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  • « Lectures croisées » de Spinoza et Deleuze : comment l'entendre ? D'abord, il s'agit de voir comment Deleuze a lu Spinoza : sur quels thèmes il s'est arrêté, à quels problèmes il a été sensible, et surtout comment le spinozisme a été décisif pour la constitution de sa propre philosophie, depuis Différence et Répétition jusqu'aux dernières oeuvres. Ensuite, il s'agit de voir comment la lecture deleuzienne de Spinoza a été décisive pour Spinoza lui-même, en tout cas pour l'histoire du spinozisme : peut-on lire l'Éthique aujourd'hui sans y entendre l'écho de la lecture deleuzienne ? Peut-on lire Spinoza, le comprendre, le commenter, le discuter, mais aussi le pratiquer, le vivre, être par lui affecté, sans se confronter (voire s'opposer) à la lecture deleuzienne ? Enfin, il s'agit de croiser les philosophies de Spinoza et de Deleuze en les prenant comme instruments de lectures du monde, afin de produire de nouvelles problématisations et de créer de nouvelles perspectives : que peuvent-elles nous dire du corps, de la puissance, des signes, d'autrui... ? C'est à ces multiples lectures croisées qu'est consacré cet ouvrage, le premier en langue française sur « Spinoza et Deleuze ». * Illustration de couverture : Alexandre (photographe), Franz Gorke (éditeur), Die Kunst in der Phtotographie, 1903 © Bnf * Cet ouvrage a été publié avec le soutien du LIS-EA 4395 Lettres, Idées, Savoirs

  • Nous montrons dans ce livre comment le savant et anarchiste russe P. Kropotkine (1842-1921) a lutté à la fin du xixe siècle contre le social-darwinisme, cette utilisation du modèle darwinien de la sélection naturelle ayant pour but de justifier l'inégalité sociale. Son originalité réside dans le fait qu'il a combattu ce discours idéologique sur son propre terrain, celui d'une continuité entre nature et société. En revenant vers Darwin pour souligner la fonction évolutionnaire de l'entraide tout en lui ajoutant les principaux concepts lamarckiens, Kropotkine a bâti un naturalisme critique, capable d'expliquer avec cohérence le passage de la nature à l'histoire, et encore pertinent pour lutter contre les justifications idéologiques du marché et de l'État recourant à une vision pessimiste de la nature humaine.

  • Les utopies du xviiie siècle offrent un terrain idéal pour observer la richesse du genre utopique et la convergence des grandes problématiques propres à la réflexion utopologique : la question géographique des lieux de l'utopie, la question pragmatique de sa réalisation et la question politique du rapport entre les principes de gouvernement et le bonheur du peuple. Où est l'utopie ? Que fait l'utopie ? Que peut l'utopie ? Voilà les questions auxquelles cet ouvrage pluridisciplinaire contribue à répondre en les reformulant à partir d'objets aussi différents que des récits de voyages fantastiques au centre de la terre et des satires aérostatiques, les projets de réforme monarchique et de planification urbaine d'un roi philosophe, des descriptions de jardins, et la critique des misères de notre état social par un moine radical.

  • Comment et pourquoi la philosophie juridique et politique contemporaine est-elle revenue à Kant ? Il faut, pour le comprendre, s'intéresser d'abord à l'ancrage de la pensée du droit dans la théorie kantienne de la raison pratique et aux problèmes que pose le statut kantien d'une raison normative oeuvrant dans les deux champs coordonnés de l'éthique et du droit. L'articulation entre droit privé et droit public, entre droit et politique dans la Métaphysique des moeurs doit être considérée en relation avec l'exigence d'une fondation unitaire du système des normes pratiques. La philosophie politique de Kant peut dès lors être envisagée dans le prolongement que lui offre sa théorie du droit international, avec l'ouverture d'une perspective cosmopolitique qu'il importe de définir avec précision. Cet ouvrage, qui réunit des auteurs comptant parmi les spécialistes de Kant les plus reconnus, propose une enquête systématique sur la philosophie kantienne du droit. À l'aide d'analyses très précises des écrits kantiens, les différentes contributions offrent une vue d'ensemble des directions actuelles de la recherche. Elles montrent leur pertinence philosophique dans un contexte profondément différent de celui dans lequel Kant a élaboré cette philosophie, celui de la Révolution française, mais qui la rend d'une certaine façon plus actuelle qu'en son temps.

  • La théorie de la reconnaissance constitue aujourd'hui un paradigme essentiel pour les sciences humaines et fait l'objet de multiples métamorphoses et controverses dans la pensée contemporaine, par exemple dans les domaines du droit, de la politique, de l'économie, de la morale, de l'éducation, de l'épistémologie. Le présent ouvrage de Hans-Christoph Schmidt am Busch offre l'exemple d'une réinterprétation active de la théorie envisagée aussi bien en rapport à l'exégèse de la tradition philosophique dont elle procède qu'au renouvellement du débat critique contemporain sur l'état de la société et du capitalisme. Le travail de Schmidt am Busch est représentatif de la façon dont une nouvelle génération de philosophes se confronte à la théorie de la reconnaissance en se rapportant à la fois aux textes fondateurs de Hegel et de Marx comme aux interprétations récentes d'Axel Honneth et Ludwig Siep, qui tous deux ont placé la philosophie hégélienne en général et la question de la reconnaissance en particulier au centre de leur investigation philosophique.

  • La période d´Iéna est décisive pour la formation de la pensée hégélienne de la maturité ; elle est marquée par une prise de distance progressive avec Schelling et par les premières tentatives d´élaboration d´un nouveau système philosophique. Pourtant, les textes hégéliens d´Iéna n´ont fait l´objet en fançais que d´études ponctuelles. L´ouvrage, qui tente de prendre en compte l´ensemble de la pensée hégélienne de cette période, s´intéresse aux transformations qui affectent celle-ci, tant dans le champ de la logique que dans ceux de la philosophie de la nature ou de la philosophie de l´esprit. Il s´efforce également de dégager l´intérêt actuel des analyses hégéliennes relatives à des questions de philosophie sociale telles que le travail, la valeur, ou la reconnaissance.

  • Dans Les mots et les choses (1966), Michel Foucault accorde une place centrale à l'analyse de la disposition archéologique du savoir classique. Le présent ouvrage s'attache à expliciter les principaux enjeux de cette analyse, en montrant qu'elle renvoie au fond à une double interrogation. De quelle pensée du Même l'épistémè de l'âge classique relève-t-elle ? Et comment cette pensée du Même en vient-elle à organiser la mise en ordre des choses dans des savoirs positifs (grammaire générale, histoire naturelle, analyse des richesses) qui s'élaborent eux-mêmes suivant les contraintes épistémologiques fortes d'une nomenclature et d'une taxinomie ? La première interrogation engage clairement le statut philosophique d'une archéologie du savoir de l'âge classique. La seconde implique en outre, pour l'archéologue, une manière de travailler et de penser à partir de l'archive discursive d'une époque. Le livre de Philippe Sabot s'efforce ainsi de rendre compte de cette double dimension de l'analyse archéologique de Foucault en attirant l'attention à la fois sur l'effort de systématisation dont relève une telle analyse et sur le traitement particulier qu'elle propose des archives du savoir.

  • Que Condillac soit un « philosophe du langage » est une cause entendue. Encore faut-il savoir en quel sens il peut l'être. Qu'il soit philosophe, au sens du XVIIIe siècle, et qu'il ait beaucoup écrit sur le langage suffit-il à faire de lui un « philosophe du langage » au sens où le XXe siècle en a consacré l'expression ? Ses commentaires sur la tradition des grammairiens ou son étonnant Dictionnaire des synonymes relèvent-ils vraiment de la « philosophie du langage » ? Comment juger de son intérêt pour l'origine du langage, longtemps tenu comme obscur par les linguistes ? Fait-il de lui aujourd'hui un précurseur de la paléo-linguistique ? Au fil d'une enquête rigoureuse menée par des chercheurs de diverses disciplines, historiens de la philosophie, philosophes du langage, linguistes, lexicographes, ce volume propose un parcours surprenant, menant de la philosophie contemporaine du langage à l'analyse de la langue française, en passant par la théorie de la langue. De la « philosophie du langage » à l'art d'écrire, en somme.

  • En octobre 1842, le jeune émigré russe Michel Bakounine publie « La Réaction en Allemagne » dans les Annales allemandes d´Arnold Ruge. Cette brillante et bruyante contribution aux débats de la gauche hégélienne utilise la Logique de Hegel comme une logique du conflit qui exclut toute forme de médiation externe entre les partis en lutte, Réaction et Révolution. Quelques mois plus tard, l´article « Le communisme » consomme la rupture de Bakounine avec la philosophie. Ultimes tentatives philosophiques pour penser une sortie de la philosophie qui se présente désormais comme abandon de la théorie pour la pratique, les deux lettres à Arnold Ruge de 1843 expliquent ce qui éloigne Bakounine de la philosophie allemande, y compris de cette gauche hégélienne où il n´aura fait que passer. Ces textes sont publiés pour la première fois dans leur intégralité et dans une traduction qui rend justice à leur inscription dans le courant jeune hégélien. Avec le commentaire qui les accompagne, ils permettent de jeter un éclairage nouveau sur l´école jeune hégélienne. Ils proposent en outre une conception radicale de la conflictualité et la fondation philosophique d´un positionnement révolutionnaire. Enfin, ils constituent un témoignage précieux sur les débuts de l´itinéraire intellectuel et politique d´un révolutionnaire qui allait marquer son siècle.

  • Que peut nous apporter aujourd´hui la lecture des Idéologues, ces penseurs qui ont reconfiguré le champ des savoirs au début du XIXe siècle ? La mise au jour d´un moment idéologique. Ce moment est celui qui voit une radicalité des Lumières se scinder entre divers branchements disciplinaires, entre diverses conceptions de la subjectivité et de l´émancipation. Le moment idéologique est un moment de passage, mais surtout de décantation. On y voit émerger, quoiqu´encore entremêlés et solidaires, ce que nous sommes habitués à distinguer : Lumières et romantisme, rationalisme et sentiment, radicalité et conservatisme, nécessité et volontarisme, colonialisme et soif d´altérité, science et littérature. Les dix chapitres de cet ouvrage ont en commun de visiter ce moment idéologique à partir de questions concrètes, analysées sur des objets textuels précisément circonscrits : une fausse polémique, un cours d´histoire, une analogie hydraulique, des théories de l´imagination, des épisodes de réminiscence involontaire, un voyage à Alexandrie, un projet d´alphabet universel, une explication de l´amitié, une réécriture romanesque de la folle « science des idées ». C´est à partir de ces cas particuliers que prend forme une image d´ensemble du moment idéologique, où se révèlent à la fois la reconfiguration des champs du savoir et ce que cette reconfiguration a occulté : l´inséparabilité de ce qui devient alors, d´un côté, « la littérature » et, de l´autre, « les sciences » (de l´homme) - le moment idéologique nous faisant voir que ce sont les deux faces d´une même pièce.

  • Cet ouvrage retrace le parcours sinueux et l´échec de la sociobiologie humaine, cette théorie pseudo-scientifique qui anima les débats entre 1975 et 1985 et s´inscrivit comme idéologie scientiste dans l´ensemble des théories sur la nature humaine. Partant d´une analyse épistémologique des concepts de la sociobiologie humaine et de la sociobiologie animale, l´auteur établit la filiation historique de ceux-ci, des modèles et des idées qui les ont historiquement justifiés et de celles qui les justifient encore actuellement, et montre que cette théorie ne saurait prétendre à une institutionnalisation complète ni à aucune reconnaissance de la part du monde scientifique.

  • Du grand ingénieur et mathématicien Simon Stevin (Bruges 1548 - La Haye ? 1620), l´histoire a retenu avant tout l´oeuvre scientifique, marquante par sa diversité et sa vocation à constituer des manuels pratiques. Ses nombreux ouvrages, presque tous en néerlandais, vont de l´arithmétique jusqu´à la navigation, en passant par l´établissement de tables d´intérêt et la rédaction d´une Dialectique qui vise à enrichir la terminologie logique du flamand. C´est à l´intention du prince Maurice de Nassau, au service duquel il resta pendant près de trente ans comme quartier-maître de l´armée des États généraux, que Simon Stevin rédigea ses Mémoires mathématiques. Au sein de cette oeuvre abondante, se trouve un petit texte qui surprend tant par son objet que par la manière dont il est traité : la Vita politica. Het burgherlick leven. Celui-ci, bien que fortement déterminé par les circonstances du moment, se présente comme une sorte de « réduction en art » de la vie politique et offre le cas original d´une réflexion d´ingénieur sur la condition de citoyen à la fin du xvie siècle. Son succès ne se démentit pas durant tout le xviie siècle puisqu´il fut réédité pas moins de cinq fois au cours du siècle. Traduite ici pour la première fois en français, la Vita politica. Het burgherlick leven est accompagnée d´une série d´études, chacune consacrée à un aspect majeur de l´oeuvre de Stevin, afin d´éclairer le contexte intellectuel et historique dans lequel fut pensé ce discours sur la vie civile.

  • La modernité, dès ses débuts, attribue un rôle-clef aux passions : qu´elles soient hostiles à la Raison ou au contraire ses alliées, dangereuses ou fascinantes, elles marquent le rôle du corps, du désir, du langage et de l´imagination dans la nature de l´homme. La même époque voit se développer différentes variantes du matérialisme. Presque toutes réévaluent ce que la raison classique avait tendance à réprimer ou à considérer comme révélateur de la faiblesse humaine : le corps et tout ce qui, dans l´âme ou dans la société, porte les traces de l´activité et de la positivité du corps. On peut donc s´attendre à ce que les matérialistes fassent un sort particulier aux passions, à ce qu´ils y reconnaissent des lois et non pas seulement des manques ou des vices, à ce qu´ils essaient d´en repérer l´efficace dans l´ensemble des activités humaines. Encore faut-il se demander comment chaque matérialisme procède, par quelle configuration propre il rend compte de ces phénomènes ou comment il dévie les discours de la théorie classique pour les forcer à passer par les objets qui sont les siens. Plutôt que de supposer l´existence d´une théorie matérialiste unique, une enquête s´impose donc qui prenne en vue la diversité de ces auteurs, les situe dans leur contexte et repère les points d´inflexion que rencontre chez chacun d´entre eux cette problématique générale des passions qui semble avoir gouverné plusieurs siècles.

  • Redécouvrir Montesquieu, en son temps et dans le temps long de l'histoire : les oeuvres clés du siècle des Lumières, Lettres persanes, L'Esprit des lois, Considérations sur les Romains, prennent tout leur sens si l'on prend en compte à la fois leur dimension littéraire, politique, philosophique, historique, juridique. Des temps forts de l'histoire, comme la découverte des Indes par Alexandre, le voyage africain d'Hannon ou l'invasion de l'Europe par les Huns, la prise de pouvoir par Auguste et le long règne de Justinien, révèlent la puissance de l'esprit humain et la faiblesse des sociétés soumises au pouvoir d'un seul. L'histoire, ancienne ou récente, devient le champ d'action privilégié de la pensée politique, tout en révélant la place infime de l'individu à l'échelle des siècles et des nations. À travers ce monde sans héros, régi par des causes générales et profondes, apparaissent les qualités maîtresses d'un écrivain philosophe : la liberté de l'esprit et l'acuité du regard, révélées par la succession des lectures, parfois contradictoires, qui en ont été données.

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