Sciences humaines & sociales

  • L´image de l´analphabétisme ou de l´inculture est souvent associée à la pauvreté. Il peut sembler aller de soi que les pauvres sont peu disposés à fréquenter les bibliothèques ; il leur manquerait les ressources élémentaires pour se fondre dans un espace

  • Avant de se figer comme d'autres, et peut-être plus facilement encore que d'autres, dans des attitudes satisfaites et des conduites convenues, la figure de l'honnête homme est dans son exigence d'origine, au XVIIe siècle, une figure inquiète de la culture : inquiétude vécue non pas dans les affres de la souffrance et la douleur grandiloquente des idéaux ascétiques, mais portée avec gaieté et naturel, dans la discrétion d'un détachement amusé de lui-même - bref, inquiétude ayant rang d'ironie. C'est de cette ironie qu'il est ici question, des formes qu'elle prend dans la considération des livres et des effets qu'elle produit dans leur maniement. Bousculant les habitudes et les représentations établies par l'humanisme savant de la Renaissance, revendiquant le patronage provocateur de Montaigne qui prétendait avoir « peu de pratique avec les livres », l'honnête homme construit un nouveau modèle de bibliothèque né de l'ambition de reconduire toujours le monde hiératique et autoritaire de l'écrit au monde changeant et mobile de la vie. Aussi la «bibliothèque de l'honnête homme» est-elle entendue ici dans un sens large, qui envisage les diverses voies qu'emprunte la résolution du conflit des lettres et du monde : elle est non seulement l'espace concret et arpentable des livres qu'on range sur les rayons d'une pièce désignée, qu'on classe en catégories (histoire et belles-lettres), qu'on distribue en genres (mémoires, livres de conversations, nouvelles galantes et historiques, etc.), qu'on relie de telle manière de préférence à telle autre, mais elle est aussi la métaphore des lectures idéales qu'on se prend à rêver d'être un prolongement naturel de l'entretien de vive voix - lectures menées, selon le mot de Montaigne, « par forme de conférence, non de régence », animées par la recherche d'une communication d'esprit au-delà de la transmission d'un savoir, comme un autre « art de conférer ». Bibliothèque réelle et bibliothèque imaginaire à la fois, la bibliothèque de l'honnête homme s'affirme ainsi l'expression d'un rapport au livre bien déterminé, apparu dans les bagages d'une morale aristocratique. Certes les modes et les enjeux de sa formulation évoluent à mesure que se modifient aussi, des années 1630 aux années 1730, les conditions générales de l'expérience propres à chaque génération. Mais sous la diversité des formes adoptées, de la définition d'un nouvel art de lire conçu comme art de l'écoute jusqu'à l'apparition de pratiques inédites de collection, du rapport du lecteur au rapport de l'amateur ou « curieux », ne cesse de s'affirmer et se préciser la nature esthétique de cette relation. Contre la tradition humaniste qui envisageait la bibliothèque avant tout comme un corpus, l'honnête homme en fait d'abord une question de style. J.-M. C.

  • Être sur les réseaux sociaux, pour une institution culturelle, ce serait être là où se trouvent les usagers... Si, depuis une dizaine d'années, les bibliothèques investissent le web social, comment qualifier au juste leur « présence » ? Pour le savoir, faut-il se tourner vers les métriques quantitatives que mettent à disposition les plateformes sociales ? Faut-il s'attacher aux stratégies numériques que mettent en place les bibliothécaires ? Faut-il enquêter auprès des publics ? Des internautes ? Des inscrits ? Sans doute ces trois approches méritaient elles d'être explorées tant les contraintes se révèlent nombreuses : l'évolution en continu des plateformes sociales rend délicate la seule évaluation quantitative ; les ancrages territoriaux des établissements pèsent d'une autre manière sur les initiatives entreprises auprès des internautes ; la simplicité du Like, en même temps qu'elle banalise les signes de complicité, est surinvestie par ceux qui se connaissent et s'apprécient déjà. Sur la base d'un corpus de quatre établissements de lecture publique actifs sur les réseaux sociaux (réseaux de Brest et de Metz, médiathèque de Quimperlé et de Louise-Michel à Paris), l'étude Des tweets et des likes en bibliothèque, issue d'une enquête (notamment à base d'entretiens) menée en 2016, propose un bilan en trois volets : les réseaux sociaux numériques permettent aux bibliothèques d'établir une communication moins institutionnelle mais toujours descendante avec leurs publics ; ils instituent des modes de travail plus autonomes et moins hiérarchiques ; ils révèlent une communauté d'usagers très concernés par leur bibliothèque, qu'ils entendent défendre et protéger. Par leur investissement, ces usagers convaincus rappellent les « ambassadeurs de marque », tels qu'ils existent dans certains secteurs marchands : ils sont « là », par eux-mêmes, sans avoir besoin d'être sollicités, séduits ou investis d'une quelconque mission par les établissements qu'ils décident de suivre.

  • En 1990, paraissait chez François Bourin Le Contrat naturel (réédité en 1992 dans la collection Champs/Flammarion). Michel Serres s'y livrait à une méditation sur les nouveaux devoirs que nous avons envers le monde que nous habitons. Dans le présent texte, Retour au Contrat naturel, le philosophe revient sur la problématique de son livre et sur le débat, actualisé en 1992 à l'occasion de la conférence de Rio et de l'appel de Heidelberg qui contribuèrent, chacun à leur manière, à donner une dimension planétaire au souci écologique. À travers le litige qui opposa alors partisans d'un progrès conditionné par le respect de la nature et les tenants d'un progrès conçu comme la poursuite de la maîtrise technique, la pensée de la nature s'est considérablement « dramatisée ». Pourquoi ? Quelle « fin de la nature » est-on en train de vivre ? Faut-il en appeler à une nouvelle philosophie de notre inscription dans le monde ?

  • Penser en diagonale : non pas à la va-vite mais sans suivre les lignes droites et balisées. En traversant les clôtures disciplinaires, sans respecter bienséances et nomenclatures. C´est ce que s´efforce de faire le médiologue. Pour penser quoi, en général ? Les médiations techniques de ce qu´on nomme culture. L´inconscient machinique des formes hautes de la vie symbolique et sociale. L´univers des choses tapi sous l´univers des signes. À quel propos précisément, ici, dans ces conférences ? La transmission des valeurs sur la longue durée, nos capacités d´influence sur l´opinion du jour et nos voyages quotidiens dans l´espace. Trois sujets d´actualité, qui gagnent à s´inscrire dans une certaine profondeur de temps.

  • J'ai choisi pour thème « L'analyse, l'archive », évoquant ainsi en un même mot l'analyse des textes et le processus de la cure psychanalytique. L'analyse, l'archive, et non pas « psychanalyse de l'archive » ou « archive de la psychanalyse ». Le lien entre les trois conférences n'est pas apparent au premier abord ; pourtant, entre « Le pouvoir de l'archive », « Le stade du miroir » et « Le culte de soi et les nouvelles formes de souffrances psychiques », un fil rouge existe. Si, comme on le verra, le pouvoir de l'archive est d'autant plus fort que l'archive est absente, il existe bien un lien entre la première et la deuxième conférence. En effet, la théorie lacanienne du stade du miroir s'est développée depuis 1936 en se fondant sur une conférence dont le contenu a disparu : une conférence introuvable, retirée par son auteur des actes d'un congrès international qui se tenait à Marienbad. Par la suite, ce texte a dû sa place aux traces qu'il a laissées dans l'ensemble du corpus lacanien, c'est-à-dire à des fragments déposés par Lacan çà et là, puis reconstitués par l'historien, par moi en l'occurrence, à partir de témoignages et de notes. Quant à la question du culte de soi, elle a trait à la fois à l'archive et à la psychanalyse et, plus précisément, à l'émergence, durant le dernier quart du XXe siècle, d'une « archive de soi », d'un culte du narcissisme mettant au premier plan, contre et au-delà de la cure psychanalytique, une pratique de l'autoanalyse ou de l'autothérapie, fondée sur une valorisation de l'image de soi. Or, Lacan en avait saisi la dialectique dans sa fameuse conférence de 1936 sur « le stade du miroir ». Voilà donc le fil rouge qui unit ces trois interventions.

  • Simone de Beauvoir ou les chemins de la liberté, par Élisabeth Badinter Élisabeth Badinter, revendiquant "un point de vue hautement subjectif " interroge le destin de Simone de Beauvoir qui, "libre comme l'air", s'est efforcée d'inventer une relation libre, authentique et égalitaire avec Sartre. Elle met en lumière l'importance du Deuxième Sexe, qui "me paraît plus nécessaire que jamais, non seulement pour retrouver un modèle de combativité et d'indépendance d'esprit, mais parce qu'à ce jour je ne connais pas une philosophie plus libératrice pour les femmes que celle qui préside à cet ouvrage. Il est simple et tient en quelques mots : méfiez-vous de l'argument naturaliste." Marguerite Yourcenar, lectrice et juge de son oeuvre. Attentive à l'extrême, par Lucette Finas Ce sous-titre, "attentive à l'extrême", nous le construisons de deux façons. D'une part il signifie : "extrêmement attentive", comme Yourcenar l'est à tout et en tout ; d'autre part : "attentive à ce qui est extrême, tendue vers ce qui repousse nos limites". Qualité d'une exigence, qualité d'une décision. Yourcenar en effet décide, tranche calmement. Ce geste va bien au-delà du trait de caractère : nous nous apercevrons qu'il conduit à une esthétique." Nathalie Sarraute ou l'obscur commencement, par Jacques Lassalle Revenant sur un texte qu'il avait écrit à propos du Silence et de Elle est là en 1993 lorsque le Théâtre du Vieux-Colombier devenait la deuxième salle de la Comédie-Française, le metteur en scène Jacques Lassalle propose ici une réflexion très personnelle sur l'oeuvre de Nathalie Sarraute, mêlée de "digressions intercalaires" qui empruntent à ses souvenirs de répétitions et à ses conversations avec l'auteur.

  • De 1739 à 2002, la BNF s'est enrichie d'une collection de plus de deux mille volumes manuscrits en persan, dont beaucoup sont enluminés, anciens ou contiennent des copies uniques de textes rares. La longue histoire de la constitution du fonds persan de la BNF met en scène savants, voyageurs, interprètes et collectionneurs les plus divers, militaires ou médecins, qui déposent ou vendent les collections accumulées durant leurs voyages et missions diplomatiques en Inde et en Perse. Dans ce tableau des études françaises sur la civilisation persane classique, émergent les noms prestigieux de L. M. Langlès, S. de Sacy, A. L. de Chézy, Otter, Simon de Vierville, ou encore Anquetil-Duperron. La transmission des textes persans pose le problème de la filiation des manuscrits, discipline érudite de l'histoire des textes où les arguments philologiques et stylistiques corroborent ou infirment les données de l'analyse codicologique. Francis Richard se livre à une véritable traque des variantes, marques de relecture ou corrections et fait revivre des grands ateliers comme ceux de la ville de Chîrâz entre le XIIIe et le XVIIe siècle ; il apporte des éclairages sur le rôle du mécénat princier. À la frontière entre transmission orale et transmission écrite, l'étude du mode de survie des textes poétiques peut être illustrée, juste avant que la Perse n'adopte le chiisme comme religion officielle au début du XVIe siècle, par la vogue extraordinaire de l'oeuvre de Djâmî, figure emblématique du Hérât timouride et poète adulé des Ottomans. Quelques exemples montrent de quelle manière s'est manifesté le succès de son oeuvre, recopiée et illustrée à l'envi. Enfin, Francis Richard attire l'attention sur un type de décor à la fois omniprésent dans les manuscrits persans et éclipsé par la miniature qui a beaucoup plus attiré l'attention des amateurs et des spécialistes d'histoire de l'art, les frontispices initiaux ou sarlowh que l'on trouve en tête de nombre de manuscrits. Or il s'agit d'un des décors les plus classiques dans les manuscrits persans. Une certaine évolution des styles s'accompagne d'une extrême fidélité à des modèles et à un répertoire d'éléments auxquels on puise. Leur étude systématique pose de redoutables problèmes du fait de leur abondance et de leur caractère non figuratif. Rassembler systématiquement un corpus d'images est la condition préalable à une histoire véritable de ces chefs-d'oeuvre qui, avec la calligraphie, sont presque emblématiques de l'art du livre persan.

  • La réflexion anthropologique a longtemps perçu dans le sacrifice sanglant une espèce d'énigme qu'elle s'est efforcée de résoudre, mais sans y parvenir. On s'est dit alors que le sacrifice en général, le sacrifice en soi, n'existe peut-être pas. L'hypothèse d'une illusion conceptuelle est légitime en tant qu'hypothèse mais, dans la seconde moitié du xxe siècle, elle s'est durcie en un dogme d'autant plus intolérant qu'il croit triompher de l'intolérance occidentale, de notre impérialisme de la connaissance. Sous l'emprise de ce dogme, la majorité des chercheurs a rejeté la théorie mimétique qui réaffirme la nature énigmatique du sacrifice et enracine son universalité dans la violence mimétique de tous les groupes archaïques. Pour illustrer la théorie mimétique, René Girard interroge la plus puissante réflexion religieuse sur le sacrifice, celle de l'Inde védique, rassemblée dans les vertigineuses Brahmanas. On trouve dans la Bible des violences collectives semblables à celles qui engendrent les sacrifices mais, au lieu de les attribuer aux victimes, la Bible et les Évangiles en attribuent la responsabilité à leurs auteurs véritables, les persécuteurs de la victime unique. Au lieu d'élaborer des mythes, par conséquent, la Bible et les Évangiles disent la vérité : on y trouve l'explication du processus sacrificiel, le processus victimaire ne peut donc plus servir de modèle aux sacrificateurs. En reconnaissant que la tradition védique peut conduire elle aussi à une révélation qui discrédite les sacrifices, loin de privilégier indûment la tradition occidentale et de lui conférer un monopole sur l'intelligence et la répudiation des sacrifices sanglants, l'analyse mimétique reconnaît des traits comparables mais jamais vraiment identiques dans la tradition indienne. Même si nous restons incapables de débrouiller vraiment le rapport qui unit et sépare ces deux traiditons, ces trois conférences nous permettent d'apprécier un peu mieux leur richesse et leur complexité.

  • La collection de matrices de sceaux médiévaux du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France compte parmi les plus volumineux ensembles de ce type conservés en Europe. Ces objets, qui servaient à fabriquer les sceaux de cire que les hommes du Moyen Âge plaçaient au bas des chartes pour les authentifier, forment l´un des plus abondants corpus métalliques qui nous soient parvenus. Ayant été gravés pour des sigillants appartenant à toutes les strates de la société, de la reine Constance de Castille à l´artisan chaussier, de l´université de Paris à l´évêque de Squillace ou de la chartreuse royale de Miraflores à dame Dauphine du Broc, les matrices révèlent, parfois de manière émouvante, toujours de manière profitable, la façon dont des hommes, des femmes, des institutions du Moyen Âge mettaient en images leur identité. L´ambition de ce catalogue est bien de sortir de leurs réserves des objets longtemps ignorés susceptibles d´alimenter l´intérêt des chercheurs, historiens, historiens d´art ou des techniques mais aussi de susciter la curiosité du plus grand nombre.

  • Les jetons servaient primitivement aux opérations de compte et portent, comme les médailles, un riche décor de portraits, de devises, d´allégories et de scènes historiques. Conçue par les savants au service du pouvoir royal et exécutée par les meilleurs graveurs, cette iconographie nous fait pénétrer dans l´univers intellectuel des élites, de la Renaissance au siècle des Lumières. Ce deuxième tome du catalogue des jetons d´Ancien Régime conservés au département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France poursuit l´exploration de l´iconographie numismatique de la monarchie française aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles avec la description des jetons émis pour les juridictions centrales de l´État royal et pour leurs auxiliaires. Conseil du Roi, Chambre des comptes et Cour des monnaies dominent ce nouvel ensemble, la plupart des séries décrites dans ce volume prenant fin au cours du XVIIe siècle. Les jetons des institutions administratives et financières prendront progressivement le relais, continuant d´illustrer la lente et profonde mutation historique de l´État français vers sa forme actuelle. Thierry Sarmant, adjoint au directeur du département des Monnaies, Médailles et Antiques de 2006 à 2009, actuellement responsable du Cabinet de numismatique du musée Carnavalet, et François Ploton-Nicollet, archiviste paléographe, maître de conférences à l´université d´Orléans, ont dressé cet inventaire en s´efforçant toujours d´ajouter à leur description une traduction des légendes latines, le repérage des sources antiques ainsi que le décryptage des significations, allusions historiques et mythologiques figurant sur ces jetons.

  • Ce quatrième tome des Monnaies chinoises, catalogue du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France, est consacré aux quatre dynasties barbares, à la dynastie Ming et à celle des Ming du Sud, soit un éventail chronologique allant du début du xe siècle à 1661. Il présente près de 700 monnaies de bronze qui sont, pour beaucoup, peu fréquentes ; cette période est, en effet, marquée par l´usage régulier de la monnaie de papier et de l´argent dans les échanges quotidiens. Les quatre dynasties, khitane, djurtchète, tangoute puis mongole, qui occupent le Nord de la Chine où règnent provisoirement les Song, n´ont pas la même conception de la monnaie que les Chinois. Sous les Ming (1368-1644), la dépréciation du papier, en raison d´une maîtrise insuffisante des émissions, et de la valeur de l´argent - en raison des quantités de plus en plus grandes arrivant d´Amérique -, provoque une hausse de la valeur des monnaies de bronze. Comme les trois premiers volumes, le catalogue est précédé d´un commentaire historique et numismatique ; rédigé par François Thierry, conservateur général au département des Monnaies, Médailles et Antiques, il permet de comprendre l´importance du monnayage de cette période dans l´histoire monétaire de la Chine.

  • Les 694 intailles magiques du département des Monnaies, Médailles et Antiques avaient déjà été partiellement publiées, en 1964, par Armand Delatte et Philippe Derchain ; d´autres pierres l´avaient été ponctuellement, comme certains exemplaires de la collection Henri Seyrig, cataloguées par Campbell Bonner. Un nouveau catalogue, rassemblant l´ensemble de la collection du département et illustré de photographies en couleur, était donc vivement attendu. Les gemmes magiques datent pour la plupart de l´Empire romain, principalement du ier au iiie siècle, les exemplaires à iconographie chrétienne étant produits jusqu´au Moyen Âge. Cet ensemble hétérogène qui mêle traditions des Mages perses et religions égyptienne, juive, etc. constitue une source de premier ordre pour la compréhension de la piété et des croyances populaires de l´Antiquité : de petits objets manifestant les espoirs et les craintes ordinaires fournissaient une médiation permanente avec le divin pour, pensait-on, se protéger, guérir, connaître l´amour, la victoire ou la fortune. Attilio Mastrocinque propose ici une présentation approfondie de chaque objet. Chaque intaille est reproduite en couleur et soigneusement décrite dans sa profondeur historique et symbolique, permettant au lecteur de pénétrer la complexité de certaines divinités. Cet ouvrage vient enrichir le corpus des gemmes magiques dont les publications se sont multipliées, notamment en ligne. La riche collection de la Bibliothèque nationale de France est ainsi rendue accessible aux chercheurs, aux collectionneurs, mais aussi aux curieux.

  • Pour les Égyptiens, l´accès au séjour éternel nécessitait une préparation funéraire appropriée et tout défunt se devait d´avoir à ses côtés une armée de serviteurs destinés à le suppléer pour tous les travaux susceptibles de lui être imposés dans l´au-delà. Ces statuettes dites chaouabtis - puis ouchebtis à partir de la XXIe dynastie (1080-945 av. J.-C.) - sont apparues au Moyen Empire (vers 2040-1782 av. J.-C.) et se sont surtout diffusées et multipliées dans le matériel funéraire au Nouvel Empire (vers 1570-1070 av. J.-C.). Des 365 chaouabtis et ouchebtis de la belle collection d´antiquités égyptiennes constituée à partir du XVIIe siècle, seules 84 statuettes demeurent actuellement au département des Monnaies, Médailles et Antiques (les autres furent déposées au Louvre en 1907). Grâce à Liliane Aubert, à qui fut confié le soin de publier cette collection, et à son époux, Jacques François Aubert, ce fonds peu connu, mais parfaitement représentatif de la diversité des collections de la Bibliothèque nationale de France, est désormais à la disposition des chercheurs. Après une présentation de l´histoire de ces collections et de l´histoire de ces statuettes funéraires, le catalogue comprend 84 notices descriptives, avec la reproduction détaillée (face, profil et dos) de chaque pièce, ainsi qu´un relevé des inscriptions hiéroglyphiques qu´elle porte. Le lecteur trouvera, en annexes, l´inventaire des statuettes actuellement conservées à la Bibliothèque nationale de France, ainsi que les inventaires des pièces qui en proviennent et sont actuellement conservées dans d´autres musées, une chronologie, une bibliographie sélective et deux index.

  • Ce nouveau volume de Trésors monétaires rassemble plusieurs trésors de monnaies d'or espagnoles perdus au xviie siècle : l'un découvert sur la plage de Donville-les-Bains, dans la Manche (24 monnaies, vers 1623-1629), un autre dans une maison de Castillonnès, dans le Lot-et-Garonne (45 monnaies, vers 1630-1635) ou bien encore d'Aurillac, dans le Cantal (24 monnaies et deux bijoux, vers 1665). S'y ajoute le spectaculaire trésor de monnaies d'argent espagnoles de l'épave de la Jeanne-Élisabeth, vaisseau suédois ayant sombré en 1755 au large de Maguelonne, sur la côte méditerranéenne. Ce trésor de quelque 4 000 pièces d'argent est remarquable par les péripéties qui accompagnent sa perte - course anglaise, naufrage, pillage - mais aussi par la richesse des informations qu'il nous livre. L'archéologie et l'examen des archives permettent de comprendre où et comment les lots ont été constitués, quelle a été la vitesse de circulation de cet argent depuis les ateliers américains jusqu'aux cales de la Jeanne-Élisabeth, etc. Il met aussi en lumière le rôle des marchands français dans la circulation des métaux américains, les zones privilégiées de circulation de l'argent dans une économie mondialisée qui va des Amériques à l'Inde et à la Chine en passant par l'Europe et le Proche-Orient. Ce volume s'accompagne également d'un article de synthèse sur la circulation de l'or espagnol en France au xviie siècle qui permet de situer ces ensembles monétaires dans leur contexte historique, politique, économique et financier.

  • «Mais situons d'abord M. Georges Bernanos dans nos perspectives littéraires. Il n'a pas été d'abord facile à définir. "Sous le soleil de Satan" le faisait apparaître comme un romancier du surnaturel, spécialité assez rare en France et qui n'a pas de province littéraire bien établie. "L'imposture" et "La joie" semblaient préciser M. Georges Bernanos comme le romancier du prêtre, autre spécialité extrêmement difficile et chez nous peu commune. Mais bientôt, les dons de polémiste de M. Georges Bernanos éclataient dans la "Grande peur des bien-pensants", mettant alors sa pensée, sa tradition intellectuelle en pleine lumière.» (Ramon Fernandez)

  • Ce troisième tome des Monnaies chinoises, catalogue du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France, est consacré à la dynastie Song (960-1279) ; il présente les quelque 3 000 pièces de la très importante collection du département, qui illustre l´extrême variété de ce monnayage depuis les premières monnaies Song yuan tongbao de Zhao Kuangyin jusqu´aux sapèques des derniers empereurs Song du Sud. L´Empire connaît alors des transformations socio-économiques dont les origines remontent au viiie siècle : expansion des surfaces cultivées, développement des échanges, spécialisation régionale de l´artisanat, essor de la production minière. Les plus fortes émissions de l´histoire de la Chine sont contemporaines de la dynastie : la monnaie assure la fluidité de l´économie mais est aussi un produit d´exportation. La numismatique a non seulement tiré partie de l´engouement propre aux élites pour l´histoire, l´archéologie et l´épigraphie, mais encore d´innovations comme le style dit d´« or mince ». Le catalogue est précédé d´un commentaire historique et numismatique, par Emmanuel Poisson, historien du Viêt Nam classique, qui présente l´histoire monétaire de l´Empire Song dans ses liens avec les événements politiques et l´histoire économique de la Chine, de la fin du xe siècle (960) jusqu´au xiiie siècle (1279).

  • Mieux connaître les caractéristiques des manuels de langue arabe composés et utilisés en France et dans l´empire colonial français, tel était l´objectif de la journée d´étude « Manuels d´arabe d´hier et d´aujourd´hui. France et Maghreb, XIXe-XXIe siècle », qui s´est déroulée le 29 septembre 2009 à la Bibliothèque nationale de France. La publication issue de cette journée d´études fait dialoguer des contributions sur les manuels en usage aux XIXe et XXe siècles avec des réflexions actuelles sur l´enseignement de la langue arabe : quelle place lui réserver dans le système scolaire primaire et secondaire français ? Doit-elle être le vecteur unique de l´enseignement primaire et secondaire au Maghreb ? À quel titre et sous quelles formes l´enseigner ? Ces questions ont été et restent encore aujourd´hui l´objet de vifs débats en France, au Maroc, en Algérie ou en Tunisie. Plus largement, les manuels imprimés constituent une source pour une histoire de l´enseignement en Afrique du Nord qui reste encore en grande partie à écrire. Ils fournissent aussi un matériau pour une histoire des usages, des représentations et des contacts linguistiques de part et d´autre de la Méditerranée, un domaine de recherche encore neuf et prometteur. Publié sous la direction de Sylvette Larzul et Alain Messaoudi, cet ouvrage rassemble les contributions de Barbara Airò, Kmar Bendana-Kchir, Khalid Ben-Srhir, Madiha Doss, Jérémie Dubois, Claire Gallien, Aurélien Girard, Sylvette Larzul, Denis Matringe, Alain Messaoudi, Michèle Sellès et Brigitte Trincard-Tahhan.

  • En février 1946, Geneviève Massignon, la fille du grand orientaliste Louis Massignon, a 24 ans. Elle part affronter le rude hiver canadien pour y conduire une étude sur le parler acadien, prenant note de tous les contes et de toutes les chansons populaires qu'elle peut recueillir dans cette province canadienne francophone. Puis, en 1961, à la veille de sa soutenance de thèse, elle décide de retourner sur les lieux, munie cette fois d'un matériel d'enregistrement plus fiable. Elle récolte ainsi plus de 500 chansons, qu'elle classe par thèmes. Elle meurt en 1966 sans avoir achevé l'édition de son étude, et son frère, Daniel Massignon, fait don en 1988 à la Phonothèque nationale de ces enregistrements et notes manuscrites. C'est le folkloriste Georges Delarue qui prendra en charge l'édition définitive de cet ouvrage dont le premier volume contient les textes de 50 chansons présentées avec toutes leurs variantes, conservées, vivifiées et transformées dans les provinces maritimes du Canada et le Madawaska américain. Elles sont accompagnées de commentaires détaillés visant à les situer dans leur histoire et leur devenir. Les mélodies, présentées dans le second volume, sont chaque fois notées avec une très grande précision permettant une analyse mélodique fouillée. Pour chaque chanson, une bibliographie détaillée ainsi que diverses remarques dans les commentaires permettent de la situer par rapport à ses homologues recueillies sur le territoire français.

  • Ce nouveau volume de Trésors monétaires est consacré à un unique ensemble, le gigantesque trésor gallo-romain de Saint-Germain-lès-Arpajon (Essonne). Les quelque 34 000 monnaies qui forment ce dépôt représentent une accumulation de métal de plus de 100 kg. Si ce n'est sa taille hors norme, le profil de cet ensemble est assez classique en apparence. Il est constitué pour l'essentiel de petites pièces en alliage cuivreux frappées au cours de la période dite de « l'Empire gaulois » (260-274). Les monnaies les plus récentes datent du règne de Probus (276-282). La thésaurisation s'inscrit dans un contexte troublé, tant au niveau politique (usurpations, invasions et autres révoltes) qu'économique (inflation, réformes monétaires).

  • Rien ne laissait présager en 1890 que Le Mercure de France, fondé par quelques jeunes gens inconnus et sans le sou mais qu'animait la passion de la littérature, déboucherait en 1894 sur une maison d'édition qui, un siècle plus tard, serait toujours vivante. Sa réussite, le Mercure de France la doit sans conteste aux qualités de gestionnaire de son directeur, Alfred Vallette, personnage-clé et pourtant peu connu de l'histoire littéraire du début du XXe siècle qui, délaissant sa carrière d'écrivain, consacra sa vie, de 1890 à 1935, à la revue et à la maison d'édition. À ses côtés, celui qui apporta son éclat au Mercure de France, celui qui en fut le maître à penser, c'est véritablement Remy de Gourmont.   Du 13 juin au 20 juillet 1995, la Bibliothèque nationale de France ouvre ses portes au Mercure de France pour fêter avec lui plus de cent ans d'édition. Dans un parcours au fil du siècle, ce livre retrace les grands moments du Mercure de France à travers des figures aussi dissemblables qu'Alfred Jarry, Paul Léautaud ou André Gide, Guillaume Apollinaire, Georges Duhamel ou Pierre Jean Jouve, Yves Bonnefoy, Eugène Ionesco ou André du Bouchet...

  • Georges Ohnet a écrit, comme beaucoup de ceux qui ont vécu ces années-là, sur la Grande Guerre. Pourquoi exhumer son Journal d´un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914? L'auteur était, de son temps, décrié malgré son succès populaire, ou à cause de lui. Le témoignage du feuilletoniste, ses impressions de guerre, sa logorrhée de commentateur imprécis, tout cela représente malgré tout une pensée assez commune à bien d´autres Parisiens. Elle tient du Café du Commerce? Oui, sans doute. Mais ces «longues» de comptoir nous disent un état d´esprit. Et celui-ci mérite d´être connu.
    Fascicule 4 sur 17.

  • Georges Ohnet a écrit, comme beaucoup de ceux qui ont vécu ces années-là, sur la Grande Guerre. Pourquoi exhumer son Journal d´un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914? L'auteur était, de son temps, décrié malgré son succès populaire, ou à cause de lui. Le témoignage du feuilletoniste, ses impressions de guerre, sa logorrhée de commentateur imprécis, tout cela représente malgré tout une pensée assez commune à bien d´autres Parisiens. Elle tient du Café du Commerce? Oui, sans doute. Mais ces «longues» de comptoir nous disent un état d´esprit. Et celui-ci mérite d´être connu.
    Fascicule 5 sur 17.

  • « Chasseurs, mes frères, jamais il n'y a eu tant de gibier que cette année, malgré le braconnage intense auquel se sont livrés nos braves troupiers. J'avais donné l'ordre chez moi de ne pas les tourmenter. Ils en ont profité. Lièvres tués à coups de bâtons, lapins pris au collet, ou dans les terriers défoncés. Ils ont corsé leur ordinaire. Mais ils n'ont pas pu attraper les perdrix. Et elles en ont profité pour croître et multiplier. Il y a de nombreuses et belles compagnies partout. La mobilisation nous a débarrassés d'une grande quantité de braconniers. Ils sont sous les armes, et ils font sans doute, ailleurs, ce que leurs camarades font chez moi. Mais ce qu'ils ne peuvent plus pratiquer, c'est le panneautage. Et c'est le salut de la perdrix.

    Car c'est une grosse affaire que de panneauter. Il faut d'abord se réunir à quatre ou cinq connaissant bien le métier, et posséder une pantière. Une pantière est un filet à mailles larges, ayant un mètre vingt de hauteur, sur cinquante mètres de largeur, au moins. Ce braconnage se pratique la nuit, et par un temps sombre. La lune ne vaut rien. Le filet, posé sur des bâtons plantés dans la terre, forme une barrière tendue, derrière laquelle deux des panneauteurs guettent, pendant que les deux autres venant à petit bruit, du bout le plus éloigné de la plaine, poussent comme en battue le gibier mal réveillé, vers la pantière qui les attend au passage.
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