Mercure de France

  • Je célèbre la voix mêlée de couleur grise / Qui hésite aux lointains du chant qui s'est perdu / Comme si au delà de toute forme pure / Tremblât un autre chant et le seul absolu.

    Extrait de "À la voix de Kathleen Ferrier", in Hier régnant désert Poèmes regroupe les recueils Anti-Platon, Du mouvement et de l'immobilité de Douve, Hier régnant désert, Dévotion, Pierre écrite, Dans le leurre du seuil.

  • Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, l'art poétique claudélien ne se restreint pas à l'art d'écrire, mais embrasse au contraire le monde et la pensée dans son entièreté.

    Ebauché en 1898-1899, parallèlement aux poèmes de Connaissance de l'Est, et paru pour la première fois au Mercure de France en 1907, il est composé de trois traités, Connaissance du temps, Traité de la Co-naissance au monde et de soi-même et Développement de l'Eglise. Le premier texte récuse la posture positiviste pour ériger la métaphore en nouveau système de pensée. Le deuxième traité, dont la thèse repose sur une étymologie supposée entre « connaissance » et « naissance », oppose à une théorie intellectualiste de la connaissance, coupée du corps et des autres facultés de l'être, une idée de la connaissance comme une « naissance à soi-même et au monde », une expérience totale et indivisible. Enfin, la troisième partie expose les significations symboliques de l'architecture religieuse.

    Art d'écrire en trompe-l'oeil, traité physique et métaphysique, profession de foi : l'art poétique claudélien est avant tout un long poème en prose.

  • En tout temps, le propos de toute poétique lucide et conséquente a été de créer un rapport substantiel entre l'être humain et la Terre.
    À une époque où l'on parle de sauver la planète, où les discours écologistes abondent, manque, de toute évidence (mais qui sait voir ?) une parole à la fois profonde, intellectuellement et culturellement fondée, et spacieuse, c'est-à-dire faisant respirer l'esprit.
    Les livres publiés par Kenneth White au Mercure de France depuis la fin du XXe siècle - Les Rives du silence, Limites et Marges, Le Passage extérieur, Les Archives du littoral - vont tous dans ce sens.
    C'est dans ce Mémorial de la terre océane qu'ils trouvent leur apogée.

  • Un recueil dans lequel le poète convoque le militant communiste italien Enrico Berlinguer, Sigmund Freud ou encore François Villon pour faire le procès du monde dans lequel il vit, tout en cherchant à l'améliorer. La vie quotidienne est représentée comme une maladie, traversée d'humeurs contradictoires.

  • Gens de l'eau chante la vie d'une communauté tel un mythe. En attendant le retour des hommes partis à la chasse, les femmes effacent leur douleur avec l'eau de la pluie. Tous les gens de la terre sont considérés comme des frères étranges, familiers et parfois menaçants.
    Vénus Khoury-Ghata fait défiler avec talent les images concrètes et d'une beauté bouleversante. Dans ce nouveau recueil, elle livre une poésie ample, directe et quasi magique.

  • Jérusalem

    Adonis

    Poète méditatif, Adonis est l'homme de toutes les migrations, ouvert aux courants qui se croisent, se combattent et paraissent irréconciliables. Pour lui, le poème est le lieu même où la pensée se forme, se déforme et se divise en paraboles. Auteur d'une oeuvre abondante, ce nouveau recueil poétique s'inscrit dans le prolongement de Zócalo et Prends-moi, chaos, dans tes bras (Mercure de France, 2013, 2015).

  • DEDANS, DEHORS ? Fuir, oui, par là ! Du côté du linge qui sèche. / Tant de couleurs ! Cette chemise, rouge, ces autres bleues. Ces blancs de toutes sortes de blanc. Ce gant de toilette resté sur l'herbe. / Ils rient. Ils jouent à être de la couleur, à s'en vêtir. À se lancer la balle de la couleur. La saisissant au vol ou se jetant l'un vers l'autre jusqu'à s'arracher à pleines mains le rouge, le bleu, souffle précipité, bouches proches. / Et maintenant ce vent du soir dans tout ce linge qui bouge ! / Un drap se détache, va-t-il s'envoler, non, il retombe, grand bruit. Passer entre ces deux autres grands draps qui claquent, mouillés encore. Se perdre dans leur blanc où bougent des ombres. Là où ils vont le soleil se couche. C'est à peindre. / Et justement un peintre est là, derrière son chevalet. Une barbe flave. Un canotier qu'il retient d'une main, à cause du vent. De l'autre, est-ce la gauche, il essaie de peindre. / C'est la variante "lessive"

  • Mais l'île est-elle grosse d'on ne sait quelle enfance dont il ignore tout bien que ce soit à lui de dévoiler la charge et les plis de mémoire Une île ici est une suite de 189 poèmes, ou strophes - car certains sont très courts, à la manière de Guillev

  • "La pluie d'été Mais le plus cher mais non / Le moins cruel / De tous nos souvenirs, la pluie d'été / Soudaine, brève.

    Nous allions, et c'était / Dans un autre monde, / Nos bouches s'enivraient / De l'odeur de l'herbe.

    Terre, / L'étoffe de la pluie se plaquait sur toi. / C'était comme le sein / Qu'eût rêvé un peintre." Yves Bonnefoy.

  • Ce livre rassemble les recherches d'Yves Bonnefoy en poésie depuis son dernier recueil Les Planches courbes. Ces recherches tendent à visiter toujours plus le rapport de l'écriture en vers et de l'écriture en prose, le passage entre l'une et l'autre se découvrant dans des régions subconscientes dont le poème est l'écoute, mais nullement passive. Il s'agit en fait d'élargir les bases de la conscience. La longue chaîne de l'ancre, c'est celle qui arrime l'esprit humain dans les eaux profondes de l'inconscient, lieu de pensée autant que de vie.

  • Il s'efforçait depuis quelques jours d'être heureux des nuages qu'il amoncelait sur sa toile au-dessus d'un chemin de pierres. Mais qu'est-ce que la beauté quand on sait que l'on va partir ? Demain le bateau va le conduire sur une autre île. Il ne reviendra plus dans celle-ci, il ne reverra plus ce chemin.

    Extrait de "La Vie errante", in La Vie errante

  • Le littoral : la limite entre continent et océan, lieu de phénomènes complexes ? retraits et avancées, transgressions et régressions, une ligne variable, rythmes divers. C'est sur ce terrain que Kenneth White a basé sa poétique.
    Et c'est là, dans son poste de vigie, qu'il accumule ses ' archives ', documents qui suivent les lignes du monde, de l'Écosse à l'Alaska, de la Bretagne au Japon, écrits soit à la première, soit en adoptant le masque de tel ou tel personnage historique : navigateur, découvreur, et errant anonyme... Avec toujours un langage approprié, allant de la musique pure et lointaine d'une pièce nô au ton familier et ludique d'une ballade d'un blues.
    Si elle est marquée par beaucoup de variations, l'oeuvre de White, une des plus cohérentes et des plus développées qui soient, poursuit une logique de fond, qui, avec chaque livre, s'amplifie et s'affine.

  • "Par les cheveux de l'âme, il la tenait pendant qu'elle agitait en elle-même de vains projets de résistance, qu'elle se débattait en vains mouvements, en vains retours, en vains délacements, glissant malgré elle, glissant déjà presque tout entière suspendue, sans appui, au-dessus de la fosse du désir partagé." Henri Michaux.

  • La parole oublie la parole / il est rare que la parole parle / Aram arim ram rama Ararat / De la montagne des neiges se sont tendues vers moi les mains d'une Histoire errante éparpillée dans le désert de l'époque / mains qui cousent des oreillers aux étoiles qui saignent sur les cartes / et l'impression de toucher des éclats de têtes et de corps dans les nuages qui les côtoient Né en 1930 en Syrie dans une famille paysanne, naturalisé libanais, Ali Ahmad Saïd Esber prend très tôt le nom d'Adonis pour devenir le plus marquant et le plus varié des poètes arabes de notre temps. Poète méditatif, il est l'homme de toutes les migrations, ouvert aux courants qui se croisent, se combattent et paraissent irréconciliables. Le poème est, pour Adonis, le lieu même où la pensée se forme, se déforme et se divise en paraboles.

  • C'est l'aube. Et cette lampe a-t-elle donc fini / Ainsi sa tâche d'espérance, main posée / Dans le miroir embué sur la fièvre / De celui qui veillait, ne sachant pas mourir ?

    Extrait de "La Tâche d'espérance", in Ce qui fut sans lumière

  • Poète méditatif, Adonis est l'homme de toutes les migrations, ouvert aux courants qui se croisent, se combattent et paraissent irréconciliables. Le poème est pour lui le lieu même où la pensée se forme, se déforme et se divise en paraboles. Adonis est non seulement le poète des quatre horizons, du déplacement, du métissage des chants, mais aussi de la mouvance des corps, de la dispersion des atomes, des poussières, des cendres sous le soleil.
    Totalement inédit en français, traduit avec talent par Vénus Khoury-Ghata et Issa Makhlouf, ce nouveau recueil poétique s'inscrit dans le prolongement de Histoire qui se déchire sur le corps d'une femme paru en 2008 au Mercure de France.

  • Rédigés durant les missions diplomatiques de Paul Claudel en Chine, entre 1895 et 1905, les poèmes en prose de Connaissance de l'Est témoigne de sa recherche stylistique et de la démarche spirituelle et poétique, qui sera théorisée de manière presque contemporaine dans l'Art Poétique, écrit entre 1903 et 1905.

    A travers ces poèmes en prose, l'auteur fait « connaissance » avec l'Est où il se trouve, et décrit la culture chinoise pour se l'approprier : jardins, théâtre, idéogrammes, arbres, animaux, paysages... Chaque être ou spectacle contemplés est déchiffré comme un signe par le voyageur ébloui qui relie son existence à celle du monde.

    Par le mouvement, de la marche à pied ou de l'embarcation fluviale, l'action est toute entière contemplation. Ainsi, chaque élément signifie au-delà de son caractère anecdotique pour faire de Connaissance de l'Est une oeuvre charnière dans la poésie du XXe siècle, un passage entre le vers absolu de Mallarmé et la modernité fulgurante de Michaux.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Pierre Reverdy Main d'oeuvre. Poèmes (1913-1949) Loin dans le désespoir / J'aurai le visage enfoui dans la glace / Le coeur percé des mille feux du souvenir / L'écueil de l'avenir et la mort en arrière / Et ton sourire trop léger / Une barrière / De toi à moi / Les paroles libres / Les gestes retenus / Des mains ailées qui avançaient pour tout ouvrir / Alors dans la trame serrée livide se découvre / La blessure inouïe dont je voudrais guérir Extrait de « X » in Main d'oeuvre

  • Et que faut-il penser / De ces pommes jaunes ? / Hier, elles étonnaient, d'attendre ainsi, nues / Après la chute des feuilles, / Aujourd'hui elles charment / Tant leurs épaules / Sont, modestement, soulignées / D'un ourlet de neige.

    "Les pommes", in Début et fin de la neige

  • Ces poèmes (essentiellement descriptifs) en prose s'organisent autour de deux thèmes majeurs : la mer et la terre. L'inspiration poétique s'appuie ici sur des paysages concrets où le réel est beaucoup plus important que l'idée.

  • "Ma vie nul ne la prend mais c'est moi qui la donne. Chaque jour je parcours des distances infinies qui me font traverser les anciennes frontières. Mon but ? Aller voir comment fonctionne le monde. J'en reviens à chaque fois brisé. L'état de guerre n'en finit pas. À terre les corps encore, copeaux de chair, lourds sacs, déserteurs aux membres las. Alors que du ciel, le soleil noir, le soleil, aveuglé, tente de s'extirper. Tremblements. La consigne est toujours la même: pas de prisonniers ! Alors le glaive ! Mais que ferai-je de ma vie lorsqu'il sera devenu noir de sang? Dois-je l'avouer ? Je suis désespéré et me retrouve quoi? Enfant ! Que s'est-il passé, autrefois que je n'ai pas compris, jamais admis. Pourquoi ce sang? Le rouge, couleur du combat mené contre les forces du Malin. Mais que les mots parviennent jusqu'à moi. Ils deviendront nos alliés." Franck Venaille a choisi de nous emmener loin dans le temps et l'espace pour nous parler d'un sujet qui le hante depuis longtemps. La bataille des éperons d'or est pleine encore des images de la guerre, comme l'étaient Chaos, Ça et C'est à dire de la guerre vécue, celle d'Algérie. Sous les variations des vers et de la prose, dans un style intact, il donne à entendre un tragique sourd et continu que viennent illuminer, par intermittences, des éclairs de beauté foudroyants.

  • "S'il faut croire la rumeur tu battais les arbres femelles, battais le pavé et les tapis sur les rambardes entrais dans les livres des deux pieds faisais le tri entre enfants raturés par les parents et ceux fignolés par les cigognes entrais des deux pieds visiteur attendu de tout temps accrochais des baisers rutilants sur les joues des filles des médailles de maréchal-ferrant sur les épaulettes des garçons puis repartais des deux pieds sans avoir salué la femme grise qui tournait le potage sans décliner le jour et ton nom." Vénus Khoury-Ghata.

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