Langue française

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • Roland Barthes fut un grand lecteur et critique de Balzac. À l'occasion du bicentenaire de la naissance de ce dernier, les auteurs font le bilan de l'oeuvre critique de Barthes et s'interrogent sur l'interprétation d'un texte et les intentions de son auteur. Ils veulent inaugurer un nouvel âge de la critique.

  • Chaque semaine, j'écoute Paul Léautaud à la « chaîne » nationale. J'aime surtout ses silences ; j'aime aussi les bruits de sa canne, ses petits rires hennissants, et les non, nen, nin ! dont il scande ses colères. Je souffre un peu de le sentir en représentation. Quelle étrange faiblesse, pour un homme qui dénonce les vanités littéraires, se moque du public et chérit la solitude, que d'en prendre à témoin quelques millions d'auditeurs.

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