CNRS Editions

  • Crêtes multicolores, vestes à clous, pantalons issus de surplus militaires, bouteilles de bières entassées, No Future, voix et musique saturées rythmant le pogo d'une foule bariolée : le mot " punk " charrie à lui seul son lot d'images toutes faites. Par-delà les clichés, comment ce style musical venu de New-York et de Londres s'est-il implanté en France ? Si le mouvement punk connaît son âge d'or dans les années 1980, avant d'être supplanté sur la scène médiatique par d'autres musiques contestataires, il n'en demeure pas moins prégnant dans certains espaces sociaux et géographiques. Mais qui devient punk ? Où ? Comment ? De quelle vision du monde cette musique est-elle le vecteur ? En quoi est-elle aussi un mode de vie, placé sous le signe du Do It Yourself, qui offre un point de vue décalé sur la société française et ses évolutions ?

    Pour comprendre les multiples facettes du punk et retracer son histoire, cette enquête au long cours mobilise tous les outils de la sociologie : observation participante, analyses statistiques, entretiens et suivi dans la durée de nombreuses trajectoires individuelles d'amateurs comme de musiciens. Ouvrant les portes d'un monde à part, elle parvient de la sorte à reconstituer les logiques sociales expliquant la genèse, l'organisation et la persistance d'une musique qui est aussi un style de vie.

  • Principes de sociologie générale t.1 : dépendances et rapports sociaux Nouv.

    Dans cet ouvrage posthume, Alain Testart s'attache à poser les bases d'une sociologie générale permettant de classer les sociétés les plus diverses et de penser leur évolution au-delà des champs disciplinaires établis (ethnologie, histoire, sociologie).

    C'est par la relecture de Tocqueville, Marx et Durkheim, qui n'avaient pas hésité à chercher la cohérence interne des sociétés et à en dégager en quelque sorte des types sociaux, qu'il commence par préciser sa méthodologie. Celle-ci consiste à définir l'" architectonique d'une société ", c'est-à-dire les " rapports sociaux fondamentaux " conditionnant les autres rapports et permettant d'expliquer les domaines du politique, de l'économie et du religieux.

    Pour montrer que ces " rapports sociaux fondamentaux " relèvent d'une forme de dépendance ou au contraire d'indépendance, l'auteur étudie trois types de société : les Aborigènes d'Australie, la société féodale et la société moderne. Il élargit ensuite son examen tant aux civilisations classiques qu'aux sociétés sans État, et souligne par exemple combien la liberté des " modernes " n'est pas celle des Grecs, ni celle des Amérindiens.

    Alain Testart conclut cette fresque monumentale par une " systématique " des formes de dépendance et des types de société, et propose deux lois sociologiques.

    Texte établi par Valérie Lécrivain et Marc Joly

  • " Chacun sait que la publicité cible prioritairement notre cerveau reptilien. " L'affirmation issue des colonnes d'un grand quotidien français témoigne du succès de la notion proposée par le neuroscientifique américain Paul D. MacLean au tournant des années 1960. Elle s'inscrit dans une théorie générale du cerveau qui rapporte à une part archaïque de notre héritage évolutif un ensemble d'attitudes " primaires " : instinct sexuel, défense du territoire, agressivité...

    Tôt considéré comme erroné puis obsolète sur le plan scientifique, le " cerveau reptilien " n'en a pas moins connu une formidable carrière, retracée ici dans une enquête qui conjugue une étude de sa formulation, des analyses de ses circulations ou réappropriations – d'Arthur Koestler à Michel Onfray, en passant par Alain Resnais – et une ethnographie de certains cercles thérapeutiques invitant aujourd'hui encore, pour vivre mieux, à accepter le " crocodile " dissimulé en nous.

    Pourquoi et comment se diffuse une théorie fausse ? Cas limite, le " cerveau reptilien " permet d'envisager à nouveaux frais la question de la diffusion des savoirs dans la culture, et ainsi des rapports entre science et société.

  • Qui est Homo sapiens ? Quand est-il apparu ? Comment vivait-il ? Quels ont été ses rapports avec ses contemporains dont Néandertal ? Pourquoi cet hominidé, dont nous sommes les seuls représentants, a-t-il survécu jusqu'aujourd'hui quand les autres se sont tous progressivement éteints ?

    Descendant d'Erectus, né en Afrique, Homo sapiens a commencé à migrer vers le Proche-Orient il y a plus de 100 000 ans pour essaimer vers l'Europe et l'Asie, jusqu'à atteindre l'Australie vers - 50 000 ans et très rapidement l'ensemble de la planète. Mais que sait-on d'autre sur lui ?

    En dix chapitres qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres, et qui mettent en scène le travail de l'archéologue, François Bon répond à toutes ces questions et à bien d'autres encore en nous plongeant en des temps préhistoriques pour mieux saisir la spécificité de l'espèce Sapiens au sein de la lignée des hominidés et les raisons de son succès.

  • Si la sociologie, comme la photographie ou encore l'art de l'essai, est bien une invention française, il faut encore reconnaître que les chercheurs français n'ont pas seulement été les pionniers de la discipline, tels Auguste Comte et Émile Durkheim : ils ont également contribué, par leurs efforts collectifs, à produire une véritable tradition intellectuelle particulièrement féconde. Mais qu'est-ce que partagent des sociologues aussi divers que Raymond Aron, Pierre Bourdieu, Bruno Latour ou encore Luc Boltanski, par exemple, qui appartiennent à des générations différentes, et représentent des courants intellectuels et des styles de travail tout à fait distincts ?

    Johan Heilbron présente ici une vue d'ensemble unique sur la plus ancienne et l'une des traditions nationales les plus vivantes de la sociologie. Il s'attache à retracer son évolution depuis ses débuts, à l'orée du xixe siècle,jusqu'à son expansion à la fin du xxe siècle. Présentant de nouvelles interprétations de la manière dont des penseurs comme Émile Durkheim et son groupe de collaborateurs ont redéfini la discipline et ont contribué au renouvellement d'autres sciences humaines, le livre de Heilbron constitue une étude sociologique novatrice et un ouvrage de référence pour l'histoire des sciences sociales.

    " Aucune histoire de la discipline n'a jamais articulé aussi finement l'évolution de ses institutions, une interprétation des trajectoires de ses acteurs centraux et la présentation de ses principaux résultats théoriques, méthodologiques et empiriques. "

    Frédéric Lebaron

  • La Sociologie filmique propose une exploration des ressources intellectuelles offertes par l'hybridation de la sociologie et du cinéma : pratiquer la sociologie, ou d'autres sciences humaines, par l'image et le son. À l'ère de l'image, cet essai invite aux recherches sociologiques, non seulement par la maîtrise de la démarche de la discipline, mais aussi par l'apprentissage conjoint des techniques (prises de vues et de sons, dérushage, montage, etc.) et de l'écriture cinématographiques. La sociologie filmique participe ainsi à la reconnaissance du sensible et du point de vue situé, dans une discipline qui les a souvent tenus à l'écart.

    À partir d'exemples concrets et d'une riche iconographie, les auteurs analysent ce que signifie " penser par l'image ", exposent les différentes phases de réalisation d'un documentaire sociologique, et questionnent au moyen du film sociologique les représentations du réel, et plus particulièrement ce qui demeure invisible dans le monde social. D'où un retour réflexif sur les théories et les pratiques exposées, pour mieux armer le sociologue-réalisateur de documentaires.

  • Paris, 2015 : le terrorisme djihadiste touche massivement la capitale française et fait près de 150 morts. Pour qualifier les auteurs de ces meurtres, on parle tantôt d'hommes radicalisés soumis à une idéologie, tantôt d'hommes médiocres, " banaux ", qui ne font qu'obéir aux ordres, tantôt de monstres assoiffés de sang. Comme pour les tueurs de masse des plus grands crimes de l'histoire contemporaine, on se demande sans cesse qui sont ces hommes capables de tuer ainsi à la chaîne. Qu'éprouvent-ils dans leur conscience ? Ne ressentent-ils pas l'horreur de

    leurs actes ? N'ont-ils pas de la compassion pour leurs victimes ?

    Pour Richard Rechtman, ce ne sont pas les idéologies qui tuent, mais bien les hommes. Ceux-ci s'en chargent avec une grande facilité, et tuent simplement comme d'autres vont au travail. Ce livre effectue une véritable descente dans la vie ordinaire des petits exécutants, des génocidaires. Il sonde le quotidien dans lequel les hommes s'accommodent d'exécuter chaque jour des dizaines d'individus. Il montre que ce n'est pas le fait de tuer qui occupe l'essentiel de leurs pensées, mais plus simplement leur vie quotidienne. Ils tuent comme ils s'attelleraient à n'importe quel métier, c'est-à-dire de façon ordinaire. Car ce ne sont pas les plus motivés ou les plus sadiques, ni même les plus endoctrinés, qui tuent avec une telle facilité, ce sont avant tout les hommes les plus disponibles.

    L'objet de ce livre n'est donc pas de savoir qui sont ces exécuteurs ni au nom de quoi ils tuent, mais de montrer comment dans certains contextes, exécuter d'autres hommes constitue la vie ordinaire de tueurs anonymes.

  • Le concept de " choc des civilisations " est devenu un lieu commun lorsqu'il s'agit de parler de géopolitique, de religion ou d'identité nationale. Raphaël Liogier nous montre que ce n'est qu'un leurre face à la réalité de la civilisation globale née de l'intensification des échanges planétaires. Les usages techniques, les pratiques alimentaires et les cursus universitaires se sont uniformisés. Images, musiques et émotions font désormais le tour de la planète. En dépit de l'existence de postures antagonistes et extrémistes qui peuvent s'appuyer sur des idéologies religieuses et politiques, les croyances essentielles des hommes sont de moins en moins des facteurs d'oppositions de valeurs. L'ensemble des religions sont, à des degrés divers, traversées par trois tendances nées de la mondialisation : le spiritualisme, le charismatisme et le fondamentalisme. Ce qui n'empêche pas qu'au sein de cette civilisation unique les disparités socio-économiques abyssales et les angoisses identitaires contagieuses génèrent des formes de violence inédites caractéristiques, entre autres, d'un nouveau terrorisme. Raphaël Liogier lance un appel pressant à penser la porosité des frontières et la disparition de la figure de l'Autre radical, l'étranger qui se situait jadis au-delà de notre espace de vie. Comment les identités individuelles et collectives peuvent-elles se définir et coexister dans un monde sans vraies frontières ? Un essai vigoureux pour combattre les préjugés, et mieux comprendre le monde qui nous entoure.

  • L'intime est une expérience de familiarité avec une personne, un animal, un lieu qui progressivement se transforme en lien. Expérience fragile, le plus souvent soustraite au regard, et qui passe presque pour insignifiante face aux tumultes de la passion amoureuse, elle constitue pourtant une part essentielle de nos existences. Or elle peut se révéler déroutante, en venant brouiller les frontières de l'intérieur et de l'extérieur, du sujet et de l'objet, du visible et de l'invisible, du dicible et de l'inexprimable.

    Si bien que l'intime semble échapper à toute entreprise de connaissance : comment dès lors penser l'intime ? Interrogeant avec acuité et délicatesse cette part équivoque de nous-mêmes et ses évolutions dans des sociétés aussi diverses que le Brésil, le Japon et la France, François Laplantine nous invite à explorer les linéaments multiples mais aussi les ressources de l'imaginaire tant politique qu'artistique de la vie intime.

  • L'urbanisation gagne inexorablement la planète entière. Ces formes de regroupements humains ont un point commun : les rues. Ce sont elles que ce dictionnaire encyclopédique honore en s'attardant sur le sens des mots qu'elles murmurent à l'oreille des passants.

    L'urbanisation gagne inexorablement la planète entière. Ces formes de regroupements humains ont un point commun : les rues. Ce sont elles que ce dictionnaire encyclopédique honore en s'attardant sur le sens des mots qu'elles murmurent à l'oreille des passants.

    Les notices sont sagement classées par ordre alphabétique, d'" Abribus " à " Zone " en passant par " Asphalte ", " Barricade ", " Carnaval ", " Dérive ", " Jardin ", " Métro ", " Mobilier urbain ", " Pavé ", " Taxi ", " Toilettes publiques ", " Trottoir "...

    Outre la géohistoire étymologique, l'auteur mobilise les travaux d'historiens, d'architectes, d'anthropologues et de géographes, tout en prêtant attention aux réactions des flâneurs, poètes, romanciers et cinéastes.

  • Les écrans numériques nous sont aujourd'hui devenus indispensables. Disponibles, rapides, ils répondent infailliblement. Leur omniprésence, leur usage coutumier, ne permettent pas, au-delà des rituelles proclamations de risques d'addiction, d'apprendre à discerner les métamorphoses de nos vies qui se produisent par eux.

    Cet ouvrage nous invite à quitter notre position d'utilisateur et à chercher des éléments de compréhension de la transformation digitale dans les théories de l'écriture. À l'heure où le traitement par le signal, la rationalité technique et l'automatisation investissent de plus en plus nos interactions sociales, l'art de lire et de déchiffrer les signes, le travail d'appropriation du sens,

    fournissent un antidote, offrent des ressources insoupçonnées pour nous aider à développer une intelligence des contextes.

    Nos petits écrans du quotidien sont ainsi interrogés par Pierre-Antoine Chardel comme des expériences existentielles à part entière, engageant notre condition d'être interprétant, tout autant que l'avenir de nos sociétés démocratiques.

    Il est encore temps d'intervenir sur l'évolution de nos sociétés hyper-connectées en favorisant l'épanouissement des subjectivités créatives, dont l'avenir demeure à écrire, par-delà l'empire du signal qui croît.

  • Alchimies festives, culte du plaisir, retour en puissance des affects et des émotions : Eros triomphe, et nous enseigne que la profondeur se cache toujours à la surface des choses, dans la banalité de notre quotidien. Triomphe de la raison sensible sur le vieux rationalisme scientiste, du vouloir- vivre collectif sur l'individu, de la joie dionysiaque sur les morales arides qui stérilisent l'action. Triomphe des pulsions et de l'imaginaire sur le progressisme empesé de nos élites et la pruderie de nos bien-pensants. Attentif aux humeurs et aux enthousiasmes sécrétés par le corps social, cernant au plus près les vibrations du monde, Michel Maffesoli signe une oeuvre essentielle, aboutissement de trente ans de réflexion, livre-manifeste qui chante l'éternelle jeunesse du monde et annonce une rupture épistémologique destinée à renouveler en profondeur les conditions de la pensée philosophique.

  • Un sage chambertin qui évoque un sous-bois de feuillus un soir d'automne, un bandol qui nous fait sentir la garrigue chauffée par le soleil du Midi, un champagne qui nous rappelle un corps aimé. Il est peu de matières, d'aliments qui suscitent un tel émerveillement, une telle passion et qui sont aussi ancrés dans notre société. Le vin fait partie de notre histoire, de notre civilisation et de notre culture. Face à la montée de la prohibition qui privilégie le principe de précaution plutôt que l'apprentissage d'une consommation responsable, il fallait revenir sur notre relation complexe et paradoxale au vin, sur ses origines, ses liens avec la religion, la santé, l'éducation, le politique... Et sur sa contribution éclatante au rayonnement de la France dans le monde.

  • Du delta du Mékong aux chutes d'Iguaçu, de la côte néo-zélandaise à la mystérieuse Persépolis, ils avancent, sac au dos, ticket à la main et téléphone portable en guise d'appareil photo : ils sont les nouveaux explorateurs de l'espace mondial, occidentaux depuis longtemps, maintenant chinois ou russes, demain nigérians, un jour peut-être nord-coréens...

    Du delta du Mékong aux chutes d'Iguaçu, de la côte néo-zélandaise à la mystérieuse Persépolis, ils avancent, sac au dos, ticket à la main et téléphone portable en guise d'appareil photo : ils sont les nouveaux explorateurs de l'espace mondial, occidentaux depuis longtemps, maintenant chinois ou russes, demain nigérians, un jour peut-être nord-coréens...

    Ils sont les touristes internationaux : 800 millions chaque année à parcourir le monde après l'avoir rêvé. Confrontés à la monotonie des artefacts que l'industrie touristique répète à l'infini sur des circuits toujours plus balisés, beaucoup d'entre eux rêvent d'espaces à l'écart, d'" authenticité ", de rencontres avec des sociétés " préservées ". Mais comment échapper à la canalisation des flux et au marketing des agences de voyage qui adaptent sans cesse leur stratégie à cette soif de dépaysement ?

    C'est cette tension, à la fois humaine, culturelle et spatiale, qu'interrogent Thomas Daum et Eudes Girard. Écolodges, écotourisme, cabanes " tout confort ", gîte à la ferme, tourisme " citoyen " ou " humanitaire ", mise en scène de soi à travers les blogs de voyage... Autant de nouvelles pratiques révélant l'" illusion du local ", la soif inextinguible de décentrement qui tenaille l'imaginaire et les fantasmes du touriste mondialisé.

  • La grande muraille verte est un projet révolutionnaire mis en place par les pays africains du Sahel : une bande végétale de 15 km de large, traversant le continent d'est en ouest, dont l'objectif est de combattre la désertification grâce à une gestion durable des ressources naturelles.

    La grande muraille verte est un projet révolutionnaire mis en place par les pays africains du Sahel : une bande végétale de 15 km de large, traversant le continent d'est en ouest, dont l'objectif est de combattre la désertification grâce à une gestion durable des ressources naturelles. Cela ne peut se faire sans de nombreux acteurs, chercheurs, médecins, citoyens et populations locales. La désertification d'un milieu s'accompagnant toujours d'une perte de biodiversité, il s'agit de rétablir une grande variété d'espèces, animales comme végétales, pour permettre le retour à l'équilibre écologique. Mais comment faire dans un environnement où la pluviométrie est très faible ? Quelles espèces, ou association d'espèces, choisir ? Quels sont les impacts sur les populations ? Dix ans après la mise en place du projet, où en est-on ?

    C'est à la découverte de cette expérience hors du commun, soutenue par l'université Cheikh Anta Diop de Dakar et le CNRS, que nous invite cet ouvrage.

  • Sociologue hors normes, Norbert Elias, né en Allemagne en 1897, mort aux Pays-Bas en 1990, est considéré comme l'un des plus grands représentants de sa discipline, à l'égal de Weber, Durkheim ou, plus tard, Bourdieu. Ayant dû fuir l'Allemagne nazie pour la France puis la Grande-Bretagne, il a attendu l'âge de la retraite pour voir son œuvre enfin publiée et reconnue. Introduite tardivement en France dans les années 1970, elle commence seulement à bénéficier de la reconnaissance internationale et pluridisciplinaire qu'elle mérite, tant auprès des sociologues que des psychologues, historiens, politistes et anthropologues. Rendre sa pensée plus accessible en en dégageant les motifs souterrains, et en dissipant quelques-uns des malentendus dont elle a pu pâtir, tel est le premier objectif de cet ouvrage. Quelques études de cas dans divers domaines illustrent la fécondité de ses apports : la question de l'authenticité, la notion d'élite, le statut d'artiste dans la modernité et le rôle de l'excitation dans les spectacles sportifs et la consommation des œuvres de fiction. Une courte postface propose un commentaire plus personnel sur la vie exceptionnelle d'un penseur hors du commun.

  • Cinéma commercial contre films d'auteur ? Cinéma populaire contre cinéma élitiste ? Loi du marché contre règles de l'art ? La dualité entre superproductions hollywoodiennes et films d'art européens semble traverser toute l'histoire du cinéma depuis les années 1920. Mais les frontières entre ces deux espaces n'ont jamais été figées, comme l'explique Julien Duval dans cette sociologie novatrice du champ cinématographique au XXe siècle. Ainsi, le cinéma populaire a su se parer de certains traits des arts savants. Quant au cinéma d'auteur, il n'est pas tout à fait devenu " l'égal des autres arts " : les cinéastes doivent toujours composer avec les contraintes économiques propres à leur mode d'expression. Examinant à nouveaux frais ces jeux de transferts et ces oppositions, Julien Duval éclaire également les débats récents sur " l'exception culturelle " et sur les priorités des politiques publiques en matière cinématographique.

  • Les études actuelles sont alarmantes : la consommation de viande dans le monde a explosé ces dernières décennies, jusqu'à enregistrer en cinquante ans une croissance de 1 400% en Asie, au risque d'une crise sanitaire et écologique sans précédent.

    Les études actuelles sont alarmantes : la consommation de viande dans le monde a explosé ces dernières décennies, jusqu'à enregistrer en cinquante ans une croissance de 1 400% en Asie, au risque d'une crise sanitaire et écologique sans précédent.

    En Inde, pourtant, la viande est marginale, voire parfois proscrite : sa consommation est régulée par des logiques religieuses, morales, médicales ou économiques. L'on ne mange pas la même chose, ni de la même façon, selon que l'on est hindou de haute ou basse caste,

    musulman ou chrétien, homme ou femme, urbain ou rural, militant nationaliste ou partisan du sécularisme. Car la viande est également un véritable objet politique, support de revendications identitaires.

    L'urbanisation, l'industrialisation, la mondialisation, modifient néanmoins progressivement les réseaux d'approvisionnement, ainsi que le rapport des Indiens à cet aliment singulier dont la

    consommation augmente. Cette transition alimentaire n'est cependant pas généralisée, tant les pratiques diffèrent en fonction des types de viandes, des individus et des contextes. En Inde, le rapport à la viande contribue à dessiner des géographies, façonnant des territoires

    et des circuits, définissant des distances réelles ou symboliques entre les hommes et les animaux.

    À l'heure où l'Occident s'interroge sur sa consommation carnée, cette belle étude du monde indien offre une résonance particulière.

  • Mai-Juin 68 : la contestation saisit des pans entiers de la société française, des lycéens aux étudiants, des ouvriers aux employés, des cadres aux acteurs de la culture. Facultés, usines, institutions occupées se transforment en une immense scène où tout est passé au
    crible de la critique : exploitation, aliénation, gaullisme, normes sociales, hiérarchies, domination, autorité.

    Mai-Juin 68 : la contestation saisit des pans entiers de la société française, des lycéens aux étudiants, des ouvriers aux employés, des cadres aux acteurs de la culture. Facultés, usines, institutions occupées se transforment en une immense scène où tout est passé au

    crible de la critique : exploitation, aliénation, gaullisme, normes sociales, hiérarchies, domination, autorité. Cette gigantesque prise de parole est marquée par une créativité inédite. " Tous créateurs ! ", dit d'ailleurs un slogan, " Écrivez partout ", renchérit un autre. Roland Barthes célèbre la " parole sauvage " de Mai, Michel de Certeau observe qu'" une foule est devenue poétique ". Difficile pour les écrivains, en particulier d'avant-garde, de rester à l'écart de ce grand ébranlement de l'ordre symbolique...

    C'est à ces avant-gardes littéraires qu'est consacrée l'étude de Boris Gobille. Durant ces semaines de fièvre, elles descendent dans la rue, multiplient les prises de position publiques, forment des collectifs et expérimentent de nouvelles articulations entre écriture et " révolution "... Autant d'enjeux explorés dans cet ouvrage qui revisite la question de l'engagement de la littérature et de la responsabilité des écrivains face aux événements politiques de leur

    temps. On y croisera des surréalistes, des existentialistes, des structuralistes, des communistes, des " gauchistes ", des revues comme Tel Quel, Change, Action poétique, Les Lettres Françaises, La Nouvelle Critique, mais aussi Sartre, Beauvoir, Aragon, Sollers, Faye, Roubaud, Pingaud, Blanchot, Duras, Mascolo – parmi tant d'autres plus ou moins obscurs, plus ou moins renommés, tous acteurs de cette singulière aventure qui vit les écrivains s'emparer de 68 et 68 s'emparer des écrivains.

  • Radio, télévision, presse, Internet, la méchanceté semble étendre chaque jour un peu plus son territoire. Pour vérifier cette impression, François Jost ausculte l'histoire des médias et pose
    les jalons de ce phénomène.

    Radio, télévision, presse, Internet, la méchanceté semble étendre chaque jour un peu plus son territoire. Pour vérifier cette impression, François Jost ausculte l'histoire des médias et pose

    les jalons de ce phénomène. Dans les années 1960, le journal Hara-Kiri se voulait simplement " bête et méchant ", puis les reality-shows télévisuels des années 1990 ont démocratisé la médisance-spectacle.

    Les années 2010 avec les réseaux sociaux, qui rétroagissent sur tous les médias, amplifient le mouvement.

    En effet, si la méchanceté est atemporelle, elle a trouvé aujourd'hui des conditions favorables à son épanouissement : l'évolution des médias qui, chaque jour un peu plus, font de la vie un spectacle, un public qui trouve son bonheur dans le ridicule des autres, la possibilité

    pour chacun, à l'ère numérique, de se faire juge de tout sur fond de discours populistes.

    Ce livre, plus qu'une simple histoire de l'extension du domaine de la méchanceté dans les médias, met au jour comment l'évolution de la télévision et du numérique a abouti à une multiplication des meurtres symboliques : destruction de la parole de l'expert, dévaluation des

    politiques, attaques ad hominem ou ad statutum, jusqu'à l'incitation à la haine raciale ou l'homophobie.

    Empruntant aussi bien à la philosophie, à la sociologie qu'à la psychologie, François Jost part des actes (dessins, articles, couvertures de journaux, chroniques d'humoriste, pétitions en ligne...) pour tracer les contours d'une méchanceté aux multiples visages.

  • En France, la question de la citoyenneté occupe une place importante dans les débats publics autour de l'immigration. Ces discussions passionnées sont le reflet des controverses actuelles sur le sens à donner à des valeurs comme " laïcité ", " universalisme ", " égalité " ou " communauté ", et sur la façon dont elles prennent corps dans la réalité sociale et politique. Dans quelle mesure ce que les acteurs désignent par les notions de " laïcité " et d'" intégration " a-t-il un impact sur les pratiques institutionnelles ? Est-il possible de réduire la culture de la citoyenneté à l'existence établie d'une culture publique nationale ? Bref, comment comprendre aujourd'hui le " modèle républicain " à la française ? À partir d'enquêtes de terrain réalisées dans les institutions publiques que sont l'armée et l'hôpital, Christophe Bertossi offre un regard inédit sur ce qu'est la citoyenneté à la française, en dépassant les oppositions habituelles entre républicanisme et multiculturalisme, laïcité et communautarisme, public et privé, valeurs et pratiques.

  • À Séville de grands rituels mobilisant l'ensemble du corps social se succèdent tout au long de l'année : semaine sainte, ouverture de la saison des corridas, feria, pèlerinage de Rocío et Corpus Christi. Flamboyantes et exotiques, ces célébrations d'un catholicisme populaire exercent sur quiconque y porte un regard une forme de fascination. Du meurtre de Notre Père Jésus lors de la semaine sainte à la pulsion du désir retrouvé et maîtrisé lors de la corrida de resurrección, à la feria qui célèbre l'émergence de la parenté, au rapt de la Vierge en Mère à laquelle le pèlerin doit finalement renoncer, et enfin, à la consommation festive du corps de Notre Père Jésus : le peuple andalou construit, au moyen de ses rituels, une scénographie originale du triangle œdipien. La Passion selon Séville procède ainsi par clivage entre la mise en scène du mythe et la mise en acte du rite qui suggère un autre récit, non explicité, celui de l'inconscient. Par une description fine et vécue des processions et des célébrations sévillanes, ainsi que par une très riche iconographie, Antoinette Molinié nous donne à voir un christianisme vivant et incarné. Combinant de manière novatrice une approche structuraliste et des outils freudiens, elle propose une analyse des grands rites de notre culture dans leur spécificité andalouse.

  • C'est Marcel Mauss au travail que nous présente Jean-François Bert, au terme d'une enquête fondée sur les archives de l'anthropologue : saisi sur le vif dans la rédaction de ses comptes rendus pour L'Année sociologique, ses lectures en bibliothèque, l'édition posthume de ses collègues comme Henri Hubert ou Robert Hertz, ou encore la mise en forme de son fichier. Autant de pratiques savantes mobilisées dans la production, la diffusion et la réception d'un savoir, celui des sciences sociales alors en constitution. Le lecteur suit les traces des activités de l'anthropologue au croisement de la sociologie, de l'anthropologie et de la philologie. Les grandes étapes de sa vie, son travail quotidien à L'Année sociologique, ses candidatures au Collège de France, la rédaction de ses articles les plus importants ou ses rapports avec son oncle Émile Durkheim sont ici revisitées à partir d'une attention portée aux manières de faire, aux faits et gestes du savant, mais aussi aux rites et aux genres du savoir de la fin du XIX¬ ¬e et du début du XX¬¬e siècle. L'atelier de Marcel Mauss nous fait découvrir l'image d'un chercheur plus contrastée que celle donnée par les biographies classiques. Un atelier, surtout, qui permet de mieux comprendre l'apport de l'anthropologue à une science en devenir.

  • Si le caractère résolument universel de l'anthropologie doit être réaffirmé, il ne saurait prendre la forme d'un universalisme définitif, arrêté et imposé par l'Occident. Cet universel non comme état, mais comme devenir et comme éthique, n'est pas achevé. Il est en construction permanente. Il cherche davantage à rendre plutôt qu'à prendre. Il consiste à ressentir puis à élaborer ce qui surgit entre nous et les autres. François Laplantine interroge un certain nombre de perspectives théoriques : l'héritage du confucianisme et du taoïsme, la démarche de Claude Lévi-Strauss, les travaux de Michel Foucault. Il se déplace librement entre le Brésil, la Chine et le Japon, en étant à la fois attentif aux questions de traduction et aux phénomènes de migrations. Il nous propose un horizon de pensée permettant de mieux comprendre rapports, échanges et flux qui transforment les hommes.

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