CEDEJ - Égypte/Soudan

  • Jeunesse arabe : menace, ou promesse ? Fardeau, ou porteuse du flambeau ? Êtres fragiles à moraliser, victimes à indemniser, masse grondante à maîtriser, « capital social » ou richesse de la nation ? Experts et politiques alimentent un peu partout le débat. Les sciences sociales ne peuvent que mettre à distance ces discours tout en reconnaissant qu'elles s'inscrivent pleinement dans les savoirs que produisent les sociétés sur elles-mêmes. Ce livre n'est pas un nouvel essai sur les maux de la jeunesse. On n'y trouvera ni dénonciation, ni compassion ni pronostics. Au travers des neuf contributions qu'il regroupe, les auteurs se penchent plutôt sur la jeunesse dans les sociétés arabes comme objet de savoirs, comme catégorie ou comme problème social. Il s'agit en définitive dans cet ouvrage de mieux comprendre les évolutions du monde arabe aujourd'hui à travers les espoirs de sa jeunesse.

  • À partir d'un volumineux dossier de presse (trente-sept articles tirés de divers journaux et revues), un panorama très complet du secteur bancaire islamique, de son fonctionnement, de son évolution comme de son influence et des enjeux qu'il représente. Précédé d'une importante introduction.

  • « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés... » La pertinence de la métaphore médicale qui s'impose à la presse égyptienne pour traiter du problème de la drogue en Égypte se justifie de divers points de vue. D'une part, elle désigne le caractère « endémique » du phénomène, en même temps que le fait qu'il passe par différentes phases : l'Égypte a expérimenté, depuis le début de ce siècle, diverses formes de toxicomanies qui correspondent, dans l'analyse qu'en fait la presse, aux différentes phases d'une seule et même « épidémie ». Le haschisch, permanent dans le paysage égyptien depuis des temps immémoriaux, à propos duquel Clot bey écrivait déjà, au début de ce siècle : « Les Égyptiens sont, de toutes les races, la plus portée au haschisch, dont les effets répondent aux qualités propres et à la nature de ce peuple et au goût qu'il manifeste pour tout ce qui est étrange ou merveilleux. » L'opium, presque aussi constant, mais dont le coût plus élevé restreint quelque peu la propagation. Après la première guerre mondiale, la cocaïne et l'héroïne font dans le pays une première incursion, dans les classes enrichies par le boom du coton, mais aussi dans l'embryon de prolétariat égyptien employé dans les filatures ou le bâtiment. On raconte même que certains entrepreneurs peu scrupuleux payaient leurs ouvriers pour partie en cocaïne, d'une part, pour augmenter leur productivité, et d'autre part, pour se les attacher plus sûrement. Depuis le début des années 70, du fait de la flambée des prix des stupéfiants « naturels », occasionnée par une série de campagnes de répression, de nouveaux produits « de synthèse » ont envahi le marché - amphétamines, Maxiton, psychotropes divers, consommés seuls ou en « cocktails » - ainsi que, ces derniers temps, l'héroïne elle-même, qui effectue un retour en force en Égypte, si l'on en juge par la multiplication des saisies opérées par les services de répression.

  • Le domaine de l'iconographie est avant tout celui de la représentation de ce qu'il faut nommer de façon réductrice, des images. L'Égypte possède en la manière un inestimable capital. Elle est une des sociétés dont les empreintes laissées dans la pierre, sur le papier, la pellicule, constituent un des fonds les plus riches et diversifiés qui soient. Il suffit de par-courir les temples ornés de fresques il y a six mille ans et d'en observer les traces aujourd'hui encore. De tourner les pages des grands illustrateurs d'Occident venus exercer leurs talents entre Alexandrie et Assouan, le Sinaï et le désert libyen. Sans oublier d'autres genres : les beaux-arts, en faisant un grand saut entre l'époque des portraits funéraires du Fayoum et l'entre-deux-guerres, avec les peintres et sculpteurs nationaux les traditions populaires, de la caricature, des peintures de pèlerinage ; la publicité... C'est à pareille découverte que le livre invite.

  • De mémoire d'Egyptien, le pays n'a jamais connu une telle campagne d'information. Sur les murs, les autobus, sur les écrans de télévision et de cinéma, sur les ondes de la radio nationale comme dans les pages des journaux et des magazines, les thèmes choisis par l'Organisation Gouvernementale du Planning Familial martèlent l'ouïe et la vue du citoyen. Quand ce n'est pas les multiples gadgets - stylos, sous-verre, porte-clefs etc... - qui viennent rappeler : « regarde autour de toi » ou bien : « c'est ton choix ». Le souci du contrôle des naissances paraît permanent en Egypte depuis le début de cette campagne d'information commencée en février 1980 et qui se poursuit par étapes. Et les moyens mis à la disposition de cette vaste entreprise ne sont pas moins considérables... ils ont été augmentés au cours de l'hiver 1981, au point d'être presque doublés. Nul n'ignore le problème démographique que connaît l'Egypte : les statistiques le mesurent, chacun le vit. Le but de l'Organisme Général du Planning Familial est donc clair : il s'agit de porter remède à la croissance de la population en alertant le citoyen. Après d'autres pays du Sud, l'Egypte entre, à son tour, dans la lutte pour le contrôle des naissances.

  • Cet ouvrage reprend la matière des conférences et discussions qui eurent lieu lors d'une journée d'étude organisée par le CEDEJ. La thématique principale en était la question de l'autoritarisme, comme catégorie analytique mais aussi en tant que concept opératoire pour l'étude des sociétés du monde arabe aujourd'hui. Sur ce thème, les interventions de Michel Camau et Luis Martinez ont en commun d'apporter des éclairages et d'étoffer la réflexion, à partir de deux entrées différentes. Si l'un parle de consolidation, l'autre pose la question de la violence comme épreuve critique, voire ultime, de l'autoritarisme.

  • Issue d'un mémoire de DEA de science politique comparative, cette étude se propose d'apporter un éclairage sur la rencontre du cadre institutionnel réformé du Soudan et du cadre doctrinaire promu par les grands bailleurs de fonds internationaux et mis en oeuvre, plus ou moins directement, par les ONG sur place. Elle cherche, dans un premier temps, à donner la mesure des réformes engagées par le régime soudanais en insistant particulièrement sur la réforme de la politique hydraulique. Dans un deuxième temps, l'analyse porte sur un projet de développement local mené en périphérie de Khartoum et démontre comment ce dernier est la résultante, tout à la fois, du cadre institutionnel soudanais, marqué par l'autoritarisme, et du cadre dogmatique, promu par les acteurs de l'aide au développement.

  • À travers la justice et ses "affaires", la science politique redécouvre en Europe le droit comme lieu de conflits et non de simples régulations bureaucratiques. D´un autre côté, un intérêt renouvelé pour les cultures juridiques non européennes a relancé de nouvelles questions, familières des anthropologues. S´il apparaît clairement aujourd´hui que le droit ne trouve un sens que dans la diversité (celles des pays, celle des possibilités à l´intérieur d´un même cadre territorial), historiens et anthropologues du droit font observer que cette diversité n´est ni spécifiquement contemporaine, ni étrangère à l´Europe. L´histoire des sociétés arabes depuis un siècle contient quant à elle tous les ingrédients d´une pluralité, qui s´exprime dans la complexité des usages du droit. La coexistence de normes issues de corpus souvent étrangers les uns aux autres (droit islamique dans ses différentes formulations, droits coutumiers, législations capitulaires, droit français notamment) et appliquées par des juridictions d´origines et de statuts variés, masquait sans doute à ses utilisateurs le sens du droit mais non ses logiques qui ont favorisé de leur part des stratégies d´adaptation et d´évitement, lorsqu´il s´agissait par exemple d´obtenir un "rendement" optimal d´un conflit porté devant les tribunaux. Et ce droit "négocié" s´ajoutait au droit imposé par les institutions publiques pour donner un sens au règlement des conflits.

  • En dehors de l´État, les waqfs n´étaient-ils pas dans l´ancien droit musulman les seules personnes morales ayant un patrimoine autonome affecté à un but statutaire se situant fréquemment dans le champ d´action qu´occuperont progressivement les services publics ? Si au fur et à mesure du développement de l´intervention de l´État les biens waqfs perdent leur domaine d´affectation, ils représentent cependant toujours un enjeu économique important - tant pour l´État qui songe à en faire l´instrument de sa politique sociale ou économique, que pour les gestionnaires qui ont de tout temps vu dans les biens de main-morte une occasion de profits faciles. Il n´est pas étonnant de constater que le flux des revenus annuels est fort réduit alors que le « stock » semble conserver une certaine valeur économique pouvant le cas échéant se transformer en moyen d´action politique. Il n´est donc pas étonnant de constater que les waqfs sont encore un enjeu à ce niveau.

  • L´enseignement en Égypte est un problème dont l´ampleur n´a d´égale que celle de la population à scolariser. Dès lors en aborder toutes les facettes au cours d´un seul séminaire ne pouvait être qu´une gageure. Conscients de ces limites les participants se sont efforcés dans leurs communications de n´aborder qu´une dimension spécifique de la question de l´enseignement. Cette approche nous permet de publier un dossier qui n´est certes qu´un élément de plus dans l´analyse de ce problème fondamental pour le développement de l´Égypte mais qui, dans le même temps, comporte avec les conclusions des spécialistes, un certain nombre de données significatives de la dimension de ce problème comme de son évolution.

  • Comment l´Égyptien d´aujourd´hui perçoit-il ses ancêtres d´avant l´Islam ? Pour répondre à cette question de façon précise et complète, il faudrait examiner divers éléments : les livres écrits ou diffusés en Égypte, les romans, pièces de théâtres, films et autres feuilletons d´inspiration pharaonique proposés par les producteurs, sans oublier la tradition orale qui, bravant la double rupture du Christianisme et de l´Islam, remonte souvent dans son inspiration jusqu´aux temps pharaoniques. Mais, pour qui converse avec des Égyptiens, cette tradition paraît aujourd´hui bien mince, sinon mythique. Les propos sur les premiers Égyptiens frisent souvent l´affabulation : la connaissance de l´histoire pharaonique et, plus généralement, préislamique est souvent peu étendue, quand elle n´est pas inexacte, même chez des gens « cultivés ». Il faut ajouter à cela le fait que la question religieuse est d´une grande importance dans ce domaine. Un Musulman et un Chrétien n´ont pas la même vision de leur passé lointain. Les Coptes (Chrétiens d´Égypte) se considèrent comme les descendants directs des anciens Égyptiens ; ils ont généralement un intérêt plus poussé que celui dont témoignent les Musulmans pour cette époque tandis que ces derniers mettent fortement l´accent sur l´histoire islamique. Dans ce contexte, et au-delà de ces considérations vagues et sans cesse répétées, il a paru intéressant d´examiner le rôle que pouvait jouer l´enseignement de l´Histoire dans cette perception en s´appuyant pour cela sur des manuels scolaires consacrés à l´époque pré-islamique.

  • Depuis la conférence de Barcelone en novembre 1995, l'Union européenne et les pays de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient semblent fermement engagés sur la voie du dialogue et de la coopération trans-méditerranéenne. Tout en abordant la problématique de ce partenariat dans son ensemble, le présent ouvrage est l'un des premiers à s'intéresser de plus près aux débats et aux transformations que ce projet a déjà suscités en Égypte. Il permet également de mesurer les écarts et les convergences entre les analyses faites des deux côtés de la Méditerranée. Réunissant les actes des septièmes rencontres franco-égyptiennes de science politique, il donne la parole à des auteurs dont les sensibilités intellectuelles sont en partie influencées par des réalités et des expériences historiques différentes. Le regard sur la Méditerranée n'est pas nécessairement le même, d'une rive à l'autre, et ce n'est donc pas céder au déterminisme sociétal que d'accepter que les vérités - le plus souvent partielles - puissent dépendre des perspectives adoptées ou imposées. Les septièmes rencontres franco-égyptiennes de science politique furent organisées conjointement par le Centre de recherches et d'études politiques de l'Université du Caire et le Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ). Elles se tinrent au Caire du 6 au 8 janvier 1997, au moment où la négociation de l'accord d'association avec l'Union européenne était au coeur de l'actualité. Nous espérons que la publication des actes puisse raviver et élargir les vifs débats qui ont eu lieu lors de ce colloque, et qu'en dépit d'une accalmie liée au piétinement des négociations, ces débats se poursuivent pour le bien de l'Égypte et pour l'avenir de la coopération transméditerranéenne. Ceci est en tout cas l'objectif de cet ouvrage et de l'édition en arabe préparée par nos collègues du Centre de recherches et d'études politiques.

  • Le domaine oriental est devenu peu à peu spécifique depuis le début du XIXe siècle. Ses misères lui appartiennent comme ses splendeurs, ses façons d'être hostile à l'étranger et violent vis-à-vis de l'ennemi comme d'accueillir le visiteur ou de recevoir l'hôte sont uniques. On n'y connaît point l'art de peindre mais celui de bâtir et d'enjoliver. Le roman y est moins pratiqué que le conte. Les hommes s'y montrent ombrageux et les femmes se cachent... Ainsi se sont élaborées les multiples catégories de la double différenciation : essentielle et fonctionnelle, avec son système du sérail, sa structure sultanale et son organisation hiérarchisée et communautaire... Dans ce contexte, il n'est pas extraordinaire que le voyage en Orient ait participé des mêmes visions. D'autant qu'à l'extériorité s'est ajouté l'exotisme. Avec des effets pervers, notamment de faire passer l'Orient du statut d'objectif à celui d'objet. Explorateurs, découvreurs, "traverseurs" ont d'abord ramené plans, notes, relations et récits, destinés à éclaircir ou amuser ceux qui n'avaient pu se déplacer. Aux transports, en vue de descriptions et d'études, ont ensuite succédé les déplacements, les croisières, les traversées, les visites de lieux où l'éloignement, le dépaysement, le délassement, tenaient une part grandissante. Le voyageur s'est plus préoccupé de satisfaire son plaisir et de préparer son trajet que des pays visités, des gens rencontrés. Carnets et souvenirs se sont fait plus légers. L'auteur du voyage préoccupé de lui-même plus que de ce qu'il trouvait sur son chemin, est devenu transitaire, passager, avant de s'imposer comme touriste. Voyager en Orient, à notre époque, n'est plus explorer pour découvrir, mais passer pour voir, avoir vu en réalité. Et passer vite : plus question de remonter le Nil à la voile, en dahabiyah ou en felouque, jusqu'à Assouan ; de là, Abu Simbel se visite entre deux avions, en une heure de temps. L'Orient, on s'y rend moins qu'on en revient.

  • 1919-1952 : de la révolution avortée du peuple égyptien au coup d´État réussi des Officiers libres. Trente années au cours desquelles se précisent peu à peu les traits de la société égyptienne moderne, forgés dans la lutte contre l´occupant britannique et la montée des aspirations à la dignité. Trente années qui, dans la vie des individus, signifient le passage de l´enfance à l´âge adulte. Le récit de Sayyid `Uways se situe à la jonction même de ces deux logiques : celle des aspirations collectives dont il se fait le témoin, celle de la quotidienneté individuelle, dimensions du vécu dans lequel elles se réalisent ou avortent. Peut-être est-ce d´appartenir à ce qui fut, au sens fort du terme, une génération sacrifiée - une génération pionnière - qui dicte à Sayyid `Uways cet irrépressible désir de vérité et de sincérité ?

  • Cet ouvrage, le seul existant sur le problème du logement en Egypte, est à la fois un essai critique et un témoignage vécu des enjeux et des conflits qui se sont noués autour de ce problème entre 1984 et 1986. Pour qui s'intéresse à l'habitat et au mieux-être des hommes, ignorer Milad Hanna c'est agir sans réfléchir. Le CEDEJ, en décidant de le faire traduire et de le publier, contribue non seulement à faire connaître aux chercheurs francophones un des aspects de la crise urbaine en Egypte, mais à diffuser auprès d'un public plus large, les doctrines d'un visonnaire qui énonce les règles devant régir la société future.

  • L'ouvrage évoque la figure de Morcos Fahmy, à travers la biographie que sa propre fille a rédigée. Le récit, reconstitution d'une carrière mêlée de souvenirs personnels et d'hommages, retrace la vie d'un avocat, de confession copte, membre du barreau durant l'entre-deux-guerres. Il reprend les principaux moments d'une existence, avec ses hauteurs et ses dépressions. Il met en relief le côté professionnel, les nombreuses affaires dont l'avocat s'est occupé, les causes qu'il a défendues. Il présente aussi l'engagement politique au lendemain de la première guerre mondiale, sans que cela débouche sur une affiliation partisane. Il dégage enfin le réformisme social d'un homme préoccupé du statut de la femme en Orient, comme de la pénalité de l'adultère. À travers l'étude d'un cas, se reconstituent moins une époque ou une société que des jeux d'influence entre individus, groupes. forces ; les interconnexions entre le juridique (civil et pénal), le politique, le social et le religieux ; les effets de miroirs entre passé et présent, personnage et portrait ou sujet et récitant. Ainsi une histoire individuelle s'inscrit-elle dans une histoire nationale...

  • Mettre en doute les images réciproques héritées et relativiser à l´aune des spécificités les effets d´une commune appartenance au monde de l´islam. Du coup, c´est bel et bien au coeur d´une démarche comparative « classique » qu´on s´est retrouvé. C´est précisément contre l´évidence des termes de la comparaison, de ses cases pour ainsi dire, qu´il fallait redoubler d´exigence, pour éviter les explications à l´emporte-pièce, les parallélismes douteux, tout en prenant acte et de la profondeur historique et des aléas de la proximité. En effet, aux objets de la comparaison en tant que tels, identifiés au sein de chacune des deux sociétés concernées, s´ajoute la dimension relative aux rapports que les deux sociétés entretiennent avec leur histoire commune. Rapport dont la double inscription dans le temps et l´espace ne peut que s´imposer à qui cherche à mettre face à face l´Egypte et la Turquie. Ne serait-ce que parce que l´acte fondateur des deux États-Nations est le même : le démantèlement de l´empire ottoman. Partir de là permet de mieux repérer les expériences contrastées, la construction des images réciproques et de mieux comprendre selon les termes d´Elizabeth Picard que « la Turquie servait de repoussoir à tout ce que les Arabes redoutent pour leur propre futur et les pays arabes de repoussoir à un passé auquel beaucoup de Turcs veulent échapper ».

  • [Premières lignes] Le libéralisme est, avec son antonyme - le « communautarisme » dans ses différentes réalisations -, au coeur même des problématiques de la science politique, voire, dans l'opposition de ces deux « systèmes », constitutif de cette science elle-même : - au plan de la structuration du champ d'objet de cette science, l'opposition libéralisme/communautarisme désigne la question centrale de la relation entre les individus et les groupes « primaires », d'une part, et la collectivité, d'autre part, en même temps que celle de la nature et des enjeux de la « médiation » ou de l'« arbitrage » étatiques. [...]

  • Pourquoi sommes-nous si fascinés par les mouvements communautaires, pourquoi éprouvons-nous le besoin pressant de les constituer en objet, et peut-être même en catégorie centrale de l´analyse sociologique ? La réponse est certainement liée à un constat historique : partout, dans le monde, nous assistons à l´essor de luttes qui mettent en déroute ce qui pouvait nous rester encore d´illusion évolutionniste. Longtemps, la sociologie a été dominée par l´idée d´un progrès général de l´histoire, dont le mouvement d´ensemble faisait passer les collectivités humaines, tôt ou tard, du stade de la communauté à celui de la société. Tönnies, Durkheim ou Max Weber, puis la plupart des autres fonctionnalistes ont cru dans cette marche où s´opérait le triomphe de la Gesellschaft sur la Gemeinschaft, le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique, le désenchantement du monde ou encore l´avancée des sociétés, à la queue leu leu, sur les rails du progrès, de l´industrialisation et de la démocratie. Cette grande marche n´était pas nécessairement harmonieuse, et ne laissait pas d´inquiéter ces mêmes sociologues, qui s´interrogeaient, parfois anxieux, sur les risques d´anomie et de décomposition sociale ou sur « la cage de fer » dont parle Max Weber. Mais l´inquiétude ne portait assurément pas sur la réalité massive que nous découvrons, ou redécouvrons : la poussée de mouvements qui semblent, à première vue, emprunter un chemin qui inverse le cours de l´histoire et aller dans le sens d´un retour à des sociétés communautaires.

  • On ouvre ici, pour information, le dossier du divorce en Égypte. On l'ouvre, on ne l'instruit pas, ce qui ne relève ni de notre intention ni de notre compétence. On tente plutôt d'en décrire les pièces. Pièces hétérogènes, sans doute, prélevées aux différentes strates de cette réalité feuilletée que constitue toute "institution sociale", considérée ici, selon le point de vue maussien, comme un "phénomène social total". S'agissant du divorce, cette approche s'impose, et ceci d'abord du fait de la caractéristique qu'a le groupe social qu'il met en jeu, la famille, de constituer une structure multifonctionnelle par excellence, "traversant" les dimensions sociales tant économique, démographique et éducative que religieuse, politique et juridique. C'est essentiellement sous ce dernier aspect que j'ai considéré le divorce, puisqu'il constitue un cas particulier de rupture d'alliance matrimoniale, en tant qu'elle est prise en compte et réglée par le droit. Mais, en pays d'Islam, ce dernier, surtout lorsqu'il concerne le statut personnel, est en rapport étroit avec la sphère du religieux, à travers la shari'a et plus précisément le fiqh. Vu cette double attache au droit "positif" et à la loi religieuse islamique, le problème du divorce et de sa législation constitue un enjeu politique et idéologique important, comme l'ont montré les polémiques et débats nombreux qui ont précédé et accompagné l'adoption, par l'Assemblée du Peuple, de la nouvelle législation sur le statut personnel, en 1979, puis sa remise en cause, principalement dans la presse, et enfin les modifications qui lui ont été apportées en 1985.

  • À mi-chemin entre les études macro-économiques de développement et les analyses anthropologiques fines des mutations des sociétés proche-orientales, une sociologie des nouveaux acteurs - tels que les hommes d´affaires -, de leurs déterminations comme de leurs stratégies, nous paraît de nature à éclairer les évolutions sociales et politiques récentes, autant que les problèmes rencontrés par la mise en oeuvre des programmes de reconstruction des Territoires palestiniens. C´est ce que nous avons tenté d´amorcer dans le cadre de ce travail.

  • L´objectif poursuivi par la présente publication, qui livre les actes d´un colloque réuni au Caire en décembre 1992 sous les auspices du CEDEJ, de l´IFAO et de l´IREMAM sur le thème de la « Réforme sociale en Égypte », ne saurait être, bien sûr, de prendre parti dans ce procès de réécriture de l´histoire de l´Égypte contemporaine : enjeux idéologiques et enjeux scientifiques de ce processus ne sauraient être confondus, même s´il apparaît, à l´usage, souvent bien difficile de les dissocier dans nos démarches effectives de recherche. Tout au plus se proposera-t-on de montrer ici comment le débat sur la réforme de la société constitue le terrain où s´affrontent - prospectivement et rétrospectivement, du point de vue de l´histoire à faire et de l´histoire faite - les différents « scénarios » imaginés par les forces en présence pour dire ce que doit, devrait ou aurait dû être une voie proprement égyptienne vers la modernité, enjeu (idéologique/scientifique) commun des protagonistes de ce débat.

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