Grasset

  • « Je ne pouvais pas parler, je n'y avais même jamais pensé tellement tout cela était de ma faute, tellement j'étais compromis et depuis si longtemps. Et puis, au fond, je l'aimais bien, Didier. Depuis plusieurs années, je m'étais habitué à lui. A sa présence, à ses cadeaux et à son amour des enfants ». Le narrateur est aujourd'hui un adulte. Pendant toutes ces années, il a caché - par honte, par impuissance, par culpabilité ? - avoir été la victime d'un ami de la famille, Didier, un adulte « gentil » et affectueux, qui pratiqua sur lui des attouchements sexuels permanents, jusqu'à l'adolescence, jusqu'à ce que les femmes le sauvent malgré lui, et le libèrent de ce poids de chagrin. Mais tout n'est pas si simple dans ce récit serré, calme et dévastateur à la fois, où Christophe Tison ne s'épargne guère. Et si la victime n'avait pas que du dégoût pour son bourreau ? Et si le pédophile aimait l'enfant qu'il pollue et abîme pour le reste de sa vie d'homme ? Et pourquoi les adultes, les parents, ne comprennent pas qu'on ne doit pas laisser libre, trop libre, un être qui ne sait pas se défendre ?

  • Voyageur de la verticale, Lionel Daudet ne reste pas longtemps immobile. Il vient de boucler une expédition de plusieurs centaines de kilomètres sur la ligne de crêtes de l'Oisans, alors qu'il se remet à peine d'une amputation de huit orteils gelés ! Alpiniste original, Lionel Daudet s'est taillé une réputation à part, à base d'intransigeance, d'autonomie et de quasi-fusion avec l'environnement, même le plus hostile. Intransigeance parce qu'il grimpe sans moyens de communication avec l'extérieur, ni radio, ni téléphone. Sans aide mécanique, pour se déplacer entre deux sommets, il a le choix entre le vélo, le ski ou les raquettes... Autonomie, parce qu'il choisit un chemin d'escalade bien à lui, quitte à renoncer s'il le faut à l'exploit technique, sans esbroufe, portant seul son matériel. Quasi-fusion avec la nature, car il est capable de se fondre dans le blanc de la neige ou de rester suspendu des jours entiers au creux d'une faille. Ce n'est donc pas seulement le témoignage d'un surdoué de l'odyssée verticale que nous allons lire, mais aussi la méditation d'un homme qui a su trouver de la joie jusque dans la douleur. Il raconte ici trois expéditions hors du commun : Une ascension au Sud du Groenland, le mont Combatant en Colombie Britannique, la trilogie des Grandes Jorasses. Joie d'atteindre le sommet mais douleur aussi de l'effort. Joie d'être seul mais douleur de perdre huit orteils en février 2002 dans la face Nord du Cervin, alors qu'il était recroquevillé dans son duvet glacé, depuis neuf jours. C'est aussi le carnet de notes d'un sage qui devient roche, vent ou neige, d'un solitaire placé dans des conditions extrêmes.

  • La France a deux grandes spécialités : son vin et sa capacité à dénigrer le patrimoine national. La loi Evin réunit les deux. Au pays des grands crus, elle interdit toute publicité et toute communication portant sur le plaisir du vin, alors que celui-ci représente la seconde rentrée de devises après l'aéronautique et que le repas gastronomique à la française est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ! D'où vient cette idéologie de la culpabilité qui confine parfois au ridicule ? Ne serait-il pas temps de privilégier l'éducation et l'apprentissage du goût ?Dans ce pamphlet-manifeste, Jacques Dupont dénonce les excès du moralisme ambiant pour en chercher les causes, en souligner l'absurdité, et en indiquer les remèdes. « Invignons-nous ! »
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  • Blouse

    Antoine Sénanque

    « Je ne sais pas ». Ma devise... Les malades exigent le monopole du doute. Mon "Je ne sais pas" ne pouvait pas être accepté. J'ai dû le garder en moi durant d'interminables consultations qu'il aurait su abréger. J'ai dû faire croire que je connaissais les réponses à toutes les questions. J'ai dû apprendre la langue qu'on utilise dans ces cas-là, le vocabulaire médical qui vous sauve de tous les pièges... Qu'est-ce qu'un médecin qui, après des années d'étude, avoue son ignorance ? Un irresponsable ? Un usurpateur ? Ou simplement un homme sans illusions qui enlève sa blouse, récuse l'argument d'autorité et n'a plus pour credo que la phrase de Céline : « la médecine, cette merde ». Ce récit à la première personne du singulier est une confession dévastatrice autant qu'une plongée dans la vérité humaine de la médecine. Des urgences débordées aux morgues trop pleines, des diagnostics hasardeux aux erreurs fatales, des infirmières mesquines aux malades complaisants, de l'euthanasie plus courante qu'on ne croit à la responsabilité du praticien, le neurologue Antoine Senanque n'épargne rien ni personne. Il ne s'épargne pas lui-même. Il y a dans ce récit, miroir brisé, tout le malaise de la médecine actuelle, toute la tromperie d'une science inexacte.

  • Chacun le sait, notre monde prendra fin le 21 décembre 2012. Cette promesse d'apocalypse nous viendrait de l'antique calendrier maya, censé s'achever à cette date fatidique.
    Deux cents personnes suivent la prophétie de très près : les habitants de Bugarach, petit village de la haute vallée de l'Aude, en plein pays cathare. Il serait le seul à survivre au cataclysme.
    Bugarach est devenu le lieu de toutes les folies, où se concentrent tous les fantasmes millénaristes, prophétiques, délirants. Et aussi bien les intérêts d'argent. Nicolas d'Estienne d'Orves a passé plusieurs semaines à Bugarach pour tenter de comprendre. A mi-chemin entre enquête ésotérique et journal de bord drôlatique, son récit dresse le portrait d'une France parallèle, où le plus fou est toujours possible. Bienvenue dans le village de la fin du monde.

  • La baronne von Meck, richissime dame russe, veuve et mère de onze enfants, tomba amoureuse de Tchaïkovski, mais seulement à travers sa musique... Pour lui permettre de se consacrer entièrement à son art, elle proposa au compositeur de lui verser une rente mensuelle, en posant une seule condition : c'est qu'ils ne se verraient jamais. Pacte conclu. Pendant quatorze ans, la baronne rémunéra Tchaïkovski, sans jamais le rencontrer, tout en échangeant avec lui une volumineuse correspondance, où le compositeur exposait ses vues sur la musique, la littérature, la religion, l'histoire, la politique... Henri Troyat a réalisé un montage très intelligent et amusant de certaines de ces lettres, en les accompagnant d'un commentaire qui nous fait suivre les différentes péripéties de cette « liaison » hors du commun. Double intérêt de ce récit : elle nous donne un éclairage direct sur les idées de Tchaïkovski, ces lettres étant la principale source de ce quenous savons sur son univers intérieur et sa personnalité. Mais la baronne était elle-même un personnage fascinant, qui tenait du mécène, de l'amateur éclairé, du bas-bleu, de la folle hystérique. Elle cessa de « subventionner » Tchaïkovski et de correspondre avec lui, le jour où elle s'aperçut, enfin, qu'il ne lui rendait nullement son amour : il avait seulement trouvé commode de l'utiliser, pendant quatorze ans, comme banquière.

  • Thierry Meyssan devient célèbre, à l'automne 2001, quand son livre L'effroyable imposture connaît un succès immense en France, puis dans le monde entier. « Aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone ! » affirme en effet Thierry Meyssan. Pour la première fois, une enquêtrice réputée cherche à comprendre qui est ce militant aux engagements multiples, changeants, controversés, secrets ; quels sont ses réseaux ; ses méthodes ; ses véritables objectifs. Une enquête explosive.

  • Jean-Pierre Tuquoi, quarante-neuf ans, journaliste au Monde, est un spécialiste de l'Algérie, du Maroc, de la Tunisie. Il a déjà publié deux livres : Emmanuel d'Astier, la plume et l'épée (Arléa, 1987, préface de Lucie Aubrac) ; et Notre ami Ben Ali : l'envers du miracle tunisien (La découverte, octobre 1999, préface de Gilles Perrault), qui fit grand bruit. En enterrant Hassan II, à l'été 1999, les Marocains pensaient voir disparaître une conception hautaine et archaïque de la monarchie. Deux années plus tard, les espoirs mis en Mohammed VI, « M6 » comme on le surnommait affectueusement, s'envolent. Passées les premières mesures audacieuses et quelques gestes sympathiques, le « roi des pauvres » ne cesse de décevoir. Alors que les rumeurs circulent au Maroc sur sa vie privée, sur ses voyages, Mohammed VI ne s'exprime guère, n'a lancé aucune réforme d'envergure, travaille peu, déserte Rabat, la capitale, au profit des autres palais hérités de son père. On est loin des audaces et du style flamboyant de Hassan II. Mohammed VI donne l'impression de s'ennuyer, comme si le pouvoir ne l'intéressait pas. Il y a donc une énigme Mohammed VI. Pour la percer, et entrevoir ce que pourrait être son règne, sur quoi se fondent tant d'espérance, il faut revenir sur ce qu'a été son enfance, ses années d'éducation, les rapports de « sidi Mohammed » avec son père. C'est un autre monde que l'on découvre alors, celui du palais, du harem, des petits complots, d'un luxe outrancier, et des excès... Un lieu de ténèbres. Mohammed VI a vécu à l'ombre d'un père jupitérien qui l'a broyé. Entre les Islamistes et les militaires, le Maroc risque d'en faire les frais.

  • " Pendant six mois, à raison de trois fois par semaine, j'ai installé en face de moi une jeune prostituée bulgare. Je voulais tout savoir, à commencer par ce que ma raison, et à fortiori, la nôtre, notre raison collective, refuse d'entendre : cette forme de prostitution relève de la dégringolade humaine. Or, ce regard humain fait défaut. On s'y dérobe. En France, la prostitution a toujours bénéficié d'un double regard : il est informatif, journalistique. Ou bien il est humanitaire, teinté de morale - cette morale qui sert d'arcane au débat d'aujourd'hui, une morale drapée de " dignité humaine ". En filigrane, on distingue deux postulats : les prostituées ne sont que victimes ; la prostitution ne saurait être abordée autrement que sous l'angle de phénomène exclusivement collectif - pour preuve, personne, à ce jour, dans le cadre du débat sur l'abolition de la prostitution, n'a donné la parole à ces filles. Une jeune prostituée de 21 ans a pu ici prendre la parole. Comment surmonter le dégoût ? comment tomber amoureuse ? Comment survivre ? Et : pourquoi ? Que se passe-t-il dans la tête d'une fille jetée sur le trottoir, en prise avec une telle violence ? Peut-elle encore être sauvée ? C'est cette approche humaine que j'ai essayé d'adopter avec elle. Alors la prostitution paraît si proche de nous. Détresse inoffensive - on passe devant ces filles, de plus en plus présentes au coeur des villes - elle est le miroir inversé de notre société. Jour après jour, tandis que se nouait, entre cette jeune fille et moi, un lien affectueux, tandis que son histoire mettait à mal mes certitudes, j'ai vu se dessiner un monde d'une effrayante cohérence, et surtout la démission des pouvoirs publics, des politiques, ceux-là même qui prétendent agir au nom de la " dignité humaine ". Rencontrer Iliana m'a permis de comprendre les étapes d'une déchéance, puis ceux d'un système, et enfin ceux, plus obscurs, d'une bienheureuse rencontre entre deux mondes. "

  • Bilqis, 12 ans et demi, est une paysanne afghane qui aide sa mère aux champs et à la maison depuis la mort de son père. Elle est l'aînée de six enfants. Un jour de 1989, elle est violée par des soldats soviétiques qui rentrent dans leur pays, après dix ans d'occupation. Alors commence pour Bilqis une lente descente aux enfers : rejetée par sa mère, puisque « souillée », elle vivra dans l'étable, avant d'être vendue à une famille d'un bourg voisin. Pendant une dizaine d'années, de bourgades en villages, elle sera bonne à tout faire, serveuse, femme de chambre, instrument de désirs et de fantasmes, battue, insultée, violentée... Dans un bordel à Herat, Bilqis a ses protecteurs parmi les talibans. Puis on la retrouve, enlevée par des bandits, prostituée dans une caserne, favorite d'un chef de guerre unijambiste et borgne qui la martyrise, avant qu'elle ne le poignarde et s'enfuie à nouveau... « Celle qui perd sa réputation n'est plus qu'une morte parmi les vivants. » Voilà ce que lui dit une de ses compagnes d'infortune. La jeune femme, qui a aujourd'hui 26 ans, a été sauvée par une ONG européenne. Elle a appris à lire, à écrire et à calculer. Elle se reconstruit lentement. Un document unique sur la condition des femmes en Afghanistan, et dans les pays ravagés par les guerres, par l'intégrisme, par l'obscurantisme.

  • "Il n'y a pas d'affaires d'Etat, il n'y a que des affaires privées."S.D.

  • « Les itinéraires croisés de Jean Moulin et de René Bousquet sont fascinants : même milieu petit-bourgeois, radical, franc-maçon, républicain. Même ambition de provinciaux qui rêvent de gloire. Même carrière préféctorale jusqu'en 1940, avec un Bousquet plus courageux et plus brillant. Or, l'un devient progressivement un "héros" et l'autre un "salaud"...
    Etait-ce écrit ? Non. La vie est pleine de carrefours et de chemins de traverse. Qui se souvient que Moulin a été durant six longs mois un préfet diligent du régime de Vichy avant d'être mis à la retraite d'office ? Ne l'eut-il pas été, que serait-il devenu ? Bousquet est pris dans l'engrenage de l'ambition bureaucratique, mais tout en planifiant la rafle du Vel d'Hiv, il aide des résistants. Quel aurait été son destin si, au moment où il est relevé de son poste de Secrétaire général à la police en 1943, il avait rejoint la Résistance, puisque la victoire alliée se dessinait ? Et si l'on avait permuté les fonctions, l'un officiant auprès de Cot et l'autre de Laval, les influences respectives auraient-elles déterminé des comportements symétriques ?
    Ce livre suit pas à pas les deux hommes et tente de comprendre les évolutions psychologiques, les concours de circonstance, les hasards, les moments de vérité. Une vie n'est jamais complètement écrite. Il n'y a pas un ADN du bien et du mal : c'est une lente évolution qui fait pencher d'un côté ou de l'autre... »

  • Pierre Cardin, Hubert de Givenchy, Ron Galella, Sonia Rykiel, Pierre Bergé, Juliette Gréco, Marceline Loridan-Ivens, Irris Barrel Apfel, Irina Ionesco, Michael Lonsdale, René de Obaldia, Claude Bessy, Jacques Sereys, Ginevra Pucci, Edmonde Charles-Roux, Bettina Graziani, Christian Millau, Henri Dutilleux : ces super-seniors défient leur époque. Eternels aventuriers, ils échappent à la course contre la montre et continuent de vivre au présent. Mais qui sont-ils et surtout quel est leur secret ?Pour percer leur mystère, Laurence Benaïm a recueilli leurs souvenirs et leur fougue. Dans ce défilé surprenant, rapporté dans un récit intime et émouvant, ils font taire la mort en racontant la vie.

  • Septembre 1996 : sur la place d'une petite localité varoise proche de Toulon, Michel Régnier est abattu sous les yeux de sa femme, Annie. Le défunt est le fils d'une personnalité légendaire du grand banditisme français d'après-guerre, Louis Régnier dit Loulou. D'après les services de police, Michel Régnier a suivi le chemin tracé par son père : prostitution, trafic de drogue - qu'il a toujours nié... Annie Régnier a pour nom de jeune fille Lothoz. Trois de ses frères appartiennent eux aussi au panthéon du « milieu » français... Mort d'un voyou raconte l'histoire de ce couple peu banal qui a beaucoup fait fantasmer les enquêteurs de la PJ et des « stups », convaincus que cette union de coeur devait être aussi une alliance de raison entre deux parentèles importantes du « milieu » hexagonal. Pourtant, on le lira, Michel et Annie Régnier ont de toutes leurs forces essayé d'échapper à ce qui ressemblait fort à un destin écrit d'avance. Michel Régnier a-t-il vraiment été un trafiquant de drogue de haut-vol ? A-t-il tué aussi, comme il en a été soupçonné, et de la manière la plus brutale, lui qui était par ailleurs un père modèle? Qui avait intérêt à l'éliminer, alors qu'il disait avoir raccroché ? A travers le parcours de ses deux « héros », Mort d'un voyou revient sur nombre d'histoires qui ont défrayé la chronique judiciaire des années 1970 - 1990, et mis en évidence les relations sulfureuses existant entre le grand banditisme, les milieux d'affaires et la politique. On croise ainsi Maurice Arreckx, Jean-Louis Fargette, Charles Pasqua, et quelques autres, facilement reconnaissables... Mais il permet aussi de découvrir de l'intérieur, en adoptant sans complaisance leur point de vue, la vie quotidienne des petits et grands voyous, leurs doutes, leurs aspirations cachées, leurs regrets.

  • Eric Mandonnet, 33 ans, est journaliste à L'Express. Il a écrit Les hommes de l'ombre, conseillers, confidents et gourous politiques (Balland, 1995), avec David Martin-Castelnau, et Au coeur du RPR, enquête sur le parti du président (Flammarion, 1998), avec Emmanuel Hecht. Les dimanches, les portes de l'Elysée restent closes. Pourtant, Jacques Chirac est généralement présent, qui a fait de ce jour une occasion de discussions approfondies, de tête-à-tête stratégiques, de réunions secrètes, en même temps que le destin - son destin - en a fait un moment de vérité personnelle. François Mitterrand avait ses « visiteurs du soir », qui venaient influer sur la politique nationale. Bien différente est la république chiraquienne, où le jour et la nuit ne s'opposent pas, mais où l'on cache le dimanche ce que la semaine ne saurait voir. Les « visiteurs du dimanche » sont invités à rester discrets. Mais ils ne se font jamais prier pour en être : c'est avec jalousie qu'ils rencontrent alors le chef de l'État. Ils ne figurent même pas sur son agenda, réservé aux rendez-vous obligés de la fonction. C'est dire si leur présence s'explique autrement. Par l'amitié, assurent-ils ; la complicité, croient-ils ; l'influence, rêvent-ils... Visiter les dimanches du chef de l'État au cours des trente derniers mois permet alors de mieux comprendre la Chiraquie. Côté cour, et côté jardin. Ce jour-là se croisent les gens qui comptent : élus, conseillers officiels ou hommes de l'ombre. Ce jour-là se gagnent, ou se perdent, les élections qui ont rythmé la vie nationale depuis les européennes de juin 1999. Ce jour-là s'écrivent les discours que le chef de l'État prononcera dans la semaine. Ce jour-là, si le théâtre de la cohabitation fait relâche, les répétitions continuent. Ce jour-là, quand Jacques Chirac l'homme public n'est pas tenu d'assister à des matchs de football, Jacques Chirac l'homme privé se délecte devant des rencontres de sumo. Ce jour-là apparaît, mieux qu'à aucun autre moment, la vérité d'un président. Dans la Constitution à la mode chiraquienne, il existe une sorte d'immunité dominicale : « Le président de la république n'est responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions »... que pendant la semaine. Le dimanche, Chirac n'est plus tout à fait le chef de l'État. Il n'en a d'ailleurs plus la tenue. Son gros gilet en laine blanche tient parfois lieu d'iconoclaste apparat présidentiel. Entre deux coups de fil à des responsables étrangers, il réfléchit aux affaires publiques, s'intéresse au sort de ses amis, règle des détails, aussi futiles paraissent-ils. Jacques Chirac fait ce qu'il a toujours fait, une vie durant : de la politique. Réfugié dans le château fort de l'Elysée, comme hier dans la citadelle de l'Hôtel de ville, il ne peut qu'être en mouvement perpétuel, au risque de tourner en rond. S'il cesse de pédaler, il tombe.

  • « J'ai écrit ce livre pour mes amis morts à Bagdad. Je les avais croisés au fil de ma vie, singulièrement dans les Balkans. C'était une si belle équipe ! Un groupe d'hommes et de femmes qui venaient de tous les pays, de toutes les croyances, et qui avaient en commun le désir d'apporter plus de douceur aux damnés de ce monde.Pendant deux ans, du Kosovo à l'Irak, ils se sont battus, pied à pied, afin de proposer une vie sans meurtre, une vie avec moins de haine, à des peuples que l'Histoire avait, depuis des siècles, jetés dans l'affrontement. J'ai eu le privilège de travailler avec ces militants du monde, ces «guerriers de la paix».Quand je pense à eux, je me dis : nous n'avons pas échoué.Et nous avons eu la chance immense de nous aimer. Auprès d'eux, j'ai appris qu'entre l'humanisme de ma jeunesse et le cynisme auquel je ne suis tant de fois heurté, il y a place pour la politique. »

  • Vendée Globe - Dans les coulisses de la légende est le récit documenté d'une saga extraordinaire : celle d'une course à la voile autour du monde (en solitaire et sans assistance) hors norme, le Vendée Globe, dont le départ de la 5e édition est prévu le dimanche 7 novembre 2004 aux Sables d'Olonne. Le destin de « L'Everest de la voile », comme on surnomme cette course, est exceptionnel. Depuis sa création dans un bar du Cap, jusqu'au scandale qui a éclaboussé son organisateur, avant qu'elle ne soit rachetée par Philippe de Villiers en 2003. Le Vendée Globe, c'est le sauvetage de Philippe Poupon par Loïck Peyron ; Bertrand de Broc qui se recoud la langue lui-même ; le naufrage de Thierry Dubois et Tony Bullimore dans le Grand Sud ; Raphaël Dinelli sauvé d'une mort certaine par Pete Goss ; la disparition de Gerry Roufs ; le sacre d'Ellen MacArthur. Autant de moments légendaires que ce livre écrit par deux passionnés éclaire d'un nouveau jour, grâce à une enquête précise, des archives jamais exploitées et une centaine d'entretiens. Quel rôle jouent véritablement les sponsors ? Comment les coureurs acceptent de jouer les VRP ? Quelles sont les relations entre Philippe Jentot et Philippe de Villiers l'ex et le nouveau propriétaires ? Quel rôle jouent les patrons vendéens ? Comment Michel Desjoyaux et Ellen MacArthur ont géré leur communication ?

  • Le « Ministre » en question, c'est, bien sûr, Dominique de Villepin - qui, dans ce livre, n'apparaît que sous le titre de sa fonction. Ce « Ministre », Bruno Le Maire l'a donc suivi, en tant que conseiller, dans une période assez particulière de notre histoire puisqu'il s'agit des quelques mois qui ont précédé l'intervention militaire des Américains en Irak - période au cours de laquelle le « Ministre » joua, on s'en souvient, une partition délicate et, dans son genre, virtuose. Ce récit raconte ainsi, dans une langue sobre, tenue, très « littéraire », ce qui se passa vraiment au cours de cette période : contacts avec les chancelleries, malentendus avec l'administration Bush, discours onusiens, coulisses d'une avant-guerre - tels sont les temps forts de cet ouvrage où l'auteur, sans outrepasser le devoir de réserve auquel il est tenu, ressuscite un climat qui en dit long sur l'histoire-en-train-de-se-faire... On suivra donc, pas à pas, l'incroyable partie de poker menteur qui se joue entre Paris et Washington. Comment les Américains, un bref instant, crurent que Chirac allait les « suivre ». Comment Colin Powell, Blair ou Schröder jouent finement, puis maladroitement. Il n'y a pas, à proprement parler, de révélations. Mais les acteurs sont là, en situation, et c'est passionnant - d'autant que la subjectivité romanesque de l'auteur, grand lecteur de Faulkner et Kafka, donne à ce texte une tonalité très personnelle et particulièrement vivante. Une longue postface, enfin, écrite un an après ces « événéments » dresse le bilan diplomatique et humain d'une aventure où la France n'avait, semble-t-il, pas tort d'être prudente.

  • « Ce livre est une plongée dans le coeur du réacteur des marchés, tels que j'ai pu les observer à un endroit et à un moment privilégiés : j'ai été analyste financier sur les groupes de médias européens de 1998 à 2004, pendant le gonflement puis le percement de la bulle dite « Internet », ou des « TMT » pour les valeurs « Technologies Médias Télécommunications ». J'ai été témoin mais aussi acteur de quelques-uns des excès et des dysfonctionnements des marchés ces dernières années. Le krach des valeurs Internet. La tyrannie de la « création de valeur ». Les conflits d'intérêts entre les banques d'affaires et les analystes. L'irresponsabilité de la masse anonyme et aveugle des intermédiaires de gestion, pompeusement appelés « investisseurs institutionnels ». Enfin, et surtout, le désarroi et l'incompréhension grandissante des épargnants, salariés et retraités, et des dirigeants d'entreprises face à un marché qui ne tourne plus vraiment rond. Ce livre n'est pas une thèse ambitieuse, naïve et vaine pour une refonte des marchés financiers dans le monde. Ce sont des carnets de voyage, dont chacun pourra tirer l'enseignement qu'il souhaite, là où il est : épargnant, salarié, dirigeant d'entreprise, journaliste, administrateur de sociétés, responsable politique. Ethnologue. On y découvrira que les gens de finance ne sont décidément pas raisonnables. Ces marchés financiers sont des endroits humains où l'erreur et le génie, la malhonnêteté et le courage, l'appât du gain et le désir de construire, le vice et la vertu se côtoient sans cesse, se croisent, s'entrelacent et parfois fusionnent. Ce lieu et ces gens sont finalement si humains qu'il faudrait être fou pour leur confier nos économies, nos entreprises, nos projets. Et totalement pervers pour penser que les marchés financiers ont une loi qui doit s'imposer à la communauté des hommes. » E.Tétreau

  • Yalda prend l'avion, pour la première fois, à 17 ans. Ayant obtenu une bourse pour étudier en France, grâce au concours de sa tante, Chekeba Hashemi, qui dirige l'ONG Afghanistan Libre, et d'une journaliste de Elle, la jeune fille laisse derrière elle sa vie de réfugiée à Islamabad. La voici à Paris : capitale de la liberté, ou nouvelle aliénation ? Née à Kaboul, mais ayant surtout vécu au Pakistan, Yalda raconte le déracinement de sa famille, leur vie scandée par les déménagements, soumise aux contraintes de l'exil. Au Pakistan, sa mère et ses soeurs vivent dans une seule pièce, et chaque sortie vaut son pesant d'humiliations ou de regards inquisiteurs envers les exilés afghans. Alors, qui est-elle désormais ? Kaboul, Islamabad ou Paris ? Sur Paris, Yalda pose souvent un regard critique. Les questions affluent : du rapport amoureux à l'alimentation des animaux domestiques, de la solitude à l'appétit de consommer, elle ne nous laisse rien passer. Ce récit, qui mêle naïveté et sagesse d'esprit, malice et gravité, offre un témoignage sur le monde actuel : sorte de Lettres persanes modernes. Sous un regard apparemment frais et léger sont évoquées - avec spontanéité - des questions plus graves comme l'éducation, le port du voile ou la place de la femme dans les pays musulmans.

  • Qui veut la mort des agences de notation ? Pourquoi les a-t-on désignées comme les principales responsables de la crise de la dette européennes ? Accusées de n'avoir pas vu venir l'explosion de la bulle immobilière américaine, on leur reproche aujourd'hui d'avoir aggravé la situation de la zone euro en affolant les marchés. Mais quel est leur rôle précisément ? Sont-elles les véritables coupables de ces crises successives ou les boucs émissaires que nos dirigeants accusent volontiers ? Le thermomètre est-il responsable de la fièvre ? Et si la crise de la zone euro durait dix ans ? Pour la première fois, Marc Ladreit de Lacharrière prend la parole.

  • Comme l'écrit Paul Ricoeur, imaginer la paix, ce n'est ni "la rêver ou l'halluciner, mais la concevoir, la vouloir et l'espérer". La paix est "un bien positif, un état de bonheur, consistant dans l'absence de crainte, la tranquillité, dans l'acceptation des différences". Les membres de l'Académie Universelle des Cultures et leurs invités se sont réunis autour de cet idéal insaisissable et inlassablement recherché.
    De l'Antiquité, évoquée par Jacqueline de Romilly, au Moyen-Age, de la Paix de Dieu mais aussi de la "guerre juste" décrite par Jacques Le Goff, de la dissertation historique de Kant sur la paix perpétuelle, abordée en détail par le philosophe Heinz Wismann, aux lumineuses définitions d'Umberto Eco, historiens et philosophes ont tenté de cerner ce désir de l'humanité.
    Jorge Semprun, rescapé des camps de la mort, a traité de la lutte contre toutes les formes de terreur, tandis que les victimes des violences en Algérie s'exprimaient par l'intermédiaire de Zazi Sadou, porte-parole du Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates.
    Et si la paix n'existait que comme discours ? Bernard Kouchner, Julia Kristeva, Blandine Kriegel, Bronislaw Gemerek, Daniel Sibony, Roger-Pol Droit, Ariel Dorfman, Jaan Kaplinski, Odon Vallet, François Gros, Lady Helena Kennedy, Mireille Delmas-Marty, Franz-Olivier Giesbert, Mohamed Talbi - toutes et tous ont apporté d'une voix forte leur réponse pleine de foi, en évoquant la paix du coeur, en revisitant les mythes fondateurs, en débattant des relations entre les sciences et la paix, en discutant du "droit de la paix", ou en repensant le monde d'après le 11 septembre, à la recherche d'une paix qui ne soit pas fondée sur l'affrontement, ni sur la loi du plus fort.

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