Sciences humaines & sociales

  • Être cartésien : aucun sens ? 21 idées qui ont la vie dure, répertoriées avec impertinence et démontées avec méthode.

    Aucun philosophe n'est plus connu que Descartes, et aucun n'est plus mal connu. Chacun croit savoir ce qu'il a dit, et beaucoup se dispensent de le lire.

    En vingt et un chapitres clairs et vifs, qui touchent aux différentes parties de l'oeuvre (méthode, métaphysique, physique, morale), ce livre dresse un tableau des méprises les plus constantes et présente les textes de nature à les dissiper.

    La raison cartésienne n'est pas sèche et doctrinaire comme on l'imagine : elle est exceptionnellement réfléchie et par là toujours exemplaire.

  • Si l'Enfer est pavé de bonnes intentions, les Enfers gréco-romains sont sertis de chefs-d'oeuvre. Le royaume d'Hadès a inspiré les pages les plus profondes et surtout les plus étonnantes de la littérature antique. L'évocation du royaume des ombres y était un exercice de style, un morceau de bravoure. Poètes et héros ont quitté ce monde depuis longtemps, mais la fraîcheur et l'excellence de leur talent sont diablement vivantes. Parmi ces fleurs maudites, se trouvent aussi bien les larmes d'Orphée que les rires moqueurs d'Aristophane ou la verve de Lucien, la beauté impeccable des vers de Virgile que la laideur si séduisante de ceux de Claudien. Avec des textes de plus de trente auteurs, allant du VIIIe siècle avant J.-C. à l'extrême fin de l'Empire romain, cette Bibliothèque infernale s'adresse à tous ceux qui un jour descendront aux Enfers, c'est-à-dire, selon les Grecs et les Romains, à tout le monde ! Laure de Chantal, directrice de la collection « Signets » invite le lecteur à parcourir cette bibliothèque idéale avec des guides prestigieux comme Homère, Virgile et Dante, mais aussi à écouter les craintes et les plaintes de nos frères Anciens, taraudés comme nous par la question ultime : que se passe-t-il après ?

  • Marié trois fois, époux fidèle mais ayant vécu deux longues périodes de célibat, Ovide passe pour un auteur obscène grâce à son Art d'aimer, bestseller depuis deux mille ans à la faveur de ce profitable malentendu. En réalité L'art d'aimer est indissociable de son antidote Les remèdes à l'amour, de même époque, et ce diptyque, rédigé ironiquement en forme de traité, tire sa substantifique moelle des Amours, carnet de croquis de jeunesse, foisonnant encore d'une étonnante variété de récits réalistes narrés avec la même froideur que si l'auteur s'était pris lui-même pour cobaye. Et la trilogie peut d'autant plus à bon droit être titrée De l'amour, rendu fidèle d'Ars amatoria, qu'Ovide, dix-huit siècles à l'avance, y dépasse l'objectif de Stendhal en 1822 : non content d'observer et de décrire le sentiment amoureux (cristallisation incluse), il l'étudie pour le dompter, offrant à ses élèves des deux sexes, sous l'apparence d'un badinage, tous les éléments d'une diététique des passions résolument moderniste, libertaire et morale. Cette nouvelle traduction vers pour vers d'Olivier Sers alterne alexandrin et décasyllabe comme alternent hexamètre et pentamètre dans les distiques élégiaques latins, en sauvegardant la concision, le rythme et la musique. Un index donne la clé des rappels mythologiques et des intertextualités.

  • Ils ont été pharaons, empereurs romains, rois de France, croisés, missionnaires, conquérants, bâtisseurs de palais et de cathédrales, découvreurs de mondes nouveaux. Ils ont connu l'ivresse de la gloire, l'amertume de la défaite, ils ont peiné dans les travaux. Ils ont incarné l'aventure de l'Occident jusqu'aux extrémités de la terre, ils ont dû faire face à la barbarie, à la guerre, à la terreur et à la tyrannie totalitaires. De la profondeur de l'Égypte ancienne aux conflits qui ont ouvert le XXIe siècle, ils offrent la plus étonnante des galeries de portraits. Marc Aurèle y croise Christophe Colomb, Louis XVI, Honoré d'Estienne d'Orves ou Hélie de Saint Marc. Ils forment la compagnie des ombres, surgie du passé pour nous offrir un tête à tête. Un dialogue singulier avec les morts. L'histoire est trop souvent traitée comme un cadavre par des médecins légistes si attentifs aux organes qu'ils prélèvent sur le corps dont ils font l'autopsie que leur échappe son mystère, ce qui lui donnait sa vie même. Elle est, ailleurs, considérée comme le divertissement d'un jour, l'occasion d'une promenade sans enjeu. Les textes réunis ici comme en un recueil de nouvelles voudraient s'inscrire dans une autre tradition, celle d'une histoire méditative : une histoire tournée vers la recherche de ce qu'elle a à nous dire d'essentiel, de vital sur nous-même. Ils se proposent de convoquer les ombres du passé pour nous donner à contempler ce qui n'est pas mort avec elles. Nous doutons aujourd'hui que l'histoire puisse être maîtresse de vie : « magistra vitae », disait Cicéron. Nous voulons croire que nous n'avons plus rien à apprendre d'elle. Il nous manque d'avoir les yeux ouverts sur ce qui fait échapper ses protagonistes à leur condition mortelle ; ce qui leur donne leur part d'éternité.

  • L'autodafé symbolique a commencé. La nuit tombe sur l'esprit. Une fournaise barbare s'élève dans le pâle horizon de la culture. Le papier brûle. Les livres brûlent. Nos livres. Nos bibliothèques, emportées par la Vague numérique. Sur leurs ruines, on construit des « troisièmes lieux », des « hyperlieux », des « learning centers », des « bibliothèques 2.0 ». On ne jure que par la « dématérialisation ». Tout doit être immolé d'urgence à l'Écran Total ; et tant pis si la civilisation de l'imprimé s'effondre, tant pis si les lecteurs sont consumés par la flamme innovante. Le Progrès n'est pas nostalgique. On oubliera. On peut tout oublier. Qui regrettera le passé ? Il n'y a plus de « temples du savoir », mais des biblioparcs où l'homme moderne assouvit son besoin de distractions ; il n'y a plus de « gardiens du Livre », mais des techniciens enragés, fossoyeurs de leur propre héritage.


    Virgile Stark est bibliothécaire. Il a passé plus de dix ans à la Bibliothèque nationale de France, au coeur des grandes mutations du livre et du projet numérique.

  • Au cours de l'histoire occidentale, les clés des songes se sont proposées d'apprendre à interpréter certains rêves en leur donnant un sens prémonitoire. Ce livre porte sur l'histoire de longue durée, de l'Antiquité jusqu'à Freud, d'un genre d'écrit qui revendique l'héritage de l'art d'interpréter les songes (ou onirocritique). Résolument historique et faisant appel à des spécialistes reconnus de chaque période étudiée, il suit, selon un fil chronologique, le genre des clés des songes, très lu et très vendu, sur lequel il n'y a pas eu, jusqu'à présent, de travaux de cette ampleur. Les différents chapitres explorent le style et la forme, en même temps que les usages médicaux, pratiques, prophétiques, ésotériques, religieux, personnels, ludiques, qu'ont pu avoir les clés des songes. À travers ce parcours, se dessine l'histoire d'une tradition et d'une mémoire qui se sont transmises, sédimentées et transformées, mais aussi celle d'un infléchissement de longue durée, plus ancien que ce que l'on pourrait croire. L'idée que certains rêves puissent être signes et causes de l'avenir s'est en effet déplacée aux marges de la science légitime et les clés des songes ont été rejetées dans le domaine du populaire et du superstitieux. Mais l'onirocritique a été, au même moment, partiellement réhabilitée par Freud, qui a voulu développer une nouvelle pratique et un nouveau savoir redonnant sens à toutes les visions et voix nocturnes et non plus à quelques-unes, en fonction du passé et non de l'avenir du rêveur. Jacqueline Carroy et Juliette Lancel (Centre Alexandre Koyré : EHESS, CNRS et MNHN) travaillent ensemble et ont publié sur l'histoire des rêves au XIXe siècle et à l'époque classique. En même temps que leurs propres contributions, ce livre rassemble et met en dialogue des textes de spécialistes d'époques et d'aires géographiques variées : Vincent Barras, Julien du Bouchet, Nicole Edelman, Claire Gantet, Guillaume Garnier, Andreas Mayer, Jean-Claude Schmitt et Andrei Timotin.

  • En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê. La France conquiert l'Annam. Le récit de la bataille paraît quelques semaines plus tard dans Le Figaro. C'est un scandale. Loti est accusé de discréditer les marins et les soldats français. Sommé d'en interrompre la publication, il est rappelé à Paris et sanctionné. Que s'est-il passé ? Le jeune écrivain a-t-il montré ce qu'on a pris l'habitude de cacher à la guerre : les atrocités, la cruauté, la folie des combattants ? Ou s'est-il laissé emporter par son imagination et ses procédés de romancier ? En historien, Sylvain Venayre mène l'enquête sur une affaire dont les enjeux littéraires et politiques nous concernent encore. Car que peut-on savoir exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ? Sylvain Venayre est professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble-Alpes. Avec ce livre, il poursuit ses recherches sur l'histoire de la sensibilité au lointain (La Gloire de l'aventure, 2002 ; Panorama du voyage, 2012 ; Écrire le voyage, 2014) tout autant que ses travaux sur le renouvellement en cours des poétiques de l'écri-ture historique (Le Dossier Bertrand, 2008 ; L'Histoire au conditionnel, 2012 ; Disparu !, 2012 ; Les Origines de la France, 2013).

  • Le Gorgias est probablement le plus violent des dialogues de Platon : on se coupe la parole, on refuse de répondre, on se met en colère, on se moque, on s'insulte et pour finir on se menace de mort et de châtiments éternels. C'est que l'enjeu est de taille : qui doit décider de l'usage légitime du logos ? Le philosophe ou l'orateur ? Dans le Gorgias, Platon développe un plaidoyer puissant pour faire de la philosophie la seule instance apte à décider du vrai et du juste. Ce faisant, il impose une conception de la vérité qui exclut une autre forme de discours qui rivalisait avec elle ; les sophistes et autres orateurs qui avaient été dotés par Gorgias de tous les pouvoirs sont rejetés du côté d'une rhétorique réduite à une simple pratique routinière au service de la volonté de domination. Donner à lire ensemble le Gorgias de Platon et l'Éloge d'Hélène de Gorgias, c'est se replonger dans le débat toujours actuel entre la philosophie et la rhétorique : faut-il accepter, avec Platon, d'opposer volonté de savoir et volonté de pouvoir ? Stéphane Marchand est docteur en philosophie et professeur agrégé à l'ENS de Lyon où il enseigne les humanités numériques et la philosophie ancienne. Ses recherches portent sur le scepticisme antique. Pierre Ponchon est professeur agrégé et docteur en philosophie. Ses travaux portent sur l'invention de la philosophie politique dans l'Antiquité, en particulier chez Platon et chez Thucydide.

  • Un manuscrit médiéval montre deux Augustin offrant un volume des Confessions à Dieu. L'un tient l'extrémité du rouleau des mémoires qu'il confesse à son Seigneur. L'autre, à la droite du Maître, porte une mitre et une crosse : c'est l'Augustin d'après 395, date de son élévation à l'épiscopat. Celui-ci en est l'auteur. Celui-là en est le sujet et la matière. Peut-on légitimement parler de deux Augustin ? Le premier qui serait l'homme d'avant 395, amoureux de la culture classique, et le second, devenu pleinement chrétien, qui serait l'évêque ? Dans cette biographie nourrie de récits qui l'apparentent à une véritable enquête, Stéphane Ratti part à la recherche du moment où Augustin a définitivement quitté ses habits d'intellectuel et renoncé aux charmes païens des études libérales pour devenir chrétien. Loin des habituelles hagiographies, Ratti considère l'homme avant le saint, le « premier Augustin ». Car la conversion au jardin de Milan, dont il propose une lecture renouvelée, ne fut sans doute pas décisive, et la rupture plus tardive qu'on ne le pense.

  • Dans le passé, le Tibet vécut isolé du reste du monde pour des raisons qui tiennent essentiellement à sa situation géographique. Il s'ensuivit qu'en plus d'avoir à baigner dans une sorte de mystère, notre pays, notre peuple et notre culture pâtirent également d'être les victimes d'une profonde méconnaissance. Plus récemment, l'intérêt grandissant suscité par le Tibet s'accompagna d'une surprenante multiplication des études académiques dont il devint l'objet, avec toutefois la particularité que celles-ci étaient le plus souvent limitées à des domaines hautement spécialisés. À l'inverse, ce que Matthew Kapstein nous livre ici, au fil d'un ouvrage copieux, est le fruit d'une investigation panoramique - les Tibétains et leur civilisation - menée dans une perspective historique elle-même d'une très grande ampleur. L'expertise et la clarté qu'a su apporter l'auteur à son écrit résultent d'une longue amitié tissée avec le Pays des neiges et son peuple dont il est un observateur attentif. Sa Sainteté le Dalaï-lama Éminent spécialiste du bouddhisme, tibétologue et indianiste, Matthew T. Kapstein est directeur d'études au sein de la Section des sciences religieuses de l'École pratique des hautes études de Paris et Numata Visiting Professor à l'université de Chicago. Il dirige également depuis 2009 l'équipe Tibet, Bhoutan et aires culturelles tibétaines du Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale. Il est notamment l'auteur de Reason's Traces : Identity and Interpretation in Indian and Tibetan Buddhist Thought (2001) et Buddhism Between Tibet and China (2009).

  • Un nouveau mode de rapport au monde est né en Grèce ancienne : l'attitude critique, laquelle a marqué durablement l'histoire occidentale pour ensuite s'imposer mondialement. Dès ce moment inaugural, beaucoup s'est joué, car l'indépendance de la pensée, le rapport questionnant au monde, la tradition de la discussion critique et du franc-parler - c'est-à-dire la tradition du rapport critique à la tradition - allaient pénétrer à l'intérieur des doctrines juive, chrétienne et musulmane pour en infléchir le cours, puis gagner à l'époque moderne leur espace propre dans la Cité. Inventeurs de la démocratie et de la philosophie, les Grecs ont donné naissance à cet éthos-critique dont le pli culturel n'allait plus nous quitter. Le présent essai propose donc une lecture du Monde moderne fondée sur une réinterprétation de l'input antique grec, une analyse qui tient compte de la nouvelle humanité, critique et réfléchie, découverte en Grèce, et qui prend ses distances vis-à-vis des approches proposées par des auteurs comme Hans Blumenberg (la Modernité relève d'une autoaffirmation absolument originale), Marcel Gauchet (le désenchantement du monde est un phénomène essentiellement tardif ; la démocratie d'aujourd'hui tout autre chose que la démocratie antique), et Rémi Brague (l'Occident tient davantage de la Rome hellénisée et christianisée que d'Athènes). Notre civilisation a sans doute rompu avec certains aspects de sa tradition, mais elle n'a pas rompu avec son passé, celui plus ancien qu'elle redécouvre maintenant de manière plus libre. Le but de l'ouvrage n'est d'ailleurs pas de sacraliser l'hellénisme, mais de montrer que le potentiel critique, inscrit dans la dynamique même de cette culture, peut nous aider à mieux comprendre - et à mieux défendre - la société ouverte d'aujourd'hui.

  • Clair, ludique et concis, ce Guide de l'Antiquité imaginaire livre une indispensable réflexion sur l'usage de la fiction à l'antique, depuis le début du XIXe siècle, et un mode d'emploi commode pour exploiter les ressources actuelles - et disponibles - de cette fiction. Ont été ainsi recensés et commentés plus d'un millier de titres de romans, de films et de BD. Il était temps de montrer que le sérieux universitaire n'est pas incompatible avec l'apparente fantaisie du roman historique, du cinéma ou de la bande dessinée. Et que la réalité ne peut se passer du rêve. De l'Atlantide à Byzance, en passant par Thèbes, Jérusalem, Athènes et Rome. Claude Aziza, maître de conférences honoraire de langue et littérature latines à la Sorbonne Nouvelle (Paris III), historien de l'Antiquité fantasmatique, s'intéresse à toutes les formes, littéraires et artistiques, de la fiction sur l'Antiquité. Nouvelle édition revue et augmentée.

  • Le choix d'exister, c'est décider entre se reposer ou être libre, car ce sont finalement les seules possibilités offertes pour construire notre existence. Nous entrons dans la vie avec une forme et une structure biologique données, un sexe et un environnement donnés, c'est à peu près tout. Le travail reste à faire. De ces matériaux bruts, nous avons à réaliser notre existence, car personne ne la réalisera à notre place. En abordant des thèmes aussi variés que le rôle de l'art dans la société, la pratique de la marche quotidienne, le régime végétarien ou encore l'inspiration des vies communautaires parmi de nombreux autres sujets, cet essai montre comment changer notre vision de l'existence. En expliquant pourquoi il est important de prendre soin de soi, comment le corps peut être un outil de conversion, dans quelle mesure l'éducation est un principe fondamental pour ouvrir les yeux sur le monde, et pourquoi autrui est une source de développement, nous trouvons ici les modalités de la conversion et les pistes pour aborder différemment notre existence, si l'on veut bien non pas se reposer mais essayer de devenir libre.

  • Publié en 1938, un an après la mort de son auteur, l'historien et philosophe Élie Halévy, L'Ère des tyrannies a été élaboré par ses proches afin de transmettre une pensée essentielle à la compréhension de la crise mondiale née de la Grande Guerre et de la terreur révolutionnaire. Cet ouvrage qui propose une analyse inédite de l'émergence des États totalitaires en Europe donne aux États démocratiques des armes intellectuelles pour combattre un phénomène jamais observé dans l'histoire, rapprochant des régimes d'idéologies ennemies dans un même système de négation de la liberté individuelle et de la raison critique. Pour apprécier la portée conceptuelle et l'historicité des thèses d'Élie Halévy, la réédition du texte princeps est accompagnée d'un corpus documentaire de grande ampleur qui démontre la genèse de la pensée halévyenne et son impact sur la résistance antitotalitaire depuis la Première Guerre mondiale. Édition établie par Vincent Duclert et Marie Scot. Vincent Duclert, historien, membre du Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron, enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales. Marie Scot, historienne, est enseignante à Sciences Po et chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po.

  • Si la compréhension de la Grande Guerre a permis d'appréhender l'ampleur de la crise mondiale et l'entrée de l'Europe dans « l'Ère des tyrannies », elle le doit fondamentalement à Élie Halévy. Fils du célèbre librettiste d'opéras Ludovic Halévy et de Louise Bréguet, frère de l'essayiste et écrivain Daniel Halévy, le jeune Élie Halévy lance avec plusieurs de ses amis philosophes la très renommée Revue de métaphysique et de morale. Rapidement, sous l'effet notamment de l'affaire Dreyfus où il joue un rôle important, le philosophe se fait historien et s'attèle aux immenses dossiers du libéralisme anglais et du socialisme européen qu'il travaillera jusqu'à sa mort soudaine en 1937. La Grande Guerre va retenir toute son attention d'historien philosophe, alors qu'il est engagé volontaire dans des hôpitaux militaires, principalement à Albertville. Accomplissant son devoir patriotique, Élie Halévy s'estime libre d'analyser le conflit et ses conséquences avec une forte acuité, une rare lucidité et une remarquable puissance d'analyse. Ce volume très largement inédit de sa correspondance et de ses écrits de guerre, édité par Vincent Duclert et Marie Scot, préfacé par Stéphane Audoin-Rouzeau, révèle le pouvoir d'une pensée à l'oeuvre pour la liberté et la connaissance. Cet ouvrage forme le premier tome des OEuvres d'Élie Halévy publiées sous l'égide de la Fondation nationale des sciences politiques et des Belles Lettres. Vincent Duclert, historien, membre du Centre d'études sociologiques et politiques Raymond-Aron, enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales. Marie Scot, historienne, est enseignante à Sciences Po et chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po.

  • Intellectuel visionnaire, Élie Halévy est un spécialiste reconnu des théories libérales et utilitaires, mais il est également un lecteur averti des penseurs socialistes de Saint-Simon à Marx. Ses travaux sur le socialisme européen, réunis de façon posthume dans L'Ère des tyrannies et l'Histoire du socialisme européen, ont fait date. Publiée en 1948 par les amis d'Élie Halévy sous la direction de Célestin Bouglé et de Raymond Aron, l'Histoire du socialisme européen a été rédigée à partir de notes d'étudiants prises lors du grand cours qu'il a professé à l'École libre des sciences politiques de 1902 à 1937. Ce texte témoigne de la réflexion originale qu'Élie Halévy, philosophe historien, a consacré au socialisme, ses doctrines comme ses expériences pratiques, du XIXe et du XXe siècle et dans une perspective comparative résolument européenne. Ce tome III des OEuvres complètes d'Élie Halévy, enrichi par le dépouillement de ses archives et la réunion d'écrits inédits, propose une analyse génétique du texte de l'Histoire du socialisme européen en le comparant à des versions antérieures du cours. Il permet la découverte d'autres études sur la théorie socialiste, comme l'essai Thomas Hodgskin publié en 1903, ainsi que de nombreux articles, entretiens et comptes rendus, inédits, qui n'avaient jamais été traduits ou republiés. Édition établie par Marie Scot. Marie Scot, historienne, est enseignante à Sciences Po et chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po.

  • Les mythes grecs, comme les mythes en général, trouvent leur existence avant tout dans les différentes formes poétiques et iconographiques qui les adressent à un public particulier. Par leurs effets esthétiques, émotionnels et intellectuels, poèmes chantés et images actualisent ces récits mettant en scène dieux et héros, ils les rendent efficaces pour des circonstances singulières, sociales, rituelles et culturelles, souvent politiques. En conférant ainsi une dimension pragmatique forte aux récits « mythiques », poèmes et iconographie les constituent, pour chaque cité, en mémoires culturelles dynamiques, en relation avec une conjecture historique, religieuse et idéologique en constant mouvement. Avec des approches et des angles d'attaque variés, les spécialistes de la poétique, des images et de la religion grecques qui ont contribué à ce livre, développent, de l'épopée à l'érudition impériale, en passant par la poésie mélique et la tragédie, cette perspective novatrice sur l'énonciation du mythe dans la performance rituelle.

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