Presses de l'Ifpo

  • Le roman s'est affirmé au XXe siècle comme un élément incontournable dans le champ culturel syrien, particulièrement à partir des années 70. La période, en effet, est le théâtre d'un développement quantitatif et qualitatif notable dans la production romanesque. Les écrivains prennent alors leurs distances avec le réalisme antérieur et tentent d'établir un nouveau rapport entre vécu national, patrimoine arabe et littérature mondiale, dans une volonté de renouvellement des modes d'écriture. À partir d'un corpus de romans syriens, la présente étude analyse le fonctionnement des textes narratifs et les procédés d'écriture qu'ils utilisent. Elle tente de montrer, en dialoguant avec les oeuvres, les évolutions qu'a connues la production romanesque syrienne de 1967 jusqu'aux années 90, ouvrant la voie aux écrivains du XXIe siècle.

  • Les pièces de Sa'dallah Wannous dites de la deuxième période (1967-1978 ) sont au centre du présent ouvrage. Durant cette deuxième période, Wannous avait pour objectif de libérer son spectateur de ses appréhensions vis-à-vis du théâtre. Par le biais de ce qu'il appelle le théâtre de la politisation, Wannous voulait impliquer le spectateur dans le processus théâtral et susciter ainsi en lui des conclusions et des décisions justes. Cette étude s'attache à décrire les indices linguistiques qui révèlent concrètement la présence du spectateur dans les textes dramatiques de cette période. Cette implication du spectateur chez Wannous a certes été unanimement constatée par les critiques dramatiques et les professionnels du théâtre, mais n'a pas pour autant fait jusqu'à présent l'objet d'une étude systématique. L'objectif de cet ouvrage est par conséquent de proposer une description des éléments qui renvoient à la présence du spectateur dans ces pièces.

  • Bagdad, grande métropole du monde arabo-musulman médiéval et siège du califat abbasside, fut au milieu du ve/xie siècle intégrée à l'empire oriental des Turcs seldjoukides. Restaurateurs du sunnisme, les sultans seldjoukides résidèrent peu à Bagdad, mais ils y fondèrent des institutions nouvelles : les madrasas, encouragèrent l'essor du soufisme et participèrent au développement urbain. Cette étude d'histoire sociale, fondée sur une approche prosopographique des sources arabes, décrit différents groupes élitaires bagdadiens et s'intéresse à leur fonctionnement (distinction, reproduction, rôle des lignages). À travers l'apparition de nouvelles élites administratives et militaires au service des Abbassides, elle retrace le phénomène progressif de redressement califal qui marqua le vie/xiie siècle. L'étude du cadre urbain fait apparaître Bagdad comme une ville en évolution permanente, marquée par l'interaction constante des élites avec le contexte urbain dont elles étaient issues.

  • Les faubourgs historiques de Damas qui sont l'objet de cette étude ont été et demeurent depuis 1979 au coeur des recherches menées à l'Ifpo par le Programme du Vieux Damas. Ils ont été également à l'origine du travail d'analyse méticuleux et raisonné mené pendant plus de dix ans par Yves Roujon et Luc Vilan au cours de leur encadrement pédagogique de « l'Atelier de Damas » aux Écoles d'Architecture de Versailles et de Belleville. Ce long exercice de terrain a permis d'élaborer et de présenter dans cet ouvrage des propositions alternatives à la dégradation actuelle conduisant à la ruine des structures anciennes ; ces propositions sont mises à la disposition des autorités locales responsables de la protection du patrimoine urbain de Damas. Elles constituent une approche dynamique de la ville intégrant la prise en compte du patrimoine historique dans l'aménagement de Damas extra-muros. Ce travail est un modèle élaboré, mûrement réfléchi, qui peut être étendu (voire partiellement reproductible) à d'autres villes de la région.

  • Les conflits qui imprégnèrent l'histoire du Proche-Orient médiéval, des croisades aux invasions mongoles, rendirent nécessaire la présence de guerriers au coeur du pouvoir. Les Mamelouks, esclaves militaires, affranchis pour accéder au titre d'émir, gouvernèrent l'Égypte et la Syrie, à partir de 1250, avec le titre de sultan, et furent de ceux qui défendirent le monde musulman contre les périls du temps. La singularité de la société mamelouke tient non seulement au fait que d'anciens esclaves, capturés enfants dans les plaines d'Asie centrale et dans le Caucase, soient devenus des leaders politiques, mais aussi que la société concernée ait été composée de deux groupes élitaires complémentaires : d'une part, les Mamelouks, turcophones arabisés, convertis à l'islam, détenant le pouvoir politique et constituant les forces armées ; d'autre part, les ulémas, arabophones, musulmans de naissance, lettrés détenant les fonctions religieuses, celles de la judicature et de la transmission du savoir. En cela réside le difficile enjeu du présent ouvrage : saisir, de façon aussi fine que possible, au-delà de la distinction et des rapports de domination, les modalités de cette longue coexistence, et étudier, comprendre et restituer la complexité des interactions et des relations que Mamelouks et élites civiles et religieuses ont su tisser entre eux. Pour ce faire, cette étude se concentre sur le règne des sultans turcs (1250-1382), la Dawlat al-Atrak. Par une analyse des liens personnels, de leur formation et de leur nature plurielle, elle entend non seulement replacer l'individu et ses pratiques au coeur de la recherche, mais encore reconstruire les réseaux de relations de cette époque et montrer leur importance dans l'exercice du pouvoir et l'élaboration du contrat social.

  • Les textes publiés dans le présent volume représentent une contribution aux débats portant sur l'origine de la mystique en terre d'islam, en particulier du soufisme, et sur son évolution lors des premiers siècles de l'ère hégirienne. La difficulté de l'approche est double : celle de comprendre des origines par nature éloignées et imprécises, et celle d'aborder un phénomène personnel et fuyant comme l'est la mystique. Cette question des origines demande une relecture des textes les plus anciens et une prise de distance par rapport aux idées reçues tant dans la tradition musulmane que dans les milieux universitaires. Il s'agit de savoir comment sont apparus au fil des siècles des hommes et des femmes considérés comme des Maîtres et comment le rapport entre eux et ceux qui sollicitaient leur enseignement et leur compagnie s'est établi et formalisé. Les enjeux sont essentiels : ils touchent à la définition de l'autorité religieuse, à la légitimation de l'entreprise mystique et à la validité et à la reconnaissance de son discours. Le choix de cette thématique - le rapport entre Maîtres et disciples - permet d'aborder les questions de l'enseignement, de la formation et de la transmission de l'expérience mystique. C'est précisément autour de l'exercice et de la nature de ce rapport que se construiront tous les groupes mystiques musulmans, soufis ou non. Mais il nous entraine au coeur d'un paradoxe : l'expérience mystique n'est-elle pas en effet, par définition, personnelle, non reproductible à l'identique et, partant, intransmissible ?

  • Pendant plusieurs siècles, le Bilad al-Sam fut le théâtre de nombreuses expéditions militaires qui provoquèrent de profonds changements dans l'équilibre géopolitique de la région. À partir de la fin du xie siècle, les pays du Levant furent confrontés à deux types d'assaillants : les croisés, qui s'emparèrent de Jérusalem en 1099, puis les Mongols d'Iran qui envahirent la Syrie-Palestine en 1260. Pendant toute cette période, le pouvoir politique et les populations autochtones furent en présence d'un « Autre » dans toute son altérité : religieuse, culturelle et linguistique. Historiens et littéraires, les auteurs des contributions rassemblées ici proposent une lecture croisée sur la perception de l'Autre - qu'il s'agisse d'un individu, d'un groupe ethnique ou religieux.

  • Contrairement à d'autres itinéraires, celui de Jacqueline Sublet est d'une parfaite clarté. L'histoire le guide tout au long, mais pas n'importe laquelle. D'entrée de jeu, la recherche du document s'y impose, comme indispensable moyen d'accès à la connaissance de milieux divers : marchands, juristes, fonctionnaires au premier rang desquels Ibn alSuq, témoin majeur de l'intérêt porté par Jacqueline Sublet à l'époque mamelouke. Biographie et historiographie vont très vite, dans cet itinéraire, s'appuyer sur une certitude : l'histoire par le document ne peut pas ignorer la recherche du nom, ce nom qui détient le secret même des êtres et des choses. Sans s'interdire quelques excursions, entre autres aux jardins de Damas ou jusqu'aux frontières de l'empire musulman, Jacqueline Sublet revient toujours à ce nom qui la fascine, pour ce qu'il révèle et cache à la fois. André Miquel (extrait de la préface) Ces Mélanges rassemblent 24 articles de chercheurs d'horizons divers qui ont été en relation avec Jacqueline Sublet tout au long de sa carrière. Les contributions s'articulent autour du thème fédérateur de « Onomastique et documents en terres d'Islam ».

  • Parmi les ouvrages d'Ab Muammad Abd Allh b. Muslim b. Qutayba, le Kitb ta'wl mutalif al-ad occupe une place à part. Si les autres ouvrages de cet auteur peuvent être classés à des titres divers dans le genre de l'adab, c'est-à-dire des manuels destinés à assurer la formation intellectuelle, professionnelle ou morale d'une certaine catégorie sociale, celui-ci présente un tout autre caractère. Commandé par un personnage proche des milieux gouvernementaux soucieux d'affermir la restauration sunnite, il se distingue par son caractère polémique. Son introduction, passionnée, est un véritable réquisitoire contre la falsafa, ou philosophie scientifique de type aristotélicien, le kalm, ou théologie rationaliste, et les ravages qu'ils sont censés faire dans la haute société abbside. Il commande également les juristes hanafites, dont le penchant pour l'interprétation personnelle des cas d'espèce choque profondément son goût de la règle et de la tradition. C'est donc assez logiquement que le propos du Traité des divergences repose sur l'interprétation du adi, tradition relative aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, dont Ibn Qutayba se fait l'ardent défenseur et le philologue zélé.

  • Publié en 1952, cet ouvrage propose une traduction annotée d'un fragment de l'Histoire de Damas, recueil de chroniques rédigées par Ibn al-Qalânisî. Poète et politicien arabe ayant occupé de hautes responsabilités, ce dernier a, de 1056 à 1160, été un témoin privilégié des événements qui ont frappé l'ancienne capitale omeyyade. Pour composer ce livre, le traducteur Roger Le Tourneau a choisi de se concentrer sur une période légèrement plus courte allant de la prise de la ville par les Turcs en 1075 à sa conquête par Nour al-Dîn en 1154. Cette période est une période de transition pour Damas, mais d'une singulière importance, car des forces considérables s'y affrontent. Trois forces principales sont d'abord en jeu : celle des Turcs seldjoukides de Bagdad et d'Orient, celle des Fatimides d'Égypte et celle des Croisés, à propos desquels al-Qalânisî fournit de nombreux renseignements, tant sur leur arrivée et leur établissement que sur la politique générale des musulmans à leur égard. Ensuite, une quatrième force, celle de la dynastie turque des Zengides, émerge. Elle aura finalement raison de Damas et lui redonnera le lustre qu'elle avait perdu au cours des décennies précédentes. Aristocrate détestant les mouvements et les violences populaires, pieux musulman voyant avant tout les Francs comme des ennemis de sa religion, Ibn al-Qalânisî est bien sûr un acteur historique dont la subjectivité ne manque pas, parfois, de transparaître. Mais son souci d'objectivité et d'exactitude dans le récit des faits font néanmoins de ses chroniques une source éminemment précieuse pour qui souhaite se plonger dans la complexité des jeux de pouvoir dans le Proche-Orient des XIe et XIIe siècles.

  • Dans les premiers siècles de la littérature arabe, la poésie occupe une place d'honneur. Jusqu'à la fin du IIe siècle de l'Hégire, les Arabes écrivent avant tout une littérature en vers qui présente, en outre, des caractères assez originaux qu'il est souvent impossible d'apprécier dans une traduction. Afin d'expliquer les traditions immuables de la poésie classique arabe et de comprendre les facteurs qui déterminaient et modelaient sa composition, Amjad Trabulsi a entrepris dans ce livre une étude systématique de la critique poétique des Arabes en choisissant de se concentrer sur l'examen des origines et du développement de celle-ci durant sa période la plus brillante qui, du début du IIIe siècle de l'Hégire (IXe apr. J.C.), va jusqu'à Ibn Rasiq (m. 463/ 1071). Après avoir évoqué les évolutions historiques principales de ces textes théoriques (la critique orale aux Ier et IIe siècles de l'Hégire, la fixation de la littérature en vers, puis le développement de la poétique Arabe du IIIe au Ve siècle de l'Hégire), il aborde les différentes problématiques qui y sont soulevées : l'essence de la poésie, sa forme, le fond, ses genres... etc. Ce faisant, Trabulsi a rempli la double mission qu'il s'était fixée son avant-propos : servir l'histoire de la littérature arabe, et mettre à la disposition des spécialistes de la littérature comparée une étude capable de les renseigner sur la poétique classique des Arabes durant les trois siècles d'or de leur poésie.

  • Théologien et jurisconsulte anbalite, Ibn Aql a vécu à Bagdad au Ve/XIe siècle. Marquée par le triomphe des salqides sur les buwaihides, les travaux d'al-azzl et l'essor du mouvement universitaire, cette période est celle de la restauration du sunnisme au détriment du 'isme. Réaffirmant l'origine divine du droit et prônant un retour aux sources religieuses premières que sont le Coran et la sunna, l'école anbalite, qui s'organise et se développe à cette époque, s'impose comme une des incarnations les plus rigoristes de cette tendance traditionaliste dont Ibn Aql fut une des figures éminentes. Pour toutes lumineuses que furent ses productions conceptuelles, ce dernier n'a toutefois pas été le théologien le plus apprécié par les membres les plus orthodoxes de cette école, par qui il a souvent été conspué. Sa considération pour les thèses rationalistes des mutazilites, inspirées par la philosophie grecque, son esprit libéral et moderniste, son admiration pour le grand mystique al-all et sa curiosité intellectuelle sont autant de qualités qui font en effet de lui un anbalite bien atypique au milieu de congénères conservateurs dont il ne s'est pourtant jamais séparé. Cet ouvrage tente d'éclairer ce paradoxe apparent en commençant par une recension des sources nous permettant de connaître l'oeuvre de cet auteur. Sont ensuite analysés tour à tour la situation politique de la région, les éléments constitutifs de l'Islam bagdadien et l'importance des mouvements religieux au Ve/XIe siècle. Après avoir été replacées dans son milieu et dans son école, la pensée d'Ibn Aql est enfin étudiée dans toute sa complexité.

  • Nr ad-Dn a joué un rôle central dans l'histoire de l'Orient musulman médiéval et même dans l'histoire mondiale. Ce prince, dont son contemporain Guillaume de Tyr disait qu'il était « vir providus et discretus, dux timens Deum », homme avisé et remarquable, chef craignant Dieu, et que Michelet considérait dans son Histoire des Croisades comme « un des saints de l'islamisme », Ernst Herzfeld le définissait ainsi : « Nr ad-Dn Mamd b. Zeng b. Aq Sunqur, d'origine turque, prédécesseur de al ad-Dn Ysuf b. Ayyb, l'Ayyoubide d'origine kurde, est une figure moins spectaculaire et aussi moins connue en Occident, mais c'est une personnalité plus remarquable et d'importance historique plus grande même que Saladin ». Afin de retracer au mieux les traits de cet homme illustre et les contours de la période historique au cours de laquelle il s'est distingué, Nikita Elisséeff a choisi de faire débuter cette monographie par un recensement et une classification des sources qu'elle a utilisées. Elle dessine ensuite la topographie historique de l'empire zenguide, c'est-à-dire de la Djéziré et de l'ensemble de la Syrie, ce après quoi elle détaille l'organisation intérieure du royaume de Nr ad-Dn, et notamment sa vie sociale et économique. Le système administratif et fiscale et le diptyque vie urbaine/ vie rurale sont quant à eux abordés dans les derniers chapitres de cet ouvrage.

  • Nr ad-Dn a joué un rôle central dans l'histoire de l'Orient musulman médiéval et même dans l'histoire mondiale. Ce prince, dont son contemporain Guillaume de Tyr disait qu'il était « vir providus et discretus, dux timens Deum », homme avisé et remarquable, chef craignant Dieu, et que Michelet considérait dans son Histoire des Croisades comme « un des saints de l'islamisme », Ernst Herzfeld le définissait ainsi : « Nr ad-Dn Mamd b. Zeng b. Aq Sunqur, d'origine turque, prédécesseur de al ad-Dn Ysuf b. Ayyb, l'Ayyoubide d'origine kurde, est une figure moins spectaculaire et aussi moins connue en Occident, mais c'est une personnalité plus remarquable et d'importance historique plus grande même que Saladin ».Afin de retracer au mieux les traits de cet homme illustre et les contours de la période historique au cours de laquelle il s'est distingué, Nikita Elisséeff a choisi de faire débuter cette monographie par un recensement et une classification des sources qu'elle a utilisées. Elle dessine ensuite la topographie historique de l'empire zenguide, c'est-à-dire de la Djéziré et de l'ensemble de la Syrie, ce après quoi elle détaille l'organisation intérieure du royaume de Nr ad-Dn, et notamment sa vie sociale et économique. Le système administratif et fiscale et le diptyque vie urbaine/ vie rurale sont quant à eux abordés dans les derniers chapitres de cet ouvrage.

  • Écrit au Xe siècle par le géographe persan Ibn al-Faqh al-Haman, l'Abrégé du Livre des Pays constitue un témoignage vivant de la vision du monde que pouvaient avoir les habitants du Dâr al-Islâm à cette époque. « Au dire de Abd Allh b. Amr b. al-s b. W'il a-Sahm, la figure du monde d'ici-bas se divise en cinq : c'est comme la tête de l'oiseau, les deux ailes, la poitrine, la queue. La tête du monde c'est la Chine ; au delà de la Chine est un peuple appelé Wq-wq, et, au delà du Wq-wq, des peuples dont Allah seul sait le nombre ; l'aile droite, c'est l'Inde et, au delà de l'Inde, la mer après laquelle il n'y a personne ; l'aile gauche, c'est al-azar et, derrière al-azar, deux peuples dits, l'un Manak, l'autre Mak, derrière lesquels Gog et Magog (Y et M) qui font partie des peuples connus de Dieu seul ; la poitrine du monde, c'est La Mecque, le Hedjaz, la Syrie, l'Irak et l'Égypte ; la queue va de t al-umm au Marib, et la plus mauvaise partie de l'oiseau, c'est la queue. » En se fondant principalement sur le Coran et sur les traditions historiques, les vers, les citations et les dits qu'il a pu entendre, Ibn al-Faqh nous donne une description de toutes les merveilles des territoires connus par l'homme : la Péninsule arabique, l'Égypte et le Nil, le Marib, la Syrie, la azra, le Pays des Rm, l'Irak et les Pays orientaux. Vieux de plus de mille ans, ce livre parsemé de récits et de curiosités en tous genres offre, entre histoire, mythe et légende, le plus beau des voyages, fusse-t-il immobile, à son lecteur.

  • Izz al-Dn Ibn addd naquit en 1217 à Alep et mourut au Caire en 1288. Le début et la fin de sa vie coïncident avec les changements intervenus en Syrie du Nord au cours d'un siècle où l'on vit la dynastie ayyoubide s'effondrer à Alep devant l'invasion mongole tandis que celle des Mamelouks s'affirmait au Caire et reprenait aux Mongols leurs récentes conquêtes. Entre 1272 et 1281, Ibn addd est l'auteur d'une importante topographie historique intitulée « al-Alq al-ara f ikr umar al-m wa l-azra » et couvrant toutes les régions comprises entre la Palestine au sud, les environs de Malaya au nord, la Méditerranée et la Cilicie à l'ouest, la vallée du Tigre à l'est. Cette oeuvre est conçue comme une série de monographies de villes et forteresses qui comportent leur situation géographique, leur description et leur histoire des origines de l'Islam au XIIIe siècle. Elle comprend au total trois volumes contenant chacun trois sections. La présente traduction, réalisée par Anne-Marie Eddé-Terrasse, s'est concentrée sur la section II du premier volume. Le chapitre 1 présente les localités de la Syrie du Nord, à l'exception de sa capitale Alep, déjà évoquée dans la section I. Le chapitre 2 aborde les places-frontières, c'est-à-dire les villes ou les forteresses limitrophes de l'empire byzantin. On y distingue celles de Syrie et celle de azra, du nom de l'arrière-pays qui leur fournissait des garnisons. Le chapitre 3 traite enfin des marches, ces places fortes qui servaient d'appui aux places-frontières. Dans ce chapitre une part très importante est faite à leur capitale, Antioche.

  • L'analyse d'un large échantillon d'inventaires après décès a permis de proposer quelques conclusions sur l'état de la famille et de la société damascène vers 1700. Malgré un apport extérieur à la ville, Damas n'a pu connaître de réelle expansion à cette époque : les familles largement monogames, contrairement à ce que les voyageurs imaginaient, composées de deux à trois enfants, n'autorisent guère l'accroissement naturel. La hiérarchie et la structure des patrimoines suggèrent l'existence d'une société inégalitaire, dominée par le groupe des grands commerçants, étroitement uni, par les liens de la famille et les relations d'intérêt, au milieu des grands ulam' et à celui des militaires qui, en dépit de leur mise au pas par le pouvoir central, conservent une importance économique et sociale. Dans cette société, le poids de l'héritage familial dans le destin des individus, à tous les niveaux, est considérable, mais la promotion sociale n'est pas totalement absente ; de plus, les facteurs de cohésion, d'ordre strictement masculin, existent, constitués par la participation de tous au pèlerinage, et la dispersion des ay transmetteurs du patrimoine culturel et religieux dans toutes les strates de la société.

  • Bordée par les chaines de montagnes qui dominent la Méditerranée, traversée du sud au nord et d'est en ouest par les méandres de l'Oronte, la Syrie centrale offre au géographe un paysage relativement homogène. Les travaux hydrauliques, barrages, canaux d'irrigation, entrepris au cours de ce siècle, relayant les traditionnelles norias, ont donne son essor a l'agriculture de cette région, favorisant du même coup la démographie, et en ont fait une des plus riches régions agricoles de Syrie et du Croissant fertile. Homs et Hama, villes qui plongent leur racine dans l'Antiquité, se sont développées au cours des âges dans un climat de rivalité séculaire. Dans la Syrie d'aujourd'hui, ces deux cites connaissent une croissance rapide, évolution qui n'est pas sans engendrer des différences et attiser leur concurrence. Mohamed al-Dbiyat analyse ces phénomènes de croissance par une fine étude démographique : rapports entre ville et campagne, émergence des petites localités, mouvements de populations, rapports au monde bédouin, etc., nous donnent un tableau complet des avancées et des reculs de chacune de ces villes. Les aspects économiques, non seulement l'agricole mais aussi le commercial, l'artisanal, l'industriel, nous donnent une image de la région dans son ensemble ; la transformation du tissu urbain de ces villes et leurs relations avec les agglomérations qui les entourent sont décrites et expliquées avec soin et illustrées par les nombreux tableaux, schémas et cartes établis par l'auteur. Il met ainsi a la disposition du lecteur une mine de renseignements sur cette région, " renseignements établis avec rigueur et exhaustivité, avec le souci constant de croisement de données multiples ". De surcroit, Mohamed al-Dbiyat a su replacer l'analyse du développement régional de ces deux villes dans l'ensemble du développement de la Syrie et du monde arabe, ce qui donne a son livre une nouvelle dimension, offrant ainsi au chercheur et a ceux qui s'intéressent a la Syrie et au Proche-Orient, un instrument de travail de première importance, jusqu'a ce jour inédit. Enfin, c'est toujours dans une perspective méthodologique que Mohamed al-Dbiyat ouvre a la recherche des champs neufs, en interrogeant un "terrain" dont il cherche a deviner le destin a venir.

  • S'allongeant de part et d'autre de la route conduisant aux régions situées au sud de Damas, le faubourg du Mdn doit en grande partie son développement au passage de la caravane du pèlerinage vers les Lieux Saints de La Mekke et de Médine et à la commercialisation des céréales venues du awrn et de la Biq'. Dès l'époque mamelouke, plusieurs noyaux urbains apparaissent dans cet espace périphérique de Damas ; leur croissance, ainsi que la création de lotissements et la multiplication des entrepôts à blé le long de la route participeront, à l'époque ottomane, à la constitution du tissu urbain d'un grand faubourg. À travers les chroniques, celui-ci apparaît comme le repaire des janissaires locaux qui, tout au long de cette époque, s'opposeront, dans de nombreux et sanglants conflits, aux janissaires impériaux, installés dans la citadelle et les quartiers qui lui sont proches. L'analyse des documents conservés dans les archives des tribunaux de la ville (actes de succession, transactions immobilières, actes d'achat et de location en milieu rural, reconnaissances de dettes, etc.) complète les informations tirées de ces chroniques ; elle permet d'appréhender les divers groupes sociaux qui composent la population de ce faubourg et de les situer dans l'ensemble de la société damascène.

  • L'analyse des sources arabes, manuscrites comme éditées, permet de reconstituer l'histoire de la principauté de Damas, de 1076 (date de sa constitution au départ des troupes fatimides qui occupaient la ville) jusqu'en 1154 (prise de la cite par le prince zankide Nur al-Din et, ainsi, formation d'un grand État de Syrie et Gazira). Cette étude s'attache a suivre la politique extérieure des maitres successifs de Damas, face aux Fatimides, aux Salguqides, puis aux Francs et petites principautés de Syrie intérieure. On peut noter qu'en général (surtout après la mort de Tutus en 1095), le choix des princes se porta sur des objectifs limites et une politique de bon voisinage. Toutefois, la montée du sentiment anti-croise parmi les élites urbaines sunnites, la pression des 'Abbasides, et l'absence de sens politique de la part de certains responsables de Terre Sainte comme des croises fraichement débarques, rendaient la position des souverains de Damas particulièrement périlleuse. Enfin, la situation intérieure, aux niveaux politique et économique, se traduisit par une série de crises difficiles à gérer.

  • Cette étude sur le faubourg de Midan à Damas (Syrie) porte sur l'ensemble des quartiers situés au sud de Bab al-Mousalla avant l'explosion de la croissance urbaine. Jusqu'à la mise en application des plans d'urbanisme de Danger (1937), puis d'Ecochard et Benshoya (1968), le Midan évolue peu. Pendant les années 1990, l'ancien faubourg se transforme et cohabite avec les nouvelles extensions du Grand Damas. À l'aide de cartes, de plans, de coupes, de schémas et croquis, cet ouvrage vise donc à décrire l'ancienne structure du quartier, dresser le constat de son état et saisir les transformations en cours à cette époque. L'auteur analyse la centralité du Midan, la structure hiérarchisée de ces voies, la découpe générale du faubourg et ses relations avec le territoire damscène et la Ghouta.

  • Né à aqr', un village du abal mil (l'actuel Liban Sud), Muhsin al-Amn s'installa en 1901 à Damas où il s'imposa comme l'un des chefs spirituels de la communauté chiite du Bild al-m. Il y fonda une école, organisa le culte et composa de nombreux ouvrages, avec pour principal souci de réformer la société, de la rendre meilleure au regard de la Loi et plus apte à affronter les défis posés par la modernité européenne. Ce récit de vie, extrait de son monumental dictionnaire bio-bibliographique A yn al-a, retrace le parcours d'un savant, évoque quelques aspects de son magistère et témoigne des boulversements du siècle auxquels il prit part. Toute la sève du livre réside dans la narration de micro-événements et de pratiques quotidiennes et coutumières, rustiques au abal mil et citadines à Naaf ou à Damas, que vécut Musin al-Amn.

  • Ce livre est consacré à l'inventaire et à l'analyse des oeuvres poétiques si`ites jusqu'au troisième siècle de l'Hégire. Le travail de notre collègue Taïeb El-Achèche est le fruit d'une longue et patiente recherche sur les poètes si`ites « mineurs », ainsi appelés parce que les auteurs d'anthologies les ont dédaignés ou que les recenseurs ne les ont pas jugés dignes d'avoir un diwan à leur nom, soit que leurs dons poétiques fussent trop modestes, ou leurs vers trop dispersés dans les ouvrages généraux d' adab et d'hérésiographie, dans les chroniques historiques ou dans les sommes biographiques consacrées à telle doctrine, telle école juridique ou telle branche du savoir. À cet égard, les quelque 229 notices groupées dans cet ouvrage constituent, à leur tour, un dictionnaire biographique spécialisé réunissant des poètes établis tels qu'al-Kumayt al-Asadi ou al-Sayyid al-Himyari, et une foule d'autres personnages que la circonstance, l'ardeur d'un combat, la déploration d'un martyr, ont érigés, pour un temps et d'aventure, en poètes.

  • La part qu'occupent les activités textiles dans la ville, l'importance des tissus dans les biens de pèlerins morts par hasard à Damas, la place des étoffes dans les inventaires féminins et masculins des habitants de la cité attirent l'attention : il faut passer le seuil des maisons, des boutiques, il faut regarder, compter, pour aborder le quotidien « textile » de l'ensemble de la population damascène. Travaillant depuis une quinzaine d'années à partir d'inventaires après décès, ces documents comptables qui établissent à la mort d'un défunt l'état de ses propriétés, minutieusement décrites et estimées, les auteurs ont retrouvé les noms, la qualité, les couleurs, la valeur, les usages de ces tissus ottomans et indiens présents dans Damas vers 1700. Ils leur redonnent leur place dans les différents types de boutiques et d'intérieurs et montrent ainsi comment l'habit, l'étoffe ou la fourrure, jouent un rôle symbolique et marquent la distinction sociale.

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