Nouvelles Lectures

  • Lorsque le commissaire Mathieu Difrade reçoit le journal intime de celui qui se présente comme un « méchant », il enfile des gants pour ne pas brouiller les empreintes. Ce n´est qu´après avoir pris cette précaution qu´il lit le texte, d´une seule traite. Il le photocopie, puis, incrédule, le relit avant de confier l´enveloppe et le texte dactylographié au laboratoire de police scientifique.
    Le commissaire Mathieu Difrade se persuade qu´il n´a pas affaire à un mythomane mais bien à un tueur qui le défie. Commence alors pour celui que l´on surnomme le Flicorse une enquête hors norme.
    Une première victime est découverte sur la promenade Polangis qui longe la Marne. Tout comme l´annonce le « méchant » dans son journal...

  • « Les rues défilent. Il regarde les magasins, les enseignes. Des noms, partout des noms. Un sentiment étrange l´envahit. C´est comme s´il entrait dans le monde. Maintenant il est à égalité avec tous ces gens qui circulent sur les trottoirs. Il aurait presque envie de descendre, d´aller serrer la main au premier venu.
    - Bonjour, je m´appelle.... » Un nom. Un nom enfermé dans une enveloppe scellée. Comment la loi peut-elle permettre à une mère de cacher, pour toujours, son nom à son enfant ? Quel secret de famille, caché dans cette enveloppe, découvrira Martin, le héros de ce livre, à l´issue de la recherche éperdue de son identité ? L´amour d´une mère adoptive peut-il remplacer l´amour de la mère rêvée, idéalisée, la « vraie » mère ? Cet amour empêchera-t-il la haine de frapper à la porte de la maison ?
    Par ce roman fertile en rebondissements, dont l´issue restera incertaine jusqu´aux dernières pages, histoire policière et romantique tout à la fois, l´auteur revient sur la question tant controversée aujourd´hui du droit à l´identité.

  • Dolorès a été martyrisée. Elle connait son bourreau ; c´est son mari, Gabriel. Dès le premier jour de ce qu´il ne convient pas d´appeler leur amour, la violence a mené le jeu. La rencontre s´est faite sous le signe du traumatisme. Un viol. Un enfant a été conçu. Dès lors, le destin de Dolorès fut scellé.
    Après cela, comment vivre ?
    La souffrance est au centre de ce roman qui met en scène une famille installée à La Ciotat, dans cette Provence maritime dont la séduction facile ne parvient pas à faire oublier l´âpreté.
    Gilberte Declarth parvient, avec un sens aigu de l´analyse, à montrer les ravages de la violence dans le coeur de la lumineuse et touchante Dolorès. Lentement, au fil des portraits des membres de toute une famille, le lecteur entre en empathie avec cette héroïne hors du commun. Il saisit une part de son mystère, est touché par son calvaire. A cela, il faut ajouter une écriture à la phrase sinueuse qui surprend, puis séduit et envoûte.

  • Une femme belle, riche, cultivée. Libre, surtout. Parisienne en visite dans la campagne solognote en compagnie de deux hommes, deux amants possibles... Tout commence par un marivaudage façon années 1920. Lorsqu´un troisième homme, en vérité un adolescent, surgit de nulle part. Il s´est évadé d´une « maison de correction pour enfants punis », dont la violence n´a d´égale que l´hypocrisie d´une époque.
    La grande bourgeoise et le sauvageon qui n´auraient jamais dû se rencontrer, se retrouvent dans l´intimité d´une chambre. Leur face à face est troublant.
    Cette nouvelle, d´une humanité bouleversante, n´avait jamais été rééditée en volume depuis sa parution, en 1928. Nous vous la proposons accompagnée d´une présentation éclairante d´Alain Duneau, éminent universitaire qui a participé à l´édition des OEuvres romanesques de Giraudoux dans la Bibliothèque de la Pléiade.

  • « Marguerite Duras, je m'en étais fait depuis longtemps une idée presque définitive. Ses tics et ses poses, son minimalisme maniéré. Un jour, on m'a annoncé qu'elle était morte ou quasi. Un an après, Marguerite me téléphone: ressuscitée! C'est ainsi que tout a commencé. Aujourd'hui, j'ose écrire ce portrait d'elle, autour de quelques promenades que nous avons faites en Normandie, mon pays natal. Elle connaissait la région comme sa poche, bistrots, chemins, rivages paumés, forêts, cimetières de la guerre... Marguerite me confiait mille anecdotes au débotté, intimes et féroces. Son vrai visage m'apparaissait: ses obsessions tragiques, ses peurs, ses décrets furieux, sa belle dinguerie littéraire. » Patrick Grainville.
    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • "Je n'ai pas choisi d'écrire sur Nancy Mitford, elle s'est imposée à moi. J'ose croire que le hasard n'existe pas. La romancière anglaise chic et scandaleuse, aux reparties si vives et cinglantes, m'a touchée plus que n'importe quel autre auteur. J'ai cherché à percer le secret de la femme derrière l'écrivain. Il était question d'amours mortes et d'hommes qui n'en valaient pas la peine. Nancy a trouvé la parade, l'ironie et l'insolence, et moi j'ai enfin mon modèle." Stéphanie des Horts. La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un aîné disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Nous nous connaissions, bien avant de nous rencontrer. » Boris apparait dans ma vie comme une mystérieuse évidence, il incarne le mystère de la rencontre. Boris, je le connais depuis toujours. Avant de devenir amis, nos routes s'étaient étrangement croisées plusieurs fois. J'ai voulu interroger ces énigmes qui nous ont conduits jusqu'à cette fraternité de « résilients ». J'ai voulu donner à voir l'homme pudique et rendre hommage à celui qui dénonce la fatalité de la souffrance. Grâce à Boris, les béances de mon histoire se sont comblées. "L'enfance sous silence" peut alors se dire, s'écrire. Les quêtes et enquêtes de mon grand frère de sens ouvrent la voie et éclairent nos parcours ; à la lumière du sien j'ai pu retrouver les archives du Service des enfants secourus : admissions, placements et même photo de mon collier au matricule gravé. - Je suis le numéro 93 10. - ...et toi Boris? Catherine Enjolet. La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un aîné disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Pourquoi l´ancien flic que je suis, devenu auteur de romans policiers, s´est-il passionné pour l´oeuvre de Sartre ? Il n´est pas anodin de fréquenter la mort et des meurtriers. On se pose forcément des questions sur le sens de l´Être, sur "l´existence". Le flic peut trouver chez Sartre une incitation à mieux réfléchir, donc mieux comprendre la nature humaine qui est son champ d´action. L´auteur de polar peut y braconner un modèle d´écriture, du sens, des énigmes ou des personnages. Dans La Nausée, je me suis intéressé aux hommes, lorsqu´ils jouent les imbéciles ou les salauds. Pour moi, le Roquentin et l´Erostrate de Sartre côtoient Maigret et Gabriel Lecouvreur alias "Le Poulpe". Au cours d´une conversation avec l´Autodidacte, Roquentin est soudainement frappé par la réalité d'un couteau à dessert; je serais tenté d'imaginer une suite tragique bien différente de celle philosophique donnée par Sartre. Pourquoi Roquentin n´endosserait-il pas les habits d´un assassin ? Quelques personnages du théâtre de Sartre sont aussi des tueurs en série en puissance. Goetz, notamment, dans Le Diable et le Bon Dieu, qui recherche le Mal pour le Mal : il pourrait devenir un meurtrier mystique. Sartre voulait être à la fois Spinoza et Stendhal. Un auteur de polar pourrait rêver d´être Sartre et Simenon.» Jean-Paul Ceccaldi La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Françoise Sagan fut de ces quelques écrivains qui m´ouvrirent la porte de la littérature et du théâtre. Grâce à elle, j´accédais à un nouveau monde. Bonjour tristesse et Château en Suède furent de véritables chocs littéraires. Cette "petite musique" que l´on retrouve dans toute son oeuvre, et qui a transporté tant d´hommes et de femmes, ne m´épargnait pas. Je me suis mise à lire tous ses livres. Le choix de ses mots, le caractère de ses personnages, la force de ses décors, la finesse de son style, la subtilité de chaque réplique me donnaient l´envie de la lire encore, de tout découvrir et même de relire. Je dévoile dans ce texte mon histoire avec son oeuvre, ses romans, ses pièces de théâtre, ainsi que ma rencontre avec son fils, Denis Westhoff. Se plonger dans l´oeuvre de Françoise Sagan, c´est devenir dépendant d´un style et d´une écriture reconnaissable entre mille. Mettez-moi au défi de retrouver ses mots parmi d´autres, je vous promets de jouer le jeu et de reconnaître sa plume à coup sûr. » Myriam Thibault La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Jules Verne ? Et pourquoi pas la comtesse de Ségur ? Un auteur pour la jeunesse comme écrivain fétiche alors que nous sommes censés arrêter de le lire passé 15 ans. Je persiste et je signe. J´aurais pu choisir la Comtesse dont j´ai follement aimé les livres fillette mais j´ai opté pour le pendant masculin de mes passions littéraires de jeunesse. De nos rêves d´enfance découle tout le reste. Et Jules Verne m´a imposé sa manière : de l´ambition et pas de frontières. Il est celui qui fait cavaler l´imagination. Il la débride. Il la ventile. Il la disperse aux quatre coins du monde et au-delà. Les voyages extraordinaires, un thème inépuisable associé à un adjectif jamais galvaudé chez lui. Le tout en 62 romans que je n´ai pas tous lus mais que je peux toujours lire. On ne quitte jamais Jules Verne. On lui reste fidèle. » Françoise Dargent La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Je me vois toujours en train de lire un livre de Colette. C´est ma drogue dont je prends, chaque matin, une dose en ouvrant, au hasard, un volume des oeuvres complètes de mon idole qui m´a aussi servi de guide pour explorer Lesbos. Comme Marcel Proust était fasciné par les jeunes filles en fleurs de Gomorrhe, je l´ai été par ces mêmes jeunes filles qui étaient devenues des vieilles dames quand je les ai rencontrées, au siècle dernier. Elles évoquaient, en rougissant de plaisir au souvenir des plaisirs passés, les aventures saphiques de celle qui fut successivement Mme Willy, Mme de Jouvenel, Mme Goudeket et avec qui elles avaient secrètement partagé d´inoubliables voluptés. Seule une femme aimant les femmes comme Colette a pu dépeindre des femmes aussi profondément femmes que Claudine, Lea de Lonval, Julie de Carneilhan, ou Gigi. Avec Colette, les "femmes damnées" chères à Baudelaire sont devenues des amantes ne se cachant plus et montrant leur fierté d´être des élues de Lesbos qui célèbrent ouvertement leur culte. Pour parvenir à cette visibilité, Colette, par son exemple et par son oeuvre, a fait plus que la plus engagée des féministes. Elle a été, à sa façon, révolutionnaire. Et surtout adorable, comme l´avait décrété Léon-Paul Fargue : "Adorable Colette". Oui, adorable et éternelle Colette qui gagne à être mieux connue... » Jean Chalon La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Pourquoi ai-je choisi Roger Vailland ? Ce n´est pas moi qui l´ai choisi ; c´est lui qui m´a choisi. Ou, tout au moins, j´en ai, depuis quelque temps, ressenti la prétentieuse et mégalomane impression. Je m´explique. En rédigeant ce texte, j´ai pris conscience qu´au fil des années, trop de coïncidences nous réunissaient, nous unissaient, lui l´écrivain, moi le lecteur. Dans le désordre : son lieu de naissance (Acy-en-Multien), en Picardie, comme moi ; Acy-en-Multien à quinze kilomètres de Silly-le-Long, petit village où résidait mon arrière-grand-mère et où ma mère fut élevée ; son lieu d´adolescence (Reims) et j´ai passé mes vacances d´enfant et d´adolescent au château de Sept-Saulx, dans la Marne, à 21 kilomètres de Reims (mon grand-père maternel y était jardinier) ; la profession de journaliste nous est commune, de même que notre intérêt pour la condition ouvrière, les femmes et l´alcool. Le fait que j´ai été amené, par hasard, à connaître ses amis chers (Jacques-Francis Rolland, Jean-Jacques Brochier) ; ils devinrent les miens. Ils me manquent. Mais, au fond, tout ceci n´est rien. Je pense que Roger Vailland est l´un des plus grands stylistes français. J´aime également qu´il fût un hussard rouge. Un homme de gauche, d´une vraie gauche extrême, qui, jamais, ne fit la morale, et jamais ne négligea le plaisir. C´est si rare... Une manière d´aristocrate, adorateur de nos meilleurs écrivains : Laclos, Stendhal, Diderot, Bernis. » Philippe Lacoche La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Hugo Pratt m'a permis de prendre le large. Et cela dès l'adolescence. Comme Homère a pu insuffler à des générations l'esprit d'aventure, le génial dessinateur fut l'un des premiers à guider les pas de mon odyssée littéraire. Corto Maltese a été mon Ulysse. Ce qui m'attache aussi à lui, c'est cette espèce de dérive, de flottement. En imaginant les aventures de cet étrange héros, Pratt explore moins des pays, des situations géopolitiques, que les rêves qu'il a pu faire. En cela, Corto Maltese incarne à merveille l'un de ces personnages légendaires taillés, selon la formule de Shakespeare, "dans l'étoffe dont sont faits les rêves"». Olivier Delcroix La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « L'histoire de San-Antonio, c'est aussi l'histoire de la reconnaissance de tout un pan méprisé de notre littérature. Pendant longtemps, San-Antonio a incarné, aux côtés de SAS et OSS 117, la littérature de gare facile, violente et vulgaire. Aujourd'hui, on sait que son créateur est un vrai et grand écrivain, un de ces magiciens de la langue qui la maltraitent avec génie et la réinventent en permanence. Derrière son célèbre commissaire se cache une oeuvre profuse, noire, diverse, avec laquelle, en graphomane impénitent, Frédéric Dard a entretenu une relation houleuse qui l'a amené jusqu'à une tentative de suicide, heureusement ratée. Pour les gens "bien élevés" comme moi, grandir avec San-Antonio, ça a été le rejet de la culture officielle, le bonheur d'avoir son grand écrivain à soi et de l'opposer aux bien-pensants, l'apprivoisement rigolard de la sexualité... Une sorte de révélation... » Hubert Prolongeau. La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • "On se demande ce que tu lui trouves !" J'ai si souvent entendu cette phrase lorsque j'évoque ma passion pour Houellebecq, ses textes, sa parole libre et ses provocations. C'est vrai qu'il ne laisse personne indifférent : on l'adore ou on le déteste, parfois même sans l'avoir lu. Moi j'ai choisi mon camp : je suis fan. On l'agresse, je le défends, on l'encense, je jubile. On le dépeint comme un auteur dépressif, personne ne me fait rire autant que lui : son humour - zigzaguant de féroce à malicieux - est le meilleur remède contre toute morosité latente. Dessiner ce portrait aujourd'hui, c'est tout autant le signe de ma houellebecqmania que le désir profond de faire partager mon enthousiasme : que ceux qui l'aiment y trouvent du plaisir, et que ceux qui le détestent le regardent d'un oeil neuf. Eve Chambrot

  • A cinquante ans, poussée par mon père qui avait fait de Proust son livre de chevet, je décidai de m'attaquer enfin aux trois mille pages d'"A la recherche du temps perdu". J'avais l'intention de picorer ici et là de belles phrases, réputées trop longues ; j'avais entendu dire -et je le croyais naïvement- qu'on pouvait prendre le texte au hasard, et en éprouver un grand plaisir. Le début me parut un peu ennuyeux. Mais quand j'arrivai à Combray, page 50, une poignée de tilleul plongée dans de l'eau chaude me saisit, me bouleversa... Je me retrouvai en larmes, un grand sanglot à la gorge remonté du tréfonds de moi-même. Je venais de contracter un mal délicieux dont je suis toujours porteuse quinze ans plus tard ; un mal qui, devenu chronique, n'en est pas moins resté aigu. Je ne le savais pas encore : Proust allait littéralement changer ma vie. Telle une convertie, j'ai eu envie de porter la bonne parole, c'est-à-dire de mettre tout en oeuvre pour le faire lire au plus grand nombre. "Proust pour tous" est devenu ma devise, et le nom de ma mission. Laurence Grenier. La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un aîné disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « J'ai découvert Nietzsche chez les Jésuites à Avignon au printemps 1976. Je me rappelle la sensation de tremblement éprouvée à la lecture de quelques pages de Par-delà bien et mal et cette impression que ce livre s'adressait à moi en particulier. Je marchais dans la cour du lycée, j'avais 17 ans et me croyais marxiste. J'étais ébranlé dans mes certitudes qui m'apparurent soudain comme autant de fictions. Je savais désormais que l'idée que je me faisais de la vie ne serait plus tout à fait la même. Je ne suis pas nietzschéen mais je suis reconnaissant à Nietzsche de m'avoir fait gagner du temps. Quelques semaines seulement après avoir découvert ce livre, je quittai le mouvement des jeunesses communistes auquel j'appartenais depuis l'âge de 15 ans. » Paul François Paoli L'auteur : Né à Marseille et corse d'origine, Paul François Paoli est journaliste et critique littéraire. Il a publié une douzaine d'essais dont "La Tyrannie de la faiblesse" (François Bourin, 2010) et "Quand la gauche agonise. La république des bons sentiments", paru en janvier 2016 aux éditions du Rocher. La collection Duetto : Ecrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Dans la liste longue et bavarde de mes rêves, plutôt en haut, il y a toujours eu celui de voir une corrida avec Hemingway. Des hommes et des dieux devant moi, un génie à côté. Le 31 juillet 1959 à Malaga, face à un lot exceptionnel de taureaux, il y avait Dominguín et il y avait Ordóñez, dument escortés par leurs clans, aussi chaleureux entre eux que des communistes avec des franquistes. Dans les gradins bombardés de chaleur, ministres, comtesses en chapeau, aficionados, Picasso..., et Hemingway, qui s'envoyait du vino à deux pesetas le litre et du cognac à quatre. Cet après-midi-là, un torero a été troué, le second acclamé, et six taureaux sont morts en braves. Et comme la vie est un songe, derrière la barrera, j'étais là. » Marine de Tilly L'auteur : Journaliste et critique littéraire, Marine de Tilly lit, Hemingway et quelques autres, et écrit, pour elle et quelques autres. A propos de taureaux, elle a signé un essai, « Corridas, de sang et d'or » (Éditions du Rocher). La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « La première fois que j'ai lu un livre de Joyce Carol Oates, j'ai ressenti ce que les addictologues appellent le « flash », cette extase originelle qu'un intoxiqué n'a de cesse de reproduire par la suite. Je me suis alors plongée dans son oeuvre avec un appétit insatiable. Je ne sais pas si je lirai tout JCO, elle a tant écrit. Et c'est heureux pour moi. Quand je serai une vieille dame, rassasiée de jours et de lectures, je sais qu'il y aura encore et toujours, un petit roman, un essai, un poème, une phrase de JCO à picorer ici ou là. J'aime Joyce Carol Oates d'un amour inconditionnel, que ses livres soient grands ou petits, « mineurs » ou « majeurs ». Elle n'est jamais très loin de mon oreiller, elle est même tout près de mon coeur, quand j'ai perdu le goût de lire ou d'écrire.» Astrid Eliard L'auteur : Astrid Eliard est chroniqueuse littéraire. Elle a publié plusieurs livres sur les affres de la vie conjugale dont "Nuits de noces" (Grand Prix SGDL de la Nouvelle). Elle est aussi l'auteur de "Danser", qui retrace le quotidien de trois adolescents, petits rats à l'Opéra de Paris (Mercure de France). La collection Duetto : Ecrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Il y a quelques années, j'ai adapté "Le Rouge et le Noir" pour le théâtre. Pendant cinq ans, je suis entrée en Stendhalie, comme on entre au couvent. Ce roman m'a envoûtée, "La Chartreuse de Parme", émerveillée. Deux chefs-d'oeuvre, pour leur musique qui suit le rythme intérieur des sensations de Julien et de Fabrice, les passages presque improvisés, imprévisibles, pour l'ivresse de ces êtres de désir, tendus vers des chimères qui précipitent leur chute. Stendhal aimait changer de masques. Aussi ai-je imaginé une mystérieuse rencontre sur les bords du lac de Côme. Au fil de notre promenade, je m'interroge : le spectre de Stendhal ? Un imposteur ? Et si c'était lui ? » Emmanuelle de Boysson L'auteur : Emmanuelle de Boysson, romancière et journaliste, a publié une quinzaine d'essais et de romans, dont, en 2014, "Le Bonheur en prime" (Flammarion). Elle est présidente du Prix de La Closerie des Lilas. La collection Duetto: un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai aimé Blaise Cendrars pour son pseudonyme de braise et d'art, de phénix et d'ogre. J'ai cru comme lui qu'on pouvait écrire pour renaître de ses cendres, partir comme on se régénère, rêver comme on se recommence. J'ai aimé les masques du poète, les ruses du voyageur. J'ai poursuivi le désir jusqu'en Ouzbékistan, la joie jusqu'au Brésil, les livres jusqu'à l'absurde. J'ai appris à m'esquiver pour mieux me retrouver. Cendrars a voulu que la poésie soit dans sa vie avant d'être dans ses livres. Il a fini par confondre les trois : la poésie, la vie et les livres. Il avait bien raison. Je ne sais pas faire autre chose. » Adeline Baldacchino L'auteur : Adeline Baldacchino a publié plusieurs recueils de poésie et des essais : « La Ferme des énarques » (Michalon) et « Michel Onfray ou l'intuition du monde » (Le Passeur). La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • «Lorsqu'il m'est demandé d'écrire sur un auteur qui compte pour moi, qui m'accompagne, c'est à Antoine Blondin que je pense sur le champ. Pourtant je l'ai découvert tardivement. D'autres auteurs dans le peloton des incontournables dévorés à l'adolescence auraient très bien pu s'imposer. Mais Blondin, avec sa petite musique de cloche fêlée et son maillot d'outsider, me touche dans chacun de ses livres. Ses romans sont comme des variations poétiques sur le même thème, celui d'une blessure profonde. Il l'explore sans peser, navigant entre excès et pudeur, humour et mélancolie. » Jean-Claude Lalumière L'auteur : Jean-Claude Lalumière a écrit trois romans remarqués par la presse et les lecteurs : « Le Front russe », « La Campagne de France » et « Comme un karatéka belge qui fait du cinéma », parus aux éditions Le Dilettante. La collection Duetto: écrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Ionesco, pour nous qui adorions la Huchette, où nous nous retrouvions chaque soir, c'était "Eugène", l'auteur de la pièce qui s'y donnait. Seulement cela. Notre grand homme c'était Nicolas Bataille, metteur en scène et "inventeur" de "La Cantatrice", "patron" de la Huchette. Eugène, nous n'y pensions pas. Quand il passait, il nous dérangeait... Un soir qu'il parlait dans le vide, je l'ai écouté, découvert. Sous son allure de M. Pickwick, il avouait que sa manière de voir le monde était moins absurde qu'étonnée. Cet étonnement, insistait-il, car personne ne le remarquait, était au coeur de son oeuvre. Il disait qu'on n'écrit pas du théâtre avec des dialogues mais avec une vision. Bref, l'essentiel. » Michel Nuridsany L'auteur : Critique d'art, critique littéraire, Michel Nuridsany est auteur de deux romans (« Ce sera notre secret, monsieur Watteau » et « Andy Andy »), de biographies (Dali, Jean-Michel Basquiat) et de "beaux livres" tous publiés chez Flammarion. La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • «Je ne sais pas comment ça a commencé, notre histoire, cet amour déraisonné que j'ai pour ton verbe, tes images, la forme alanguie de chacune de tes phrases, ce culte que je te voue et qui m'a conduit à entreposer ton portrait au centre de ma bibliothèque, juste en dessous de mon vénéré grand-père. Non, vraiment, Gustave, je ne sais pas. Comme toutes les passions, j'imagine. Par hasard et parce qu'il le fallait. Mais dans cet épais mystère, je garde une certitude. Une seule. À travers les âges, à travers la pierre tombale qui te recouvre et sous les vers qui te dévorent, tu me vois, tu sens cet amour, cette admiration béate et, prenant une profonde respiration dans l'air vicié, tu pars d'un immense éclat de rire, moqueur. » Vincent Pieri L'auteur : Vincent Pieri est l'auteur d'un essai, "Enfants du Mékong" (2008) et de deux romans, "Station Rome" (2013) et "La voix intérieure" (2016), publiés au Mercure de France. La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

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