Bruno Doucey

  • Elle a cinq ans. Autour d'elle, les adultes s'affairent en silence. La langue muette des mères. Ces armoires que l'on vide en hâte. Ces lourdes malles de fer qui attendent sur le seuil. La mer qu'il faudra bientôt traverser. Ce chien qui erre sur le quai, perdu. La côte qui s'éloigne. Premier voyage. Premier exil... Avec La Géographie absente, Jeanne Benameur pose des mots sur le drame qui a marqué son enfance lorsque sa famille dut quitter l'Algérie pour la France en pleine guerre d'indépendance.
    « Empesés, silencieux
    nous entrons
    dans la géographie absente.
    Il a fallu partir
    Nous étions pauvres de pays »
    dit-elle dans un tremblement de voix et de sens. Et le souvenir du pays perdu se confond avec la peinture écaillée des cartes murales où l'on apprenait autrefois à déchiffrer le monde. Dans cet effacement progressif d'une mémoire originelle, la figure des mères occupe une place prépondérante. Jeanne Benameur évoque leur lent travail et rend hommage à leur courage :
    « et pour la première fois
    nos mères portaient au front
    un souci qui n'était pas le nôtre. »
    Elle retrouve les gestes qu'impose le départ, s'attache à la valeur symbolique des objets, fait parler les silences :
    « Les mains de nos mères avaient glissé
    sur la poignée des portes
    elles avaient fermé à clef
    ce qu'elles n'ouvriraient plus »
    Des mots arrachés à l'absence, où fonder le lieu du poème.

    Née en 1952 en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France à l'âge de 5 ans. Aujourd'hui installée à La Rochelle, elle se consacre à l'écriture qu'elle a toujours perçue comme une force émancipatrice. Ses romans l'ont révélée à un large public, au point de nous faire oublier que son premier livre était un recueil de poèmes : Naissance de l'oubli (1989). En 2011, Bruno Doucey a facilité son retour à la poésie en publiant Notre nom est une île.

  • Après Naissance de l'oubli, Jeanne Benameur aura attendu plus de vingt ans pour donner à lire un second recueil de poèmes. Comme si l'écriture poétique était le voyage d'une vie, comme si les mots, le souffle du poème, les noms égrenés au fil du temps étaient l'essence même de la littérature. Avec Notre nom est une île, la poésie n'est ni fleuve ni tempête, mais pesée du silence, paroles en archipel, murmures qui laissent entendre ce que les mots ne disent pas. L'écriture simple, limpide et épurée de Jeanne Benameur creuse l'écorce du doute, de la fragilité, pour y trouver la sève, ou le sel, d'un autre rivage. D'île en île, de visage en visage, de solitude en solitude, la poésie déplace les lignes d'horizon.

    Née en 1952 en Algérie, Jeanne Benameur devient professeur de lettres et l'écriture s'impose à elle comme une force émancipatrice et revendicatrice, à la fois intime et partagée. Ses romans - Les Demeurées (2000), Profanes (2012), plus récemment L'Enfant qui (2017) - l'ont révélée à un large public. Au point de nous faire oublier que son premier livre était un recueil de poèmes : Naissance de l'oubli (Guy Chambelland, 1989).

  • Un an après le succès de Notre nom est une île, Jeanne Benameur nous offre ce recueil intitulé Il y a un fleuve. Dans ce long poème aux accents narratifs, elle poursuit sa quête. Un personnage unique traverse le recueil : l'homme. Son existence est une longue marche, du pas à pas de chaque jour à l'horizon qui se crée. Un cheminement comparable à la coulée de l'eau. Jeanne Benameur se demande-t-elle si le fleuve de la vie est encore loin de la mer ? Non, pour elle, c'est l'origine qui importe. Dans un voyage à remonter le temps, entre les berges silencieuses « comme deux femmes pensives », les mots enlaçant « les troncs des forêts englouties », elle scrute la mare de boue qui donne naissance au fleuve. Avec justesse, elle laisse la parole nue laver des ombres innommées.



    Née en 1952 en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France, avec sa famille, à cinq ans. Elle devient professeure de lettres et l'écriture s'impose à elle comme une force émancipatrice et revendicatrice. Ses romans, Les Demeurées (2000), Profanes (2012), plus récemment L'Enfant qui (2017), l'ont révélée à un large public. Les Editions Bruno Doucey ont facilité son retour à la poésie en publiant Notre nom est une île (2011).

  • Un recueil écrit après le séisme de janvier 2010, "à mi-chemin entre décombres et étoiles".
    Une plongée dans les réalités contrastées de la vie haïtienne.
    Des mots pour coudre le ventre déchiré de la terre et susciter l'espoir.

empty