégélianisme qui, chacune, privilégièrent un aspect seulement de ce système - langage, travail ou communication -, cette étude tente de ressaisir le sens du projet philosophique total de Hegel en politique, et ceci en examinant la manière dont s'élabora son système à une période cruciale de sa formation : la période d'Iéna (1801-1806).

  • En montrant que la conscience pure est pure attente, cet essai décrit comment l'attente structure transcendentalement toute représentation que nous puissions avoir du temps.

  • Après l'Analyse de l'idéologie (1980 et 1983), le Centre d'étude de la pensée politique (Institut d'études politiques de Strasbourg, Université Robert-Schuman) a consacré son travail à l'épistémologie de la politique. Quelles relations la connaissance du politique entretient-elle avec la psychanalyse, la philosophie, la logique, la rhétorique ? Quelles modifications les pratiques sociales apportent-elles aux concepts traditionnels de la pensée : paradigmes, système, analogies ? Les questions fondamentales étudiées ici montrent combien la connaissance du politique a débordé le champ classique de la science politique, et a permis d'élargir et de reformuler le problème de la connaissance.

  • L'histoire des hommes est l'histoire de leurs guerres, dit-on, la paix ne serait qu'une trêve préparant de nouveaux conflits.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Avertie par les ouvrages de Marcuse, la génération de 68 savait que nous n'avions plus à travailler pour vivre. Or, on ne s'était pas plutôt préparé à l'idée d'en finir avec le travail et d'en liquider les poncifs qu'une épidémie de chômage vint en faire une obsession... Une analyse qui ne fait que prolonger les travaux de l'auteur sur le désir et sur le temps.

  • L'école, en France, s'enracine dans une véritable confiance en la raison. C'est François Guizot et Victor Cousin qu'il faut aller lire pour comprendre comment l'histoire de l'école et l'histoire de la pensée sont liées depuis le XIXe siècle.

  • Parler d'une éthique de la dette, identifier la vie éthique à un rapport créancier-débiteur ne va pas de soi. C'est, en effet, remettre en question la part du devoir et du don dans les relations morales. Or, la vie éthique est traditionnellement comprise en termes de devoir et de don. Elle se fonde sur l'autonomie du sujet, la suffisance de ses ressources intérieures et la présence de la gratuité dans les rapports humains. Toute une éthique s'est ainsi constituée dans un effacement de la dette afin d'éviter à tout prix les problèmes d'héritage et de filiation qui compromettent la souveraineté et la divinité de l'homme. Cependant, l'opposition entre la dette et le devoir, entre la dette et le don, est réductrice d'un point de vue éthique car elle maintient un clivage schématique entre utilitarisme et idéalisme, une conception marchande et une conception désintéressée des rapports humains. La notion de dette inscrit, certes, la vie éthique dans l'ordre de l'économie de l'échange, dans la mesure où elle implique une certaine comptabilité et l'exigence d'un retour. Cependant, la dette n'est pas nécessairement un simple mode différé de l'échange. De façon plus essentielle, la dette est indissociable de la question de l'origine. Poser la question Qu'avons-nous reçu ?, voire même pour reprendre l'interrogation de saint Augustin Qu'avons-nous que nous n'ayons point reçu ?, c'est reconnaître que l'homme n'est pas l'auteur de son existence et ne peut se rendre seul créateur de lui-même. La dette révèle ainsi, à l'origine, un rapport asymétrique, une structure de dépendance qui permet l'émergence de la subjectivité. L'éthique de la dette est une éthique de la finitude. Elle réfute la prétention de la subjectivité à être parfaite suffisance à soi et prend en compte la précarité de la condition humaine.

  • Ce n'est pas d'aujourd'hui que Marie Cariou cherche à laver cette belle statue de Glaucos, chargée d'algues et de goémons, qu'est la doctrine bergsonienne des caricatures qui, dès le début du siècle, ont favorisé son succès et, dans le même temps, assuré son incompréhension. Après avoir tenté de retrouver son vrai visage dans un ouvrage de synthèse (cf. Bergson et le fait mystique, Aubier, 1976), elle propose ici trois nouvelles études, qui éclairent la philosophie de Bergson par son dialogue avec d'autres penseurs que sa reflexion a privilégiés : Freud, Claude Bernard, Jeanne Guyon, Jean-Jacques Rousseau. On se trouve donc en présence d'une méditation particulière : la lecture d'une lecture qui propose une nouvelle méthode d'approche des textes et renouvelle l'interprétation de la doctrine. Aussi éloignée d'un néo-positivisme étroit, qui arrache ses ailes à la métaphysique, que d'un spiritualisme flou, qui confond la philosophie avec une prédication religieuse lénifiante et édulcorée, cette critique à trois voies entend trouver son unité dans la cohérence même de l'oeuvre de Bergson, bien plus dogmatique et systématique qu'on ne l'a cru.

  • Vieille province historique, réunie à la France en 1766, mutilée par les guerres franco-allemandes, la Lorraine apparaissait vers 1950 comme un modèle de région industrialisée, destinée à tirer le plus grand parti de sa position au coeur de l'Europe. On y travaillait dur, mais on y gagnait bien sa vie et les étrangers le savaient bien, qui venaient y chercher leur pain. En moins d'une vingtaine d'années, l'effondrement des industries traditionnelles a révélé des faiblesses que l'on ne soupçonnait pas. De graves lézardes sont apparues dans l'unité régionale, que seule la gravité de la crise a fait taire momentanément. Dépassée aujourd'hui par l'ampleur des problèmes qui la secouent, insuffisamment pourvue en capitaux, abandonnée par ses élites, la Lorraine n'est-elle pas en passe de devenir à tout point de vue une région assistée ?

  • Qu'entend-on par science politique ? D'abord une connaissance, un savoir. Chacun sait aussi que l'action politique est l'objet d'un savoir ancien, étranger à la science mais non à la raison, et dont la vitalité se manifeste dans l'histoire des sociétés humaines. Par-delà les querelles de chapelles et les modes éphémères, le savoir politique est fait de l'alliance de ces deux démarches. La critique du savoir politique suppose donc une épistémologie informée, et elle requiert la compréhension que l'action politique appartient à la temporalité de l'humanité et à la conscience individuelle. Le livre de François Borella propose une philosophie inédite de la science politique.

  • Il y a quelque provocation à écrire sur la philosophie politique de Karl Popper. L'homme s'est toujours considéré et a toujours été considéré comme un épistémologue, et s'il y a chez lui une réflexion politique, la majorité des commentateurs s'accordent pour y voir un prolongement plus ou moins mineur de sa philosophie des sciences. Notre ouvrage s'inscrit en faux contre l'interprétation dominante. Si la philosophie politique de K. Popper voisine en permanence avec son épistémologie, elle a aussi une épaisseur propre, puisant à des sources classiques de la philosophie, notamment l'universalisme kantien, l'individualisme de J.S. Mill, ou encore l'évolutionnisme de Darwin. Elle a surtout le mérite, derrière son apparente modestie, d'anticiper la plupart des approches contemporaines du phénomène démocratique, celles de Claude Lefort et de John Rawls, de Hans Apel et de Jurgen Habermas. À une époque où la pensée libérale était régulièrement stigmatisée, Popper annonçait déjà une vision tout à la fois limitative, dialogique et régulatrice de l'exercice du pouvoir au sein d'une société ouverte.

  • Parmi toutes les régions françaises, la Bretagne est sans doute celle qui, au cours des dernières décennies, a effectué une des mutations les plus remarquables. Les conditions et les modalités en sont aussi remarquables : caractère ambigu de la situation péninsulaire, bout du monde dans un contexte de relations terrestres, contacts avec le monde dans un contexte de relations maritimes. D'où la coexistence de traditions, voire d'archaïsmes, et d'ouverture. D'où la juxtaposition du schéma classique de la diffusion du progrès à partir de la capitale, qui s'applique bien au développement de Rennes, et d'un schéma tout opposé illustré par le dynamisme du Finistère, par un rôle inattendu des campagnes occidentales dans le développement, et par les voies surprenantes de la diffusion de certaines innovations. Les milieux agricoles et maritimes passent de la conception méliniste d'une Europe fermée à une ouverture sur le monde. Le tourisme, discuté, est probablement la deuxième activité économique régionale. La greffe industrielle, tentée par la politique de déconcentration a pris, mais certaines industries nouvelles sont frappées à leur tour par la crise. Enfin, la question culturelle est exposée ici dans une optique non passionnelle, alliant la mise en valeur des traditions celtiques propres à la Basse-Bretagne, et l'indiscutable sentiment français de l'ensemble de la population.

  • La folie inhérente à l'homme serait-elle la conséquence du pouvoir créateur du langage? Avec la crise de la civilisation et la fin de l'humanisme classique, le temps est venu de redonner à la personne son unité et son unicité, de repenser les problèmes du corps et de l'esprit, de la conscience et du sujet.

  • En 1918, puis en 1945, l'affirmation de la puissance nord-américaine oblige à redéfinir l'identité française dont l'universalisme messianique se heurte à celui des USA. Le choix français de l'expérience et de l'histoire opposé au choix nord-américain du droit est à l'origine d'une fracture des valeurs occidentales.

  • La région Languedoc-Roussillon réunit les noms de deux provinces de l'Ancien Régime. Pour cette raison la région apparaît moins artificielle que d'autres.

  • Multitude de groupes défendant leurs privilèges ou grands corps de l'État jaloux de leurs prérogatives, la société française semble tout entière segmentée par des intérêts particuliers et des crispations égoïstes. Les chercheurs et les universitaires qui se sont interrogés lors de colloques tenus dans le cadre de la Mission pour la modernisation de l'État, confiée par François Mitterrand, Président de la République, à Madame Blandine Barret-Kriegel, vont au-delà du constat déploré ou de la dénonciation indignée. Ils font apparaître les logiques diverses, ils analysent les racines historiques et idéologiques et proposent une réévaluation des fonctions et des fonctionnements des corporatismes. Sans simplifications démagogiques, les textes rassemblés ici permettent de mieux cerner l'une des originalités de la société française, le poids des bénéfices statutaires et de la bureaucratie. L'analyse des ressorts du corporatisme contribue ainsi à la réflexion sur la modernisation démocratique de la France.

  • Le Léviathan est l'une des théories de l'État moderne les plus percutantes de la politique. Une nouvelle hypothèse est son inscription, par des principes politiques et juridiques, dans une perspective philosophique, psychologique et esthétique du baroque. Ainsi, le passage de l'état de nature à l'état civil traduit-il la nécessaire reconnaissance de l'ordre social par la représentation. Mais l'assurance du salut éternel par le respect des règles civiles, fait de la république chrétienne le triste compromis entre une illusion naturaliste fondatrice, et une illusion civile rédemptrice. Dès lors, le Léviathan apparaît comme une utopie, expression d'un temps mythique qui se veut le reflet d'un temps chrétien en quête de lui-même.

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