Antigone14 Éditions

  • Posséder quitte à détruire. L'amour sans amour, juste posséder l'autre, satisfaire la pulsion, nourrir ses instincts. Que cherche la Salomé de Wilde ? C'est elle qu'elle cherche, elle seule, c'est elle qu'elle cherche mais qu'elle fuit également, et pour

  • Les Chansons de Bilitis sont sans âge. Elles sont grecques parce que la Grèce est le pays de la Beauté et que cette Beauté éclaire l'Amour d'une lumière pure et mystérieuse. C'est le jardin d'Eden, son innocence. ses faiblesses aussi. Mais aux épaules de

  • C'est un roman sans héros : juste des personnages. C'est un roman sans emphase : juste un récit. C'est le roman des racines, qui n'ont ni la gaie couleur des fleurs, ni la majesté onduleuse des frondaisons, ni l'élancement des fûts puissants. mais qui, dans la forêt obscure et la lointaine histoire de ces Canadiens français, dessinent pour une Maria allégorique une raison de vivre, une raison d'être, une raison de prendre le relais de ceux de sa race, comme dit Hémon, dans leur patiente et endurante marche vers un but auquel, librement, ils se soumettent, comme on se soumet à une évidence que l'on ne comprend pas très bien, mais évidence quand même car enfantée et nourrie par tant de générations qui, passées et disparues, vivent encore dans ce halo, ce substrat, cette matière noire de l'Homme, invisible et impalpable, sans quoi rien n'existerait, rien ne résisterait aux vents de la vie : nos racines.
    Louis Hémon a 32 ans et vit depuis vingt mois au Québec quand il achève Maria Chapdelaine en juin 1913. Mort accidentellement peu de jours après, ce non conformiste né à Brest, élevé à Paris, qui à peine libéré de ses obligations militaires a choisi de quitter et sa famille et la France, ne verra ni l'immense succès de son roman, ni la place éminente que lui réservera un Québec heureux de trouver en lui l'un de ses plus emblématiques hérauts.

  • Le texte de Ruskin a 150 ans. L'abord en est aride.. Mais dans ces conférences sur le rôle de la lecture et sur l'éducation des filles, le cours paisible des premières pages enfle vite sous le vent de la révolte et de l'imprécation : esprit national, christianisme, capitalisme, dans Sésame rien ne va plus. Et dans les Lys, c'est la place et le rôle des femmes qui est en jeu. Exaspéré, Ruskin lance l'anathème, apostrophe le public, secoue les consciences : c'est Indignez-vous ! avec un siècle et demi d'avance. Le texte de Proust a 100 ans. L'abord en est délicieux. Dans le miroir ruskinien, Proust décante, théorise et prépare son grand oeuvre, sa propre révolution romanesque, dans une préface et des notes où déjà opère cette fusion parfaite de la profondeur du regard et de l'aérienne et serpentine finesse de l'écriture.
    John Ruskin, personnage central de l'histoire de l'art de l'Angleterre victorienne et penseur aux idées sociales progressistes, est mort en 1900. C'est six ans plus tard que Marcel Proust, sur les pages laissées blanches d'un Jean Santeuil inachevé, livre cette vaste note de lecture où se dessine une pensée artistique dont la Recherche marquera l'éclatant aboutissement.

  • Notre planète a-t-elle la capacité de supporter le poids d'une population encore accrue, d'ici 2050, de quelques milliards d'êtres humains, alors que l'atmosphère, les océans et, plus généralement, l'ensemble des ressources et écosystèmes sont déjà en situation de tension extrême ? La Terre serait-elle pleine ?

    10 scientifiques de renom, pour la plupart issus de l'Université d'Oxford, abordent, chacun au travers du prisme de sa propre spécialité (économie, démographie, géologie, santé publique, institutions...), la question de la durabilité des niveaux de population que l'on connait actuellement et, surtout, que l'on anticipe pour les décennies à venir.


    L'approche multifacette met de la perspective, pousse de nouvelles portes, oppose les faits aux idées reçues : à certains égards, oui la Terre est pleine, mais de manière inégale, et rien n'est perdu : ce que l'Homme a fait il peut le défaire, ou l'améliorer - mais le temps presse.



  • David Keith nous l'assure dans sa préface : il propose dans ce livre une vue synoptique de la géo-ingénierie solaire à l'intention des non-spécialistes.

    Certes. Mais cette vue synoptique ne se cantonne pas aux seules dimensions « pratiques » du sujet, qui vont de la description du mécanisme et des techniques de « renvoi » des rayons solaires dans l'espace à l'évaluation des effets et risques potentiels d'une telle ingénierie, en passant par l'évocation de la puissance du dispositif - 1 tonne de matière réfléchissante permettrait de compenser pour moitié le réchauffement provoqué par l'émission d'1 million de tonnes de carbone - ou la présentation d'un possible scénario de développement et de mise en oeuvre.

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    Derrière ces considérations, se dessine en effet assez rapidement la ligne de front qui démarque les deux camps irréductiblement opposés des environnementalistes et des progressistes, ceux pour qui science et technologie forment une planche de salut déjà maintes fois utilisée pour sauver l'homme... de lui-même et de ses inconséquences - et qui pourrait bien servir encore.


    Les opposants à la géo-ingénierie jettent l'anathème sur cette « géo-clique » de mercantiles et dangereux apprentis-sorciers ? Ils refusent, d`après Keith, ne serait-ce que d'envisager que la communauté scientifique étudie de manière sérieuse et approfondie les bienfaits qu'un tel traitement novateur pourrait apporter à une Terre en péril, avec son atmosphère saturée et son climat sans cesse plus vacillant ? Peu importe : s'il faut bousculer les dogmes dans l'espoir qu'en ouvrant de nouveaux champs à la recherche, l'humanité parvienne à réduire la chaleur reçue du soleil en même temps qu'elle continuerait de tenter de réduire l'effet de serre par la limitation des émissions de carbone et autres GES, David Keith n'hésite pas... Et si la sauvegarde de notre planète et de ses habitants était à ce prix ?

  • Ils sont de Noirmoutier, des Sables, de Saint-Nazaire. Pêcheurs, matelots, sous-mariniers, ils sillonnent et labourent la mer, comme d'autres labourent et sillonnent la terre, mais ce qu'ils y arrachent se paie à vie d'homme. L'Océan chaque jour prend le petit peuple des marins au creux de sa main, onduleuse et profonde comme la houle, et chaque jour aussi il la referme et y retient, au hasard des tempêtes et des courants, muet et impassible sphinx, son tribut de fils, de maris, de pères, que l'attente obsédante de ceux qui sont restés à terre ne ramènera plus. Et puis il y a les femmes, souvent sagesse, parfois sirènes, et puis les barques et les autres pêcheurs, les querelles où s'étalonnent les fiertés et se construisent les rancoeurs, et puis toujours et partout, il y a la mer, et tout cela emporte les hommes dans un grand charivari dont ils ne maîtrisent rien. Mails ils luttent, contre tous et contre tout, portent haut leur pavillon d'orgueil, et s'ils n'atteignent que rarement la sagesse, c'est que chez ce peuple de la mer elle n'est qu'un des visages de la résignation.
    Marc Elder n'a pas 30 ans quand son Peuple de la Mer emporte le prix Goncourt 1913, année du Grand Meaulnes et de Swann. Né à Nantes, critique d'art, conservateur du château des Ducs de Bretagne, Marcel Tendron - son vrai nom - est mort en 1933.

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