Presses Universitaires de Vincennes

  • Peu connue du public, la conception ricoeurienne de l'utopie est pourtant très féconde. Paul Ricoeur lie l'utopie à la question centrale de la créativité dans ses travaux, ce qui explique son lien avec l'imaginaire social. Il n'a pas hésité à en faire le plaidoyer à l'époque même où cette notion, en raison du marxisme et de sa critique, n'avait pas bonne réputation. Contre l'utopisme, il n'a cessé de montrer que la bonne utopie était celle qui acceptait un état de tension entre un absolu souhaitable et un optimum réalisable. L'utopie est vitale en démocratie : par son statut d' « extraterritorialité », elle permet de contester le caractère idéologique de l'ordre social établi.

  • Souvent passés sous silence par les théoriciens de la littérature, l'art et la culture du Moyen Âge sont pourtant à l'origine de quelques-unes des interrogations majeures de la critique moderne. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre que celle d'aujourd'hui, la civilisation médiévale, par le déplacement du regard auquel elle nous conduit, a en effet permis, en de nombreux cas, de renouveler notre regard sur l'objet littéraire. Sans prétendre à l'exhaustivité, ce livre propose un parcours à travers les débats qui, parfois depuis le Moyen Âge lui-même, ont alimenté le débat critique moderne. On y trouvera évoqués des médiévistes, les uns connus au-delà de leur spécialité, comme Zumthor, Curtius, Jauss ou Eco, d'autres un peu moins célèbres comme Rychner, Bédier, Dragonetti ou Khler, mais tous dignes de retenir l'attention par le rôle qu'ils ont joué dans le renouvellement des paradigmes de la critique littéraire.

  • L'un des rares en sociologie de la musique à étudier ensemble les différents genres musicaux, cet ouvrage se distingue aussi en abordant cet objet à travers ses lieux, les salles de musique, et ses professionnel·les, les programmatrices et programmateurs, qui sélectionnent les artistes. Il éclaire aussi la façon dont les phénomènes culturels contribuent aux dynamiques urbaines, en transformant les représentations et les fréquentations des différents quartiers de ces deux capitales.

  • Comment réfléchir les relations entre design et sciences, à une époque où l'omniprésence du design dans la société semble aller de paire avec la difficulté de sa définition ?
    Cet ouvrage propose une synthèse inédite des liens interdisciplinaires situant le design à l'enchevêtrement entre l'anthropologie de l'image, l'esthétique, l'histoire de l'art, les Sciences and Technological Studies (STS) et la culture visuelle des sciences. Il s'agit de proposer une analyse d'exemples historiques comme de pratiques de recherches contemporaines qui situeraient le design entre recherche et science.

  • Aux États-Unis, le Land Art se développe à partir de 1968 sous la forme de sculptures monumentales situées dans des espaces volontairement éloignés des centres d'art. Dès lors, comment montrer au sein d'un lieu d'exposition ce qui à l'évidence se tient ailleurs, et qui parfois n'existe plus sur le site original ?
    Les aspects de ce problème à la fois artistique et institutionnel déterminent en définitive l'expérience même des spectateurs. Cet ouvrage propose d'examiner les implications théoriques de cette nouvelle manière d'appréhender les oeuvres, en confrontant les divers discours sur le Land Art, du récit de voyage aux critiques d'art de l'époque, des textes philosophiques aux écrits d'artistes. Il offre ainsi une réflexion sur notre rapport aux oeuvres d'art aux prises avec leur effacement.

  • De quoi est fait ce que l'on appelle communément « la ville » ? Comment se construit dans la longue durée l'espace urbain ? Quels sont les rapports entre morphologie urbaine et fonctionnement social ? Cet ouvrage propose de répondre à ces questions en explorant les mécanismes de la fabrique urbaine. Les formes urbaines sont ici analysées dans une double perspective : celle de leur fabrication par des pratiques sociales qui varient sans cesse et, en retour, celle de leur influence sur le fonctionnement social.

  • « Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine ». Ce simple énoncé, aux faux airs de tropisme, assume en une phrase toute la radicalité d'Arif Dirlik. Ce sinologue américain d'origine turque est à l'écoute de ce que nous dit la Chine, sans jamais s'exempter de nous rappeler les complicités économiques, politiques, managériales ou académiques qui accompagnent son incroyable développement.
    Les origines du mot « Chine », l'importation des sciences sociales, l'influence de l'anarchisme sur les premiers marxistes chinois, la trahison des promesses de la révolution, la Chine postsocialiste et le postmodernisme, le renouveau nationaliste, la destruction massive de l'environnement et la croissance continue des inégalités... voici la liste non exhaustive des sujets abordés par Arif Dirlik dans cet ouvrage qui échappe aux pièges de la sentimentalité victimaire et des discours exceptionnaliste comme essentialiste de la supposée « altérité » chinoise qui ont marqué les esprits au tournant du xxie siècle.
    Ce premier choix de textes, fait avec leur auteur, permet de découvrir la logique imparable qui lie histoire, langage et théorie critique dans une longue et fructueuse carrière, achevée trop tôt en décembre 2017.

  • Très célèbre et médiatisée de son vivant, Marguerite Duras (1914-1996) continue, vingt ans après sa mort, à attirer une multitude de lecteurs, à susciter des études dans les universités du monde entier et à exercer une influence marquante sur les écrivains actuels.
    Ce retentissement est dû à la force singulière de sa voix qui est comme celle du mythologue de la cité : démesure, scandales, incantations, palingénésies, sont autant de manifestations d'un véritable soubassement mythologique de sa production artistique. Dans sa modernité et sa diversité - littérature, cinéma, théâtre, écriture pour les journaux - l'oeuvre durassienne renouvelle la puissance du chant de l'aède qui raconte les origines du monde. Duras façonne notre mémoire et parle à notre imaginaire à travers un espace sacral, cultuel et culturel qu'elle n'a cessé de créer, en mythopoète.

  • À l'ère où les médiums s'hybrident, où les disciplines se décloisonnent, où les supports se dématérialisent, il s'agit de penser la photographie entre les arts, les médiums et les savoirs.
    À l'heure où la photographie est à la fois un objet conceptuel, une image en vecteur, un espace viral, un lieu de migration, il s'agit de proposer une recherche en acte(s) où la théorie favorise un lieu relationnel capable de déterritorialiser les disciplines et de faire converser les pratiques.
    Au moment où s'épuisent les hiérarchies historicistes, les classements par genre, la photographie reste art de la représentation mais se révèle art non mimétique, art nodal, art parfois disruptif, bref, Figure à partir de laquelle de nouveaux modes de pensée se construisent, de nouveaux critères scientifiques s'inventent, de nouveaux champs de savoirs dialoguent.
    Aujourd'hui, cet ouvrage - où l'indisciplinarité s'est imposée comme schème de recherche - propose de penser En photographie des oeuvres déployant des gestes, des actes, mais aussi des matériologies et des plasticités dont la photographie est magnifiquement détentrice.
    Tel est l'enjeu de cet essai orchestré par une indisciplinarité, qui en appelle à tout un chacun qui s'intéresse à la photographie mais pas seulement.

  • Ce livre a pour point de départ la singulière vieillesse que s'attribue Gustave Flaubert, dès le plus jeune âge, dans sa correspondance. Il propose de relire l'oeuvre du romancier comme une réponse à cette expérience du temps, héritée du romantisme mais exacerbée par la génération d'après la révolution de 1848 au point de devenir une véritable vie posthume. Il offre, du même coup, une réflexion sur l'histoire des formes romanesques au XIXe siècle, en tâchant de comprendre comment le roman flaubertien compose à partir de l'expérience posthume - comment il traduit cette expérience et comment il la produit, pour faire ressentir au lecteur dès la première page que tout est déjà terminé.

  • « Le prénom de Dieu » est le premier livre publié par Hélène Cixous, en 1967. Il aura été le Point de Départ, un départ pour un long voyage, qui compte déjà plus de quatre-vingts escales et dure depuis cinq décennies. Comme l'a écrit Jacques Derrida, sur qui ce recueil est arrivé comme un olni (« objet littéraire non identifié »), dans cet ouvrage « s'annonce, se nomme sans se nommer, se prénomme un grand absent.
    On pourrait croire à la reprise, par une écriture littéraire à la fois picaresque, fantastique, kafkaïenne, joycienne, des opérations de la théologie négative ». Pour Hélène Cixous, écrire, cet « acte violent d'amour », est le « morcellement d'un cri », un cri qui peut être une manifestation de la douleur d'exister, mais aussi un appel vers ce qui promet et qu'on nomme parfois « Dieu », faute de mieux.

  • Homme des archipels, Édouard Glissant a révolutionné la pensée de l'identité, qu'il s'agisse du moi, de la nation ou de la culture. Dépassant l'opposition entre l'universel et le particulier, il a ouvert les esprits à l'expérience de la relation : celle qui transforme, démultiplie, créolise. Son oeuvre s'attache à la mémoire de l'esclavage, condamne la colonisation, tout en contestant les communautarismes, pariant généreusement sur les rencontres imprévisibles et fécondes.

  • Les États-Unis d'Amérique n'ont pas de Hobbes, de Locke, ou de Rousseau ; cependant, leur théorie du contrat social sort tout droit de la philosophie européenne, et le western est cette création artistique qui anime la théorie politique, qui la donne à voir, plein écran et pure fiction. Le western est analysé ici comme une philosophie en action où sont mis en scène les acteurs et les protagonistes de la création d'une république dont l'entrée est refusée à l'Indien, systématiquement « sauvage ».

  • Les articles de ce volume reviennent ainsi sur les différentes théories du réalisme en littérature, du réalisme socialiste à la théorie anglo-saxonne de la littérature-monde, en passant par l'école de Francfort et la sociocritique. Interroger ces différentes approches du réalisme, c'est réaffirmer la justesse de ce concept tout en justifiant une approche résolument matérialiste : il s'avère en effet impossible de conceptualiser de façon opérante le réalisme sans conjointement prendre en compte un monde social à partir duquel la littérature est écrite et pensée.
    L'ouvrage se propose de tenter de cerner ses usages non pas dans toutes ses réalisations médiatiques mais dans le domaine littéraire: que désigne le réalisme ou plutôt les réalismes en littérature ?...

  • De la peinture de Francis Bacon aux films d'Alain Resnais, les oeuvres visuelles de prédilection de Gilles Deleuze s'inscrivent dans une esthétique qui valorise l'excès, l'errance et la sublimation. De l'hystérie en peinture au surgissement de l'image-temps au cinéma, Deleuze promeut la propagation directe des forces que l'image véhicule, privilégiant la pure présence de ce qui est image. Sa critique de la mimésis et des distances réflexives de la représentation témoigne d'une forte défense des états de fusion et d'une fuite dans l'imaginaire.
    L'approche philosophique de Deleuze a pour singularité de penser l'image sans transcendance, sans manque et sans absence.
    Ce livre incite à considérer les origines et les conséquences d'une telle affirmation de l'immanence de l'image, y compris ses contradictions, tout en ouvrant un questionnement plus général sur le rapport entre image et subjectivité.

  • Cet ouvrage a pour objectif d'étudier par une approche génétique l'écriture balzacienne à l'oeuvre, dans sa multiplicité : une écriture qui excède toute délimitation préexistante, un ensemble de livres réfractaire aux cadres éditoriaux traditionnels et un travail que la vulgate de la critique génétique peine à bien définir. Sans oublier une longue tradition érudite des études balzaciennes, il s'agit de voir à partir de différents sites comment s'élaborent chez cet écrivain un questionnement inlassable sur la mise en forme romanesque, une articulation originale d'éléments de composition et une gestion dynamique de l'édition de son oeuvre plurielle.

  • Apparues aux États-Unis durant les années 1990, les Visual Studies sont nées d'un déplacement des études culturelles anglo-saxonnes vers les questions visuelles. Elles résultent également d'un décloisonnement de l'histoire de l'art. Les contours de ces savoirs universitaires, artistiques et militants, nourris de nombreuses influences françaises, demeurent pourtant mal connus. Si les notions d'« études visuelles » et de « culture visuelle » sont désormais de plus en plus mobilisées par la recherche francophone sur l'image, ce livre montre qu'elles n'ont rien de convenu. Il en retrace les origines avant de présenter les principaux concepts permettant de penser la place prépondérante désormais occupée par le regard et l'imagerie dans la vie quotidienne. Plus qu'une simple introduction raisonnée, Les études visuelles applique les préceptes des Visual Studies à leur propre histoire, tout en méditant sur les nouvelles visibilités populaires et politiques.

  • Ce livre explore l'écriture singulière de Valère Novarina, à partir de l'expérience de metteur en scène de Claude Buchvald. Il raconte l'histoire de cette plongée dans un univers textuel novateur et exigeant, en explorant avec les acteurs, pas à pas, son avènement sur la scène.
    Écrit en un style résolument personnel et accompagné de photographies originales souvent inédites, ce livre est un acte de foi en la puissance visionnaire du théâtre.

  • Édouard Glissant (1928-2011), poète et philosophe né en Martinique, est une référence majeure pour penser la mondialité aujourd'hui. Ses idées de créolisation et de Relation, commentées sur tous les continents et les archipels, ont bouleversé l'approche des identités et des cultures. Pendant les dix dernières années de sa vie, il s'est entretenu régulièrement avec François Noudelmann qui publie leurs discussions publiques et privées. Son inspiration philosophique, sa définition de la beauté, ses conceptions politiques sont au coeur de leurs débats. Ces entretiens offrent un apport essentiel à la compréhension de Glissant. Ils sont suivis par des articles sur des problèmes théoriques fondamentaux et sur des questions d'actualité, tels que la transmission sans universel ou les concurrences mémorielles.

  • Comme Proust, comme Kafka, Borges a fait du « devenir auteur » une aventure vitale, que ce soit par la mise en scène d'une fiction autobiographique ou par le déploiement d'une métaphysique de la littérature.
    Julio Premat, propose un parcours dans l'oeuvre et dans le mythe de l'écrivain en privilégiant les aspects les moins connus en France.
    Trois figures de Borges ou trois avatars, sont analysés tour à tour : le héros fondateur, le fils à l'oeuvre, l'aveugle clairvoyant. Elles permettent de présenter les particularités de ce classique de la modernité et d'introduire les pôles thématiques majeurs de ses textes : l'érudition, la temporalité, le biographique et la lecture.

  • Les immigrants maghrébins et leurs descendants, relégués autrefois dans les marges sociales et culturelles, font depuis vingt ans pleinement partie de la vie nationale d'une france devenue multiculturelle. Au cinéma, ils ont acquis le reconnaissance du grand public en tant qu'acteurs et cinéastes ou comme sujets de nombreux films. Ce livre, qui réunit des chercheurs dans le domaine des études postcoloniales francophones, est le premier volume collectif à présenter un examen critique de ce cinéma multiple. Les auteurs de l'ouvrage mettent particulièrement en évidence les visions de l'intégration que les films de la diaspora maghrébine contribuent à faire émerger.
    Le bilan de cette production très diverse permet d'analyser dans toute leur complexité les changements sociaux dont ces films témoignent et qu'ils ont contribué à développer.

  • Six créateurs contemporains ont été choisis pour interroger les codes culturels, le politique et le religieux dans la danse indienne : Shantala Shivalingappa, Padmini Chettur, Bartabas, Pina Bausch, Carolyn Carlson et Ariane Mnouchkine.
    Partant de styles traditionnels de l'Inde, fondés sur l'idée d'un art total alliant musique, théâtre, poésie, danse, arts plastiques yoga, arts martiaux et arts numériques, plusieurs artistes font aujourd'hui le double choix du théâtre et de la danse contemporaines. Ainsi de Shantala Shivalingappa, Padmini Chettur, Bartabas, Pina Baush, ou encore de Carolyn Carlson et Ariane Mnouchkine. Six de leurs créations montrent ici comment un certain corpus littéraire indien se trouve détourné, fragmenté ou remplacé par des écritures éphémères avec projections d'images, calligraphies ou dessins tracés au sol. Elles témoignent aussi des interrogations que portent ces représentants du spectacle vivant sur les conditions d'émergence de leurs mouvements quotidiens et sur les limitations imposées en particulier au corps de la femme.

  • Artistes contemporains de cinéma et de théâtre donnent la réplique à Alain Astruc dans ce livre d'entretiens où se mêlent des extraits d'un ouvrage théorique inédit et des photographies d'Alain Astruc comédien.
    "Alain Astruc est sans doute un novateur qui comptera dans l'histoire de notre théâtre contemporain. Il fait basculer, comme il le dit lui-même, la représentation d'un monde à l'autre, du monde de la vue au monde de la voie... Il inverse les rapports de l'écriture et de la parole. Lui, fait passer la parole en premier : c'est la parole qui fait l'écriture et non l'inverse...?" Jean-Pierre FAYE
    "Voilà, mesdames et messieurs, nous avons vécu jusqu'à présent le monde de la représentation. Ce monde est mort, vive le monde. Et on entre maintenant dans le monde de la présence, c'est tout. C'est difficile à faire, c'est sûr." Alain ASTRUC

  • Ce livre est une approche théorique, principalement philosophique, de l'écriture critique. Il est pensé comme une boîte à outils devant permettre à un rédacteur ou à un lecteur de situer les textes critiques relativement aux conceptions de l'oeuvre d'art et aux conceptions du discours. Il explore les liens entre la critique d'art et les convictions philosophiques, esthétiques et épistémologiques - parfois implicites - depuis la révolution de l'art moderne à la charnière des XIXe / XXe siècles jusqu'à aujourd'hui, à partir des questions suivantes : quels types de savoirs les critiques proposent-elles ? En fonction de quelles attentes ? Ce livre s'interroge aussi sur les relations entre la critique et les codes et conventions artistiques. De manière générale, on peut donc considérer qu'il s'intéresse aux liens entre la critique et les croyances au XXe et XXIe siècles.

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