Les éditions du 38

  • Le Traité sur la tolérance est une oeuvre publiée en 1763, qui vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d'éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme. Dans ce texte, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire contre les superstitions véhiculées par les religions. L'oeuvre voltairienne fait suite au procès, à la condamnation à mort et à l'exécution le 10 mars 1762 de Jean Calas, père de famille huguenot. Jean Calas appartient à une famille protestante à l'exception de sa servante, catholique, et d'un de ses fils, converti au catholicisme. Suite au suicide de son fils aîné, il se trouve faussement accusée d'homicide volontaire. La famille est mise aux fers et le père, à la demande populaire, et sur ordre de 13 juges, est condamné à mort malgré l'absence de preuve. Le contexte historique est alors encore fortement marqué par les guerres de religions des siècles précédents. À la suite de l'exécution de Jean Calas, qui plaide son innocence jusqu'à sa mort, le procès est rejugé à Paris et, le 9 mars 1765, la famille Calas est réhabilitée.

  • Souvent présentée dans un triptyque, Amok est sans doute la nouvelle la plus célèbre de Stefan Zweig sur l'enfer de la passion. Les classiques du 38 ont choisi de mettre en lumière ce texte singulier, récit d'un jeune médecin, qui dans la jungle malaise, voit sa vie basculer en un instant, en une rencontre. Une femme, une inconnue, éveille en lui une passion folle et tragique à laquelle il ne peut se soustraire. « La nouvelle Amok y appartient aussi - aux plus grandes tragédies de la vie moderne, de l'éternelle humanité - avec son odeur de fièvre, de sang, de passion et de délire malais » écrivait Romain Rolland dans la préface de la première édition française en 1926.

  • Un passionnant roman d'aventure, qui va au-delà d'une simple biographie. Fin du XVe, début du XVIe siècle, c'est la conquête des mers par l'Espagne et le Portugal. Après bien des aventures, diverses et passionnantes, Magellan arrivera au but de son existence : la découverte du détroit qui porte son nom. Parti à la tête d'une flotte de 5 navires, il reviendra trois ans plus tard sur un bateau de fortune avec seulement 18 hommes. Mutineries, froid, faim, rivalités, erreurs de cartographie, rien ne lui sera épargné. Zweig lui rend un bel hommage : « L'exploit de Magellan a prouvé, une fois de plus, qu'une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables. »

  • Femme au destin terriblement romanesque, Marie Stuart fut reine d'Écosse à 6 jours, en 1542, puis reine de France à 17 ans, par son mariage avec François II. Veuve en 1560, elle retourne en Écosse et devient l'épouse de Lord Darnley. Son amant, le comte Bothwell assassine Darnley, et Marie doit se réfugier auprès de la reine d'Angleterre, Élisabeth Ire. Celle-ci la retiendra en captivité pendant 20 ans, puis la fera condamner à mort. Stefan Zweig, biographe de Marie-Antoinette, nous restitue l'histoire fascinante de Marie Stuart dans un récit passionnant.

  • Stefan Zweig, en écrivain génial, raconte la vie de Marie-Antoinette comme un roman. Une héroïne au destin tragique, forcément. Aimée ou détestée, loin des rêves de princesse que font les petites filles, la vie de cette femme hors du commun est racontée avec beaucoup de talent par Zweig. Un chef-d'oeuvre de biographie.

  • Le Chandelier enterré est une légende concernant la Ménorah, le candélabre sacré allumé en permanence dans le Temple de Jérusalem. En 455, le peuple juif de Rome voit le chandelier volé et emmené par les Vandales. Un groupe de vieillards décide de suivre cet objet sacré comme son peuple a suivi autrefois l'Arche d'Alliance. Benjamin, un enfant, les accompagne pour témoigner lorsqu'ils seront morts. Un texte empreint de mysticisme, mené de main de maître par Stefan Zweig, le conteur.

  • Ceci est l'histoire de Virata, que son peuple célébrait par les quatre noms de la vertu, mais dont le nom n'est pas inscrit dans les chroniques des princes ni mentionné dans le livre des sages, et dont les hommes ont oublié jusqu'au souvenir. Virata, guerrier intrépide, vient au secours de son roi pour empêcher une rébellion et tue sans s'en douter son frère aîné. Ce texte, inspiré d'une légende hindoue, procède de l'inspiration mystique et Stefan Zweig, conteur, historien et penseur, en fait une apologie de l'humilité.

  • Dans un texte qu'il traite comme une légende, dans le ton de l'Ancien Testament, Stefan Zweig, dévoilant ses talents de conteur, reprend l'histoire de Jacob et Rachel dans la Bible, où Rachel se rebelle contre Dieu, cruel envers son peuple, et obtient ainsi le pardon de Yahvé, qui met un terme à sa fureur. C'est l'illustration de l'expérience au service de la compréhension et de l'empathie face à la souffrance d'autrui.

  • Octave Mirbeau, dans ce qui peut apparaître comme un roman sulfureux, voire érotique, qui a pu être voué au secret des bibliothèques, compose une peinture très réaliste et caricaturale d'un certain enfer social, un « roman de moeurs », qui donne une place centrale à la sexualité, et dans lequel s'agitent les exploités, écrasés « sous le talon de fer des riches » (Jack London), qui ne sont rien face à la puissante des nantis. On ne pourra s'empêcher de faire un parallèle avec cette fameuse affaire de mai 2011, quand Célestine, pour tenter de récupérer un salaire que ces maîtres ne veulent pas lui verser, s'adressera au commissaire et au juge : « Hélas, le commissaire de police prétendit que cela ne le regardait pas. Le juge de paix m'engagea à étouffer l'affaire. Il expliqua : - D'abord, Mademoiselle, on ne vous croira pas... Et c'est juste, remarquez bien... Que deviendrait la société si un domestique pouvait avoir raison d'un maître ?... Il n'y aurait plus de société, Mademoiselle... ce serait l'anarchie... » Célestine, petite chambrière délurée, nous dévoile l'intimité de ces maisons bourgeoises où les convenances sont un vernis fragile qui masque mal les perversions, les bassesses morales. Comme ses consoeurs, elle est soumise à la « loi du plus fort », ballottée de place en place, réduite à un « esclavagisme moderne » qui profite aussi bien aux bureaux de placement qu'aux bourgeois qui comptent avec parcimonie les gages. Des femmes de chambre « déshumanisées », exploitées, utilisées souvent comme « travailleuses sexuelles à domicile », pour combler les frustrations du mari ou faire l'éducation sexuelle des fils... Et comme si cela ne suffisait pas, elles subissent humiliations et brimades. Et au fil des pages de ce roman, se révèle la condition des femmes dans ces entresols sociaux, leur aliénation au pouvoir à la fois des riches, mais aussi des hommes. Un tableau caustique de la société qu'Octave Mirbeau nous livre ici, dans une période où l'auteur était particulièrement dégoûté des hommes.

  • Le docteur Victor Frankenstein est passionné de physique et fasciné par les effets de la foudre. Il étudie les sciences naturelles à partir de textes anciens, puis poursuit dans une école de sciences contemporaines. Cette période de sa vie le propulse hors du rêve vers la réalité. Ses tuteurs universitaires lui font remarquer que ses connaissances de base sont faussées par l'absence du progrès scientifique. Il décide donc de les actualiser sans pour autant revoir son jugement sur ce qu'il estime être un vrai progrès scientifique : redonner la vie aux morts par la foudre. Il décide de créer sa propre créature à partir de membres morts venus de différentes sources.

  • Par l'auteur du célèbre Frankenstein, Mathilda est un roman mélancolique, romantique, et indéniablement d'inspiration autobiographique. La mère de Mathilda meurt peu de temps après sa naissance, et son père, ne pouvant supporter son chagrin, abandonne l'enfant à une tante et s'enfuit. Mathilda sera élevée dans la lande écossaise, qui teinte le roman de magnifiques et poétiques descriptions. Quelques années plus tard, alors que Mathilda est presque adulte, son père réapparaît, ce qui la plonge dans un grand bonheur. C'est un roman sur la mort, l'amour, et les drames qui traversent les existences. Un texte dramatiquement beau.

  • Eugène Irténiev travaille durement pour entretenir son domaine. Il y consacre sa vie, mais de temps en temps, des pulsions sexuelles le tourmentent. Il décide de les assouvir auprès d'une jeune paysanne pleine d'attraits et d'ardeur, Stépanida. Et même quand il se trouve une épouse, qu'il aime sincèrement, la tentation d'aller rejoindre Stepanida le ronge, et le plonge dans un douloureux combat intérieur contre le démon de l'envie sexuelle. Et quand il cède à la tentation, perdant cette lutte perpétuelle contre lui-même, contre le désir, la honte le submerge. Un roman sous tension, construit d'une trame diaboliquement efficace. Du grand Tolstoï.

  • Convoqué au tribunal en tant que juré, le prince Nekhlioudov est surpris de voir, parmi les accusés, la belle Maslova, son premier amour. Un amour de jeunesse à l'issue dramatique, puisque la jeune femme avait dû fuir la maison des tantes du prince après s'être retrouvée enceinte de Nekhlioudov. La Maslova, devenue prostituée, est accusée d'homicide avec préméditation. Le prince ressent une grande culpabilité devant la situation de cette femme, et il se fait un devoir de la faire acquitter. Mais, à cause d'un vice de forme, elle est condamnée au bagne en Sibérie. Nekhlioudov, toujours déterminé à racheter sa faute, va tout tenter pour renouer le contact avec elle. Écrit en 1899, Résurrection est une oeuvre regroupant la majorité des arguments constituant la philosophie de Tolstoï, et le personnage principal, le prince Nekhlioudov, est profondément tolstoïen, car ayant vécu une vie de plaisir, le moment de la repentance est venu pour lui.

  • John Cleland rédigea les Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir, en 1749 à Londres, alors qu'il était emprisonné pour dette. Considéré comme le premier roman érotique, sa publication causa un scandale, et l'église d'Angleterre demanda son interdiction. Préfacé par Guillaume Apollinaire, ce roman décrit la vie de plaisir à Londres en 1740. Il est complété par six gravures commentées d'Hogarth.

  • Fanny Price, petite fille de 10 ans, quitte ses parents et ses frères et soeurs, pour rejoindre sa tante Maria, épouse du fortuné Sir Thomas Bertram. Les parents de Fanny, ayant du mal à joindre les deux bouts, espèrent qu'ainsi la fillette pourra s'élever de sa condition. À Mansfield Park, sa nouvelle résidence, Fanny va désormais apprendre à vivre loin des siens, et devra se familiariser avec sa nouvelle parenté : l'impressionnant Sir Thomas, son oncle, l'insouciance Maria, sa tante, Madame Norris, son autre tante qui la méprise, et ses cousins et cousines : Tom, Edmond, Maria et Julia. Les années passent, au cours desquelles Fanny trouve en Edmond plus qu'un frère : un confident irremplaçable.

  • Tous les travers de la femme semblent être réunis chez Mme Loisel : l'envie, le goût de la toilette, des bijoux, le besoin de séduire, le rêve d'être autre. Et puis le tour de passe-passe de l'auteur, qui permet à son personnage de réaliser ses voeux, pour l'en punir plus horriblement ensuite. Du fantasme au rêve de bonheur, de désillusions en faux-semblants, voilà donc un texte magnifique, comme Maupassant sait nous en donner. C'est un auteur qui n'est pas tendre avec ses contemporains, hommes ou femmes. Qui excelle à mettre en lumière les faiblesses des uns et des autres. L'ambiguïté des rapports humains, qu'ils soient dans le couple ou dans la société en général.

  • Georges Duroy, petit fonctionnaire besogneux et insatisfait, est animé d'une ambition dévorante. Séduisant, intelligent et sans scrupule, il entame une ascension sociale irrésistible dans le monde du journalisme, de l'économie et de la politique. Il utilise, avec cynisme et cruauté, ses nombreuses maîtresses pour parvenir à ses fins. Lors de la parution de son roman, en 1885, Maupassant s'écria en riant : « Bel-Ami, c'est moi ! » Et il est vrai que nous retrouvons bien des traits de la personnalité du romancier dans celle de son personnage principal : arrivisme, goût pour l'argent, les femmes et le pouvoir, attirance pour les milieux huppés de l'aristocratie, de la finance et de la politique. Superbement écrit, dans un style sobre et pur, ce second roman de Maupassant est d'un réalisme cru et sensuel. Il nous livre une peinture souvent féroce, mais fine et subtile, de la haute société parisienne en cette fin de XIXe siècle. Ce chef-d'oeuvre de la littérature française est, par son sujet et les thèmes traités, un ouvrage terriblement actuel.

  • Guy de Maupassant s'inspira d'un fait divers pour écrire Boule de Suif, chef-d'oeuvre incontestable en matière de nouvelle. L'histoire se déroule pendant la guerre de 1870. Dix personnes fuient Rouen envahie par les Prussiens, à bord d'une diligence. Parmi elles se trouve Élisabeth Rousset, une prostituée surnommée Boule de Suif à cause de son embonpoint. La situation, sous forme de huis clos, fera ressortir l'hypocrisie et la bassesse des bourgeois que l'auteur n'a jamais épargnés. Le lecteur retrouvera également une dizaine d'autres nouvelles, telles que L'épave ou Les Sabots, qui reflètent l'immense talent de Maupassant et sa capacité à décrire les travers d'une société avec la plus grande modernité.

  • Emma, fille d'un riche fermier, a reçu une stricte éducation dans un couvent. Revenue vivre auprès de son père, à la campagne, elle s'ennuie et rêve de vie mondaine. Elle épouse Charles Bovary, médiocre officier de santé et s'installe dans une humble bourgade de la région rouennaise. Elle est bien vite déçue par son mari et son existence simple et monotone. Quelques années plus tard, le couple s'installera à Yonville. Là, Charles et Emma feront la connaissance du pharmacien Homais, du curé Bournisien..., mais aussi de Léon Dupuis, clerc de notaire, et Rodolphe Boulanger, châtelain libertin des environs. Lorsque paraît, en 1856, Madame Bovary, de Gustave Flaubert, cet ouvrage est considéré comme un outrage aux bonnes moeurs et objet de scandale. Remarquable peinture d'une société rurale d'autrefois, ce roman tragique de l'insatisfaction et de l'adultère est une oeuvre majeure de la littérature française et mondiale.

  • Roman pornographique, Les Onze Mille Verges ou les amours d'un hospodar relate l'histoire fictive de Mony Vibescu, prince roumain, dans un périple autour du monde. Guillaume Apollinaire y explore toutes les facettes de la sexualité au travers de scènes crues. L'écriture est alerte et l'humour noir, au besoin. En résumé, il se dégage du roman une impression de spirale infernale qui trouvera son apothéose dans la scène finale. Âmes sensibles s'abstenir !

  • Mrs. Bennett veut à tout prix marier ses cinq filles... Elle n'hésite pas à faire la cour à son nouveau voisin, M. Bingley, jeune homme riche qu'elle aurait aimé donner comme époux à sa fille aînée Jane. S'ébauche une idylle entre Jane et M. Bingley, qui pourrait bien aboutir à un mariage. Élizabeth, cadette de Jane, se réjouit de cet amour naissant. Mais c'est sans compter le dédain et la méfiance de l'ami intime de Bingley, M. Darcy qui, n'appréciant pas les manières de Mrs. Bennett et de ses filles, empêche Bingley de se prononcer. Élizabeth de tempérament fort et franc, consciente de la valeur et du mérite de son milieu, affronte M. Darcy...

  • Catherine Morland est une jeune fille à laquelle le destin va jouer bien des tours. Lors d'un séjour à Bath, villégiature prisée par une société soucieuse de se montrer, la jeune Catherine se lie d'amitié avec Isabelle, qu'elle admire plus qu'une soeur, et son coeur s'embrase pour Henry Tilney. Le bonheur, dans le meilleur des mondes. Mais c'est compter sans le talent de Jane Austen pour torturer ses héroïnes et leur faire subir les affres de la désillusion. Un très beau roman, à l'écriture délicieusement surannée, avec des personnages qui en font un tableau plein d'humour et un rien cynique d'une certaine classe de la société anglaise. Des paysages aussi qu'on aimerait fouler. Et bien sûr une belle histoire d'amour.

  • Nana, qui ne sait pourtant ni chanter, ni jouer, affole le Tout-Paris avec le rôle de Vénus qu'elle interprète dans un théâtre parisien. Issue de la misère du monde ouvrier, elle habite néanmoins un riche appartement où l'un de ses amants l'a installée. Loin d'être une ingénue, Nana sait parfaitement manipuler les hommes. Chacun rêve de la posséder, et elle se sert à merveille de la concupiscence de ces bourgeois qu'elle ruine les uns après les autres au gré de ses caprices. Nana, c'est une personnalité à facettes multiples, de la froide calculatrice à l'amoureuse fragile. Un roman sur les moeurs, les passions éphémères, sur l'absurdité des codes de la société. Avec une héroïne à la fois détestable et attachante.

  • La curée est un sombre roman de moeurs dont l'action se situe essentiellement dans le cadre de la vie parisienne des années 1860. Son auteur, Émile Zola, narre, avec réalisme et cruauté, les amours incestueuses de Renée, belle insatisfaite, et son jeune beau-fils Maxime, dépravé et totalement amoral. Ce deuxième roman naturaliste de cette vaste fresque, "Les Rougon-Macquart", nous offre aussi, bien sûr, une peinture particulièrement saisissante de la capitale sous le Second Empire. Sur fond de forte expansion économique, Paris est une scène chatoyante sur laquelle s'activent hommes politiques corrompus, spéculateurs sans scrupule et financiers véreux. L'argent coule à flots, la tromperie et la crapulerie s'étalent. Le luxe effréné, la vie à outrance et la débauche de la famille Saccard sont bien le produit, dans l'esprit de Zola, d'une société épuisée et sans repère.

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