Kinoscript

  • Partant du principe que la philosophie n'a jamais pris le chemin qu'elle aurait dû suivre, les Jumeaux Saint-Vincent proposent un premier opus de maximes, ce genre oublié, relégué aux moralistes. La pensée n'est plus contrainte de se plier à une forme, mais jaillit dans sa pleine puissance, s'attaquant à tout, frappant tout ce qui bouge. La philosophie s'y donne comme un art de vivre - dangereusement certes, comme une médecine de l'âme, dont la vocation avouée est de revenir un jour au sein de la société, telle qu'elle se donnait à Athènes, au Ve siècle avant notre ère. C'est le sixième ouvrage des Jumeaux Saint-Vincent, qui vient s'ajouter à une oeuvre surprenante, où le muscle ne cesse de s'immiscer dans la pensée, où le close-combat le dispute au cinéma et à la philosophie.

  • Ce texte s'origine dans le désir de rendre la philosophie populaire. Populaire parce qu'elle touche à de vraies questions. L'amour, la mort, le désir, le politique, l'éducation, le sexe. Ou le suicide. Et non à des interrogations pour spécialistes, luxueuses, spécieuses, universitaires. Populaire aussi parce qu'il s'agit de « mettre la philosophie dans la rue », selon l'expression des auteurs. Pas la rue des politiciens. Mais celle de ceux qui y vivent, qui y sont, tous les jours, à toutes heures ; la rue de cette population urbaine condamnée à oeuvrer pour sauver sa peau, à besogner pour se procurer une âme. Et qui, à force d'entendre des murmures de voix futiles et fallacieuses se payer leurs têtes, ont fini par se détourner du fondamental. La rue du malfrat. D'où la création d'une nouvelle figure, en contre à ce nihilisme pérenne et chronique. Celle du philosophe-voyou. Figure de l'oxymore, capable seule d'obvier à cette situation. Alliage entre deux figures de l'opposition : le philosophe pour l'abstrait, et le voyou pour le sensible. Synthèse soumettant la thèse suivante aux lecteurs : le mal n'est pas mauvais, il permet même d'atteindre la vertu. Afin de projeter ces concepts sur la scène humaine, il fallait donc une forme sanguine, du premier degré. Un style polémique et sincère. De l'attaque et de l'offense. Il fallait un pamphlet. Pour introduire ainsi le combat en philosophie en même temps que la philosophie dans le monde de la cogne. Voici le philosophe-voyou - disciple renégat de Michel Onfray et de l'hédonisme - qui vous propose un art de vivre le quotidien dans le plaisir et la souffrance, pour le meilleur et pour le pire. 2e édition, enrichie des réponses aux objections de Michel Onfray

  • 1668, au beau milieu de L'Avare, George Dandin, Amphytrion, surgit une pièce inattendue, telle un boulet de canon qui emporte tout sur son passage, Les Plaideurs Racine a décidé de frapper sans compter :   1) il emplâtre son rival Corneille en parodiant Le Cid à maintes reprises dans sa pièce : le "va, je ne te hais point" devient chez Racine : "Va, je t'achèterai le Praticien français". Sans parler de l'exploit que le premier veut montrer au second : celui d'écrire une comédie, sa seule, est d'avoir plus de succés que lui.  2) Le Maître, son maître janséniste : Racine nous livre une parodie comique de son art oratoire... L'ironie est le plus beau de tous les respects, surtout quand on n'en est pas la victime.  3) Ses "amis" qui se sont opposés à lui en lui donnant des leçons de dramaturgie en prennent pour leur grade.  Pour résumer, en lisant Les Plaideurs, on se situe dans la perspective subversive du burlesque des Scarron et des D'assoucy.    A lire de toute urgence, pour ainsi réparer l'immense offense que l'Education Nationale profère chaque année, en ne le mettant jamais au programme.    Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com   O.S.V

  • Les Essais

    Michel De Montaigne

    Montaigne est l'auteur d'un seul livre. Ou presque. Qu'il n'a cessé de retravailler toute sa vie, à la différence de nos philosophes contemporains qui ne cessent de pondre des livres pour gagner de l'argent. L'idée derrière ces tentatives d'écriture? La connaissance de soi, la volonté de mener des exercices spirituels quotidiens pour parvenir à la vie heureuse. Contrairement à Descartes au siècle suivant, Montaigne ne cherche pas à se rendre comme maître et possesseur de la nature. C'est le souci de soi qui l'anime. L'amour, la mort, le désir, le changement de sexe, la jalousie, les passions tristes que sont la politique et le pouvoir, voilà ce sur quoi se penche Montaigne avec une simplicité déroutante. A mettre sur sa table de chevet, en bonne place, entre la bible et l'oreiller.

  • Notre époque a besoin plus que jamais de Bakounine. Non le Bakounine des salons mondains, celui que l'on convoque dans les arrondissements chics de la capitale, pour étaler sa culture, et provoquer le bourgeois... que l'on est. Mais le Bakounine du Catéchisme révolutionnaire, photographié par Nadar. L'oeil sombre. La barbe opulente, le cheveu long. Trapu et socratique. Vêtu de noir. Déterminé à aller jusqu'au bout. Dans son Catéchisme, Bakounine rassemble tous les dogmes du révolutionnaire. Une bonne fois pour toutes. Sous forme bien souvent axiomatique. Afin de les avoir sous la main. Pour ceux qui désirent fonder une société secrète internationale. Comme lui. De la famille aux principes généraux, le philosophe a compris qu'il fallait se tourner avant tout vers la question sociale; que celles de la nation et de la chose publique sont des leurres, puisqu'elles ont épuisé leur potentiel strictement politique. Au lecteur d'aujourd'hui, il importe de faire siens tous ces principes. Car, l'individu du XXIe siècle, témoin et acteur de la plus grande crise financière des temps modernes, n'est plus vraiment séduit par l'action révolutionnaire. Il préfère résister par la pensée, confortablement installé sur une serviette de plage.  Vos photos de vacances contre celle de Bakounine par Nadar. Mettons un peu notre peau sur la table de travail et non sur le sable chaud. Pour la survie de notre espèce.   La présente édition est établie d'après l'édition de Max Nettlau, publié en 1866.

  • Le Portrait de Dorian Gray, c'est une sorte de Dracula, mais sans hémoglobine. Un « roman d'horreur » que le chef d'oeuvre de Bram Stoker rejouera à sa manière, quelques sept ans plus tard, en 1897, comme finale d'une époque, celle de la reine Victoria. Si les auteurs se connaissent bien, tous deux irlandais, il faut souligner que la femme dont il est amoureux, Florence Malcombe, lui préférera Stoker... Voilà le genre d'hapax existentiel qui vous donne à écrire un roman. Ainsi, pourrait-on comprendre que Wilde, blessé par cette déception amoureuse, se soit alors tourné vers une sorte de dandysme hédoniste, tout en solipsisme, dont Le Portrait de Dorian Gray se fait l'écho. Et ce n'est pas à Lord Henri que Wilde ressemble - il lui sert à exposer ses réflexions sur l'esthétisme - mais plutôt à Dorian lui-même, obsédé par sa propre personne, dévoré par sa beauté physique. A tel point que le réel s'en trouve bouleversé, que les lois de notre monde se transforment peu à peu, à l'insu de tous. Dorian est une beauté éternelle (comme Dracula) qui prend des vies pour survivre. Et Wilde de se servir de ce monstre pour donner au lecteur de brillantes saillies d'observation sur l'être et l'apparence. L'impossibilité absolue pour Gray de se dissocier de Dorian, l'être en chair de l'être de peinture, réactive le débat antique où Platon et les Sophistes se livreront des guerres sans merci. Pour Wilde, comme pour Gorgias de Léontium, l'être n'est que l'apparence et réciproquement. La volonté de cacher ce que l'on est se trouve vaine et absurde, puisqu'elle finira toujours par éclater au grand jour. Cette critique de l'idéalisme, assez conventionnelle, s'accompagne d'une distance prise avec l'hédonisme, si fashion aujourd'hui en France : la recherche du plaisir n'est pas une mince affaire et les abîmes qui le bornent, une véritable ruine. Reste à l'individu, pour se construire, à faire de sa vie une oeuvre d'art, sans démesure et prétention.   Cette traduction est celle de la version traditionnelle, quelque peu censurée, du Lippincott's Monthly Magazine en 1890 : Craig Lippincott, l'édtieur de Wilde, avait en effet supprimé toute allusion à la « décadence » des personnages... Kinoscript & Stvpress prépare une traduction inédite à partir de l'édition anglaise non-censurée, parue aux Presses Universitaires de Harvard en 2011.

  • Ce texte fut le livre de chevet de Mussolini et de Hitler. Celui des anarchistes aussi. Loin d'avoir été "récupéré", c'est que, comme un trésor, il contient en lui la recette pour "réveiller" l'individu de son sommeil dogmatique dans lequel deux mille ans de religion et trois mille ans de religion étatique ont plongé l'humain. Qui d'ailleurs aujourd'hui ne croit pas que la Sécurité Sociale et l'Ecole n'aient une légitimité transcendentale? Sans parler des impôts... Stirner met à nu nos croyances les plus élémentaires, encore, 160 après.  Faites de beaux rêves Monsieur Hollande.   Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com

  • Les Petits poèmes en prose est un cas curieux dans la littérature française. Celui d'une oeuvre "journalisitique". Entendons bien : Baudelaire le poète-journaliste, lui dont la grande majorité des pièces poétiques qui composent Le Spleen de Paris fut publiée dans l'organe de presse grand public La Presse, entre 1855 et 1864. Imaginez un peu Renée Char dans Paris-Match...   Conséquence : la tension quasi palpable entre une esthétique du feuillton, de l'épisode, de l'imagette, de la miniature et d'un autre côté, une sorte de haine consommée pour le "grand journal", où Baudelaire se retrouve bien souvent en "rez-de-chaussée", à côté des chiens écrasés. Et c'est comme cela qu'il faut lire Le Spleen de Paris. Un beau fruit pendu à l'arbre de la laideur. Un tableau d'immondes merveilles, où la cruauté du dandy frappe sans relâche la modernité d'une société qui ne cesse de s'enorgueillir de ses "progrès", de son degré de culture, de son idéalisme. Ainsi dans le Miroir, la démocratie subit-elle une attaque frontale, et avec elle, les droits de l'homme, cet universel que si peu de poètes ont osé contester depuis. On est bien loin du Baudelaire-révolutionnaire tant vanté par Walter Benjamin, en rouge et noir, le poing fermé, levé vers l'avenir, pour le peuple. Et qui fait surface dans les années 70 aux Etats-Unis. Le Baudelaire des ballades en prose est agressif certes. Mais ce qui le fait vomir, c'est le fraternalisme tendance. Le socialisme fashion. A l'image de son antithèse et éditeur : Arsène Houssaye. Le poète arrivé, enrichi par des spéculations immobilières, qui se fit construire un hôtel particuler non loin du Parc Monceau. Et qui dans son Vitrier s'élance la tête la première dans le charitable et le généreux : les pauvres ont un salut... dans la fraternité des classes.   La présente édition reproduit l'édition posthume de 1869, chez Michel Lévy Frères.   Ce livre s'adresse aux lecteurs du Baudelaire de gauche, moderniste, progressiste, partagiste... Baudelaire l'anti-moderne.

  • Le Prince est une véritable aberration philosophico-littéraire. D'abord parce que ce n'est pas de la philosophie, à proprement parler. Celle qu'aiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels à chemise blanche. En effet Machiavel rédige un « portrait de prince », genre littéraire de la Renaissance, où l'auteur adressait un certain nombre de conseils à un Prince dans un horizon verteux : le bien, l'honnête, le juste, la tempérance... autant de valeurs idéales auxquelles l'impétrant roi se devait de faire allégeance. Mais, à cette époque, ce n'est pas parce que c'est « littéraire » que c'est de la littérature au sens où nous l'entendons. Jadis, le mot désignait toute production écrite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siècle ce livre se verrait évincé des grands éditeurs, rejeté par les distributeurs et méprisé des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de l'ouvrage serait un motif suffisant de dédain. Qui plus est à un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressé à Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant à la cruauté, la malice, la force et le volonté de puissance... La dernière aberration, c'est que Machiavel semble, d'après la tradition, l'homme d'un seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou l'auteur du Prince. La périphrase semble quasi-homérique, une épithète de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. Poésies, théâtre, récits de voyage, réflexions sur l'histoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littéraire. Rien ne semble lui avoir échappé. Cette réédition est une invite à découvrir Machiavel et son oeuvre et non Machiavel et son Prince. Enfin, ce qui donne une ultime valeur à cet inclassable traité, c'est qu'il réactive toute une philosophie qui ne sera jamais à la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostitués du savoir », comme les nommera avec tendresse Xénophon. On peut comprendre les réactions vives : Il n'y a rien à sauver chez Machiavel. Tout n'est que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou déjoués. Force, violence, cruauté, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de Callicès, la loi du plus fort. Des générations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un précurseur républicain, presque démocrate. On lui emboîta la pas. La mal était fait. L'humble vérité, la jouissive révélation, est que Machiavel est irrécupérable. Pour cette raison là, il est urgent de le lire. Ce texte reprend l'édition du traducteur Jean-Vincent Périès en 1825. Avis aux lecteurs à la bonne conscience : ne pas lire ce livre.

  • Gamiani

    Alfred De Musset

    A l'heure de la pornographie virtuelle et omniprésente, il est bon de relire Gamiani ou Deux nuits d'excès. Il y a fort à parier que personne ne l'aura découvert dans la tourmente d'études littéraires, dans le soleil rationnel et castrateur de l'Université. Mais plutôt en sous-main, dans le clair-obscur d'un boudoir, avec un(e) chère et tendre, disposé à mettre en chair la prose de Musset.   Pourquoi est-il urgent de relire ce livre? Car il fait la démonstration parfaite que la pornographie peut avoir un sens. Non pas celui de l'argent-roi, de la cupidité du Veau d'or, de l'affublement néo-libertaire d'une idéologie ultra-libérale : mettre des corps, souffrants, torturés, humiliés jusqu'à la perte de la dignité humaine, en vente sur la toile. Mais celui, hédoniste et libertaire, de la construction d'une vie heureuse, par delà les morales du temps.  C'est aussi un récit de femmes. Gamiani est une comtesse, qui relate deux jours éphémères d'intenses activités amoureuses. Pour une fois, dans la littérature, le désir et le plaisir féminins en soi, trouvent une place de choix. Jusqu'alors, l'art d'aimer est le fait des hommes. Seuls capables de la jouissance pour la jouissance, seuls architectes possibles de l'invention sexuelle qui préside aux destins humains. Enfin, Gamiani est à lire comme preuve de l'aveuglement des critiques littéraires, qui refusèrent longtemps durant à Musset la paternité de l'ouvrage. Démarcation entre deux types de relations aux livres : la première, rabelaisienne, du corps, de la vie, du sang; l'autre, universitaire, sage, froide, rationnelle et idéaliste. Le plaisir de lire se mue en lecture du plaisir comme machine de guerre contre les objecteurs de conscience.   La présente édition est la reprise de celle de 1833.

  • Poe, malgré son indéniable succès, reste un mauvais élève de la littérature universelle. Le daguerréotype de Hartshorn restera à jamais associé à son nom : une figure de folie, le front proéminent, surplombant un regard fantomatique. Une moustache masquant un rictus. Un foulard cravate clair, contrastant avec l'obscurité du gilet. Les bras croisés. Dans l'attente du photographe. Un visage de mort. Comme pour donner raison à Balzac qui croyait que la photo enlevait de la vie, et à Baudelaire qui détestait cette technologie de la modernité instantanée.   Le double assassinat de la rue Morgue est à lire, cette photo à la main. Non que l'oeuvre soit le fruit nécessaire d'une physionomie. Qu'il soit impossible pour un auteur d'écrire autre chose que ce que son paraître produit. Mais autrement, on passe à côté de cette nouvelle. Certains y verront la naissance du roman policier. D'autres, la création du fantastique...  Il faut y voir avant tout le rejet du monde moderne : on trouve des corps sans vie, démembrés, éparpillés ici et là. Sans motif apparent. Pour découvrir finalement que c'est l'animal le coupable. Le singe. Comment ne pas donner raison à Poe? Au XIXe siècle, la raison triomphe... et pourtant, la cruauté est toujours aussi aiguisée, toujours aussi puissante, enracinée dans une humanité qui ne cesse de se perfectionner dans le crime. Poe comme Baudelaire qui le traduit sait l'entreprise humaine désolante de présomption et d'hypocrisie.  Retrouver la bête qui dort en soi, l'accepter, sans remords. Prendre acte de la tragédie de l'existence, préfigurant le grand "oui" à la vie de Nietzsche quelques années plus tard sur un autre continent. Et laisser la science à son triste sort : celui de remplacer la foi. Dupin n'est pas dupe. On l'a bien longtemps considéré comme l'archétype du détective rationaliste. Il sent. Devine. Bref, tout à l'intuition. Le gut feeling des Américains.   La présente édition reprend celle des Frères Lévy en 1869, avec une traduction de Charles Baudelaire.

  • « 18 ans tout juste. L'orée de l'existence. La fin n'est pas pour aujourd'hui. Quelle malchance d'être née en ce siècle de marasme et de torpeur, de chômage et de dépression : quelle chance de pouvoir rappeler à mes aînés cette vérité pitoyable : «  toutes ces années  noires qui sont devant moi, je vous les dois! » Parmi eux, Stéphane Hessel. » Tels sont les premiers mots de Najat Al-Khali. Illustre inconnue, d'origine algérienne, fille d'ouvrier, élevée dans l'une de nos banlieues françaises, la rage au ventre. Mais aussi, future élève de classes préparatoires aux Grandes Ecoles! A l'injonction plurielle moralisatrice de l'ancien ambassadeur, Najat Al-Khali préfère la sommation. Puissante et singulière : indigne-toi! Car elle ne s'adresse pas aux nantis de ce monde, mais aux laissés-pour-compte, aux sans-emplois, aux sans patrie... Pour elle, l'indignation n'est qu'un nouvel avatar du sophisme philosophique, légitimant a contrario le maintien de l'ordre établi, qui semble dénoncé.  Devant ce mécanisme implacable, il faut abandonner l'évangélisme des donneurs de leçons, pacifistes du dimanche, et passer à l'acte : faire payer ceux qui peuvent et non ceux qui sont à la rue. Alors, du haut de ses 18 ans, Najat Al-Khali nous donne envie de lui emboîter le pas. Même si le chemin qu'elle propose peut conduire à l'interdit et au bannissement. Bref, à une révolte radicale, mais efficace.

  • Aurore, comme son titre ne l'indique surtout pas, est un livre cruel. On se dit, « ce coup là, le philosophe-artiste a fait dans la métonymie : l'aurore, c'est la philosophie de l'avenir, la philosophie nouvelle débarassée des préjugés moraux... ». Moi, lecteur révolté et dissident, j'y vois le bréviaire du contestataire, les aphorismes de l'insurgé de service. Hélas, au risque de décevoir les plus exaltés d'entre-nous, Nietzsche, encore une fois, ne nous caresse pas dans le sens du poil. Et c'est bien là sa cruauté.   En presque six cents maximes, le philosophe au marteau, sort l'artillerie philosophique  lourde et tire à bout portant sur l'idéologie qui fonde notre société, et avec elle, notre système de valeurs, auquel nous sommes si attachés. Cruauté d'arracher à l'homme, tel à un enfant gâté, ses jouets les plus chéris, mais qui sont le principe même de sa corruption. Cruauté de nous priver des fondements moraux les plus assurés et de nous contraindre d'assister à leur disparition. Cruauté de te jeter dans les couloirs du temps, dans l'intemporel, contre les modes et les tendances, orphelin de toute métpahysique, pour ta résurrection. Et c'est bien là le sens du recueil. Des propositions pour une renaissance. Des préceptes fondateur d'une nouvelle humanité, au-delà de la morale, au-delà du christianisme, de la démocratie, des droits de l'homme, et avec eux, du chorus des vertus traditionnelles : justice, tempérance, tolérance, générosité, honnêteté... L'Aurore est donc ce moment douloureux et éclatant où l'individu, aveuglé par la puissance du soleil, doit se lever, les membres encore fourbus, le corps exténué de son sommeil dogmatique, l'esprit anéanti par un éternel coma rationnel.   La présente édition reprend la traduction de Henri Albert, faite sur le quatrième volume des OEuvres complètes, publié en 1894 par le Nietzsche-Archiv, chez C. G. Naumann, à Leipzig.   Ce livre s'adresse à ceux, qui, fébriles devant le monument poético-philosophique du Zarathoustra, trouveront une approche plus pédagogique de la philosophie de Nietzsche.

  • Lancelot

    Chretien De Troyes

    Roman d'aventure merveilleux en vers octosyllabiques, Lancelot ou le Chevalier de la charrette fut écrit entre 1176 et 1181 par Chrétien de Troyes à la demande de sa protectrice, Marie de Champagne (fille de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine et épouse d'Henri Ier). Par l'écriture de ce roman, l'auteur souhaitait flatter « sa » Marie tout en obéissant aux règles régissant le rapport entre un amant et sa dame ; tout comme Lancelot le fait avec « sa » Guenièvre en volant à son secours. C'est là le propre du roman courtois, la flatterie apparaissant tel un devoir de l'homme envers la femme qu'il tente de séduire avec respect et discrétion. Mais bien moins romantique, bien plus lucide également, de Troyes avait en fait répondu au caprice de sa protectrice en vue d'abuser son mari, le comte de Champagne... Ainsi fidèle aux désirs de la crédule, l'auteur pouvait espérer la voir étendre son influence politique sur sa cour afin de le faire connaître. Mais oublions la manipulation pour en revenir à l'inspiration, à la fiction en d'autres termes, à l'histoire en elle-même... Le vaniteux et cruel Méléagant - fils du roi de Gorre et chevalier du Pays sans Retour - retient captifs sur ses terres de nombreux habitants du royaume d'Arthur. Afin de voir les prisonniers libérés, l'un des chevaliers de la Table Ronde devra le battre en duel, à l'inverse de quoi la reine les rejoindrait dans leur exil. Le sénéchal Keu relève le défi mais perd le combat, si bien que Guenièvre est enlevée à son tour. C'est alors que l'humble Lancelot du Lac et Gauvain, lui-même chevalier de la Table Ronde et neveu du roi Arthur, prennent la route pour secourir leur reine. Dénué de monture, Lancelot prend la route au creux d'une charrette conduite par un bouvier difforme et vil. Symbole de déshonneur suprême, c'est bien conscient du risque de devenir un paria que le chevalier se montre à visage découvert face au peuple croisé en chemin. Qu'importe alors la honte, le code de la chevalerie et l'honneur à préserver ! Ravalant sa fierté et sacrifiant son titre, ce dernier n'a qu'une obsession en tête : délivrer sa dame. Malgré ses deux pas d'hésitation à l'approche de la charrette, les sentiments éprouvés par Lancelot à l'égard de Guenièvre lui dictent aveuglément sa conduite, au rythme des battements de son coeur, en parfait accord avec son corps, herculéen quant à lui. Une typographie médiévale ; une enluminure dans les teintes orangées ; un amoureux conquérant porteur d'un casque étincelant ; un acolyte hissé sur son destrier blanc... Bien que le véhicule au sein duquel l'amoureux a pris place soit la représentation même de la honte, l'édition nous présente une scène esthétiquement belle, les roues de la charrette semblant recouvertes de feuilles d'or et le bouvier lui-même donnant le sentiment d'admirer son passager. Mais qui ne l'admirerait pas, lui, le chevalier de la Table Ronde aux vertus au carré ? Un triangle parfait entre reine et chevaliers, entre dilemme et roi, entre honneur, foi, et émoi... Entre aventures chevaleresques et péripéties amoureuses, Lancelot ou le Chevalier de la charrette est l'incarnation idéale de ce à quoi pouvait ressembler l'amour courtois au Moyen Âge. De rang supérieur, la reine Guenièvre contraint finalement Lancelot à l'accomplissement d'un ensemble de prouesses et sacrifices qui prêtent au roman l'aspect épique lui donnant tout son rythme. Tout au long de son parcours initiatique, le chevalier prouve ainsi son dévouement sans limite à la femme qu'il aime tout en affirmant ses capacités surhumaines. Chargé de leçons de vie sur l'amour triomphant, le roman sous-entend par ailleurs qu'en sauvant Guenièvre, Lancelot rétablit l'équilibre du monde. Détentrice des vertus d'une allégorie christique, l'oeuvre nous montre en effet, au travers de l'obédience du chevalier, combien les valeurs chrétiennes que sont l'allégeance, l'humilité, ou encore l'abnégation, peuvent difficilement être ignorées. C'est ainsi sous l'apparence de l'amant courtois que Lancelot représente la figure christique dans toute sa splendeur d'une part, l'être hors du commun d'autre part. Être auquel chacun rêverait de rassembler tandis qu'il en devient presque trop facile de s'y identifier... De l'ouverture du tombeau à son combat contre Méléagant en passant par sa traversée du pont de l'épée, le chevalier séduit les grands et les petits, les amoureuses romantiques et les nostalgiques aventureux en quête de chimérique. De lyrique et de didactique aussi. De mythique et de féérique surtout.

  • Les Paradis artificiels, c'est le livre d'un malentendu. En l'espace de 150 ans, il est devenu la bible de tout poète tenté par la drogue et de tout drogué tenté par la poésie. Comme si le simple fait de consommer conférait du génie poétique, foudroyait son homme, saisi dans l'instantanéité de l'hallucination. Baudelaire, un peu malgré lui, a été entraîné dans une légende dont il semblerait l'un des héros. En réalité, si l'on veut bien prendre la peine de lire Les Paradis artificiels, on découvre un essai qui aurait dû propager une mythologie diamétralement opposée à celle que l'on sait : les drogues ne permettent pas d'accéder à une réalité poétique supérieure. Ni adjuvants, ni catalyseurs, elles sont une belle mode, au même titre que la photographie. D'ailleurs, son ami Théophile Gautier, s'engouffre dans les deux avec aveuglement : membre de la première Société de photographie, il est de toutes les fêtes à l'Hôtel Pimodan, où les expériences de consommation de haschich sont menées sur le modèle de Quincey. Baudelaire, lui, résiste aux tendances tout en refusant d'y adhérer intellectuellement. Certes, il est photographié par Nadar. Certes, lui aussi participe aux expérimentations haschichéennes. Mais, le célèbre photographe fait les frais, à plusieurs reprises, des attaques du poète. Et, les « paradis artificiels » sont réduits à néant en quelques essais. C'est à cause de Baudelaire, au demeurant, que les drogues se verront affublées de cette périphrase ironique, que le bobo lit au premier degré, en s'arrêtant au premier mot. Comme s'il s'agissait d'un synonyme de « paradis terrestre »... Seul le vin paraît trouver grâce à ses yeux. Il faut lire l'ouvrage en pensant à toute cette tradition rabelaisienne, qui fait du vin le sang de l'écrivain et de l'alcool une vertu carnavalesque. Bref, ce que vomit par-dessus tout Baudelaire au cours de ces fiestas d'intellos, ce ne sont pas les substances ingérées, mais son époque. Elle qui se veut moderne, civilisée et progressiste. La vérité jubilatoire : Baudelaire n'a jamais été cool.   La présente édition est la reproduction de l'édition de 1869 chez Michel Lévy Frères. Bien que la première édition date de 1860.

  • La Peau de chagrin fait partie de ces livres que l'on devrait porter avec soi en toute heure. Car à eux seuls, ils comblent nos deux grandes aspiration littéraires : divertir et donner à penser. Amuser et cogiter. Enchanter la raison qui rumine alors les raisons de son ivresse.    Le canevas balzacien ne fait guère dans l'originalité : un jeune homme au bord du suicide fait un pacte avec le diable. Et pourtant, ce lieu commun accède, sous la plume de Balzac, à une dimension universelle, lorsqu'il oblige chaque lecteur à s'identifier avec Raphael, le héros. Se prendre pour Faust relevait du grand écart littéraire : les apparitions de Méphistophélès se multipliaient, les invraisemblances également et pour courroner l'ensemble, Faust rencontrait l'empereur et se mariait avec Hélène de Troie... Dans La Peau de chagrin, par une sorte de gravitation, nous sommes attirés dans les arcanes du réalisme, au sein même d'une intrigue fantastique à souhait. Contrairement à Faust, Raphael parle notre langue, se pose nos problèmes - le bonheur, la richesse, le désir, séduire - en des termes humains - rien ne distingue la fameuse peau d'une fortune qu'on hériterait puis, dilapiderait. Ce mélange entre réalisme cruel et romantisme noir permet à l'auteur de jeter le lecteur dans un abîme angoissant où le vraisemblable le dispute au frisson de terreur. Mais ce que nous lance à la figure ce jeune roman de Balzac, c'est la question philosophique du désir, que décortique avec fureur le penseur Schopenhauer, à la même époque, dans son livre-monument Le Monde comme volonté et comme représentation. Et cette interrogation n'a jamais été aussi réaliste qu'en ce début de XXIe siècle, où notre désir constitue la clé de voûte de nos sociétés de consommation. Où même les plus contestaires d'entre nous se retrouvent cloués au pilori de leur propres anathèmes : le Che Guevara finit ses jours sur des t-shirts... Comme si Balzac avait prévu les faiblesses de notre modernité. Vous pensiez avoir mis un terme à l'Histoire par l'avènement des sociétés démocratiques, de la citoyenneté globale, de la mondialisation des droits de l'homme?! Détrompez-vous, le pire est à venir. Croyant porter un coup fatal aux vices de l'humanité, nous avons travaillé sourdement à leur dilatation. Comme si chacun de nos désirs venait grossir les rangs de notre corruption. Une peau de chagrin... en expansion.   La présente édition reprend celle d'Edmond Werdet, en 1834, dans Les Etudes philosophiques.   Ce livre s'adresse à tous ceux qui croient au progrès et à la modernité. Ecoutez la leçon de Balzac. Au propre comme au figuré.

  • Dom Juan

    Molière

    Dom Juan résonne dans nos têtes comme une chanson de supermarché : tout le monde la connaît, mais personne ne peut mettre un nom sur cette réalité galvaudée : Dom Juan, c'est le sécuteur invétéré, le cynisme fait homme, l'égoisme incarné. Certes, les faits sont là. Mais derrière cette figure mythique et mythifiée, il y a un personnage conceptuel extrêmement subversif. Car, bien avant Nietzsche et Stirner, ce que propose le gentilhomme castillan, c'est de placer l'individu au centre des préoccupations. A une époque où Louis XIV fait de son mieux pour institutionaliser un centralisme castrateur.  C'est pourtant lui qui finance Molière, car ce dernier sait poser des drames qui fonctionnent sans faire trop de bruit. Même si Dom Juan n'échappera pas à la censure. Il n'échappera pas aux professeurs de Lettres, qui contribueront à diluer et discipliner le message hédoniste de Molière.  Cette lecture est une invite à lire Dom Juan comme une bombe philosophique à retardement : rien ni personne n'est épargné. Heureusement, c'est une comédie.     O.S.V

  • Dans l'imaginaire masculin, disons aux confins de ses fantasmes et aux tréfonds de ses pulsions, l'Amour aura toujours une saveur interdite. D'une obscénité sans limite, de sentiments extravagants en tendresse lubrique, L'Anti-Justine nous dévoile toute la passion de Nicolas Edme Restif de La Bretonne pour l'inceste, son fétichisme pour les petits pieds (à voir Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose) mais avant tout sa soif de luxure, omniprésente tout au long du récit. Chef-d'oeuvre de la littérature érotique paru en 1798,  L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour est immoral à souhait, tout en charme et volupté. Manipulateur aux passions dévorantes, l'écrivain nous entraîne à sa suite au coeur d'un univers débauché, entre gouffres à luxure et cavernes désirées.    « Personne n'a été plus indigné que moi des sales ouvrages de l'infâme de Sade que je lis dans ma prison. Ce scélérat ne présente les délices de l'amour, pour les hommes, qu'accompagnées de tourments, de la mort même, pour les femmes. »... Tels furent les propos houleux de la préface de Restif alors qu'il s'autoproclamait parfait opposé de son contemporain, le Marquis de Sade.  Alors que de Sade, homme de lettres, philosophe, romancier et révolutionnaire, prônait l'érotisme associé à des actes impunis de violence de par Justine, Aline, le Boudoir, la Théorie du Libertinage, Restif, investigateur de projets de réforme sociale et écrivain à la plume libérée et provocatrice, le contredisait via La Famille vertueuse, Lucile, ou le Progrès de la vertu, ou encore Le Pornographe.   C'est ainsi que le libertin de la Révolution française remplaça la Justine du Marquis par son Anti-Justine. Le roman se dut dès lors de surpasser l'autre en volupté tout en lui cédant en cruauté, l'idée de Restif restant de présenter le couple et l'amour comme quelque chose de beau, « exempt de scrupules et de préjugés » pour reprendre ses mots. En réponse à cette « attaque » rédigée en toute impunité, de Sade, alors incarcéré à Vincennes, ordonna à son épouse de ne surtout rien acheter de Restif, « auteur de Pont-Neuf et de Bibliothèque bleue ». Personnage phare de l'oeuvre du Marquis, Justine l'accompagna en tous les cas tout au long de sa vie. Tout autant que la réputation de « monstre » que son détracteur aimait à lui prêter d'ailleurs. Si bien qu'avec le temps, il laissa étonnamment sous-entendre à son avocat qu'il la reniait, cette Justine trop corrompue pour être lue par la décence même...    Qu'en est-il alors de l'époque actuelle ? Que nous inspirent désormais les écrits sadiens et pensées de Restif ? Sommes-nous plus indulgents face aux bassesses et inconvenances, plus tolérants face à la vulgarité et autres trivialités découlant de la sexualité bestiale, du plaisir charnel « sans les règles de l'art » ? S'intéresser aux deux Justine demeure donc intéressant pour qui désire se faire sa propre opinion sur la question. Mais au-delà de « désirer se faire sa propre opinion », il y a « désirer » tout court. Et l'homme désire... Lasse des femmes trop frigides, dénuées de sensualité ou pudiques à l'extrême, la gente masculine nécessite d'attiser ses attraits inavouables de par la lecture, les films ou encore les bande-dessinées. Si l'on ne peut exprimer ses envies de luxure, son besoin d'intense passion et de féroce débauche, alors qui le fera à notre place si nul ne prend la plume, ne filme l'infilmable, ou ne dessine d'honteuses courbes aphrodisiaques, sources de nos rougissements et palpitations cardiaques ? Personne.    Un conseil alors : lisez Restif et vous verrez la sexualité autrement, entre orgasme retenu et jouissance partagée, entre exaltation des sens et plaisir consommé. Un avant-goût peut- être ? Soit... La naissance d'un sein, les courbes d'une hanche, formes pulpeuses et voluptueuses sublimées par une peau satinée. Une nudité cachée pour autant dévoilée en couverture. Une sexualité suggérée sans être récriée.  L'édition offre à nos regards un bleu nuit onirique, voile des « mille et une nuits » connotant l'envolée spirituelle vers un monde d'étreintes éphémères, entre nuit agitée et éveil amer, où le rêveur ne comptera pas les moutons, seulement ses frustrations. À comprendre par là que frustré sera celui qui aura rejoint pareils rivages luxurieux sans les avoir vraiment atteints, rencontré Justine sans l'avoir vraiment connue. Ou plutôt si, mais pour un temps, seulement celui d'assouvir virtuellement ses désirs.

  • La Terre

    Émile Zola

    Longtemps, on a considéré La Terre comme un roman pornographique et vulgaire.  Et c'est vrai, il y a du sexe, très cru, et des "scènes", à faire pâlir le bourgeois dans sa chaumière. Une violence, aussi, digne d'une sorte de brutalisme, que bien avant Zola, on avait reproché à Pétrone, l'auteur latin du Satiricon. Par la même occasion, le premier, Zola est accusé de vouloir faire un coup commercial. Du cul pour du fric, le chef d'accusation est commun et rebattu, mais fonctionne de manière implacable.   En fait, avec La Terre, Zola, poursuit la peinture de sa fresque naturaliste. Au risque de plaire aux uns et de déplaire aux autres. Et c'est au monde paysan qu'il s'attaque cette fois. Avec ses façons de clinicien du roman et ses aises de romancier expérimental. Pour lui, l'enjeu est clair, faire tomber le couperet sur la vision romantique de la campagne, allant de pair avec un culte idéaliste de la Nature. Zola tord le cou à Chateaubriand, discrètement, mais sûrement : ce serait peine perdue que de chercher une Atala dans La Terre. Le seul personnage qui s'en rapproche, Françoise Fouan, est poussée sur une faux... Donc, la violence, elle est surtout en dehors du roman. Celle qui fait la démonstration que la littérature est une guerre sans pitié entre auteurs. Morts ou vivants. Pour qui la seule chose qui compte est d'imposer sa vérité du roman, par ses mensonges romanesques. Et Buteau, le frère de Françoise, de violer sa soeur. L'imagination de Zola n'a reculé devant aucune cruauté pour faire triompher sa thèse : le monde paysan est impitoyable, pingre et fesse-mathieu. Il ne vaut pas mieux que celui des Grands Magasins. Et peu à peu, l'originalité du roman se dessine : Zola se fait juge et accuse un monde pour lequel il n'éprouve guère de sympathie. Un monde hostile au changement, et réactionnaire. Celui des Chouans. Et si, bien souvent, les héros zoliens font l'objet d'une certaine complaisance de la part de leur créateur - pensons à Nana, par exemple, la famille Fouan n'est guère appréciée.   La présente édition reprend celle de 1887, de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».   Ce livre s'adresse à tous ceux soucieux de prendre Zola en flagrant délit de manquement à la doctrine du Roman expérimental d'après laquelle « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ». Et lire un zola partisan, c'est avoir sous les yeux le zola vengeur. Celui qui défendra Dreyfus. Et ça fait du bien.

  • Avez-vous lu Les Fleurs du Mal? On se contente généralement de quelques poèmes appris par coeur, la main sur la poitrine : L'Albatros par exemple. Au mieux La Chevelure... Mais, on ignore bien souvent, sous ce vernis scolaire, la sombre immensité de ce recueil à jamais égalée. Trop dangereux. Encore et toujours. C'est vrai, après tout, Baudelaire n'a que faire de l'ordre moral, lui qui passait le plus clair de son temps dans les bras des courtisanes, à proposer une autre manière de vivre, à l'écart des normes et des livres de lois. Contrairement à bien des rééditons des Fleurs du mal, cette réimpression digitale reproduit l'édition posthume de 1868, communément appelée la 3e édition. C'est elle qui a retenu notre attention. Car, en son temps, elle se donnait comme défense et illustration du génie baudelairien, orchestrées par les amis proches de Charles Baudelaire. Contre les censeurs. Contre les bien-pensants. Il s'agit donc, aussi, d'un hommage, en 2012, à l'aube de ce siècle de toutes les crises. Dans le cadre de la collection « 3 raisons », le texte est préfacé par Nathalie Vincent-Munnia, Lecturer à Boston University, anciennement Maître de conférences en littérature française à Clermont III. Avec le regard de la spécialiste, Nathalie Vincent-Munnia nous donne trois bonnes raisons de lire Baudelaire par temps de tempête, le nôtre, celui des crises. Les Fleurs du mal resteront à jamais le bréviaire poétique des révoltés et des insoumis, de ceux qui ne s'accommodent guère de l'ordre ambiant et des injonctions sociales. A mettre entre toutes les mains, à commencer par celle des professeurs de Lettres.

  • Le Horla

    Guy de Maupassant


    Le Horla et autres nouvelles fait partie des incontournables de la littérature de collège. Tout bon professeur qui se respecte, sait, qu'en donnant à lire ce recueil, il conduira à la lecture bien de ses élèves. A cela, une raison : le style de Maupassant. Car qu'on n'aille pas prétendre que la jeunesse actuelle se fasse peur à la lecture du Horla. Le phrasé, les mots, le tempo musical rendent le texte « fantastique », et pour reprendre les mots de Louis-Ferdinand Céline, le lecteur est alors emporté dans la « rame émotive » menée par l'auteur.
    Mais, il y a aussi une autre raison de lire Le Horla. Cette raison, c'est Freud. Oui, le père de la psychanalyse aurait certainement profité d'une lecture de Maupassant. Malheureusement, nulle trace d'une quelconque filiation. On ne peut qu'en faire l'hypothèse devant une parenté si frappante. Ainsi l'interrogation constante que mène Maupassant sur la question de l'identité et de la psychose eût-elle pu influer sur la théorie de la psychanalyse... De toutes les manières, Freud a tout fait pour donner à ses thèses un apprêt scientifique : alors une origine littéraire ne pouvait que faire tache.
    La présente édition reprend l'édition originale de Ollendorff en 1887, dans laquelle figure la seconde version du Horla , sous forme de journal intime.
    Ce livre s'adresse à ceux, qui, curieux de relire un classique, souhaite comprendre comment le phénomène fantastique est intimement mêlé à une réflexion sur le sujet et l'identité.

  • Anglais 52 Weeks

    Dominique Lecomte

    52 Weeks is the much anticipated coffee table book calendar, and ready- to- frame collection of stunning photographs that transforms the ordinary into the extraordinary. Each chapter of the book opens with an original full color image, a happening of sorts followed by a short story. The simplicity of life, the strange beauty of a place, the flavor of freshly baked bread, the mood of the sky, Dominique Lecomte knows them all. His words have the humility and strength of a writer in full possession of his art; they create beauty out of the ordinary, softly, strongly, in the style of French poet Francis Ponge, who revolutionized the use of language in the 20th century. Week after week, story after story, image after image, Lecomte provides entry into a new reality. The book comes as a surprise, a truly timeless must- buy to share without restraint.

  • Parue en 1853, l'oeuvre d'Arthur de Gobineau vise à établir les différences se jouant sur l'ensemble des races humaines, toutes couleurs de peau confondues, toutes religions, coutumes et philosophies mêlées. Pour la première fois édité dans sa complétude en 1855, l'ouvrage présente l'un des plus grands mythes du racisme contemporain : le mythe aryen. Essentiellement historique, il se base également sur la linguistique et principalement sur le caractère propre des peuples via un savoir approfondi et une documentation à couper le souffle. Conjuguant préjugés populaires et faits scientifiquement prouvés, archéologie et littérature, l'objectif premier de ce livre reste de faire entrer l'Histoire dans la famille des sciences naturelles. C'est ainsi que Gobineau s'appuie sur l'Ancien Testament pour nous parler des différentes  civilisations antiques, tant au niveau physiologique que psychologique. Il nous en fait alors voir de toutes les couleurs en s'attardant très largement sur trois races : les Noirs, les Jaunes et les Blancs. L'addition des trois couleurs donc, non pas primaires mais complémentaires, serait selon lui le moteur de l'Histoire. Poussant l'analyse de chaque ethnie à l'extrême, l'auteur s'intéresse autant à ses succès qu'à ses échecs. Raciste assumé, c'est ainsi sans complexe que ce dernier expose une certaine hiérarchie des races sans ne jamais chercher à en expliquer les fondements, sans s'excuser de quoi que ce soit non plus. Aussi, les Blancs trouvent « naturellement » leur place au sommet du fait qu'ils représentent à ses yeux le principe vivifiant mettant en contact les races et permettant la civilisation. L'édition nous présente des doigts entrelacés sur un arrière plan noir et blanc, reproduction objectivement inspirée d'une philosophie chinoise très tendance : le yin et le yang. Une main blanche sur la gauche, une main noire sur la droite, toutes deux jointes en une osmose parfaite. Symbole de paix et de réunification, ce geste est en contradiction totale avec le symbolisme du yin et du yang, à savoir la dualité. Ce même dualisme prenant la forme de la complémentarité dans la culture orientale, tout tend à prouver que c'est par l'alliance des peuples que le monde atteindrait sa complétude, équilibre parfait dans un écrin de bien-être. C'est ainsi que le yin matérialise le féminin, la lune, le sombre, le froid, quand le yang représente le masculin, le soleil, la clarté, la chaleur. Les Noirs et les Blancs se compléteraient donc à merveille sachant que le noir représente le positif et, à l'inverse, le blanc le négatif. Mais plus par moins n'est-il pas égal à moins ? À la soustraction donc, à la dualité aussi, à la complémentarité par extension. C'est de ce fait unis que les peuples deviendraient positifs les uns pour les autres, mathématiquement indivisibles puisque liés par une force additionnelle, infinie et indestructible. Mais qu'en pensait Gobineau lui-même ? Tout le contraire selon la conclusion pessimiste apportée à son oeuvre. L'auteur conclut effectivement sur la disparition progressive de la race blanche, recul du à un métissage généralisé qu'elle-même aurait contribué à engendrer. Le monde serait donc de plus en plus confronté à des peuples métis, uniformes et sans vitalité. Toujours selon Gobineau, l'humanité toute entière se laisserait mourir une fois que ce principe de vitalité aurait disparu. D'un point de vue historique, l'ouvrage peut de fait intéresser le plus grand nombre de par les piliers sur lesquels Gobineau s'est appuyé. Ses appuis et références littéraires, archéologiques, linguistiques, bibliques et ethniques sont en effet irréfutables, ce qui n'est bien évidemment pas le cas de ses points de vue et affirmations en découlant directement... Chaque lecteur pourra ainsi conserver ses jugements de valeurs, opinions propres et degré d'indulgence et/ou de revanche face aux différentes races humaines, si elles existent...

  • Anglais Nodism

    GLJ Foy

    The Occupy movement notwithstanding, the Twenty-first Century is managing to accomplish what no other century has achieved: it is annihilating meaningful protest, paring it down to insignificance. No force nor person seems able usefully to contest the current global structure, be it economic, political or social. Each attempt seems only to reinforce the system it protests, and eventually be absorbed by it. And all the while, the clock that counts down minutes to mankind's ecological doomsday ticks relentlessly on... From this desolate scenario is born Nodism: A Manifesto. The last hope. The ultimate chance. To lay groundwork for a real alternative to the globalized, Western-driven, style of life, despite the consensus view which sees this, at best, as the only system possible; at worst, as a tragedy whose outcome is set in stone. The real problem Nodism addresses? The vast organizations, governmental and business and in between, whose vast, overall and destructive impact follows from one crucial fact: over the last century they have become autonomous, non-human systems. They have turned into a new life-form, in fact as well as theory. They have become Orgs. The true solution? Nodes: the Orgs' opposite in size and intent. Tiny, rhizome-like micro-resistances. The seeding of an archipelago of small, independent, groupings of people brought together by work, or environmental issues, as well as the need to live self-sufficiently, and humanely, and as independently as possible of this vast and crushing life-form. But to do this we must rethink the whole notion of the individual as defined by the Orgs who isolate and control the humans deemed to run them. We have to think of ourselves as members of small groups, and a web of small groups, liberated to some extent by new technologies of self-sufficiency as well as by tenets of this manifesto, who can to a significant extent wrest control of our daily lives from the monstrous and inhuman hand of the Org. Using more than twenty years of research and thought on the subject, Foy has come up with a book at once lively and hard-hitting, a subtle call-to-arms. Nodism proves that the future of humanity does not lie with giant multinationals or government agencies but with ourselves. Gullivers take note: the Lilliputians are on the warpath.

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