FeniXX réédition numérique (Climats)

  • « Les rideaux de l'ambulance sont ouverts. La ville se frottera bientôt contre les fenêtres de la voiture. Nous quittons le périphérique. Encore quelques mètres de cet asphalte gansé de barrières... Surgissent alors les vieux immeubles. Soudés le s uns aux autres, ils remontent les larges avenues. Ils ont fardé leurs façades mais je connais cette tribu de caillasse ; elle n'aura pas torché ses arrière-cours. En contrebas, deux fleuves affouillent des lits d'argile. Sur la place au goudron rouge, un roi, impatient de colporter la nouvelle, chevauche sans étrier. Dans le haut de la ville, après avoir excité portes et volets, des courants d'air font gémir les traboules. Lyon a lâché sa rumeur comme elle aurait libéré les chiens : je suis de retour. À l'intérieur de l'ambulance, allongée sur un brancard, je m'abandonne au baiser de la ville. Une goutte de sueur glisse sur ma tempe droite, une autre agace mon cou. Ce sang impur sent l'oignon. » Accident ? Suicide ? Qu'est-il arrivé à Roxane de Saint-Romain ? Autour de ce corps paralysé, la famille fait cercle jusqu'à l'étouffement. Dans cette meute, depuis des générations, ce sont les sorcières, et non pas les fées qui se penchent sur les berceaux.

  • Chez Marie Rouanet, le blanc est la couleur de la douleur et de la mort qui rôde, sans cesser d'être celle de la lumière. Le jour blanc qui ouvre ce recueil, est celui d'une double révélation : celle du merveilleux mystère de l'antipetitserpentigraphe, sur lequel s'achève Nous les filles, et celle d'une inquiétante invasion souterraine qui menace le paradis du vieil homme et de l'enfant. Puis, ce sont les trois douleurs du Triptyque à sainte Valérie : l'insecte transformé en bijou vivant, l'aveugle dans le train et l'enfant qui meurt. Deux arbres, un mimosa et un gommier bleu, introduisent à la lecture de destins pathétiques. Rien n'est plus blanc que la neige qui tombe comme un rideau sur la fin de la vieille tante, mère sans l'être et mal aimée. Tout cela serait insupportable, sans l'écriture limpide de l'auteur et son extraordinaire capacité d'amour et de vérité.

  • ... Et comme il y avait, tout à l'heure, la nudité calme de la joue du clown assoupi, il y a maintenant la plage blanche et bombée du ventre de l'amante qui dessine vite, très vite, puis qui laisse tomber carnet et crayon, première abdication, pour que l'envahissent les premières attaques de la grande déflagration, car elle sait bien, et le clown le sait aussi, le sent au bout de sa langue, contre son menton, que la fureur de dessiner laisse la place à celle du ventre, qui tape de plus en plus fort contre les lèvres de l'amant, qui monte et qui descend comme une barque sur la houle.

  • En une espèce de remake très sensible, sorte de mise à jour un siècle après, Michéa Jacobi, immergé dans sa Provence et dans sa connaissance d'Alphonse Daudet, reprend toutes les nouvelles des Lettres de mon Moulin. Respectueux et iconoclaste, inventif et libre, il retrouve avec un réel bonheur la tonalité de son prédécesseur. Pour l'anniversaire de la mort de Daudet, voilà un bel hommage. Le lecteur qui a en mémoire Les lettres de mon moulin prendra un vrai plaisir à retrouver cette même musique. À la manière de... Non, car l'auteur ne pastiche pas. Sa démarche est plus proche du jazz. Jacobi prend ses standards, Maître Cornille, Les Vieux, Le curé de Cucugnan etc... et fait un nouvel arrangement. Tout y est, le climat, les personnages, l'histoire. Quelquefois, la version 1997 colle de près à la version originale. Dans Les Étoiles, Jacobi finit l'histoire là où Daudet n'avait pas osé le faire. Le troisième âge a changé, les vieux de Daudet étaient fragiles et sédentaires, ceux de Jacobi, modernes et agités, sont membres d'un club du troisième âge. Quand à Vié d'or, on aura compris qu'ici l'histoire se sépare de celle de Daudet, mais, comme l'Homme à la cervelle d'or, il dépense sans compter.

  • Comme un hommage aux Contrebandiers de Moonfleet et à L'île au trésor, situant son récit à l'époque moderne, l'auteur nous conte les aventures du jeune pirate Tom-Fly, dans un esprit et un climat du XVIIe siècle, mélangeant, avec une liberté totale : fantastique, aventure et gangstérisme. Ici, tout est action, mouvement, couleurs, éclat. Tom-Fly, le pirate se lit comme on écoute une sonate interprétée par un virtuose, emporté par tant d'allégresse et d'élégance.

  • Les fragments qui forment ce petit ouvrage ont été classés par l'auteur selon un ordre assez contestable, sans rapport aucun avec la chronologie de leur rédaction. Sans doute réprouvera-t-on une telle négligence et un manque de soin si ostensible ; on reprochera peut-être à l'auteur la désinvolture avec laquelle, sous le couvert de singer le Hasard, il a rassemblé des évocations et des souvenirs qui n'ont de commun que leur occurrence dans la partie nord du seizième arrondissement. Il est clair qu'il ne s'agissait pas, for him, de réaliser un quelconque Baedeker de Chaillot et de Passy, encore moins de faire l'exacte revue de tout ce qu'on peut y voir, mais plutôt d'inviter le lecteur à faire en sa compagnie une manière de promenade - une petite excursion dans l'espace et le temps.

  • Mais ce n'est pas tout, je bavarde, je m'attarde... Or, il est bientôt dix-neuf heures trente, et je me sens une petite faim. Je te laisse. Au fait, excuse-moi, une toute dernière question, rien que l'ombre d'un doute... Ne te vexe pas... Es-tu réellement venu me rendre visite, l'autre jour, ou bien... ou bien... l'ai-je rêvé ? Comment être sûr de quoi que ce soit en ce bas monde ?

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En 1899, sous prétexte de cette Exposition Universelle qui fit aussi se dresser La Tour Eiffel, on érigea à Paris le plus grand, le plus luxueux, le plus prestigieux des cirques taurins de l'époque. Pendant les quatre années que durèrent les activités de la Gran Plaza de Toros du Bois de Boulogne, des toreros andalous, des poules de cabaret, des écrivains engagés, des éleveurs aristocrates, des artistes cosmopolites, des suffragettes hostiles et des gladiateurs africains se frottèrent un peu, au voisinage de la rue Pergolèse. On y croisa Caran d'Ache et la Belle Otero, Léon Bloy, le président Sadi Carnot, le Duc de Veragua, authentique descendant de Christophe Colomb, le peintre Forain et Buffalo Bill. Il y eut aussi Joseph Oller, inventeur du Moulin Rouge, Angel Pastor, le toréador des rêves féminins, la chanteuse Edmée de Thimon, Sigmund Freud et Valentin le désossé, le grand Mazzantini et Racoute Randriamara, pegador malgache professionnel. Rien que du beau linge. Quelques-uns de ces personnages sont ceux qui s'agitent ici.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le puits du Temple est un recueil de quatorze nouvelles, quatorze histoires courtes de 5 à 25 pages, qui prétendent éclairer nos gouffres : nos mystères, la part obscure de nos vies, l'incohérence intime de nos destinées, y sont évoqués. Des événements anciens sont abordés, tels que l'errance des bandes de mercenaires en Allemagne au XVIIème siècle, ou un procès des Templiers, - qui donne son titre à ce recueil. Des vies plus récentes, ou contemporaines, sont dépeintes, comme celle d'un photographe qui veut exposer à une jeune femme en psychanalyse les mystères de ses origines, dans une nouvelle intitulée Le sable : celle d'un enfant qui meurt d'un manière inexplicable dans Le mercredi des liens ; celle d'une jeune femme, qui souffrira beaucoup de trop aimer la lecture et d'autres encore, toutes reliées par une certaine méconnaissance de nos profondeurs. Ayant achevé ce recueil, la lectrice ou le lecteur peuvent penser qu'un moment, ils ont plongé au fond d'un puits.

  • Ce soir-là, après que la petite servante eût déposé, près de Yasmina, le lait au miel, et près d'Hazad le verre de Syrie où fumait le thé aux graines de pin d'Alep, Yasmina décida qu'il faisait bien chaud et déshabilla son amant, sans qu'il cessât de jouer sur sa flûte le prélude au conte. Elle caressait son dos de sa joue, glissait sa langue sous son aisselle. Il souriait et accélérait le rythme de sa mélodie, tenant sa note aiguë, tandis qu'une main douce descendait sous sa ceinture, frôlait son ventre et ses cuisses, et s'enroulait autour de son sexe infiniment lisse et tendu. Elle-même n'avait gardé que son pantalon de soie. Il commença son histoire. Allongée devant lui, elle noua ses jambes autour de ses reins minces, et décréta qu'il n'y avait pas de meilleure position pour l'écouter.

  • Nous suivons ici un drôle de personnage, agent en mission officielle, mais paumé magnifique, envoyé assermenté, mais vagabond besogneux et délirant. Tel est cet émissaire digne et scrupuleux, mais aussi enquêteur aux troublantes lubies, baroque randonneur urbain et pèlerin paraissant bien perdre, d'heure en heure, son âme. Sorte de guide égaré, dérivant sans attaches, d'avenues pluvieuses en fronts de mer désertés, de berges brumeuses en gares surpeuplées, l'émissaire, privé d'une chaussure, porte sur lui un document dont il oublie à mesure le contenu, la fonction, l'existence, puis la possibilité même. Chantre involontaire, mais éperdu, de la présence du monde, présence plus forte que tous les jeux et enjeux de ce monde, l'émissaire, sans arrêt, fascine et sa perdition même instruit.

  • Et moi, je dis que non, le matador Francisco Rivera Paquirri n'a pas été tué par le taureau Avispado, aux arènes de Pozoblanco. Voilà ce que je dis, et je montre comment cet événement, qui ne s'est pas produit le mercredi 26 septembre 1984, a pu influer sur les destins de Georges Bush, Mikhail Gorbatchev, Saddam Hussein, Khaled Kelkal, François Mitterrand, Yves Montand, Isabel Pantoda, Ayrton Senna, d'autres, et quelques milliards de leurs contemporains. En somme, je raconte comment Paquirri, pour n'être pas mort, un mercredi de l'automne 84, a fait tourner le monde d'une certaine manière, en lui donnant l'effet papillon. Ce fameux papillon, dont il est dit qu'un simple battement de ses ailes peut soulever des raz de marée, d'un côté l'autre de la planète. Si on voit.

  • Le chiffre deux existe rarement sans le chiffre trois. Et, pour parler d'un truchement, on évoque souvent une tierce personne. Dans ce roman, Bertrand du Chambon décrit un autre lui-même, Vétyver, tiraillé entre deux femmes : Anis et Menthe, dans un style très vif, direct, impudique, impudent - disons leste, dans tous les sens du terme. Bertrand du Chambon mène un étrange dialogue avec son lecteur, et lui donne à entrevoir les relations entre l'auteur et le moi, entre le personnage et la personne ; une autobiografuite écrit-il, et une histoire d'amour.

  • Un quartier comme les autres. Une petite ville et son marché hebdomadaire. Ici, il ne se passe rien. Marie Rouanet épie les visages, lit le quotidien, tourne autour des êtres et des choses. Alors, du décor habituel des jours, surgissent les vies, les âmes, les histoires. Pourquoi aller courir le monde ? L'aventure est au bout du trottoir. Dans un magasin d'antiquités, fouillis de merveilles et de débris où pénètre la lumière de l'été, vivent les personnages d'une même famille. S'ils n'ont pas de nom, c'est que les déchirures, les vies ligotées, l'espoir pathétique, les drames intimes, sont de nous tous, et jouent dans tous les lieux du monde leur musique triste. Il a suffi de voir et d'écrire. Un récit dense, une réalité saisissante ramassée dans une écriture juste et belle. Un rythme lent, paisible, un crescendo contrôlé comme dans une sonate, une sonatine, qui culmine dans un coup d'archet vibrant, cinglant comme la douleur.

  • Thomas apprécie qu'on le distingue. Quand il fait ses courses, il aime bien que les commerçants prennent des nouvelles de sa cheville foulée, ou lui demandent s'il a eu beau temps pour ses vacances. Aujourd'hui, Thomas déménage, il s'en va habiter Écheville. De nouveau, il va falloir se faire remarquer ; aguicher la boulangère, séduire le poissonnier, faire de l'oeil au boucher. Tout un travail. C'est un endroit étrange que le quartier. Les figures qu'on y croise sont familières mais le destin de chacune demeure souvent inaccessible ; ses limites sont floues, et tout le monde peut y entrer ; pourtant, celui qui s'y installe passera par une période d'adaptation. Au fil des mois, dans une ville imaginaire, le nouveau venu va s'agréger à sa communauté de vie, et acquérir une fluidité grandissante de ses déplacements. Cela suffira-t-il ? La quête de sort prochain est-elle soluble dans le quartier ? Il y a du René Clair dans ce texte réaliste et farfelu. Ma boulangère... retrace, en de brèves séquences, la chronologie d'un apprentissage : celui de l'accord entre un être et ses paysages.

  • Insoumission aurait aussi bien pu s'intituler Une vie dans le siècle, tant son auteur fut témoin et acteur de son temps. De la défaite de 1940, à la fin de ce millénaire, Roger Curel aura en effet vécu la Résistance, les guerres de libération, ainsi que les singularités du fait colonial. Et, surtout, du pouvoir. Si, tournant en permanence autour de cette question, cet ouvrage n'hésite pas à défier, fustiger et condamner, c'est peut-être, comme il le déclare, qu'il y avait matière à jugement. L'écrivain ne nous raconte ici rien de plus que l'éternel combat des hommes de bonne volonté, et tous les risques qu'ils acceptèrent d'assumer, par loyauté et respect envers leurs semblables.

  • Il y a le fils, qui a probablement tout raté. Il y a le père, qui n'est plus ce qu'il était - si tant est qu'il ait jamais tellement été grand'chose... Il y a la mère, qui les aurait voulus, tous, étincelants. Comme l'un de ces autres hommes, avec qui elle aurait pu faire sa vie. Avec qui elle aurait dû... Et il y a la fourgonnette. Une vieille Nissan, peut-être, ou une Toyota. Un véhicule existentiel en tous les cas - une carcasse et des roues - qui ramène tout ce monde au bercail des ancêtres, cette langue de terre plate, bourbeuse, triste, qui s'avance dans une mer terne et houleuse. Et qui s'appelle La Hougue. La Hougue. La petite colline. La petite butte, qu'ils ont mis des générations et des siècles à gravir. Moi je m'en fous, dit le silence, je suis le silence, j'ai le temps.

  • Médecin homéopathe, psychanalyste, le Docteur Allendy (1889-1942) sympathisa activement avec tous les mouvements d'avant-garde d'entre les deux guerres. Ami des peintres : Marcoussis, Gleize, Juan Gris, Robert et Sonia Delaunay, il applaudit au mouvement surréaliste d'André Breton et resta par la suite en relation avec nombre d'entre eux tels que Joseph Delteil et Antonin Artaud. Le Dr. Laforgue l'ayant initié à la psychanalyse, il devint membre fondateur de la "Société Psychanalytique de Paris" et, au-delà des psychanalystes français et suisses, entretint des relations avec d'autres chercheurs plus ou moins dissidents de la même discipline tels Jung, Adler, Otto Rank, Jones. L'importance de son oeuvre littéraire et le rayonnement du "Groupe d'Études Philosophiques et Scientifiques pour l'Examen des Tendances Nouvelles" qu'il avait fondé à la Sorbonne renouvelèrent constamment les contacts avec l'Intelligentsia nationale et internationale "engagée".

  • De courts voyages initiatiques où la narratrice enchaîne fantasmes et performances, en bateau, en avion, en train, dans les limousines ou les ascenseurs. Tantôt soumise, tantôt maîtresse du jeu, elle stationne, glisse, roule, vole et convole, de pérégrinations sexuelles en représentations mentales des plus élaborées.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • S'il fallait un jour distiller l'esprit de la corrida, c'est peut-être ça qui resterait : des moments qui se suivent et qui ne se ressemblent pas forcément. A la réflexion, qui ne se ressemblent jamais. François Zumbiehl, qui naguère sut faire parler des toreros illustres, arrive ici à rendre les instants éloquents, instants de drame ou de triomphe, instants de transfiguration, qui en apprennent plus sur le monde de la tauromachie que le mieux documenté des traités techniques. Les croquis qu'il propose ici, levés comme à la sanguine, à la taurine, tracent un itinéraire en douce dans ce qu'il est convenu d'appeler "la Planète des toros". Dans ce voyage à la géographie plaisante, précise, tous les lecteurs, les connaisseurs, les amateurs et les autres, trouveront leur voie.

  • A l'aube du troisième millénaire, trois écrivains : un homme et deux femmes, refont le Voyage aux Pyrénées. Stéphanie Benson, d'origine anglaise, est d'emblée confrontée au passé colonial, à cet état dont les Pyrénées se remettent mal, et signe avec Chemin de non retour, un journal intime plutôt noir. Alina Reyes évoque la féminité d'une montagne qu'elle connaît bien. Lucien d'Azay, à partir de son voyage en solitaire effectué en hiver, parvient à cerner, petit à petit, jour après jour, de col en ville thermale, les problématiques contemporaines de l'autre montagne européenne.

empty