Arts et spectacles

  • Si les tableaux de Paul Cézanne ramènent Charles Juliet sur les lieux de sa propre adolescence, ils provoquent aussi en lui un questionnement sur la création, qu'elle soit celle du peintre ou celle de l'écrivain. Ce livre est un face-à-face troublant entre deux oeuvres, il est aussi un échange, un dialogue entre deux solitudes tendues vers l'autre et vers la vérité, au-delà du temps, au-delà de la mort.

  • Il y a plusieurs âges de la peinture dans la fresque. Ce Déluge d'Uccello retient une énigme. Le problème de l'espace et de la construction perspective y est étrangement anachronique par rapport à ce qu'est ici la solution de la figure : une grande métonymie des états de mouvement dans un espace stéréoscopique ; la figure ainsi comprise comme corps y est débordée par une inconnue de référence et d'emploi dans le 'mazzocchio'.
    La couleur découpe des unités, non des détails : elle est faite d'un grain plus gros que les corps. Un des niveaux de lecture est sans doute celui qu'impose une sorte d'avancée fantomale du corps de la mythologie, non de ses figures.
    Ce livre est mis en scène par des passages de peinture (des passages écrits, des sortes d'animaux) qui prennent appui sur les deux bords opposés de ce Déluge : la division des corps dans l'eau et l'objet le plus résistant (le module refermé de construction des figures).

  • '? Sommeil du Greco est-ce le titre d'un essai ou d'un roman?
    ? C'est un livre dont l'objet constant, avec des différences de distances qui le règlent, est le Greco ; quelques-uns de ses tableaux, la Vue de Tolède, Saint Jean Baptiste, Madeleine, Saint Sébastien (le faire, le voir, la manière, la contamination de style entre le peintre et l'écrivain), le Laocoon, et surtout, L'Enterrement du comte d'Orgaz.
    ? Mais tu y parles de toi-même! Pourquoi infester cette peinture de ta biographie?
    ? J'y parle, je crois, uniquement du Greco. De moi, si l'on veut et si peu qu'il a été nécessaire. C'est que les raisons qui m'ont fait regarder cette peinture ne sont pas d'abord esthétiques, elles sont biographiques ; elles sont donc, au moins, dans ces apparentements de substances qui nous font reconnaître des figures.
    ? D'où vient ce regard?
    ? En partie d'un fond biographique, à travers ce roman écrit par d'autres figures ; un entêtement à en saisir la vie. L'aspect le plus expérimental de ce livre est la question de la lumière : celle des sujets de peinture, de la matière (comment cette peinture montre-t-elle la lumière?) ? L'objet du livre?
    ? Nous passons de la matière de la lumière au sujet de la peinture.
    ? Comment?
    ? Nous sommes l'un et l'autre.'

  • Cette suite d´articles, pour la plupart publiés en ligne sur le site des Cahiers du cinéma, certains dans la revue Vacarme, s´organisent autour de quelques faits ou éléments constitutifs, pour Pierre Alferi, du pouvoir qu´exerce le cinéma sur nous. D´abord le fantastique et l´immaturité qui sont d´ailleurs, hors même le genre dit fantastique qui fait ici l´objet de beaux développements, au coeur du cinéma qui produit des fantômes animés. Pierre Alferi s´attache à l´évocation et à la critique aussi bien des films à effets (science-fiction, monstres, vampires, etc.) que d´oeuvres plus discrètes, elliptiques, mais pas moins efficaces (ainsi du cinéma de Jacques Tourneur). Ensuite la mélancolie filmée à travers cette manière qu´ont certains héros non pas de regagner le monde qui leur a été refusé, mais d´en faire leur deuil. Ensuite encore, bien sûr, les acteurs, ce qui les fait, peut-être, des êtres d´un genre unique dont les personnages endossés seraient les espèces. Quelques portraits pour cerner une singularité qui ne s´affiche pas, hyperphysique, qui se laisse entrevoir de rôle en rôle, entre les avatars.
    Enfin, quelques articles imaginent des cinéastes à partir de leurs films. Certains s´appuyèrent sur un modèle déjà classique du beau, dans le théâtre et la peinture, pour maintenir farouchement une volonté d´art dans l´usine à films (Lang, Murnau, Ulmer, Preminger). D´autres, arrivés un peu tard, ont mimé cette volonté (Minnelli, Corman, Lynch, Kitano).

  • Gloire des formes

    Jean Frémon

    L'art d'aujourd'hui, quand il n'est pas seulement un aimable divertissement, reste hanté par un conflit engagé dès ses origines, bien avant même que l'art se pense comme tel : figurer-défigurer, produire de l'image ou bannir l'image, capter l'illusion de la vie ou se réfugier dans le sublime d'une vibration lumineuse. Désir d'image et haine de l'image sont indissociables. Nous voulons dire et taire à la fois, montrer et cacher, créer et détruire. Le règne des images est celui des passions violentes, mais c'est un monde d'où la vulgarité est absente, c'est rare; et que la grâce parfois visite.

  • Ce livre reprend une conférence faite en octobre 1997 : qu'est-ce que l'image du dieu mourant à l'écran? Quatre conférences imaginaires lui font suite : l'hypothèse d'une machine expliquant ce qu'est un homme, une proposition sur la genèse des rêves en 1806, les fantasmagories du Second Faust, une image de neige fondant sous les yeux de Perceval.
    Jean Louis Schefer développe dans cet essai l'idée que le cinéma appartient à l'histoire de nos poétiques. Il continue, accélère ou modifie, une projection d'images ininterrompue dans toute notre histoire ; et il fait maintenant revenir les images anciennes.

  • Magritte

    Bernard Noël

    Les Vacances de Hegel, le tableau que Magritte peignit en 1958 et qui représente un parapluie ouvert surmonté d'un verre aux trois quarts plein, est au centre de cette étude. Itinéraire plutôt qu'étude, en fait, puisqu'il ne s'agit pas ici d'expliquer une uvre, d'en épuiser le sens en se l'appropriant, mais d'épouser le mouvement d'une pensée qui travaille visiblement, de se placer sous un regard qui est aussi une peinture et aussi une pensée et cela par l'écriture, cette description invisible... Bernard Noël, s'appuyant sur une analyse du regard qu'en retour l'uvre provoque et sur les textes laissés par le peintre, restitue le fonctionnement de cette pensée qui se confond avec sa matérialisation.

  • Images mobiles

    Jean-Louis Scheffer

    Films, photos, détails : le cinéma burlesque tient dans ce livre la plus grande place. Ce cinéma a été, en Europe, réservé aux enfants.
    Monde violent, sans règles de sentiments, véritablement impitoyable, cet enfer goguenard des marginaux sociaux, cet univers sans expression de sentiments était-il un monde pour rire? Sans doute ces enfants-là ont-ils appris une cause à ces châtiments incessants. Les grands nigauds maladroits, chassieux, fil de fer, obèses, sales, vagabonds avaient gardé, pour nous, l'âge des châtiments, non celui des désirs.
    Quelle école, quelle initiation? Ces films-là ont sans doute été tout le réalisme du cinéma : les seules caricatures de notre vie. Tout autre cinéma a été une féerie de sentiments.
    Monde de pure violence sans équivalent sentimental (l'amour y est toujours une gaffe) : il a suffi de nous en montrer le chaos : l'arche de Noé en train de couler. La réalité mécanique des choses humaines ; les burlesques étaient tout simplement le déchet de cette machine. La seule vision réelle de l'histoire qu'ait produit le cinéma.
    Tout le reste, sans doute, s'apparente à une féerie sentimentale.

  • Lensemble de ce livre, promenades de musées, dialogues avec des sujets de peinture, 'lettres' ou réponses à des demandes de commentaires de peinture, ne développe pas de philosophie de lart, namorce pas une théorie de la figure et ne prend pas parti, non plus, dans une querelle sur lart contemporain. Mais quelque chose dautre y est introduit ou construit, à travers un dialogue avec les fragments de ce 'portrait du monde' que fait la peinture par le moyen des corps. Le texte doit en effet, avant de dire la loi ou dorganiser lhistoire, laisser parler ces corps inconnus parce quils sont la séduction même de lhistoire. Quest donc le mélange du sérieux et de la fantaisie, de la constance et du caprice? Est-ce un jeu? Est-ce, autrement, un style? Cest lactivité du portrait.

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