La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • Les générations ont beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes. Privilégiées ou sacrifiées par l'Histoire, elles forgent leur identité au contact des événements politiques, des mutations économiques, sociales et culturelles qui marquent leur jeunesse. Dans ce livre passionnant, synthétisant un grand nombre d'enquêtes sociologiques et d'opinion, Bernard Préel brosse l'histoire des générations récentes et celle de leurs relations. Relations complexes où se jouent, souvent sur fond d'incompréhensions et de conflits, des questions centrales : la transmission des valeurs et du patrimoine, les relations au sein du couple et de la famille, le rapport au travail et à la consommation. Le choc des générations propose ainsi à chacun de se confronter au portrait de sa génération. Dans cette fresque vivante, souvent drôle, Bernard Préel réserve une place particulière aux enfants du baby boom, Il montre en effet que, depuis leur révolte, en Mai 68, les rapports entre les générations se sont brutalement inversés. La jeunesse moderne - la génération Gorbatchev et, plus encore, la génération internet - ne se contente plus, en effet, de se rebeller. Elle dicte désormais sa loi aux générations précédentes et, en particulier, à celle de ses parents qui, obsédés par la peur de vieillir, s'approprient la culture jeune de leurs enfants. Avec le risque qu'un jour prochain, ces derniers instruisent le procès de leurs parents, enfants gâtés des Trente Glorieuses.

  • En Afrique, au Moyen-Orient ou dans les républiques de l'ex-Union soviétique, des organes de presse sont directement utilisés pour lancer des appels à la haine et à la violence. Devant la montée de ces médias de la haine, Reporters sans frontières, une organisation de défense de la liberté de la presse dans le monde, a envoyé des journalistes dans une dizaine de pays, pour enquêter.

  • Le tiers monde est - et sera longtemps encore - rural, malgré la forte urbanisation qu'il connaît depuis une vingtaine d'années : en l'an 2000, un habitant sur deux vivra dans les campagnes, et assurera l'alimentation des villes. C'est dire l'importance à venir des campagnes dans l'économie du tiers monde. Mais celui-ci est multiple : quoi de commun entre les zones désertiques du Sahel et la pampa argentine, entre les hauts plateaux andins et les rizières de l'Asie du Sud-Est, entre le Nord-Est brésilien et la Chine ? L'auteur connaît bien ces différentes situations, et mène dans ce livre une étude comparative et prospective des enjeux économiques, sociaux, culturels et environnementaux qui se nouent dans les campagnes. Deux réalités accablent ces continents : la pauvreté, sans cesse grandissante des paysanneries, et la fragilisation des solidarités villageoises. Jacques Chonchol propose, pour faire échec à la pauvreté, de revaloriser l'aspect rural, d'encourager une industrialisation appropriée aux campagnes et aux paysans, de favoriser l'émancipation des femmes qui sont à la base des cultures, de rétablir les nécessaires équilibres avec l'écosystème. Mais ces diverses propositions doivent être resituées dans leur contexte, et c'est pourquoi l'ouvrage effectue, chapitre après chapitre, un véritable tour du monde. Le déficit alimentaire, les problèmes fonciers, l'intervention de l'État, l'enseignement agricole, l'influence du modèle occidental de développement, les structures familiales, l'échange inégal ville/campagne, etc., différent d'une région à une autre. La ville, la modernité, la division internationale du travail, lancent de véritables défis aux communautés rurales. Les réponses sont à formuler et à mettre en oeuvre dès aujourd'hui.

  • La modernité déferle sur notre monde, elle nous envahit pour notre salut ou pour notre infortune. Elle est devenue une référence presque obsessionnelle pour les hommes d'État du tiers monde, comme pour les dirigeants soviétiques ou chinois, pour les eurocrates, comme pour les chefs d'entreprise, pour les stratèges nucléaires, comme pour les théologiens, pour les gens de médias, comme pour les experts en ingénierie sociale, pour les vendeurs de lessive, comme pour les urbanistes. C'est ce moment planétaire que le présent essai tente d'analyser, en prolongeant la réflexion proposée il y a six ans dans De la modernité. La modernité-monde s'inscrit, et se met en scène, dans des lieux de modernité, des lieux dont l'image fortement symbolique ouvre ici chaque chapitre et introduit ses analyses : Hongkong et Beaubourg, les stades géants et la forêt amazonienne en feu. Notre modernité-monde est là et bien là. Il y a ceux qui aiment, ceux qui sont plutôt révulsés, ceux qui réfléchissent, ceux qui ne se résignent pas au grand lâchez-tout, ceux qui sont prêts à s'adapter avec réalisme, ceux qui s'acharnent à chercher une issue, une alternative... De la modernité, que faut-il avoir le courage de remettre en cause, ainsi notre gaspillage, notre profusion, nos privilèges face à la misère du monde ? Et que faut-il plutôt s'efforcer de maîtriser lucidement, notamment dans le domaine des innovations technologiques ? J'espère communiquer au lecteur ma conviction que la première question est au moins aussi importante que la seconde.

  • Pour la population juive de France pendant l'Occupation, il fallait, soit se conformer à une législation assassine, soit désobéir et courir les risques de la clandestinité. L'auteur est historien et fut animateur de la résistance juive communiste pendant la guerre.

  • Effectuant une analyse critique des principales propositions pour l'emploi des responsables politiques français (Balladur, Chirac, Seguin, Barre...), l'auteur, inspecteur du travail, et membre du Parti socialiste depuis 1994, plaide pour une politique différente. dont il dresse les grandes lignes.

  • Face aux déchaînements d'horreur en Algérie, l'opinion internationale semble tétanisée. Beaucoup d'observateurs disent : on ne comprend pas, on ne sait pas ce qui se passe vraiment. [...] Le rapport de Reporters sans frontières - Algérie, la guerre civile à huis clos - dénonce l'étrange inaction du pouvoir dans la recherche des assassins de journalistes, l'impitoyable censure qu'il exerce sur la presse, et l'interdiction de fait qu'il a imposée de toute enquête indépendante sur les violences ; le rapport de mission de la FIDH - La levée du voile : l'Algérie de l'extrajudiciaire et de la manipulation, établi à partir de témoignages particulièrement accablants recueillis sur place, montre que la lutte légitime de l'État algérien contre le terrorisme est menée, depuis 1992, en violation complète des conventions sur les droits de l'homme dont il est pourtant signataire (pratique généralisée de la torture, séquestrations arbitraires et disparitions, exécutions sommaires, milliers de prisonniers d'opinion, exactions encouragées des milices, etc.) ; - le rapport de l'organisation américaine Human Rights Watch - Algérie, des élections à l'ombre de la violence et de la répression - revient, à l'issue d'une mission sur place, sur les conditions très particulières des élections législatives du 5 juin 1997 (exclusion de certains opposants, censure, climat de violence, etc.) ; - et, enfin, le rapport d'Amnesty International - Algérie : la population civile prise au piège de la violence - analyse les exactions des groupes armés d'opposition, le rôle singulier des milices d'autodéfense armées par le pouvoir, le mur du silence construit par ce dernier pour entraver les enquêtes indépendantes, et l'indifférence de l'opinion internationale. Un ensemble de textes sans équivalent, qui ne permettra plus de dire : On ne savait pas.

  • Reconstruire un pouvoir politique : réaliser cet objectif conditionne tout progrès de société. Or les partis politiques qui visent à exercer le pouvoir d'Etat ne se posent pas encore la question. En sollicitant les commentaires, reproduits ici, d'une dizaine de personnalités d'horizons très divers, l'auteur montre que le débat est possible et peut être fructueux.

  • Dans ce livre d'entretiens, Michel Charzat, maire du XXe arrondissement de Paris explique à Claude Neuschwander, consultant auprès des collectivités locales et des organisations de l'économie sociale, que la démocratie locale, école et creuset de l'autonomie, est le moyen nécessaire, sinon suffisant pour stimuler un nouvel appétit de démocratie chez nos concitoyens.

  • La guerre d'Algérie a reposé, de façon plus aiguë que jamais, le problème de l'objection de conscience, sous toutes ses formes : désertion, refus d'obéissance, insoumission. Maurice Maschino ne se considère pas comme un « objecteur de conscience » au sens habituel du terme ; il n'eût pas refusé, en d'autres temps, de faire son service militaire. Mais il est l'un de ces jeunes français « réfractaires » qui n'ont pas accepté de combattre en Algérie. Il explique dans ce cahier pourquoi il n'a pas jugé possible de porter les armes contre ceux qu'il nomme ses frères. « Le Refus » est le récit sincère, scrupuleux même, d'une lente prise de conscience. Instituteur à vingt ans aux confins marocains, puis professeur dans des lycées berbères et arabes, Maurice Maschino a appris à connaître le peuple d'Afrique du Nord, puis à l'aimer et à le comprendre, à vivre enfin quotidiennement son drame. C'est cette expérience personnelle qu'il s'efforce de livrer, le plus simplement possible.

  • La génération sortie de Mai 1968 a rejoint les casernes. Plongée dans ce monde archaïque de la peur et du mépris qui n'avait rien à lui dire, elle a redécouvert le sens de l'insolence qu'est la démocratie en actes. Le choc était inévitable, cent fleurs ont éclos. Que sont ces comités de soldats encore si mystérieux pour les civils ? Qui en sont les militants ? Meneurs ? Irresponsables ? Payés par Moscou ? ou par le pouvoir ? Et le syndicat de soldats ? Comment l'armée, forteresse inébranlable, a-t-elle pu se révéler comme un maillon faible sans projet, sans consensus, sans réponse autre que la répression, efficace mais bornée ? Qui répondra aux questions posées par les soldats ? N'a-t-on pas perçu la crise de doute chez les militaires professionnels et la crise de confiance dans la « nation » ? L'armée pourra-t-elle résister quand la parole du débat et la pratique de la démocratie l'auront envahie ?

  • Il est maintenant évident pour tous que la hausse des prix du pétrole organisée par les Etats-Unis en novembre 1973 marque le début d'une crise mondiale plus ample et plus profonde que celle de 1929. Elle sert aujourd'hui d'alibi aux dirigeants des grands pays industriels pour écraser davantage le tiers monde, faire accepter aux travailleurs un programme d'austérité et régler entre eux le problème d'une nouvelle division internationale du travail. La compréhension et l'analyse des origines de la dynamique et du développement de la crise sont devenues indispensables pour agir et modifier l'évolution des événements. Ce livre se propose d'en aborder l'étude. Une introduction de Noam Chomsky permet d'abord de placer la crise européenne dans le cadre général des affrontements entre grandes puissances et des rapports entre l'Europe et les Etats-Unis. Il contient ensuite une analyse détaillée des instruments utilisés dans le cadre du nouvel affrontement interimpérialiste à la fois sur le plan agricole et industriel, les firmes multinationales (par Yann Fitt), sur le plan monétaire (par André Farhi), et sur le plan scientifique et technique (par Jean-Pierre Vigier). L'intérêt de ce livre se situe aussi dans le fait que l'analyse qui le fonde définit les issues possibles à la crise mondiale actuelle : guerre, révolution, fascisme, capitalisme d'Etat. Il permet surtout au lecteur de se situer par rapport à ces issues et par rapport aux prochaines échéances de la vie sociale et politique.

  • 21 millions de travailleurs ont dépensé en 1971 leur énergie sous des formes diverses : en transformant la matière, en dirigeant la production, en permettant le rassemblement des capitaux, en commercialisant des marchandises, en soignant des malades, en enseignant les mathématiques, en acheminant le courrier... Peut-on prendre une mesure d'ensemble de l'utilisation finale de cette énorme dépense de forces humaines ? A quels usages économiques et sociaux ont été consacrés les différents produits du travail de ces 21 millions d'actifs ? A quelles grandes fonctions de la vie économique et sociale ces énergies humaines ont-elles été affectées, et dans quelles proportions ? Combien de travailleurs, quels travailleurs ont consacré leur énergie à fournir les biens de luxe ? A accroître les patrimoines immobiliers ? A arrondir les fortunes privées ? Combien de travailleurs, quels travailleurs, ont été nécessaires pour assurer à chacun de quoi refaire ses forces, jour après jour ? Et la main-d'oeuvre mobilisée par l'Etat, à quoi, à qui sert-elle au bout du compte ? Les besoins de chaque classe sociale s'enracinent dans ce que la vie professionnelle a de plus profond ; en retour, la demande qui en résulte oriente le travail humain et contribue à donner à l'appareil de production son allure générale : une population active taillée, en définitive, à la mesure des exigences des classes les plus puissantes. A partir des données de la comptabilité nationale et sur la base des méthodes des comptabilités sociales en temps de travail, les auteurs de « La petite bourgeoisie en France » remettent en chantier l'analyse des classes sociales. La question posée : Qui travaille pour qui  ? n'est pas une question gratuite, ce n'est pas non plus un chapitre supplémentaire à ajouter à la sociologie des inégalités dans notre pays. C'est une façon d'analyser les liens entre la production et la consommation, l'économique et le social telle que soient mis au jour les rapports obscurs mais profonds qui relient l'appareil de production au sens large et les classes sociales, telles qu'elles existent en France aujourd'hui.

  • « Pour les militants révolutionnaires qui l'ont voulu et préparé, le mois de mai 1968 n'est que l'affleurement d'un processus permanent de luttes, qu'un jalon posé, qu'une répétition générale où les forces d'avant-garde à peine sorties du giron stalinien ont fait leurs premières armes. Pour eux, Mai est aussi l'occasion de vérifier ou de mettre à jour la théorie révolutionnaire. Comprendre, par-delà les tentatives d'explications sociologiques, le rôle du mouvement étudiant et de son avant-garde, entrevoir ce qui était possible en mai (la constitution d'un double pouvoir) et ne put s'y actualiser, se préparer, politiquement et organisationnellement, à donner à mai les lendemains qu'il mérite, ce sont les tâches des militants... »

  • La langue française - écrite ou parlée - est malade : les enfants ne savent plus lire ni écrire, l'orthographe se perd, la France compterait même deux millions d'analphabètes... Qui n'a entendu ces lamentations, devenues aujourd'hui lieux communs ? Elles expriment un profond désarroi devant l'évolution de notre langue. C'est pour tenter de mieux la comprendre que les auteurs - cinq linguistes, membres de l'Association pour la recherche et l'expérimentation sur le fonctionnement du français (APREF) - ont écrit ce livre. Ils présentent ici les résultats d'enquêtes approfondies sur quelques points particulièrement sensibles : la lecture à l'école et les formes d'expression que l'institution scolaire néglige, les véritables difficultés de la lecture (30 % des Français seulement savent vraiment lire !), la diversité et les formes du français des travailleurs migrants, le rapport des non cultivés au beau langage et au discours abstrait. Dans tous ces domaines, les auteurs apportent des informations originales qui passionneront tous ceux que préoccupe le sort de la langue française. Ils montrent que le handicap - quand il existe - n'est pas là où on l'attendait. Et que le poids des normes linguistiques et sociales imposées par ceux qui savent parler joue un rôle trop souvent sous-estimé. Ce livre est aussi un plaidoyer pour une révolution dans les esprits : les priviligiés du langage devraient d'abord apprendre à écouter et à lire les autres, dans toute leur diversité, à ne plus corriger ce qui n'a pas besoin de l'être.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Voici un livre résolument tourné vers l'avenir. « L'histoire du socialisme commence... » constate Jean Baby : nous vivons une profonde et totale transformation ; deux systèmes économiques inconciliables s'affrontent. Le socialisme met en cause de façon fondamentale et globale le système capitaliste ; depuis la Révolution de 1917 il gagne chaque jour du terrain, si compliquées et difficiles à analyser que soient les crises que nous vivons. Mais que peut-on prévoir de ce monde, socialiste vers lequel nous avançons, quand la société aura été radicalement et définitivement transformée ? C'est à cette question : que sera le socialisme lorsqu'il deviendra une réalité quotidiennement vécue, que répond Jean Baby à la lumière des enseignements marxistes ; il reprend, dans cette perspective, les points les plus cruciaux de la société actuelle : l'avenir de l'Etat, de la morale, l'évolution et la disparition de la famille, l'épanouissement des jeunes au sein d'une société sans tensions, l'égalité réelle des femmes, la disparition des conflits sexuels, l'évolution de la monnaie, la rationalisation du logement... Jean Baby envisage ainsi l'évolution d'une société qui aura définitivement banni l'oppression et la violence, car il fait sien le mot de Lénine : «  Dans notre idéal il n'y a pas de place pour la violence sur les hommes. »

  • Ces derniers temps ont été marqués, dans l'aire européenne, par des événements d'une portée considérable : le renversement des dictatures militaires au Portugal et en Grèce, l'accélération caractéristique du pourrissement du régime franquiste en Espagne, dont le renversement est désormais à l'ordre du jour. Or, la voie suivie dans la chute des dictatures portugaise et grecque, ainsi que le processus en oeuvre en Espagne posent une série de questions importantes, qui sont encore loin d'être éclaircies. Elles s'articulent, pour l'essentiel, sur un point précis : les régimes portugais et grec n'ont « apparemment » pas été renversés par un mouvement insurrectionnel massif, ouvert et frontal des masses populaires ; pas davantage par une intervention militaire de l'étranger, comme ce fut le cas pour le nazisme allemand et le fascisme italien. Quels furent donc les facteurs qui ont déterminé leur renversement, et comment l'intervention des masses populaires s'est-elle exprimée ? Ces questions concernent de nombreux pays qui, comme le Portugal, la Grèce et l'Espagne, relèvent de la zone de dépendance par rapport aux métropoles impérialistes, et qui, eux aussi, présentent des régimes de la forme d'Etat capitaliste d'exception, c'est-à-dire de guerre ouverte contre les masses populaires : fascismes, dictatures militaires, bonapartismes. Enfin, certaines de ces questions concernent également les pays européens dits « industrialisés » et « libres ». La Grèce, le Portugal et l'Espagne sont caractérisés par une dépendance très particulière : ces pays ne relèvent plus de la situation dite de « sous-développement » et, par leur structure économico-sociale, ils se situent dans l'aire européenne. Les événements qui s'y déroulent concernent ainsi directement les autres pays européens.

  • Vingt mille immigrés en grève dans les foyers Sonacotra, auxquels il faut ajouter les grévistes résidant dans les établissements gérés par l'A.D.E.F., l'A.F.T.A.M. et bien d'autres associations gestionnaires de foyers de travailleurs étrangers. Immigrés en lutte contre les augmentations incessantes des loyers, contre les règlements intérieurs draconiens et aliénants. Un mouvement d'une ampleur inégalée, qui est une remise en cause de la politique gouvernementale d'immigration. Ces foyers neufs ont été construits, sont aménagés et animés grâce à l'argent des travailleurs étrangers - l'argent des prestations familiales qui leur sont volées sous forme de salaire différé... Foyers neufs octroyés, toute liberté cadenassée, foyers-casernes, lieux où s'effectue le contrôle politique et policier, ainsi que l' « évacuation » légale des « récalcitrants » et des « chômeurs », lieux où se poursuit l'exploitation capitaliste. Des logements qui n'ont rien d'un chez soi, tel est le lot de ceux que le pillage impérialiste a contraints de quitter leur pays. Machines à dormir, à broyer, à jeter.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • On se demande parfois, çà et là, où va l'Afrique contemporaine, où vont les états indépendants d'Afrique. Question vaine et sans issue au jugement de l'auteur de cet essai, parce qu'il conviendrait d'abord de se mettre à l'écoute de l'Afrique elle-même, de demander à ses penseurs et théoriciens, à ses intellectuels, où ils veulent aller, ce qu'eux-mêmes ont lu dans la réalité complexe, tourmentée, souvent tragique (Congo, Biafra, Afrique du Sud et Rhodésie racistes etc.) de leur continent, décolonisé paraît-il. Naturellement, cet examen des idéologies explicites ne saurait fournir de réponses précises que s'il s'accompagne de la confrontation des thèses formulées avec le contexte réel dont elles sont issues, qu'elles veulent informer, mais qui les informe à son tour, de toute la puissance de ses exigences idéologiques implicites. Aussi ne trouvera-t-on pas ici de nette distinction entre ce qui serait histoire des idées et ce qui serait histoire tout court, tant les deux sont imbriquées. Cet examen ne prétend pas à l'impartialité dite objective, mais se place résolument du point de vue du marxisme et du socialisme scientifique. On comprendra que, dans ce but, à côté des grands courants de pensée que représentent Senghor (qu'il combat), Sekou Touré (qu'il juge d'un point de vue critique), Nkrumah (dont l'oeuvre lui paraît capitale), et Nyéréré, l'auteur ait tenu à donner la place qui est leur à des penseurs moins connus en France : le groupe du Spark avec Julius Sago, S.G. Ikoku, Cabral, Massaga pour ne citer que ceux-là. Là encore, il s'agit d'un jugement, non pas tant partial que de parti-pris.

  • Paris, 24 décembre 1976, 9 h 22 : le prince député Jean de Broglie, co-fondateur du parti giscardien, tombe sous les balles d'un tueur. Après quatre ans d'enquête officielle, le mystère reste entier... Aussi, ce livre explosif, résultat d'une longue enquête, vient-il à son heure : pour la première fois, sont démêlés les principaux éléments de l'imbroglio politico-financier qui cache, selon toute vraisemblance, le mobile du meurtre. Pour suivre le fil conducteur de l'affaire, l'auteur remonte aux années soixante, dans l'Espagne franquiste où la fameuse Opus Dei - la Santa Mafia - était mêlée à ce qui devait devenir, en 1969, le « scandale Matesa ». Démontrant les liens étroits qui rapprochaient alors la famille Giscard et la Santa Mafia, le livre nous mène ensuite au Luxembourg, où le prince de Broglie et ses acolytes devaient mettre sur pied avec la Matesa un complexe réseau financier destiné à détourner des sommes considérables. Or, l'auteur fait connaître des documents jusqu'ici restés secrets, ou laissés de côté. Ceux-ci démontrent à quel point Jean de Broglie était engagé dans ce montage international, et comment les dettes énormes qu'il avait contractées menaçaient indirectement l'honneur même du Président de la République élu en 1974. Première analyse cohérente de cette affaire, ce livre ne fait pas l'économie de la description détaillée des préparatifs et du déroulement du meurtre, et des manipulations policières de l'enquête, qui paraissent bien impliquer la responsabilité des plus hauts niveaux de l'État giscardien.

  • Pierre Vallières, journaliste québécois de 35 ans rédacteur du Devoir, co-directeur de « Cité Libre » puis animateur de « Parti-Pris » et enfin fondateur de « Révolution québécoise », a été arrêté en 1967 à New York alors qu'il manifestait en compagnie de son camarade Charles Gagnon sa solidarité avec des militants du Front de Libération du Québec. Lui-même militant de cette organisation, il devait être accusé de la responsabilité politique et morale (à défaut de la responsabilité matérielle dont il a toujours été admis qu'elle n'était pas en cause) d'un attentat meurtrier commis contre une usine qui venait de lock-outer ses ouvriers grévistes. Extradé au Québec, il a été condamné, en 1968, à la prison à vie, peine qu'il subit au pénitencier de Montréal. Cet essai écrit en prison est à la fois l'autobiographie d'un jeune ouvrier canadien autodidacte et l'analyse de la situation de ces Québécois qui, pour lui, dans le monde américain, font figure de "nègres blancs".

  • La période actuelle est caractérisée par la dislocation des grandes formes théâtrales hégémoniques. Cette dislocation résulte : - de procès internes : par la rupture avec les concepts d'homme tragique ; avec la forme dramatique dans le théâtre épique ou menant à l'exaltation du recours aux « forces premières », pour « revivifier » les formes et les faire mieux exprimer de nouveaux mythes ; - de procès externes, consécutifs aux grands courants révolutionnaires mondiaux, radicalisés depuis 1968, dans les pays capitalistes très développés et dans les pays se prétendant socialistes. Modes de représentation et structures de la représentation sont mis en cause, sans d'ailleurs nécessairement aboutir à autre chose qu'à un retour, sous des apparences variées, au « vieux » théâtre : théâtre du sacrifice, de la transgression, du (faux) rituel, suivant les couches sociales auxquelles il se destine, schémas différents pour des paroisses différentes... L'harmonie du cadre et de l'acte théâtral réclamait l'apparition d'une unanimité qui impliquait la communauté de la présence (cf. l'office religieux) : lieu de visualisation d'un texte, le théâtre aujourd'hui accomplit rarement une telle communauté, sinon en ses célébrations au dieu culture, c'est-à-dire à lui-même. Aujourd'hui, qui croit au Théâtre (à cette culture) ? À l'autre pôle les démonstrations de théâtre militant affirment l'existence d'une communauté de la présence, mais en rupture sociale : certes, la représentation continue d'emprunter encore aux modes supérieurs et anciens connus. Mais globalement, en tant que telle, elle s'ouvre au conflit et avec le théâtre - elle n'est plus jouée « au » théâtre - et avec la société établie - elle est d'ailleurs pourchassée pour cela. Théâtre occasionnel, non-répétitif, intransportable, non-normatif, d'autoconsommation, de la transgression qui veut et doit bientôt se poser d'autres questions. La période est cruciale : faut-il rompre totalement avec l'institution et accélérer la décomposition des vieilles formes, en fortifiant les tentatives balbutiantes, ou l'institution théâtrale conserve-t-elle, dans une période de reprise en mains par la bourgeoisie de tout l'appareil culturel, un espace qui permette de produire sa mise en crise ? Les textes rassemblés ici s'efforcent de répondre à ces questions.

empty