Entreprise, économie & droit

  • Depuis la crise de 2008, la question de la dette publique s'est imposée sur le devant de la scène politique. Loin d'être réductible à une question de bonne gestion financière, la dette, dans sa forme contemporaine, reconfigure profondément les rapports entre l'État et ses citoyens et va jusqu'à mettre en question la souveraineté de l'État-nation. À partir de l'analyse de la crise de la démocratie engendrée par l'explosion de la dette publique proposée par le sociologue allemand Wolfgang Streeck dans Du temps acheté, qui publie dans ce volume un essai inédit en langue française, C. Crouch, J. Habermas, R. Boyer, B. Karsenti, M. Cuillerai, J.-M. Rey et Y. Duroux ordonnent leurs réflexions autour de trois questions : est-il possible de réguler un capitalisme financier qui s'est largement émancipé du cadre étatique au sein duquel s'était construit le compromis d'après-guerre entre capital et travail ? L'intégration européenne est-elle un obstacle ou un atout pour remettre une économie globalisée sous contrôle démocratique ? Comment le néolibéralisme, en faisant pénétrer les logiques marchandes jusque dans la subjectivation des citoyens, altère-t-il le principe de cohésion des sociétés démocratiques contemporaines et, partant, le type de réflexivité et d'action politique qui peuvent avoir prise sur leur devenir ? L'enjeu de ce dossier est de remettre au premier plan du questionnement des sciences sociales le lien que l'économie entretient avec la politique, les dangers qu'un capitalisme livré à lui-même représente pour les démocraties modernes, mais aussi la capacité des États à le mettre à contribution pour la construction d'une société politique juste.

  • L'unité du droit a toujours été une obsession pour la société en général et les juristes en particulier. À première vue, elle serait garante de l'égalité de chacun devant la loi. Pourtant, depuis le droit romain, cette conception d'une loi unique amenée à produire des décisions justes car semblables dans leurs fondements s'avère une pure illusion. Car dans la réalité, en dépit des tentatives menées pour combattre le pluriel de l'interprétation juridique, l'éparpillement des doctrines et des jurisprudences, les innombrables interprétations des lois rejoignent les infinies facettes de la vie. Autour de onze promenades menant de Nietzsche à Kafka avec des détours par Dalloz, Diderot, Changeux, le cannibale de Rotenburg et bien d'autres, Rainer Maria Kiesow bouscule, dans un style alerte, l'idée de penser ou fabriquer l'unité du droit, utopie pourtant vivace à l'échelle nationale, européenne et mondiale. En résultent une autre histoire et un autre présent de ce rêve unitaire...

  • Walter Eucken est la figure centrale de la pensée ordolibérale allemande et fait paraître « Le problème politique de l'Ordre » (1948) dans le premier numéro de la revue Ordojahrbuch. Remettant en cause le concept historiciste et marxiste de capitalisme, ce long article redéfinit les fondements de l'économie politique. Pour ce faire, il recourt au concept d'ordre. Ce concept est un outil épistémologique permettant une typologie des modes d'interaction entre le politique et l'économique, ainsi que la définition d'une organisation sociétale idéale. L'ordre idéal est alors celui qui garantit au mieux la liberté des individus. Il repose sur un ordre économique concurrentiel ancré dans un cadre institutionnel créé et entretenu par l'État. Introduisant la lecture de cet article traduit en français par les auteurs, le livre retrace la genèse et le développement de la pensée économique de Walter Eucken, à la croisée des chemins entre économie politique, philosophie, droit et histoire.

  • Aux prises avec des tensions interethniques exacerbées à la fin des années 1960, le gouvernement malaisien a mis en place des réformes économiques orientées vers la croissance, mais dont l'objectif premier était la cohésion nationale. Or ce sont les effets massifs et durables de ces réformes qui ont forgé l'exceptionnel développement économique du pays. Au croisement d'interrogations sur la dynamique de la croissance, le développement asiatique, le poids des structures coloniales, le rôle de l'État et ses ambiguïtés, cette recherche sur les causes et les modalités du développement malaisien conduit à repenser la mondialisation. En effet, l'exemple malaisien éclaire de manière originale l'hypothèse d'un dépassement de l'État au sein d'une globalisation néolibérale : la souveraineté dont fait preuve le gouvernement malaisien sur la longue durée contraste avec la situation objective de ce petit pays dépendant de grands partenaires économiques et financiers qui sont aussi ses prescripteurs technologiques et culturels. La Malaisie révèle ainsi la possibilité politique de se frayer une voie singulière et autonome dans la mondialisation.

  • Alors que plus de la moitié des ménages français sont propriétaires de leur logement, on sait encore peu de choses sur la manière dont se construisent les choix des différents acteurs concernés. Quel est le rôle de l'agent immobilier dans le rapprochement des vendeurs et des acheteurs ? Quel est son degré d'implication dans l'attribution d'un prix à un logement ? Comment le marché immobilier participe-t-il au façonnement des villes et aux processus de peuplement ? L'auteur aborde ces questions sous un angle original et novateur. Car bien que jouant un rôle central, la profession d'agent immobilier n'avait encore jamais fait l'objet d'une étude sociologique jusqu'à ce jour. S'appuyant notamment sur le cas de l'agglomération lyonnaise entre 1990 et 2006, l'auteur nous propose un ouvrage au croisement de la sociologie urbaine et de la sociologie économique. Illustration de couverture : Fontana Franco, Urban Landscape, Los Angeles, 1991 © galerie Baudoin Lebon

  • Les journalistes disposent-ils de marges de manoeuvre face à leur hiérarchie, aux contraintes économiques qui encadrent leur activité, aux stratégies de communication que développent leurs sources ? Sociologues, politistes et historiens apportent ici une réponse inattendue. À partir d'enquêtes qu'ils ont menées dans différents médias (quotidiens nationaux, régionaux, presse en ligne, agences de presse, télévision.), ils proposent, sous forme de leçons, une façon nouvelle de penser le rôle de l'inventivité personnelle et du libre arbitre dans le travail des journalistes. Cette réflexion sur la subjectivité journalistique ne contribue pas seulement à une plus fine connaissance des mondes du journalisme et de leurs évolutions actuelles. Elle soulève aussi un enjeu démocratique crucial : est-il légitime de fonder la critique des médias d'information sur la reconnaissance d'une responsabilité personnelle des journalistes ? Question dont dépend peut-être aujourd'hui, plus que jamais, l'avenir du journalisme lui-même. Cyril Lemieux est sociologue, maître de conférences à l'EHESS et membre de l'Institut Marcel Mauss.

  • Comment des acteurs ordinaires (personnes ou entreprises) parviennent-ils, avec leurs ressources et leurs capacités limitées, à se coordonner dans la vie économique courante ou dans la réalisation de projets collectifs complexes ? Pour répondre à cette question, les auteurs de ce volume s'écartent de la théorie standard de l'action rationnelle et proposent un nouveau regard sur la réflexivité de l'action. L'acteur n'est plus supposé tendre vers l'omniscience mais vers le jugement et l'action raisonnables. La raison pratique se trouve ainsi placée au fondement de l'action économique. Une telle révision conduit à envisager le problème de la coordination des actions délibérées sous un angle différent. Elle implique en particulier de reconceptualiser la notion d'institution et de redéfinir le lien entre action et institution. Cet ouvrage présente quelques-unes des pistes qu'explore aujourd'hui le programme de recherche dit de « l'économie des conventions ». Il montre ainsi l'omniprésence des conventions dans la vie économique et sociale quotidienne, où elles permettent la formation d'attentes mutuelles entre personnes qui ont à coordonner leurs actions.

  • L'« approche par les capacités », élaborée par Amartya Sen, est un programme de recherche désormais important en sciences sociales. Elle propose une nouvelle économie politique qui fait des droits humains réels une valeur cardinale et accorde à la question des institutions une importance décisive. Elle éclaire des problèmes aussi divers que ceux des indicateurs macro-économiques, de la pauvreté, des rapports de genre, du sous-développement. Elle préconise un mode d'évaluation du bien-être social, centré sur la situation singulière des personnes. Et, concernant le processus de démocratisation, elle recommande de focaliser l'attention sur la participation des groupes les plus vulnérables. Il y a assurément là matière à bousculer les acceptions établies de la liberté en économie. Ce volume est consacré à la présentation et à la discussion des principes et des concepts de cette approche. Une réflexion critique est menée sur leur cohérence et leur pertinence dans diverses problématiques. À l'appui de cette réflexion sont présentées des applications dans différents domaines. La question des indicateurs du développement est mise en discussion, en tenant compte de la spécificité du contexte européen. Des objets d'enquête empirique comme les politiques publiques, le travail ou les directives sociales sont convoqués comme lieux de mise à l'épreuve des principes et des concepts de ce programme.

  • Outil permettant de penser l'action nouvelle des gouvernements face à la crise de 1929, la macroéconomie moderne voit le jour dans le contexte des années 1930. De cette période émerge l'idée que c'est avant tout la faiblesse de la demande qui est à l'origine du chômage, et que des politiques de relance peuvent alors y remédier. Michal Kalecki est une figure centrale de cette « révolution », souvent trop exclusivement rattachée au seul économiste anglais John Maynard Keynes. L'ouvrage entend retracer la trajectoire intellectuelle de cet économiste atypique dans l'histoire de l'émergence de la macroéconomie comme domaine de recherche autonome. Il met en évidence les innovations théoriques introduites par Kalecki, ainsi que la spécificité de sa « vision » des causes politiques et économiques de l'(in)-stabilité.

  • Au milieu des années 1850, l´économiste français Clément Juglar présenta l´une des premières expressions de l´idée de cycle économique. Il publia en 1862, Des crises et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis. Il travailla le reste de sa vie à mieux fonder théoriquement et empiriquement ses premières intuitions sur le cycle d´une dizaine d´années (prospérité-crise-dépression) qui lui paraissait rythmer l´évolution économique moderne. En 1889 il publiait la deuxième édition, largement augmentée et remaniée, de son grand ouvrage sur les crises. C´est l´édition de 1889 qui est proposée dans ce volume. L´ouvrage est accompagné de deux textes courts, synthèses des analyses que présenta Juglar d´abord au tournant 1860, puis une trentaine d´années plus tard : Les articles « crises commerciales » qu´il publia en 1863 dans le Dictionnaire général de la politique de M. Block (1863) et en 1891 dans le Nouveau dictionnaire de l´économie politique (L. Say et J. Chailley).

  • Les risques littoraux (érosion, recul du trait de côte et submersion marine) semblent s'amplifier ces dernières années, par les effets croisés du changement climatique (tempêtes extrêmes plus fréquentes, élévation du niveau marin) et de l'urbanisation croissante du littoral. Si, en France, ...

  • La question qui a été posée aux contributeurs de cet ouvrage, induite par la problématique de l'accès au juge, est celle de la représentation de la nature devant le juge. Pour répondre, des pistes présentes en droit positif, ...

  • Cet ouvrage vient à point nommé à l'heure du nouvel élargissement de l'Union européenne et du débat sur sa Constitution, laquelle avait inscrit la reconnaissance de la diversité au coeur de son projet. Prenant appui sur l'événement de la rencontre des deux Europes après 1989 et sur la prise de conscience que les différences produites par 50 ans de régimes opposés ne peuvent s'effacer, il examine les deux tendances inverses qui travaillent l'espace européen, celle du regroupement supranational et celle de la fragmentation, selon des processus de construction territoriale de durées inégales où la question des identités et de l'identité européenne se trouve posée. Historiens, philosophes, sociologues invités par des géographes interrogent ensemble les différences et pensent la coexistence hétérogène, à partir de contributions approfondies sur les processus permanents de différenciation et d'intégration. Ils s'intéressent en particulier aux différences porteuses d'interdépendance et de complémentarités qui, dans une construction démocratique, permettent de surmonter les obstacles pouvant surgir d'appartenances identitaires figées et trop monolithiques.

  • En 1983, paraît dans le très sérieux Journal of Economic Literature un article au ton pour le moins iconoclaste. Signé par un auteur jusqu´alors reconnu pour ses travaux classiques dans le domaine de l´histoire économique quantitative, ce papier traite de la rhétorique des économistes. D. N. McCloskey y assène, entre autres, que l´étude des textes économiques relève avant tout de la critique littéraire ; que les modèles mathématiques, tant prisés par les économistes, sont essentiellement métaphoriques et composent un véritable domaine poétique original ; que l´économiste de profession est, au minimum, en retard d´une révolution épistémologique par rapport à ses contemporains lorsqu´il prétend assurer son autorité scientifique sur sa capacité réelle à faire des prédictions.Un fort courant de réflexion sur la rhétorique des sciences économiques va prendre sa source dans cette bravade contre le positivisme et le scientisme ambiants. En précisant le point de départ de McCloskey, en consolidant les intuitions fécondes contenues dans son attaque en règle contre le « modernisme », en prenant parfois leurs distances vis-à-vis des aspects trop clinquants de son manifeste de 1983, quelques auteurs - dont notamment RoyWeintraub, Robert Heilbroner, Albert Hirschman - vont explorer alors plus avant les conséquences de la révolution rhétoricienne en économie. « La Rhétorique des sciences économiques » est proposé ici pour la première fois en traduction française.

  • Le 27 décembre 1999, une grave tempête ravage les côtes du Sud-Ouest de la France. François Dedieu raconte et analyse le déclenchement de l'alerte et l'organisation des secours. Il montre que l'action des dispositifs de sécurité civile a des effets paradoxaux sur la catastrophe : tout en maîtrisant ses conséquences, elle contribue à les amplifier.

  • Cet ouvrage est le fruit d´une coopération très fructueuse entre le département de sociologie de l´Université de Pékin et le CNRS, mise en place dans le cadre du Programme International de Coopération Scientifique (PICS) de l´INSHS du CNRS de 2008 à 2011 (Nouvelles frontières des sociologies économiques chinoise et française : un état des lieux), co-dirigé par les professeurs Laurence Roulleau-Berger et Liu Shiding. Dans cet ouvrage, sociologues français et chinois croisent leurs regards sur différents objets de recherche dans le champ de la sociologie économique internationale. Il s´agit du premier ouvrage académique sur la confrontation entre sociologie économique chinoise - déjà largement méconnue dans le monde - et sociologie économique française. Il ouvre des perspectives théoriques et méthodologiques qui renouvellent nos façons de construire des objets de recherche liés au travail, à l´emploi, aux systèmes productifs, à l´innovation économique, aux migrations économiques...

  • Comment devenons-nous touriste ? Peut-on repenser la mondialisation du tourisme au regard des arts de faire de celles et ceux qui l'inventent aujourd'hui ? Cet ouvrage se propose de répondre à partir du Vit Nam, pays encore pauvre qui enregistre une croissance significative du tourisme domestique depuis plus de vingt ans. Les observations in situ et les matériaux biographiques construits depuis 2005 à travers le pays permettent de comprendre comment les Vietnamiens apprennent aujourd'hui à voyager dans leur pays, où les richesses comme les inégalités s'accroissent depuis le i Mi. Une analyse critique de la gestion politique et normative du tourisme domestique, d'une part par l'État vietnamien et d'autre part par les institutions mondiales du tourisme, complète ce travail de terrain, afin de traduire les rapports complexes que ces touristes entretiennent avec les systèmes de contraintes au sein desquels ils se meuvent. La colonisation comme le socialisme sont ici compris non seulement comme des périodes historiques, mais aussi comme un ensemble d'organisations, de valeurs, d'acteurs et de pratiques qui sont aujourd'hui mobilisés comme ressources afin de construire des mobilités touristiques. L'étude géographique qui en est faite révèle l'inventivité de leurs apparitions, réappropriations et multiplications, selon des hybridations et des circulations, parfois conflictuelles, de pratiques et d'imaginaires. Ce faisant, c'est une vision décentrée de la mondialisation touristique que propose cet ouvrage, permettant de mieux comprendre toute la complexité avec laquelle se reconfigurent les rapports de pouvoir au sein des sociétés postcoloniales.

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