Presses de l'Université Laval

  • « Il y a de la révolte à s'imaginer que l'on se puisse révolter » : les mots que Retz place dans la bouche d'Anne d'Autriche à la veille de la Fronde illustrent l'interdit que l'absolutisme naissant fait peser non seulement sur toute révolte, mais sur toute représentation de la révolte. Les contemporains de Louis XIV, pourtant, n'ont pas manqué de pratiquer à l'envi cabales, complots et conspirations ; et ces réalités du Grand Siècle trouvèrent amplement à s'insérer dans le domaine des belles lettres. Or, si les historiens ont souvent scruté ce type d'événements, les historiens de la littérature se sont relativement peu intéressés au pendant esthétique de ce qui fut, selon Yves-Marie Bercé, un « âge d'or » des conjurations. À la suite de Jean Lafond qui, le premier, a attiré l'attention sur la richesse de ce corpus, notre enquête voudrait contribuer à éclairer un pan de cette province négligée des belles lettres en prenant pour objet une série de textes narratifs en prose centrés sur une conjuration et publiés dans la seconde moitié du XVIIe siècle - au rang desquels figurent les chefs-d'oeuvre que sont La conjuration de Fiesque par Retz et La conjuration des Espagnols contre la République de Venise par Saint-Réal. Certes, cet ensemble, qui regroupe à la fois des oeuvres de propagande, des histoires tragiques et des nouvelles galantes, ne saurait constituer, pas plus génériquement que politiquement, un tout homogène. Pourtant, ces textes reposent sur des principes esthétiques communs débouchant sur une leçon contraire à ce que l'on pouvait attendre d'oeuvres souvent présentées comme subversives : en jouant, mais pour la désamorcer, sur la hantise de la chute des empires, en faisant l'éloge, mais un éloge paradoxal, des conspirateurs, les textes étudiés se présentent en effet comme autant de leçons d'obéissance pour les sujets et d'arts de gouverner pour les princes, qui reflètent, dans le miroir inversé des conjurations, l'imaginaire d'un âge d'or sous le règne d'un grand roi.

  • En 2004 est paru à l´Institut National d´Études Démographiques (Paris), sous l´autorité du Groupe Condorcet, un impressionnant volume intitulé Tableau historique des progrès de l´esprit humain. Projets, Esquisse, Fragments et Notes (1772-1794). Ainsi découvrait-on un énorme chantier dont la fameuse Esquisse n´était que l´une des composantes, aussi célèbre que mystérieuse pour autant qu´elle était soustraite jusqu´alors à l´entreprise globale où elle s´insérait.

    Une réévaluation d´ensemble s´imposait, qui prenne la mesure de cette formidable tentative dans les ambiguïtés de son inachèvement. Elle ne fait ici que s´engager en se demandant d´abord ce que Condorcet avait somme toute en vue, l´élaboration d´une philosophie de l´histoire spécifique, « à la française », ou une fondation des sciences sociales. Elle interroge ensuite les connotations rhétoriques, épistémologiques et théologiques du syntagme tableau historique, lequel était à l´époque d´usage fort courant. Elle se demande enfin comment ce tableau devient de fait historique quand le récit s´arrime à l´Orient. Ce ne sont là que les amorces d´une réinterprétation générale dont d´autres, éblouis à leur tour, prendront tôt ou tard le relais.

  • Le Voyage philosophique d'Angleterre, fait en 1783 et 1784 fut publié sans nom d'auteur en 1786. La Correspondance littéraire de Grimm et de Meister, qui fit l'éloge de ce récit de voyage, l'attribua à Monsieur de La Coste, tout en ajoutant qu'on ne savait rien de l'auteur. Celui-ci, en effet, ne devait pas souhaiter qu'on puisse l'identifier, car il faisait du duc de Chaulnes, qu'il accompagnait en Angleterre et qui aimait la compagnie des prostituées de Covent Garden, un portrait des plus sévères. La Coste est un voyageur sensible, qui a lu le Voyage sentimental de Laurence Sterne, et se plaît à décrire des épisodes où le sentiment se mêle à un érotisme moiré ; c'est aussi un homme cultivé à l'intelligence aiguë, qui brosse pour sa femme un tableau de la société et des moeurs anglaises, multipliant les comparaisons avec la France. Ce Voyage va au-delà des observations souvent convenues des voyageurs du XVIIIe siècle, faisant entendre une voix.

  • La relation de voyage a connu une belle carrière dans le monde occidental depuis les temps bibliques jusqu´à nos jours. Thématiquement, elle a créé ou réactivé certains mythes importants : le Paradis terrestre, le Bon Sauvage, le Sage Chinois... Ce livre s´interroge sur la spécificité d´une forme littéraire fort ancienne, apparentée à des genres prestigieux comme l´épopée, l´histoire, le traité de géographie et surtout le roman.

  • Considérée généralement comme étant la plus grande réussite de son règne, la politique mise de l´avant par Henri IV pour mettre un terme aux conflits civils qui divisent le royaume de France durant la seconde moitié du XVIe siècle n´a pas encore fait l´objet d´une étude d´ensemble. Ce livre veut combler ce vide en proposant une nouvelle lecture des « guerres de Religion » qui, seule, peut permettre de bien comprendre les gestes posés par le premier Bourbon. La guerre civile qui éclate en 1588, les conflits précédents étant davantage des révoltes, se nourrit de multiples tensions apparues au fil des ans. Elle met aux prises les catholiques regroupés au sein de la Ligue et le pouvoir royal. Se relever d´une telle épreuve s´avère excessivement difficile et ne permet pas au gouvernement royal de se lancer dans toutes sortes d´innovations. L´établissement de nouveaux liens contractuels entre le souverain et ses sujets et la réconciliation entre les Français impliquent un retour en arrière, vers les valeurs et pratiques qui avaient fait la grandeur du royaume : une foi, une loi, un roi.

  • Un débat, réunissant philosophes, littéraires et historiens, s'est engagé, lors du XIIe Congrès international des Lumières, autour de la question du corps. En effet, le corps des Lumières est un objet qui méritait encore d'être questionné sur des plans épistémologique, anthropologique ou esthétique. Le présent ouvrage se veut le reflet de ces questionnements. Suivant la voie de l'époque qui récusait la séparation systématique des discours, il cherche à montrer combien l'écriture du corps entre dans une transdiscursivité. Discours scientifique, romanesque, philosophique ou social, entre autres, dialoguent au cours d'une période passionnée par l'émergence d'une nouvelle culture du corps. Les trois parties qui organisent le volume : « Science, techniques et médecine du corps », « Gouvernement du corps » et « Représentations idéologiques du corps » mettent en relief les cohérences et subversions, les conjonctions et prolongements de ces idées essentielles.

    Dans une dynamique d'ouverture et d'harmonie, les éditeurs ont tenu à rapprocher dans ces pages de jeunes collègues et des chercheurs confirmés, éloignés tant par la géographie que par leur parcours, afin de faire émerger des différences d'approche et des communautés d'intérêt autour de cet objet d'étude unique et multiple.

  • Dédié à la mémoire de notre ami, collègue et mentor David Trott, ce volume s'est voulu une illustration de sa conviction la plus profonde : qu'à condition d'en concevoir l'étude autrement, le théâtre français du XVIIIe siècle restait, en grande partie, un domaine à redécouvrir.

    Aussi les dix-neuf articles que l'on va lire apparaissent-ils, dans leur grande diversité, comme autant de preuves de la vitalité des recherches actuelles sur ce théâtre dans sa richesse multiforme. Au plus près des textes, de la pratique théâtrale du temps et des divers courants de la pensée des Lumières, ces articles font écho à des intuitions, vérifient des hypothèses ou reprennent le flambeau là où David fut forcé de le laisser.

    Qu'il s'agisse du bon usage de l'informatique dans les études théâtrales ou de la revalorisation de formes longtemps sous-estimées - parades, parodies ou théâtre de foire -, domaines dans lesquels David Trott fit réellement figure de pionnier, ce volume illustre abondamment l'utilité des efforts qui s'emploient désormais à rendre au théâtre des Lumières, et à son incomparable foisonnement, toute la place qu'il occupa, dans le goût, la pensée et la vie du public du XVIIIe siècle.

  • Les entrées solennelles en France au cours des XVIe et XVIIe siècles furent des événements souvent spectaculaires dont les chroniqueurs, poètes et scriptores variés s'ingénièrent à préserver les traces dans les relations écrites qu'ils publièrent à leur suite. Aujourd'hui, seuls ces textes préservent la mémoire de ces solennités éphémères hautement symboliques qui fêtaient l'arrivée dans une ville d'une figure d'autorité, qu'elle soit politique ou ecclésiastique. Immense et hétéroclite, le corpus textuel des entrées solennelles appelle une diversité de savoirs et de compétences disciplinaires. Le présent volume restitue, substantiellement étoffées et organisées selon une cohérece que seule permet un certain recul critique, les contributions au colloque international Vérité et fiction dans les entrées solennelles à la Renaissance et à l'Âge classique, qui s'est déroulé en mai 2006 au Centre d'Études Supérieures de la Renaissance de l'Université de Tours. Dans leur ensemble, ces contributions entendent interroger de façon variée les rapports entre la « vérité » de l'événement histoirique, et la « fiction » de ses réécritures.

  • Antiquisant de réputation internationale, Jackie Pigeaud est aussi un grand historien de nos traditions culturelles ; en particulier de la pensée médicale, dont en maintes occasions - notamment dans L'art et le vivant, publié en 1995 aux Éditions Gallimard - il a montré quels rapports elle entretient avec la théorie et la pratique artistiques. À cet égard comme à d'autres, les nombreux travaux qu'il a menés à l'Université de Nantes et à l'Institut universitaire de France ont ouvert des champs nouveaux à la connaissance humaniste. Qu'ils traitent de Galien ou de Winckelmann, du bouclier d'Achille ou de la psychiatrie naissante, de la maladie de l'âme ou de la poésie du corps, ils soulignent tous la « modernité de l'Antique ».

    La pensée, qui selon la formule ancienne consiste à « faire surgir des apparitions », s'exerce chez Jackie Pigeaud dans les domaines les plus variés, avec une érudition rêveuse qui donne son unité profonde à leur apparente discontinuité. À l'originalité et surtout à la fécondité de cette approche, quelques amis, collègues et disciples ont voulu rendre hommage dans un ouvrage collectif, qui mérite pleinement de s'intituler Une traversée des savoirs.

  • L'imaginaire du corps est sans bornes, mais chaque culture lui impose des limites qui la caractérise et donnent lieu à des représentations verbales et visuelles. Le présent ouvrage explore les images et les usages du corps tel que décrits et illustrés dans les fictions romanesques de l'Ancien Régime à travers l'Europe et la France, sans négliger les arts, les croyances et les connaissances qui en affectent les représentations narrées et gravées.

    Trois grandes catégories se dégagent de la topique du corps romanesque et constituent les trois principales parties de l'ouvrage. La première partie, Corps souffrant, étudie la vulnérabilité du corps qui, voué à la douleur et à la mort, appelle des soins voire une rédemption. La seconde partie, Corps éloquent, étudie l'expressivité du corps dont l'apparence peut révéler l'identité, la sensibilité, le caractère et dont les gestes exemplaires suscitent l'admiration. La troisième partie, Corps surprenant, s'intéresse aux mystères du corps tantôt volatile, tantôt opaque, souvent équivoque et généralement irréductible et insaisissable. Chacune de ces catégories topiques est développée par dix articles offrant des aperçus historiques, ainsi que des enquêtes plus ponctuelles sur des auteurs ou des oeuvres en particulier. On verra ainsi les représentations topiques des anciens et des auteurs du Moyen Âge se modifier au cours des siècles de la Renaissance à la Révolution et même un peu au-delà.

    Pour clore ce triple parcours éclairant le corps des personnages qui peuplent récits et romans, une quatrième partie, Corps métaphore, met en jeu le roman lui-même. Cin études montrent que la poétique et la rhétorique évoquent bien souvent le corps afin qu'il figure par mtaphore la vie et les formes de la création littéraire et de l'écriture romanesque. Puis, placé entre les mains d'un corps qui s'adonne à la lecture, le roman en tant que livre devient enfin lui-même l'objet d'une image topique largement diffusée en peinture, mais habilement subvertie par les illustrateurs de romans...

  • À l'Université de Waterloo, en 2005, un peu plus de 10 ans après la première rencontre sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime sous l'égide du groupe MARGOT, était organisé le colloque « Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences » sous la présidence d'honneur de Hannah Fournier. C'est à la fois afin de rendre hommage à notre collègue, co-fondatrice du groupe MARGOT et pionnière des études sur les femmes, et de souligner le dynamisme et la diversité des études sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime que nous avons décidé de regrouper, au sein du présent recueil, seize articles témoignant de la vitalité d'un champ de recherche si longtemps oublié. Du Moyen Âge au Siècle des Lumières, études d'oeuvres de femmes écrivains, réflexions théoriques et analyses des conditions de production se succèdent afin de mieux explorer les « circonvolutions » du passé des femmes écrivains de l'Ancien Régime.

  • Essai sur le retour à l'antique et la tragédie grecque au XVIIIe siècle

    Dans bien des cas, la réfection de la tragédie française au XVIIIe siècle fut gagée sur la redécouverte de la tragédie grecque. En s'entichant parfois librement du théâtre des Anciens, les auteurs dramatiques des Lumières, ainsi que leurs lecteurs, revisitérent l'origine de la tragédie et repensèrent le tragique en des termes philosophiques. Rochefort, traducteur de Sophocle, ne découvrit-il pas dans la tragédie grecque « un abrégé de toute la Philosophie de la plus haute antiquité » ? Le présent ouvrage retrace l'histoire d'un genre en mutation qui trouva matière à renouveau dans un fonds antique lui-même objet de nouvelles interprétations.

    À chaque siècle son Antiquité. Au XVIIIe siècle, les voyageurs cherchèrent dans les ruines de la Grèce la présence de son glorieux passé pour en faire des « tableaux vivants ». À l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on s'employait à rattacher le théâtre grec à l'histoire des institutions attiques pour raviver la grandeur de ces spectacles institutionnels. Le mot d'ordre - « débrouiller le cahos pour en tirer un corps vivant & animé » - lancé aux traducteurs par le père Brumoy fut entendu. Ceux-ci toujours plus fidèles aux textes grecs découvrirent par delà les traditions poétiques une nouvellle vocation philosophique à la tragédie. Ce faisant, le théâtre tragique devenait réflexion sur la nature humaine, sur la vie, comme le montrent les exemples d'Oedipe, Iphigénie en Tauride et Philoctète.

  • De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800) est un livre dont l'importance tient au rôle qu'il a joué dans la naissance de l'histoire littéraire et, plus généralement, des sciences humaines. Germaine de Staël s'y intéresse aux relations complexes que la littérature entretient avec la vie sociale et l'expérience historique, qu'elle conçoit comme les vecteurs par excellence de la transformation des mentalités, des cultures et des oeuvres. Cette question des rapports au sein desquels s'invente la littérature l'invite surtout à appréhender l'histoire des nations européennes à la lumière d'une théorie de la perfectibilité, qui suppose le développement graduel et irréversible des connaissances humaines, et d'une définition nouvelle de l'écrivain, qu'inspire l'exigence de l'engagement.
    Dans un contexte où elle participe d'un monde en devenir, la littérature doit s'accomplir dans une parole capable de transformer ses aspirations et ses raisons en une volonté d'agir, c'est-à-dire en « une impulsion involontaire », voire en « un mouvement qui passe dans le sang ». Au sein de cette alliance entre la pensée et le sang s'affirme alors une conception des lettres indissociable d'une figure extrêmement originale de la rationalité, que Germaine de Staël désigne par la belle expression de « raison exaltée ». C'est cette idée dont les articles réunis dans cet ouvrage approfondissent le sens et la portée, en s'intéressant tour à tour à l'une ou l'autre de ces trois configurations : 1. Les impulsions du coeur et de l'esprit, ou la littérature dans ses rapports avec la République ; 2. La passion réfléchissante, ou la littérature dans ses rapports avec les femmes ; 3. La sensation investie par les idées, ou la littérature dans ses rapports avec la création.

  • Collection «République des lettres». Le style burlesque se caractérise par son vocabulaire bas et plaisant, ses figures surprenantes et forcées et un travail virtuose de la versification licencieuse. Les pièces choisies pour cette anthologie, d'accès difficile pour tout lecteur non-spécialiste, profitent d'un appareil critique qui met en valeur leur caractère subversif dans le contexte historique de la régence d'Anne d'Autriche, du ministère de Mazarin et des remous de la Fronde.

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