La découverte

  • Comment est-on passé de la toute-puissance parentale à l'encadrement des parents par les professionnels de la santé et de l'éducation ? De la dénonciation, avec le MLF (Mouvement de libération de la femme), de la « maternité esclave » à la culpabilisation des mères ? De la difficulté à faire reconnaître la maltraitance parentale à la définition du mauvais traitement comme écart par rapport à la norme éducative ? Interrogeant pour la première fois ces évolutions paradoxales, Sandrine Gracia identifie plusieurs mécanismes articulés autour de la question de l'autorité scientifique et morale.Revisitant, dans une évocation à la fois vivante et érudite, la grande lutte pour la régulation des naissances, elle met en lumière la manière dont l'éthique médicale s'est laïcisée en matière de procréation, et la ressource qu'a constitué l'expertise psychanalytique pour les médecins promoteurs de la régulation des naissances. Décryptant ensuite la construction psychanalytique de la « cause de l'enfant » - qualifiée par Françoise Dolto de « révolutionnaire » -, l'auteur montre comment la conduite et le destin des femmes fut désormais indexé sur le bonheur de l'enfant, et comment se brouillèrent les frontières entre clinique et morale.Outre la limitation de l'autonomie des femmes, l'une des retombées de ce brouillage des registres et compétences est la dénonciation d'une nouvelle maltraitance (la « violence éducative », qui serait exercée par les parents réfractaires aux bons usages), et l'émergence d'un militantisme individuel et institutionnel (aux niveaux national et européen) pour faire sanctionner les « déviances » parentales, coïncidant de fait avec les pratiques des milieux populaires.

  • Comment fonctionne l'économie de marché ? Qui anime, en deçà de la main invisible, les rapports marchands ? Quels sont les hommes et les savoirs qui soutiennent l'échange économique moderne ? Une histoire du marketing apporte une réponse originale à ce genre de questions, en nous faisant voyager à travers l'histoire du marketing américain, depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours. Dans cette vaste fresque qui se lit comme un roman, l'auteur nous montre comment, dès les débuts du capitalisme américain, la volonté libérale d'atteindre un rapport plus direct entre l'offre et la demande s'est paradoxalement soldée par la multiplication des intermédiaires censés y pourvoir : marchands ambulants, grossistes, publicitaires se sont succédé les uns aux autres, au motif que chacun d'eux apportait une meilleure " représentation " du marché que ses prédécesseurs. Peu à peu, la prolifération des médiateurs marchands a gagné le coeur des entreprises, avec l'apparition de cadres spécialisés dans l'étude du marché, avant de migrer au dehors, du côté des business schools et de l'Université. L'étude du marketing comme science permet alors de s'interroger sur le fonctionnement des communautés scientifiques pluridisciplinaires, et sur les rapports parfois surprenants que les disciplines appliquées entretiennent avec leurs clientèles. Les multiples facettes de cet ouvrage qui croise les perspectives de l'histoire, de l'économie, de la gestion, de la sociologie des sciences et de la sociologie des professions intéresseront un vaste public : historiens, économistes et sociologues désireux de mieux connaître les acteurs, les institutions et l'histoire du marché, étudiants et enseignants de gestion soucieux de mieux comprendre l'une de leurs disciplines de prédilection, enfin tous ceux qui pensent que le marketing et les marketers jouent un rôle majeur dans notre monde, et méritent à ce titre d'être mieux connus.

  • La première partie de ce livre analyse le témoignage de Platon sur ce qu'est le mythe. Dans une seconde partie sont passées en revue les critiques faites par Platon à ce type de discours qu'est le mythe. Cet ouvrage, où interviennent ethnologie et philosophie, se fonde sur une enquête lexicologique qui débusque toutes les apparitions de mûthos, c'est à dire tous les dérivés et tous les composés dont mûthos constitue le premier terme.

  • L'Afrique " vue d'en bas " : c'est sur une histoire méconnue que ce livre original lève le voile. Malgré sa brièveté relative, l'épisode colonial a profondément marqué les États de l'ancien Ouest africain français. Ils sont neuf aujourd'hui, d'ouest en est et du nord au sud : Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Burkina-Faso, Guinée, Côte d'Ivoire, Bénin, Togo. Or, tandis que la politique " métropolitaine " commence à être bien connue, il n'en va pas de même de la rencontre entre colonisés et colonisateurs, de l'histoire vécue sur le terrain, tour à tour et à la fois lutte, dialogue et échanges.
    L'histoire de la colonisation s'est inscrite dans le face à face des institutions, des esprits et des cultures. Ce regard croisé est à l'origine de ce livre, fruit d'un travail d'équipe mené depuis plusieurs années par les meilleurs spécialistes africains et français, qui ont mobilisé des archives ouvertes parfois depuis peu, et les souvenirs oraux d'acteurs souvent encore en vie.
    La première partie traite de thèmes communs à l'ensemble : la politique et la géopolitique françaises, l'armée coloniale, les objectifs économiques, les dynamiques sociales, le rôle de l'islam. La seconde partie rassemble les monographies consacrées à chacun de ces " États coloniaux " : ils ont été marqués par une histoire chaque fois différente, suivant des milieux géographiques contrastés, des péripéties antérieures, des héritages démographiques et culturels anciens, et les modalités spécifiques de la pénétration française.
    Au total, un ouvrage de référence indispensable pour comprendre, dans les États francophones de l'Afrique de l'Ouest, l'unité et la diversité des soubresauts et des aspirations d'autrefois et d'aujourd'hui.

  • Depuis plus de dix ans, l'usage que les poètes latins de la fin de la République ont fait du mythe de l'âge d'or a piqué la curiosité de l'auteur. Ses recherches l'ont convaincu que derrière ce vieux mythe, se livrait un débat passionné dont les enjeux n'étaient autres que la notion même de liberté et la capacité de l'imagination poétique à engendrer le bonheur. Il lui a paru qu'il pouvait valoir la peine de faire partager à d'autres cette conviction.

  • Le Roman de Renarta donné naissance en Europe à toute une mythologie de la ruse et de l'ambivalence. De même, les aventures de Chacal dans les montagnes kabyles révèlent des modèles de comportement qu'on aurait tort de réduire à un simple divertissement. Tantôt amusant, tantôt franchement odieux, le personnage de Chacal est une création de l'imaginaire populaire. Mais la connaissance du monde fabuleux des animaux et des rapports de forces qui le traversent peut être aussi un moyen de mieux comprendre les structures sociales et leurs représentations. Tel est l'exercice que propose l'auteur dans ce livre : en analysant les liens entre mythe et réalité, elle décrypte la fable du chacal à la lumière des rapports aux différents pouvoirs et aux différents modes de domination. Et elle montre comment les intellectuels colonisés d'Algérie négocient leur statut avec le pouvoir à la manière du chacal avec le lion. Ce livre a le mérite d'articuler sociologie et anthropologie, en montrant comment les différents niveaux du symbolique se chevauchent et se répondent en produisant du sens. Par-delà la dérision et le jeu, ce sont bien des enjeux sociaux que la littérature orale nous révèle. La ruse et l'ambiguïté sont des concepts qui rompent avec une analyse caricaturale de la position des intellectuels colonisés. L'auteur évite ainsi le piège du seul déterminisme sociologique. Cette mise en perspective des rapports de forces permet également d'éclairer les relations hommes/femmes. Il s'agit là d'une démarche novatrice qui ouvre sur une véritable théorie sociale des rapports de domination, dans leur dimension historique et symbolique.

  • " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Les essais réunis ici portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.
    Les essais réunis dans ce volume portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés. Le titre, Cuire le monde, traduit l'expression sanscrite lokapakti : l'homme " cuit " le monde et se " cuit " lui-même en exécutant les rites. On choisit en effet, pour aborder l'Inde, de suivre les chemins que tracent les prescriptions et spéculations indiennes sur le rituel. Poètes et doctrinaires védiques nous y invitent : c'est en réfléchissant à ce qui a lieu sur la scène sacrificielle qu'ils élaborent les catégories du continu et du discontinu de la répétition et de la différence, du " principal " et du " reste ", de l'immédiat et du différé, du plein et du vide, de l'implicite et du déployé. Catégories universelles, sans doute, mais qui, dans l'Inde, ont cette spécificité d'avoir été " pensées " à partir du rite par excellence, l'acte sacrificiel, conçu comme modèle de l'acte. C'est pour rendre compte du sacrifice que le Veda s'interroge sur les dieux, leur corps, leur langage, et c'est dans le groupement des hommes unis dans un même projet sacrificiel que l'on décèle le prototype du lien politique. Enfin le lexique et les notions propres au rituel sont présents dans cette définition que les auteurs védiques donnent de l'homme : " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Dans cette phrase est condensée une anthropologie : ce livre tente de l'expliciter.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.

  • L'animal sauvage n'a jamais cessé de fasciner les hommes. Afin de nourrir leur passion pour les collections, ils inventèrent les zoos, ces lieux uniques où s'exprime leur désir de dominer la nature pour mieux la connaître. Dans cet ouvrage passionnant et

  • Au début de la guerre d'Algérie ", à l'automne 1956, fut tentée, par les services secrets français, en Kabylie, chez les Iflissen Lebhar, l'opération " Oiseau bleu ". Elle consistait dans la création de " contre-maquis " clandestins destinés à discréditer le FLN. Or, c'est à l'avantage de ce dernier qu'à tourner cette affaire, les hommes recrutés et armés par les services français s'étant révélés être des " rebelles ". L'auteur, ethnologue, spécialiste de l'Algérie, a réussi non seulement à élucider cette étrange affaire, mais à en analyser les raisons profondes.

  • Que reste-t-il du modèle EDF, mis en place en 1946, de cette formule que beaucoup ont cru et voulu exemplaire ? Que subsiste-t-il de cet ensemble intégré de relations entre les dirigeants d'une grande entreprise nationale et divers acteurs, CGT, appareils d'État, clientèle industrielle et domestique, etc. ? Où sont désormais la toute confiance dans la science, la raison et le progrès, l'identification à la Nation, l'adhésion à la notion de service public, qui apportèrent sa cohésion au modèle EDF ?
    En quarante ans, celui-ci a subi bien des chocs, il a été bousculé, complexifié et affaibli, du dedans de l'entreprise, et du dehors plus encore, ne serait-ce qu'avec l'entrée en lice de nouveaux acteurs, syndicats et mouvement antinucléaire notamment. Son avenir semble incertain. Au fil d'une longue et exigeante recherche, Michel Wieviorka et Sylvaine Trinh ont d'abord organisé une série de rencontres où tous les acteurs impliqués ont eu l'occasion de vivre avec les dirigeants de l'entreprise des débats approfondis. Ils ont ensuite encouragé les dirigeants d'EDF à analyser eux-mêmes leur action et à réfléchir sur leur attachement au modèle de 1946, aussi bien que sur leur capacité de le rénover.
    Mais qu'on ne s'y trompe pas. Par sa démarche novatrice, par les questions qu'il pose, par les réponses qu'il apporte, ce livre est beaucoup plus qu'une monographie d'EDF, déjà décisive. Il renouvelle, de façon originale, la méthode de la sociologie des organisations, dont il élargit l'espace ; en même temps, il aide à comprendre la crise de la social - démocratie à la française et les changements qui affectent nos entreprises - en particulier dans le secteur public - entrées dans l'ère des stratégies et en quête d'un management à la fois mobilisateur et rationnel.

  • Elles sont filles de parents maghrébins immigrés en France. Leurs pères sont ouvriers, artisans, chômeurs ou retraités, l'un fut officier de gendarmerie. Elles sont nées à Nanterre, à Bobigny, Sartrouville, à Paris dans le vingtième, dans la banlieue nantaise ou à Roubaix et y ont grandi. Elles ont de dix-huit à vingt-sept ans, sont lycéennes, étudiantes, animatrice, secrétaires, restauratrice ou "au chômage". Quelques-unes ont un compagnon, l'une est mariée, une autre divorcée, la plupart sont célibataires. Toutes ont parlé sans réticence, contentes d'être écoutées par une auditrice attentive, française, ethnologue, spécialiste de la culture de leurs parents, ainsi à même de comprendre leurs difficiles et douloureux problèmes. En effet, elles sont partagées, parfois déchirées entre leurs aspirations personnelles de jeunes femmes en France et le désir, bien différent, de leurs parents, qui auraient voulu les voir devenir ces "femmes bien", modèle de femme maghrébine. Diverses ont été leurs conditions de vie, divers leurs rapports avec parents et frères, leurs connaissances de la religion, du Maghreb, leurs scolarités, leurs activités et relations éventuelles hors de la maison paternelle, leurs attitudes envers l'autre sexe, leurs propres désirs de famille et d'enfant, leurs problèmes d'identité et de nationalité, enfin, pour certaines d'entres elles déjà, leur participation à la vie active en France. A travers leurs discours sur toutes ces questions - une centaine d'heures d'entretiens -, sont analysées les conditions et les circonstances, les constantes et les variables susceptibles de freiner ou de favoriser leurs dispositions à l'intégration.

  • L'auteur mobilise ici deux ressources complémentaires : des enquêtes anthropologiques menées sur le terrain et des documents écrits ou oraux. Cette démarche débouche sur un double questionnement : l'importance dans les modes de pensée du substrat historico-mythique d'origine berbère, largement occulté et nié par la culture officielle, et la place inconfortable des intellectuels algériens, sans cesse bloqués dans l'exercice de leur fonction critique par un système autoritaire qui mobilise la culture traditionnelle pour imposer son ordre.

  • " L'environnement " et ses " problèmes " sont devenus un enjeu d'une telle force d'évidence qu'il paraît presque impossible d'apporter la contradiction à ce projet : " il faut protéger l'environnement ! " C'est précisément cet ordre, au double sens de commandement et d'idéal d'organisation, qu'interroge ce livre profond et informé. L'auteur soutient brillamment le paradoxe suivant : au départ, les revendications écologiques étaient profondément critiques des savoirs scientifiques et techniques et du développement social qu'ils conduisent. Trente ans plus tard, leur traduction en politiques d'environnement débouche au contraire sur un appel croissant aux experts, ingénieurs et techniciens, détenteurs véritables d'un éco-pouvoir montant. La rationalité scientifique et technique, longtemps cible privilégiée de l'opprobre écologique, se prétend désormais au service de la dépollution et de la sauvegarde des milieux naturels. Notre capacité collective à débattre de ces questions demeure en revanche très faible. Les médias, qui donnent trop souvent une représentation naturaliste naïve du monde, ont leur part de responsabilité dans cette situation, et l'auteur en fait une critique sans cession. Mais il analyse aussi avec précision le jeu de l'administration publique dans la gestion des nuisances par débats contradictoires. Il passe enfin au crible le rôle des associations de défense, qui s'exténuent dans des mobilisations et des contre-expertises sans moyens suffisants. Avec le concept d' "éco-pouvoir ", Pierre Lascoumes dévoile l'émergence d'une nouvelle rationalité, qui prétend prendre le contrôle de tous les systèmes vivants, avec les effets de normalisation qui en découlent.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1994.)

  • En 1990, la publication des résultats de la dernière enquête sur les pratiques culturelles des français (La Découverte / La Documentation française) avait suscité de vives réactions. Certains y avaient trouvé la confirmation de l'inefficacité de la politique culturelle de démocratisation, la preuve que rien n'avait changé ; d'autres, à l'inverse, avaient parlé de révolution culturelle, comme si l'audiovisuel avait définitivement remplacé l'imprimé. Ces deux discours, loin d'être incompatible ou antagonistes, doivent être pensés conjointement. C'est ce que tente de faire Olivier Donnat dans ce livre, où il montre comment et pourquoi les transformations récentes des conditions au savoir et aux oeuvres d'art ont développé une " consommation " croissante de culture, sans que les cercles des véritables amateurs de théâtre, de littérature ou d'art contemporain n'augmentent de manière significative. En s'appuyant sur de nombreuses données chiffrées, l'auteur propose une analyse originale de la connaissance que les Français ont du monde des arts et de la culture, de leurs goûts et de leurs comportements, ainsi qu'une description détaillée des principaux " univers culturels " identifiables à l'échelle de la population française. Il revient notamment sur la question de la montée des valeurs juvéniles depuis les années soixante : il souligne l'existence, par-delà les clivages sociaux, de profondes solidarités générationnelles et 'interroge sur les effets de la spectacularisation qu'ont connus certains aspects de la vie culturelle au cours des années quatre-vingt.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1994)

  • Le " retour aux classiques " des sciences humaines est à l'ordre du jour. La relecture des pères fondateurs semble être le meilleur antidote aux incertitudes théologiques et méthodologiques, ainsi qu'à la spécialisation et au morcellement excessifs des savoirs. Mais en se focalisant sur quelques textes consacrés, ce retour aux sources néglige souvent de replacer les oeuvre dans leur contexte social, culturel, et politique. Le " retour aux classiques " des sciences humaines est à l'ordre du jour. La relecture des pères fondateurs semble être le meilleur antidote aux incertitudes théologiques et méthodologiques, ainsi qu'à la spécialisation et au morcellement excessifs des savoirs. Mais en se focalisant sur quelques textes consacrés, ce retour aux sources néglige souvent de replacer les oeuvre dans leur contexte social, culturel, et politique. En retraçant l'émergence de la sociologie dans l'université française pendant la période 1870-1914, Laurent Mucchielli nous offre un ouvrage de référence qui évite les écueils habituels du genre : la canonisation des " grands auteurs ", qui surestime la paternité héroïque d'individus exceptionnels en oubliant le travail collectif des réseaux scientifiques ; le fétichisme épistémologique, qui découpe des contenus de pensée figés dans un tissu culturel et historique mouvant et complexe. L'auteur montre comment la " découverte du social " s'inscrit dans le dépassement des modèles et des métaphores biologiques et raciaux jusqu'alors dominants. Il explore l'oeuvre de ses principaux pionniers (Durkheim et son école, Tarde, Worms, etc.) et explique comment les idées de conscience collective irréductible à la somme des consciences individuelles, de déterminisme social, de généralisation de l'usage des statistiques, se sont diffusés à travers l'archipel des revues et des institutions savantes et ont transformé le regard sur l'homme. En retraçant l'apport de figures comme Bouglé, Halbwachs, Hubert Lévy-Bruhl, Mauss, Meillet, Richard ou Simiand, il nous offre le portrait deb toute une génération intellectuelle. En redécouvrant les débats de la sociologie avec l'ethnologie, la psychologie, la géographie, l'histoire, la linguistique, la criminologie et l'économie politique, il dévoile la richesse d'une conjoncture scientifique exceptionnelle.

  • Les inégalités constituent un défi. Un défi pour le développement parce que leur accroissement, ou leur maintien à un niveau élevé, produit des sociétés excluantes et instables. Un défi intellectuel également, car les relations entre inégalités et croissance sont plus complexes qu'on ne le pense souvent : selon les conditions, la croissance peut être favorisée aussi bien par de faibles inégalités que par de fortes inégalités. Comparer sous cet angle les performances économiques de l'Asie et de l'Amérique latine, comme le fait avec rigueur Pierre Salama dans ce livre novateur, se révèle très instructif. Il montre ainsi que la relation entre inégalités et croissance ne peut être comprise sans prendre en compte d'autres variables (degré d'ouverture des marchés, niveau d'intervention de l'État, etc.). Et que ces variables sont dépendantes les unes des autres : l'ouverture contrôlée allant de pair avec une politique industrielle de l'État, moins d'inégalités peut signifier une politique sociale active des pouvoirs publics, plus d'inégalités peut accompagner le libre jeu des forces du marché et un retrait de l'État de l'économique et du social. Lire les principaux échecs économiques latino-américains à partir de ce qui semble être des succès en Asie montre qu'il n'y a pas de " voie royale " pour le développement. Et cela permet d'établir à quelles conditions, en Amérique latine, de nouvelles politiques pourraient relancer la croissance, diminuer la brèche entre citoyenneté politique et citoyenneté sociale et transformer ainsi la croissance en développement durable. Ces objectifs supposent de nouveaux compromis sociaux, car ils impliquent à la fois une politique sociale et industrielle plus cohérente et volontariste, et une défense plus déterminée des intérêts nationaux vis-à-vis des institutions internationales. C'est là toute la difficulté. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006.)

  • Un état des connaissance sur la situation des femmes en France aujourd'hui La seconde moitié du XXe siècle a été porteuse, dans l'ensemble des pays développés et tout particulièrement en France, de transformations sociales majeures pour les femmes : liberté de l'avortement et de la contraception, droit de vote et parité, croissance spectaculaire de la scolarité et de l'activité professionnelle. Ces mutations ont-elles, pour autant, fondamentalement entamé la domination masculine ? Aucune réponse simple n'est possible. Nous vivons une époque de paradoxes et de contradictions : plus de femmes instruites, actives, salariées, mais aussi plus de chômeuses, de salariées précaires ou pauvres ; les lois sur l'égalité professionnelle se sont multipliées, mais la résorption des disparités de carrières et de salaires stagne, péniblement. Les femmes ont - tardivement - conquis le droit de vote, mais en dépit des lois sur la parité, bien peu sont élues. Le droit à la contraception et à l'avortement est une conquête évidente, mais que penser de la persistance, longtemps ignorée, des violences faites aux femmes et du harcèlement sexuel ? Les formes familiales se sont diversifiées, les relations de couple se sont transformées, mais le monopole féminin sur le travail domestique demeure, stable et imperturbable. Cet ouvrage collectif met à la disposition du grand public un état des lieux des connaissances accumulées dans différents domaines : le corps, la famille, le marché du travail, la politique. Il rassemble des points de vue divers, émanant de chercheurs et d'universitaires de différentes disciplines. Un point fondamental les réunit : la conviction que la différence des sexes est un outil indispensable à la compréhension du monde social.

  • En quelques dizaines d'années, l'engagement professionnel des femmes est devenu un phénomène massif, et vraisemblablement irréversible. En même temps, les femmes continuent d'exercer d'importantes responsabilités familiales. D'un côté, le travail, de l'autre, la famille : mettre en relation ces deux univers n'est jamais évident, et le premier mérite du livre de Jacques Commaille est de montrer comment les femmes s'y appliquent, comment elles gèrent les demandes, les incitations et les pressions qui pèsent sur elles de toutes parts.
    S'appuyant sur un volume considérable de recherches et d'études, Jacques Commaille propose dans cet ouvrage un bilan des connaissances disponibles, mais aussi beaucoup plus. Il dégage les deux logiques contradictoires qui traversent aussi bien les femmes elles-mêmes que les débats intellectuels et politiques, et les institutions publiques : le "familialisme" de ceux et celles qui entendent maintenir et promouvoir le rôle domestique des femmes s'opposant au "féminisme" lorsque celui-ci valorise avant tout le travail et l'insertion professionnelle. Et l'on ne s'en sort pas en se contentant de formules mythiques plaidant pour une meilleure articulation des orientations.
    Mais les termes du débat sont-ils convenablement posés par ceux qui l'étudient ? C'est un autre intérêt du livre de Jacques Commaille que de nous inviter à sortir des sociologies fermées sur elles-mêmes - sociologies du travail, de la famille, des femmes, des politiques publiques - pour aborder la question sous l'angle de la mutation culturelle, politique et sociale, dans laquelle notre société redécouvre la notion de sujet et apprend à redéfinir la place du "privé" et celle du "public".

  • Mai 68 a davantage marqué les comportements que produit une nouvelle culture. En effet, peu d'oeuvres s'en inspirent directement, excepté un "art" de propagande soumis à une idéologie ; par contre, l'esprit de mai, conmme si de rien n'était, a entièrement imprégné l'atmosphère de cette décennie. A droite comme à gauche, la pensée n'est plus la même après ces "événements". De nouvelles préoccupations (démocratie directe, féminisme, auto-gestion, écologie, autonomie, etc.) appellent au renouvellement des théories (psychanalyse, marxisme, structuralisme, etc.).
    Gil Delannoi, dans cet essai au ton personnel, brosse un tableau de la vie intellectuelle de cette époque, en éclairant ce que d'habitude on laisse dans l'ombre afin de magnifier ou de déprécier l'ensemble. Ces dix années sont avant tout marquées du sceau de l'utopie ; les certitudes des "contestataires" tout comme les discours défensifs des "contestés" relèvent de l'utopie. Démêler le rêve de la réalité et comprendre comment chacun joue sur l'autre constitue le fil conducteur de cet essai d'histoire politique et culturelle - où l'on retrouve Michel Foucault, Louis Althusser, Jean-Paul Sartre, mais aussi les "situationnistes" et les maoïstes de toutes tendances...
    Privilégiant les grandes idéologies - alors à l'acmé de leur influence - sans délaisser pour autant le travail solitaire de tel écrivain ou de tel cinéaste, Gil Delannoi apporte une réflexion originale sur une période trop souvent caricaturée.

  • Dans le monde entier, à la fin des années quatre-vingt, les meilleurs experts comme les simples citoyens ont assisté médusés aux bouleversements de l'ordre du monde, que num n'avait su prévoir. Dans ce livre, Alain Joxe propose une interprétation globale de ce tournant historique : celui-ci marque la fin du cycle impérial de la dissuasion nucléaire, ouverte en 1945 à Hiroshima.
    Une fin dont l'explication structurelle est à rechercher dans la conjonction de trois tournants : l'éclatement des représentations du monde qui ont prévalu depuis quarante-cinq ans (affrontement Est-Ouest, opposition Nord-Sud), le dérèglement de doctrines stratégiques devenues délirantes, la prise de conscience de la folie de la course aux armements. Par une succession de vues d'ensemble et d'effet de zoom sur les moments-clé de cette histoire, l'auteur propose une relecture des étapes successives du "cycle de la dissuasion" : de la phase guerrière initiale aux avatars récents de la doctrine américaine de "riposte flexible", sans oublier les spécificités des écoles de pensée stratégique française et soviétique.
    Cette démarche apparaît comme un puissant révélateur pour prendre conscience des enjeux de la nouvelle situation créée par l'effondrement de l'empire soviétique et la fin de l'hégémonie américaine : quels seront les nouveaux risques liés à l'avénement d'un "empire du désordre" où la guerre entre puissances centrales aurait disparu et où la société mondiale s'organiserait en sous-ensembles violents, emboîtés ou juxtaposés et fortifiés, pratiquant à l'échelle de la planète comme à l'échelle du quartier l'extorsion et le rackett ?
    À l'heure où les dirigeants européens s'interrogent sur l'avenir de leurs systèmes de défenses, Alain Joxe, l'un des meilleurs spécialistes français des problèmes stratégiques, apporte à ces questions des réponses qui bouleversent les cadres de pensée établis.

  • Comme tous les tenants du pouvoir, les rois d'Assyrie ont voulu bâtir et commémorer par un récit, enfoui dans le gros oeuvre, la construction ou la restauration de leurs monuments. Mais ils accordaient au texte une importance unique : conscients de la fragilité de leurs monuments de brique et les sachant voués à une dégradation rapide, ils firent du texte qui y était intégré l'élément fondamental de l'oeuvre, parce qu'il était capable de résister à l'usure du temps.
    Ce livre présente l'essentiel de ces textes qui sont traduits en français pour la première fois. L'auteur étudie ce que l'on construisait, pourquoi et comment, enfin ce qui devait préserver sinon le monument lui-même, du moins les objets inscrits qui lui servaient de substitut et transmettaient les noms de ses bâtisseurs successifs.
    Dans la mesure où le monument est moins important que le texte qui le commémore, on peut se demander quelle est la valeur de son apparence et surtout ce que l'on vut transmettre à la postérité par l'écriture : l'idée l'emporte sur la réalité fugitive. Tout cela n'est pas sans conséquence sur la façon d'apprécier dans le cas assyrien ce que dans une perspective occidentale on appellerait l'oeuvre d'art.

  • L'écriture fut depuis l'origine conçue et utilisée sous formes de signes statiques sur un support fixe. Or, grâce aux écrans interactifs, l'informatique ouvre aujourd'hui des possibilités radicalement nouvelles à l'expression visuelle de la pensée. A partir de ce constat, et grâce à une approche théorique originale du langage et de la pensée, Pierre Lévy propose ici pour l'informatique de demain un programme de recherche complémentaire de celui de l'intelligence artificielle.
    Présentée pour la première fois dans cet ouvrage, l'"idéographie dynamique" n'est pas un code de programmation, mais un nouveau genre d'interface, un langage d'images animées pour la communication entre les hommes. L'idéographie dynamique est la forme d'écriture réclamée par les supports techiques contemporains. Elle fonctionne suivant le principe d'une représentation figurative et animée des modèles mentaux, plutôt qu'en redoublant le langage phonétique sur un plan visuel, comme le fait l'alphabet.
    Faire de l'image animée une technologie intellectuelle à part entière, c'est contribuer à inventer une culture informatico-médiatique critique et imaginative, dessiner une autre voie que celle de la société du spectacle, vouée au scintillement sans mémoire de la télévision et à la gestion "rationnelle" par les systèmes d'information.
    Cet ouvrage s'adresse au public curieux des nouvelles approches de la connaissance proposée par la philosophie et les sciences cognitives. Il stimulera également les informaticiens passionnés par l'avenir de leur discipline.

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