La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • A partir d'une analyse en profondeur de la production et de la reproduction dans les sociétés agricole d'autosubsistance, l'ouvrage apporte à la fois une théorie du mode de production domestique, les éléments d'une critique radicale de l'anthropologie classique et structuraliste et les bases d'une critique constructive de la théorie du salaire de Marx. Les contradictions majeures que soulève la persistance au sein du capitalisme des rapports domestiques comme lieux de la reproduction de la force de travail et du « travailleur libre » sont mises en évidence par cette démonstration qui, portant sur les domaines généralement séparés de l'ethnologie et de l'économie, enchaîne logiquement « les structures alimentaires de la parenté » aux mécanismes de la surexploitation du travail des populations dominées par l'impérialisme. De même que l'« Anthropologie économique des Gouro de Côte-d'Ivoire » avait marqué « un tournant dans l'histoire de l'anthropologie », cet essai théorique (qui en annonce d'autres), en dépassant le stade de la discussion des concepts pour essayer de renouer avec la démarche active et créative de Marx et d'Engels, représente une nouvelle contribution au progrès contemporain du matérialisme historique.

  • Elles sont filles de parents maghrébins immigrés en France. Leurs pères sont ouvriers, artisans, chômeurs ou retraités, l'un fut officier de gendarmerie. Elles sont nées à Nanterre, à Bobigny, Sartrouville, à Paris dans le vingtième, dans la banlieue nantaise ou à Roubaix et y ont grandi. Elles ont de dix-huit à vingt-sept ans, sont lycéennes, étudiantes, animatrice, secrétaires, restauratrice ou "au chômage". Quelques-unes ont un compagnon, l'une est mariée, une autre divorcée, la plupart sont célibataires. Toutes ont parlé sans réticence, contentes d'être écoutées par une auditrice attentive, française, ethnologue, spécialiste de la culture de leurs parents, ainsi à même de comprendre leurs difficiles et douloureux problèmes. En effet, elles sont partagées, parfois déchirées entre leurs aspirations personnelles de jeunes femmes en France et le désir, bien différent, de leurs parents, qui auraient voulu les voir devenir ces "femmes bien", modèle de femme maghrébine. Diverses ont été leurs conditions de vie, divers leurs rapports avec parents et frères, leurs connaissances de la religion, du Maghreb, leurs scolarités, leurs activités et relations éventuelles hors de la maison paternelle, leurs attitudes envers l'autre sexe, leurs propres désirs de famille et d'enfant, leurs problèmes d'identité et de nationalité, enfin, pour certaines d'entres elles déjà, leur participation à la vie active en France. A travers leurs discours sur toutes ces questions - une centaine d'heures d'entretiens -, sont analysées les conditions et les circonstances, les constantes et les variables susceptibles de freiner ou de favoriser leurs dispositions à l'intégration.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'honnêteté intellectuelle et la fidélité à ses engagements et à ses amis, sont deux qualités essentielles de Boris Souvarine. Personne, quelle que soit sa place sur l'échiquier politique aujourd'hui, ne le conteste. Cet anti-stalinien de la première heure, ancien fondateur de la Section française de l'Internationale communiste lors du congrès de Tours (1920), a oeuvré toute sa vie de militant professionnel pour la propagation de ses idéaux. Autant dire qu'il est resté un homme de l'ombre. La revue lui a toujours semblé le moyen le plus efficace pour diffuser sa pensée et celle des auteurs qu'il appréciait. La Critique sociale, de 1931 à 1934, va paraître onze fois et utilisera ses colonnes, afin de faire connaître les débats théoriques du moment, les nouveautés en sciences sociales, la critique musclée du spectacle politique, et l'appel à l'audace intellectuelle. Lucien Laurat, Georges Bataille, Michel Leiris, René Michaud, Raymond Queneau, Karl Korch, Jean Bernier, Pierre Kaan, Simone Weil, Colette Peignot, et bien d'autres inconnus qui deviendront célèbres, participent à cette aventure périlleuse et ô combien stimulante qu'est l'appareillage et la navigation de cette galère particulière du monde des lettres : la revue. La Critique sociale, dans le paysage intellectuel des années trente, tient indéniablement une place originale. Cet ouvrage collectif le démontre et, mieux encore, nous explique en quoi le projet initial de ces revuistes interpelle notre présent.

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  • Il y a près de vingt ans que des gens du fleuve Sénégal viennent travailler en France. Cet exil, il s'agit ici d'en restituer la dimension africaine. L'émigration du fleuve en France cesse alors d'être objet de réflexion en elle-même. Cela même qu'elle sert à révéler l'intègre à une histoire dont l'essentiel se déroule ailleurs. Sept hommes sur dix travailleurs africains en France, sont des paysans Soninké venus des rives du Fleuve. Tant que l'on se borne à constater leur présence, elle ne semble pas peser lourd. Mais que l'on inverse la perspective, et le monde bascule : il faudrait maintenant chercher sur les cartes, dans les livres, dans leur pays même surtout, le poids de leur absence. En Europe, leur présence paraissait marginale : c'est qu'au miroir européen, leur histoire ne s'inscrit qu'à l'envers. Infléchie par la présence européenne, puis suspendue par la conquête, l'histoire des peuples du Fleuve se survit dans l'émigration. Aujourd'hui, face à la double crise de l'emploi en France, et de la production vivrière au Sénégal, des gens du Fleuve cherchent à reprendre en main leur avenir, en développant les ressources agricoles de leur terroir. Détournée à d'autres fins, la mise en valeur du Fleuve risquerait toutefois de déposséder les communes villageoises, barrant à jamais le chemin du retour. Comprendre l'émigration dans son contexte africain, n'en remet que plus sûrement en cause le rôle de la France.

  • Ce nouveau livre du Collectif d'alphabétisation paraît à une période trouble pour la population immigrée en France : insécurité entretenue et légalisée (loi Barre-Bonnet), marginalisation renforcée... La formation des immigrés, une pratique dépassée ? C'est ce que laissent entendre les pouvoirs publics. Or, dans le même temps, un rapport officiel estime à 800 000 au moins le nombre d'analphabètes étrangers en France. Ce livre, dans une première partie, resitue l'alphabétisation des travailleurs immigrés dans le contexte politique et économique actuel, et en dégage les enjeux. Dans une deuxième partie, il propose un certain nombre d'outils pédagogiques, pour atteindre des objectifs définis, à partir des situations concrètes rencontrées dans les cours. Ce livre n'est pas une simple réactualisation des précédents livres du Collectif d'alphabétisation. La conception, dans son ensemble, est différente : moins péremptoire et plus pragmatique. Il reflète les pratiques, les difficultés et les contradictions de ceux qui l'ont écrit (moniteurs professionnels ou bénévoles, permanents d'associations). Il n'énonce pas un savoir prêt-à-savoir, mais veut aider les utilisateurs à réfléchir sur leur propre pratique. Ce livre est destiné aux formateurs. Pour les immigrés des niveaux débutants, le Collectif d'alphabétisation a publié, en octobre 1978, un Livre de français pour les travailleurs immigrés, pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.

  • La civilisation qui prend naissance aux bords du Tigre et de l'Euphrate, plus de 3 000 ans avant J.-C., est extraordinairement variée dans sa culture, et riche en pratiques politiques et religieuses. De par sa position stratégique entre l'Inde, l'Iran et le monde méditerranéen, la Mésopotamie sera nourrie de mythes et de cosmogonies étrangères qu'elle adaptera pour les faire siennes. Les essais rassemblés ici, pour la première fois, ne marquent pas seulement trente ans de recherche exemplaire, d'études érudites, et de controverses fructueuses. Ils montrent l'étonnante imbrication du politique, de l'économique et du religieux dans une société complexe. Comment se structurait, socialement, cette société suméro-akkadienne ? Quelle était la nature du pouvoir des dynasties babyloniennes ? Quelle place y occupaient les infirmes et les marginaux ? Plus précisément, avec le mythe d'Érysichthon le mangeur insatiable, l'histoire de Daniel jeté dans la fosse aux lions et ressorti sain et sauf, ou la boîterie de Jacob, ce sont la mort, la virginité, la justice, le pouvoir, qui sont admirablement étudiés dans leurs manifestations à la fois réelles et imaginaires. Ainsi, par exemple, le jet d'une poignée de terre, l'usage juridique du sceau, l'empreinte d'un pied dans l'argile n'étaient pas des actions gratuites : elles revêtaient des sens particuliers que l'auteur décode pour nous.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre est le résultat d'une enquête menée par l'auteur dans les haciendas des hauts plateaux péruviens sur les conditions de vie des indiens qui y travaillent. Ces conditions de vie se perpétuent depuis l'implantation des grands propriétaires espagnols, coupées du monde extérieur par le triple barrage de l'isolement géographique (l'« altiplano » féodal est sans communications avec la côte en pleine expansion) de la barrière linguistique (le quéchua est pratiquement la seule langue parlée et l'analphabétisme règne) et surtout par l'extrême exploitation et l'extrême misère où sont maintenus ces « oubliés des Andes ».

  • Plutôt que d'opposer telle ou telle expérience d'État ouvrier au « marxisme », au « léninisme », au « trotskysme », Jean-Luc Dallemagne préfère dégager, de l'élaboration théorique et de la pratique du marxisme révolutionnaire, la problématique permettant de comprendre l'ensemble d'expériences - moments de la révolution mondiale dont procédera le socialisme. Son livre s'attache donc à dégager théoriquement la problématique de la transition chez Marx et Engels pour comprendre comment Lénine l'a enrichie par sa pratique de la Révolution russe, et ce afin de disposer d'un corps de concepts permettant d'expliciter les expériences diversifiées et différentes des États ouvriers aujourd'hui. Ainsi la théorie de la révolution peut-elle être enrichie des premières expériences de dictature du prolétariat, sous quelque forme qu'elle soit instaurée. La révolution n'a pu triompher localement que selon des modalités porteuses de déformation bureaucratique. Il ne s'agit pas de le regretter au nom de la pureté programmatique. Il s'agit de comprendre le rapport des forces mondiales qui en est l'origine. Et c'est en modifiant celui-ci par nombre de victoires locales que la révolution prolétarienne est en train de créer les conditions propres à l'abolition de toute bureaucratie et à la construction du socialisme. Le problème n'est pas de se garantir contre toute déformation bureaucratique future, mais de faire en sorte que cette déformation ne dégénère ni en restauration du capitalisme, ni en écrasement bureaucratique du mouvement ouvrier.

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  • Depuis près d'un siècle, le théoricien de la micro-économie et le "manageur scientifique" se parlaient peu. Il ne fallait pourtant pas voir là l'expression d'un divorce, mais plutôt celle d'un partage des tâches indiscuté et indiscutable : à l'un, le "marché parfait", à l'autre, l'"organisation parfaite", tous deux étant armés du même modèle théorique, pour garantir la complémentarité de leurs démarches. Mais les grandes mutations structurelles qui affectent l'entreprise contemporaine, rendent ce modèle théorique de plus en plus irréaliste et inefficace. Dans leurs efforts pour surmonter ces difficultés, l'économiste et le manageur parlent des langages de plus en plus étrangers l'un à l'autre. Cette fois, le divorce menace. Fort de sa double expérience (théorie économique et pratique managériale), l'auteur engage une vigoureuse critique de concepts et de méthodes dépassés. Mais loin de se limiter à une telle critique, il consacre l'essentiel de cet ouvrage à recenser et analyser les pistes les plus prometteuses pour reconstruire, de concert, une nouvelle micro-économie et une nouvelle gestion. Il étaye en permanence son argumentation théorique par l'observation des pratiques actuelles dans l'entreprise moderne. "Période passionnante, constate-t-il, où chaque problème pratique débusque un problème théorique" : clarté du style et richesse des exemples permettent d'établir un véritable dialogue entre débat théorique et pratique quotidienne, et de rendre ainsi accessibles des concepts-clés pour l'"économie-gestion" de demain, fondée sur l'apprentissage et l'innovation.

  • Hérissée de difficultés de tous ordres, de plus en plus mal assimilée, l'orthographe résiste victorieusement aux tentatives de simplification. Le « réformisme » s'est trop longtemps contenté de la vilipender, offrant des contre-attaques aisées aux partisans du statu quo. Mais la crise de l'orthographe s'aggrave sans cesse, aux dires de tous les observateurs, et l'on voit poindre le jour où une intervention sera nécessaire. Une description minutieuse du phénomène orthographique, appuyée sur une analyse linguistique des problèmes, oblige à renoncer à tout espoir de réforme : il apparaît impossible d'améliorer de l'intérieur un édifice à la fois aussi cohérent et aussi composite. La solution, découverte il y a quatre siècles, est d'ordre alphabétique. On ne peut pas réformer l'orthographe, on ne peut que la supprimer et donner au français une nouvelle écriture, fondée sur la langue parlée. Utopie ?... Cette promotion de la langue parlée s'inscrit dans la perspective des bouleversements culturels du monde contemporain.

  • 50 % d'écoliers retardés, 2 à 3 % de débiles à 6 ans, 10 à 15 % à 10 ans, combien de « caractériels », d'inadaptés ? On rééduque, on réadapte comme on peut, mais la théorie pédagogique n'évolue pas. À partir d'expériences vécues - évolutions d'écoliers difficiles - Fernand Oury, instituteur qui, depuis près de vingt ans, organise des classes coopératives et Aïda Vasquez, pédagogue, docteur en psychologie, essaient de comprendre ce qui fait de la classe un milieu éducatif, ce qui agit et peut faire de ces enfants-problèmes des hommes et des femmes actifs et responsables : le journal scolaire, le travail coopératif, les relations dans la classe devenue groupe institué ? Premier résultat d'une recherche collective, « Vers une pédagogie institutionnelle » est autant un témoignage d'instituteurs qui, dans leur classe primaire, emploient les Techniques Freinet, qu'une approche théorique qui utilise l'apport actuel des sciences de l'homme. Il ne suffit plus aujourd'hui d'évoquer Jean-Jacques Rousseau ou de dresser un catalogue d'intentions ; Freinet, Freud, Lewin et Makarenko peuvent inspirer l'école de demain.

  • « Plus une société est en retard, plus son élite révolutionnaire doit être cultivée, progressiste, consciente de tous les sauts qualitatifs intervenus dans la vie de l'humanité. [...]. Plus une société retarde par rapport à d'autres, plus les buts de la révolution se diversifient et s'approfondissent ; plus l'intellectuel est conscient de ce retard, plus ses responsabilités deviennent lourdes et plus se multiplient les occasions de fuir dans les illusions et les mythes ; plus la révolution s'impose comme totale, plus elle apparaît lointaine et improbable. Telle est bien la situation de l'intellectuel arabe révolutionnaire. Il hérite de tous les combats de la liberté : individuelle, communautaire, nationale, que la bourgeoisie dans l'État national n'a nulle part menés jusqu'à leurs termes. [...]. L'intellectuel arabe a trop longtemps hésité à critiquer radicalement culture, langue et tradition. Il a trop longtemps reculé devant la critique des buts de la politique nationale locale, qui aboutit à l'étouffement de la démocratie et au dualisme généralisé ; il doit critiquer l'économisme superficiel, qui croit moderniser le pays et rationaliser la société en construisant une usine avec l'argent d'autrui, la technologie d'autrui, l'administration d'autrui ; il doit cesser de s'autocensurer lorsqu'il s'agit des problèmes de minorité et de démocratie locale, de peur de mettre en péril une apparente unité nationale. L'intellectuel arabe révolutionnaire a trop longtemps applaudi à l'appel de l'unité arabe, tout en acceptant et parfois justifiant la fragmentation de fait. [...]. L'intellectuel révolutionnaire arabe mène aujourd'hui une vie malheureuse, par-delà ses succès mondains, parce que sa société vit à un rythme infra-historique. Il ne viendra à bout de sa misère que s'il exprime d'abord clairement ses exigences de rénovation radicale et s'il les défend ensuite de toutes ses forces pour que cesse enfin le long hiver des Arabes. [...]. » (Extrait de la conclusion.)

  • L'alphabétisation des travailleurs immigrés est un nouveau livre du Collectif d'alphabétisation. À l'heure où tout le monde - même le ministre d'État à l'immigration - parle d'alphabétisation, il permet de comprendre le sens de la lutte menée par les travailleurs immigrés pour imposer dans les faits un droit qui les concerne aussi, le droit à l'éducation pour tous. Ce livre approfondit la pédagogie esquissée dans Alphabétisation, pédagogie et luttes en apportant des outils nouveaux, notamment sur le langage oral ; il le clarifie, politiquement, à partir de l'insertion dans de nombreuses luttes du Collectif d'alphabétisation qui l'a produit. Ce livre se place toujours dans un rapport nouveau avec le lecteur (utilisateur). Il n'énonce pas un savoir « tout prêt ». Il reflète la pratique et les contradictions du Collectif alpha. Il est donc destiné à être utilisé et remanié par les moniteurs d'alphabétisation (professionnels ou bénévoles), en fonction de chaque situation nouvelle. Deux parties composent ce livre : - la première, présente l'alphabétisation dans les luttes (dans l'histoire, le monde, et en France aujourd'hui) ; - la deuxième propose des outils pédagogiques pour mieux parler en français, lire et écrire en français, s'informer et discuter sur un certain nombre de problèmes de la vie quotidienne. Cette partie est complétée par un fascicule « pour les travailleurs », Pour faire le cahier-livre.

  • Ce livre n'est pas une biographie savante du jeune Trotsky mais l'évocation engagée d'un itinéraire politique, théorique et militant. Au fil de cet ouvrage, l'auteur s'efforce donc de suivre les sinuosités de cet itinéraire complexe, souvent contradictoire : de l'antimarxisme au marxisme « iskriste » du tout jeune Bronstein, de l'antibolchevisme virulent de 1904 au bolchevisme critique de 1917. Dans cette première phase de la vie politique de Trotsky, le « trotskisme » marche d'un bas boiteux : c'est l'époque du premier déploiement de la théorie de la révolution permanente, appuyée sur l'intuition géniale du profil de la révolution russe ; c'est aussi celle de la politique « malheureuse » de Trotsky, embourbé dans les marais du conciliationnisme et de l'équilibrisme, entre les deux fractions de la social-démocratie russe. L'ouvrage s'achève sur une évocation de 1917. La révolution d'Octobre ne signifie pas simplement l'ascension de Trotsky à la dimension historique. Au plan théorique, c'est, pour Trotsky, la seconde mutation fondamentale, celle qui l'amène à fondre la théorie de la révolution permanente dans le creuset politique et organisationnel du bolchevisme.

  • Ce texte rend compte du chemin que parcourut un psychanalyste pendant près de cinq ans, alors qu'il exerçait une activité salariée dans des crèches rattachées aux services de Protection maternelle et infantile de la Région parisienne. Livre-itinéraire jusque dans la forme même de son écriture, cet ouvrage décrit la rencontre et l'éclatement d'un projet psychanalytique, celui de la mise à jour et de l'écoute de la dimension désirante telle qu'elle est déniée ou mal-entendue dans l'espace-crèche, quand se révélera dans un même mouvement la finalité normative et freudologique de ce projet et le sens politique de la structure institutionnelle de la crèche. Institution née sous Pétain, la crèche s'inscrit et se révèle dans le spectaculaire du slogan Travail-Famille-Patrie. Lieu de la séparation, la crèche est, telle qu'elle se conçoit actuellement, l'espace où s'illustre le plus clairement le scandale d'une institution entièrement régie par la loi de la nécessité, la loi du salariat. Mais, pour l'auteur, on ne peut aujourd'hui se contenter de décrire et d'analyser un milieu d'essence répressive qui reste néanmoins un lieu privilégié et à privilégier pour y élever des enfants, sans parler de l'oppression généralisée que cette institution dévoile, et dans laquelle elle est inscrite dès son origine même. Toute autre démarche ne serait pour lui que planification de la pénurie et réaménagement de la survie. Survie, car ce que l'auteur va tenter de démontrer, c'est que le règne du salariat, comme fin première et dernière de la doctrine actuelle présidant au statut administratif des crèches, est l'expression même de la mort. Survie, car la famille, qui est encensée par le capitalisme et par tous les tenants de l'idéologie dominante, est morte dès l'aube de l'âge des fabriques, et ne se perpétue plus que comme spectacle, comme pierre angulaire d'une idéologie répressive, comme espace de reproduction (d'enfants mais aussi de significations) et enfin comme lieu de la consolation aliénée. Lieu où le discours tenu par la femme et l'enfant se lit comme séparation inscrite « dans la sphère de la production matérielle » (Marx), la crèche n'est-elle pas parmi les institutions celle où se révèle de la manière la plus éclatante qui soit le sens même de la dimension mortelle du salariat, mais aussi le sens d'une institution première, c'est-à-dire une institution placée à l'origine d'une série de coupures et de barrures socialement prônées, socialement exigées, codées et ordonnées ? Il reste que, pour l'auteur, la seule intervention actuellement possible au plan institutionnel est celle qui se mènerait dans le seul registre de l'unification des praxis, de la critique radicale et du politique.

  • Dans la société traditionnelle wolof, le fou témoignait de la réalité de l'alliance avec les esprits, de la continuité des lignées et des groupes. Il était détenteur potentiel de prestige. En même temps qu'elle renforçait la cohésion sociale et familiale, sa guérison favorisait la circulation du symbolique. Aujourd'hui, la décision d'internement fait éclater les tensions jusqu'alors sous-jacentes entre parents, lignées maternelles et paternelles, hommes et femmes, jeunes et vieux, musulmans et non-musulmans, occidentalisés et traditionalistes, producteurs et non-producteurs. Par l'hôpital, le fou est désormais exclu au nom des rapports hostiles des anciens à la modernité, de l'opposition des générations intermédiaires à l'idéologie des colonisateurs véhiculée par la psychiatrie, des relations ambiguës qu'entretiennent les jeunes avec les idées et valeurs occidentales, de l'image ineffaçable du fou dangereux sécrétée par les hôpitaux de naguère. L'enfermement entraîne irréversiblement le clivage entre normal et pathologique, au détriment de la nécessaire complémentarité entre « malades » et « non-malades » à l'intérieur de la société. L'hôpital devient la zone de gardiennage où les soins sont accessoirement prodigués. Violence coloniale et violence asilaire peuvent avoir disparu. La violence symbolique du leurre vient occuper leur place, qui organise douloureusement la prise en charge du patient.

  • Beaucoup d'auteurs africains contemporains restent les prisonniers de la recherche d'une conception du monde, d'une philosophie, résidant dans une âme « africaine », unique pour tout le continent, renvoyant à un passé mythique. Paulin Hountondji montre comment ces étranges constructions conceptuelles ont pu jouer un rôle positif dans la résistance menée par les intellectuels à la domination coloniale : ils répondaient ainsi à la négation de l'opprimé contenue en elle ; réponse cependant ambiguë, ne serait-ce que parce qu'elle était bâtie sur des principes tirés des travaux d'ethnologues européens, le Père Tempels en particulier. Les indépendances ont ouvert une nouvelle période historique ; ces mêmes élaborations philosophiques ont changé de sens : jadis expression d'une certaine résistance anticoloniale, elles sont désormais une idéologie justifiant et renforçant les dominations étatiques contemporaines ; les intellectuels qui les fabriquent ne sont plus que les « griots » des régimes en place. En analysant sans complaisance les oeuvres de Nkrumah et celle, entre autres, du Camerounais Towa, du Rwandais Kagamé, Hountondji met à nu et dénonce cette inversion. L'entreprise critique dont ce livre pose les jalons lui apparaît être l'étape nécessaire sur le chemin de « la libération de la créativité théorique » des peuples d'Afrique, de leur participation à part entière au débat intellectuel universel.

  • À nouveau le marxisme est combattu au nom du socialisme, tel que Staline l'a caricaturé dans le Goulag. Pour avoir cru qu'elle était la patrie du socialisme, les anciens adulateurs et les ennemis de toujours de l'URSS se rejoignent dans une même critique de Marx, à qui ils imputent la responsabilité des crimes commis au nom de la révolution. Comme si Marx avait écrit un quelconque évangile, un recueil de préceptes, dont la mise en oeuvre établirait la moralité. Mais le socialisme n'est pas, pour Marx, un rêve à réaliser, ni une utopie à construire, il est le concept désignant le prochain stade du développement de l'humanité, découvert à partir de l'analyse scientifique du capitalisme. C'est dire l'importance, face aux idéologies bourgeoises et petites-bourgeoises du « meilleur des mondes possible », de rejeter l'humanisme de droite ou de gauche, et de restaurer la démarche de Marx dans sa scientificité. Une telle tentative pose de nombreuses difficultés que cet ouvrage ne prétend ni résoudre ni masquer par des formules et clichés pseudo-dialectiques. Il vise seulement à montrer comment fonctionne la dialectique dans Le Capital : quelles questions elle pose et quelles réponses elle apporte. Ce livre ne veut être qu'un auxiliaire à la lecture du Capital, texte malmené que chacun invoque, mais que peu lisent, comme il le mérite, attentivement.

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