Climats (réédition numérique FeniXX)

  • Chez Marie Rouanet, le blanc est la couleur de la douleur et de la mort qui rôde, sans cesser d'être celle de la lumière. Le jour blanc qui ouvre ce recueil, est celui d'une double révélation : celle du merveilleux mystère de l'antipetitserpentigraphe, sur lequel s'achève Nous les filles, et celle d'une inquiétante invasion souterraine qui menace le paradis du vieil homme et de l'enfant. Puis, ce sont les trois douleurs du Triptyque à sainte Valérie : l'insecte transformé en bijou vivant, l'aveugle dans le train et l'enfant qui meurt. Deux arbres, un mimosa et un gommier bleu, introduisent à la lecture de destins pathétiques. Rien n'est plus blanc que la neige qui tombe comme un rideau sur la fin de la vieille tante, mère sans l'être et mal aimée. Tout cela serait insupportable, sans l'écriture limpide de l'auteur et son extraordinaire capacité d'amour et de vérité.

  • Les fragments qui forment ce petit ouvrage ont été classés par l'auteur selon un ordre assez contestable, sans rapport aucun avec la chronologie de leur rédaction. Sans doute réprouvera-t-on une telle négligence et un manque de soin si ostensible ; on reprochera peut-être à l'auteur la désinvolture avec laquelle, sous le couvert de singer le Hasard, il a rassemblé des évocations et des souvenirs qui n'ont de commun que leur occurrence dans la partie nord du seizième arrondissement. Il est clair qu'il ne s'agissait pas, for him, de réaliser un quelconque Baedeker de Chaillot et de Passy, encore moins de faire l'exacte revue de tout ce qu'on peut y voir, mais plutôt d'inviter le lecteur à faire en sa compagnie une manière de promenade - une petite excursion dans l'espace et le temps.

  • Mais ce n'est pas tout, je bavarde, je m'attarde... Or, il est bientôt dix-neuf heures trente, et je me sens une petite faim. Je te laisse. Au fait, excuse-moi, une toute dernière question, rien que l'ombre d'un doute... Ne te vexe pas... Es-tu réellement venu me rendre visite, l'autre jour, ou bien... ou bien... l'ai-je rêvé ? Comment être sûr de quoi que ce soit en ce bas monde ?

  • Un quartier comme les autres. Une petite ville et son marché hebdomadaire. Ici, il ne se passe rien. Marie Rouanet épie les visages, lit le quotidien, tourne autour des êtres et des choses. Alors, du décor habituel des jours, surgissent les vies, les âmes, les histoires. Pourquoi aller courir le monde ? L'aventure est au bout du trottoir. Dans un magasin d'antiquités, fouillis de merveilles et de débris où pénètre la lumière de l'été, vivent les personnages d'une même famille. S'ils n'ont pas de nom, c'est que les déchirures, les vies ligotées, l'espoir pathétique, les drames intimes, sont de nous tous, et jouent dans tous les lieux du monde leur musique triste. Il a suffi de voir et d'écrire. Un récit dense, une réalité saisissante ramassée dans une écriture juste et belle. Un rythme lent, paisible, un crescendo contrôlé comme dans une sonate, une sonatine, qui culmine dans un coup d'archet vibrant, cinglant comme la douleur.

  • S'il fallait un jour distiller l'esprit de la corrida, c'est peut-être ça qui resterait : des moments qui se suivent et qui ne se ressemblent pas forcément. A la réflexion, qui ne se ressemblent jamais. François Zumbiehl, qui naguère sut faire parler des toreros illustres, arrive ici à rendre les instants éloquents, instants de drame ou de triomphe, instants de transfiguration, qui en apprennent plus sur le monde de la tauromachie que le mieux documenté des traités techniques. Les croquis qu'il propose ici, levés comme à la sanguine, à la taurine, tracent un itinéraire en douce dans ce qu'il est convenu d'appeler "la Planète des toros". Dans ce voyage à la géographie plaisante, précise, tous les lecteurs, les connaisseurs, les amateurs et les autres, trouveront leur voie.

  • Bien que ses collègues séraphins et archanges le charrient souvent sur ses origines (il est née sur Terre), et que ses frères humains s'étonnent qu'un familier du ciel n'en rapporte que des nouvelles équivoques ou consternantes, Marcel Cogito insiste, reprend ses aventures où elle l'avaient laissé : dans la nature languedocienne, dont il hante les friches, les prés salés, les escarpements ; en ville, où il passe dégourdir son néant, prendre le pouls de l'art, tester la coexistence réelle ; chez lui enfin, où il dort, prie et meurt.

  • Il y a, chez l'auteur de Nous les filles, une face d'ombre, un sens étonnant du tragique au quotidien. C'est ce que Climats révélait en publiant la Sonatine pour un petit cadavre. Six proses hallucinées constituent Le Crin de Florence. La soie est-elle autre chose qu'une oeuvre de mort née dans l'enfer des filatures ? La bête recueillie un soir d'hiver, et qui se nourrit de vif, est peut-être l'écrivain lui-même... Quel monstre se cache donc derrière la grenouille de l'étang d'Izou en Bordelais ? Que peut devenir un couvent, transformé en supermarché culturel, sinon un lieu de pourriture et de vague mémoire, qu'il s'agisse d'une chartreuse ou d'un prieuré de l'ordre de Grammont ? Les bêtes, jamais innocentes, sont des miroirs des hommes et nous attendent sur les chemins nocturnes de nos propres désordres.

  • Cet adultère ordinaire, caché dans une maison en Sologne, a tout pour faire de ce week-end une histoire sans histoire. Tous les symptômes du bonheur semblent en ordre, mais la campagne n'est pas si paisible, l'amour n'est pas si aimable. L'ombre de la faute rôde sournoisement. La sensualité et le plaisir sont au rendez-vous mais, insidieusement, la mécanique de la volupté s'enraye, la quiétude de leur nid d'amour glisse vers le cauchemar. Le roman de Jean-François Robin nous emmène dans un univers trouble où se mêlent, sensualité, plaisir, La flûte enchantée de Mozart et une nature qui n'en finit pas d'imposer son impitoyable loi. Un roman d'amour ou un récit d'horreur ?

  • Noël Tuot est-il un poète iconoclaste et véhément, blasphémateur ?

  • D'abord publiées dans la Dépêche du Midi, et consacrées aux sujets les plus variés - du lien intrinsèque entre la jalousie et l'amour, au problème préoccupant des femmes au volant, en passant par les sports extrêmes, la chirurgie esthétique, les secrets de famille et Jésus -, ces chroniques hebdomadaires permettent à Rouquette de passer au crible de sa verve jubilatoire les thèmes de gazette, des plus éculés aux plus inattendus. C'est l'occasion pour lui de clamer haut et fort un irréductible Je (Si j'étais Raymond VIII de Toulouse - autrement dit Dominique Baudis - je sais bien ce que je ferais...) et de parler, mine de rien, littérature.

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