Klincksieck

  • Le sculpteur danois Bertel Thorvaldsen (1770-1844) occupe une place remarquable dans l'histoire de la réception de l'art antique. On peut dire qu'il fut à la sculpture ce que David fut à la peinture, le meilleur des défenseurs du néo-classicisme dans la lignée de Winckelmann. C'est à Rome, où il vécut près de quarante ans, qu'il réalisa la plupart de ses oeuvres, en y recueillant l'hommage d'Antonio Canova. Devenu son grand rival, il s'en distingue par une application plus rigoureuse des canons de beauté propres à la statuaire antique. En témoigne son célèbre Jason et la toison d'or, qui le révèle au public en 1803 et le propulse au premier rang de la scène italienne et internationale. L'ouvrage qu'Eugène Plon lui consacrera en 1867 est le plus complet. Jamais réédité depuis une seconde édition en 1874, il l'est, à l'occasion du 250e anniversaire de la naissance de Thorvaldsen, dans une version présentée et annotée par Eryck de Rubercy. S'y ajoutent les textes sur Thorvaldsen des historiens d'art Henri Delaborde (1811-1899) et Sauveur Jacquemont (1837-1898) qu'accompagne la traduction inédite de textes d'auteurs allemands aussi essentiels que Friederike Brun, August Wilhelm Schlegel (lettre à Goethe), Wilhelm Waiblinger, Friedrich Hebbel et August Kestner.

  • Le « jardin paysager » fut la grande invention anglaise du début du XVIIIe siècle. Son style parvint à se substituer à la solennité régulière des jardins « à la française » et à coloniser nombre de jardins italiens. Mais c'est bien en Allemagne que furent réalisés les plus beaux parcs qui sont aussi, pour s'être émancipés de la tutelle britannique, les plus incomparables. À la différence de la France et de l'Italie, l'Allemagne comptait entre le XVIIIe et le XIXe siècle quantités de cours avec des princes suffisamment cultivés et passionnés, mais surtout assez riches pour satisfaire leurs passions grâce à de grands artistes paysagistes aux premiers rangs desquels figurent Friedrich Ludwig von Sckell, Peter Joseph Lenné et le prince Hermann von Pückler-Muskau. C'est à la découverte de ce pan essentiel de l'histoire culturelle allemande que convie cet ouvrage mettant en évidence les enjeux philosophiques et esthétiques de la discussion sur le nouveau modèle paysager. Et cela, tout au long d'une période qui a vu la création de nombreux parcs dont ceux, parmi les plus fameux, de Wörlitz à Dessau et de Wilhelmshöhe à Cassel, inscrits tous deux au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, ou encore de Muskau et de Branitz. Cette Esthétique du jardin paysager allemand regroupe un ensemble inédit en français de textes descriptifs et relatifs aux réalités pratiques de leur aménagement, mis en regard avec les photographies de Ferdinand Graf von Luckner qui donnent à voir ces parcs dans leur état actuel, à la fois exemplaire d'entretien et de conservation. (Photographies de Ferdinand Graf von Luckner)

  • Faisant suite et complément à ses essais déjà traduits sous le titre Questions d'art, les études sur la peinture française qui composent De Monet à Picasso sont en réalité le premier ouvrage théorique à avoir été publié en 1913 par Max Raphael (1889-1952). Ce tenant d'une théorie matérialiste de l'art, au regard infatigablement fixé sur la matière des oeuvres, tente d'y faire parler les formes et d'y esquisser une « science empirique de l'art ». Marquant une manière de dépassement définitif du subjectivisme impressionniste, il décrit ainsi à la veille de la Première Guerre mondiale la mutation de la peinture moderne. Et cela, après avoir découvert Cézanne puis rencontré, à Paris, Rodin, Matisse ainsi que Picasso, ce dernier l'ayant occupé toute sa vie. À la fois pionnier et critique de la modernité, Max Raphael y remet également en perspective l'histoire de l'art traditionnelle non sans tenter une audacieuse refondation de l'esthétique. C'est assez dire la lacune que vient combler la traduction de ce livre qui apparait aujourd'hui comme une féconde et radicale percée philosophique au sein de la psychologie de la création. Et de nous permettre de mieux apprécier l'importance, dans le panorama si riche de la réflexion sur l'art en Allemagne, de l'oeuvre considérable de son auteur surgie à l'époque difficile de la République de Weimar puis déracinée par le nazisme.

empty