Éditions EMS

  • Les établissements de santé en France, aujourd'hui, connaissent des contextes de transformation importants. Les évolutions sont institutionnelles mais également socio-économiques, professionnelles, organisationnelles et humaines. Pour faire face aux nouvelles exigences, l'auteur soutient que les pratiques, les postures, les outils de management, tels qu'envisagés aujourd'hui dans les établissements de santé, doivent être repensés.
    Cinq champs d'innovation à potentiel sont explorés dans cet ouvrage : la construction des consensus autour des pratiques professionnelles, la gestion de l'absentéisme, la gestion par les compétences, la surchauffe organisationnelle et le pilotage du changement. Des pistes d'innovation sont proposées sur chacun et au final, l'auteur met au jour une posture de management intégratif, véritable clef du changement dans ces organisations.
    Cet ouvrage s'adresse aux acteurs des établissements de santé qui veulent oser les ruptures de paradigme de management nécessaires dans le contexte actuel: directions des établissements, mais également directions des soins, encadrement de proximité ou encore étudiants de master se destinant à une carrière impliquant une prise de responsabilité dans ces organisations, futurs acteurs du changement.

  • Les deux « pères fondateurs » de la sociologie moderne, le Français Emile Durkheim et l'Allemand Max Weber, quoique vivant à la même époque, ne se sont jamais rencontrés. S'ils l'avaient fait un jour, auraient-ils tenu les propos que leur prête Claude Javeau dans cette « conversation » imaginaire inspirée des dialogues philosophiques de Diderot ? Déterminisme (Émile) contre liberté (Max) : l'enjeu fondamental des sciences sociales est exposé dans ce texte dont la forme littéraire sert de couverture à une profonde intention éthique.


  • Dire que le consommateur est le coproducteur de la valeur (d'usage), c'est accepter l'idée qu'un objet, seul, n'a pas de valeur. Elle n'émerge que lorsque l'objet est intégré dans une pratique. C'est aussi accepter que le consommateur est un incessant producteur. Il produit des repas, de la décoration intérieure, des looks ou de l'éducation..., et même de la résistance à certains aspects du marché. L'émergence de la valeur d'un objet résulte de son interaction avec un sujet.

    Tout objet se présente comme une ressource, c'est-à-dire des possibilités d'actions qu'un sujet peut actualiser en mobilisant des compétences dans une situation concrète. Il faut donc reconnaître le rôle actif du sujet et le rôle des objets en tant que quasi sujets, capables eux aussi d'agir.
    On appelle, ici, valuation le processus qui fait émerger la valeur de l'expérience individuelle d'une pratique. On s'écarte donc d'une conception des pratiques fondée exclusivement sur ce que la sociologie de la consommation nomme un habitus. Notre approche permet d'esquisser une théorie des formes de la valeur, c'est-à-dire une axiologie de la consommation.
    On peut alors jeter aux oubliettes :
    - la notion de besoin, au profit de celles de compétence et de performance, car la consommation est d'abord un « faire » ;
    - la prétention du marketing standard, qui veut faire croire que les marketers sont les créateurs de la valeur ;
    - la notion d'utilité, dont le principal rôle est de dispenser la pensée économique d'une analyse de la valeur d'usage afin de se préoccuper uniquement de la valeur d'échange ;
    - l'idée qu'on ne consomme jamais l'objet en soi mais seulement en tant que signe.

  • Michel de Certeau et Henri Lefebvre sont des penseurs français qui ont contribué chacun à leur manière à développer une théorie du quotidien. Leur contemporanéité, bien qu'ils aient plus de 20 ans d'écart, leur a permis de vivre les mêmes bouleversements politiques et économiques que caractérise la modernité flamboyante du XXe siècle avec la montée du fascisme, le développement du marxisme et la crise de mai 1968. Si leur parcours est sur certains points comparables et proposent une analyse pertinente de la modernité, il n'en est pas moins différent dans les thèses que chacun d'eux défend.

  • Les travaux d'Abraham Moles sont divers et variés. Ils ne semblent pas a priori présenter d'unicité. Ils concernent aussi bien la théorie structurale de la communication, qu'une théorie des actes, ou encore une approche fonctionnelle et informationnelle de la communication en particulier de la communication visuelle. Abraham Moles s'est pourtant intéressé à bien d'autres choses comme la psychologie de l'espace, la théorie des objets ou encore à la sociodynamique de la culture et le kitsch. A cela s'ajoute une micropsychologie de la vie quotidienne. Abraham Moles a tenté de systématiser sa pensée et ses options méthodologiques dans un opus qu'il a intitulé les sciences de l'imprécis (1990).
    Ses approches sont multiples, diversifiées, apparemment déconnectées les unes des autres et pourtant elles présentent une cohérence certaine. Le point de vue général de la pensée de Moles réside dans la quantification raisonnée de l'activité humaine et sa structuration sous contrainte. En pratique il a développé une théorie généralisée de l'environnement (environnement spatial, objets, images, médias et événements qui l'habitent). L'approche est dominée par deux conceptions majeures. La première a trait à la théorie de l'information. La seconde mobilise la phénoménologie.

  • Entre les thèses de l'idéalisme et celles du naturalisme, Merleau-Ponty propose une hypothèse intermédiaire : l'existence d'une troisième dimension dans les rapports de l'homme au monde - ce qu'il nomme « l'inter-monde ».

  • Philosophe de formation, titulaire à la Sorbonne de la chaire d'histoire de la philosophie moderne, Lévy-Bruhl est l'un des fondateurs, en France, de l'ethnologie. Son cheminement intellectuel, continu, tout en tâtonnements, sur plus de soixante ans, l'a mené de premiers travaux (d'inspiration néo-kantienne) sur « l'esprit subjectif », affirmant l'existence nouménale d'un sentiment intérieur de responsabilité, à des recherches sur « l'esprit objectif », étudiant l'organisation phénoménale des croyances collectives. Travaux proches en cela de l'école durkheimienne. Tout ce cheminement, glissant progressivement au delà du champ philosophique, s'installant entre psychologie et sociologie, se résume dans la notion de « mentalité ».

  • A la fois magistrat, criminologue, philosophe, sociologue et psychologue, Gabriel Tarde a tenté durant sa vie d'apporter un regard différent et novateur sur les sciences humaines et sociales, allant de l'épistémologie sociologique à la compréhension des phénomènes sociaux à partir des comportements imitatifs. Bien que considéré par beaucoup comme le père de la psychologie sociale ou de la microsociologie (Deleuze, 1969), les travaux de Gabriel Tarde n'ont pas connu un succès unanime, caché dans l'ombre d'un Emile Durkheim dont les principes théoriques ont été davantage plébiscités. Pourtant, il semble que les travaux de Tarde, et leur caractère fondateur, retrouvent une place dans les réflexions contemporaines, certains auteurs allant même jusqu'à parler d'une véritable « Tardomania » (Mucchielli, 2000). L'héritage tardien est aussi éclectique que son parcours professionnel et scientifique. Si Gabriel Tarde est surtout reconnu pour ses travaux sur l'imitation (Tarde, 1890, 1897, 1898) et la foule (Tarde, 1901), il n'en est pas moins l'auteur d'ouvrages scientifiques s'ouvrant à d'autres univers de réflexion tels que le droit (Tarde, 1886, 1894), l'économie (Tarde, 1902) ou la philosophie (Tarde, 1890), tenant, cependant, une ligne de pensée et une lecture épistémologique de la société commune à tous ces travaux.

  • Il est, en philosophie, une distinction usuelle faite entre deux traditions, selon leur objet privilégié : tantôt la conscience et tantôt le concept. Bachelard, Cavaillès et Canguilhem sont, en France, les trois figures majeures de cette dernière orientation, que marquent les questions épistémologiques ; Bourdieu et Foucault, notamment, s'inscrivent dans leur filiation. Sartre, quant à lui, positionne ses travaux dans la tradition intellectuelle de la philosophie de la conscience. Si, dans ce cadre général, sa pensée s'avère notablement inspirée par celles, alors révolutionnaires, d'Husserl et de Heidegger, si ses travaux ont, au plan méthodologique, l'apparence de l'orthodoxie, Sartre ne se place jamais en situation de disciple et, ajoutant à la phénoménologie de l'un, l'ontologie de l'autre, il fait oeuvre originale. Oeuvre qui marque toute une époque - qui marque, directement ou indirectement, « quiconque habite le paysage français » (Derrida, 1999, 83). Sartre est de fait l'un des derniers, en ce paysage, a avoir porté l'ambition métaphysique de la construction d'un « système du monde ». Et, dans un pays politiquement marqué par les figures morales de Voltaire, de Hugo, de Zola, il incarne à la perfection la fonction sociétale de "l'intellectuel" - engagé dans la vie de la cité pour y exercer son magistère critique.

  • Ce ne sera pas le moindre paradoxe que de trouver dans cette contribution sur la consommation, un chapitre sur Marcel Mauss. Il faut dire que ce « célébrissime inconnu » (Tarot, 2003) occupe un espace particulier au panthéon des socio-anthropologues.

    Pourtant, par ses articles, ses notes d'ouvrages et ses cours, Mauss va ouvrir la voie à un nombre de chercheurs considérable qui alimenteront et irrigueront le fleuve des sciences humaines et sociales du XXe siècle.

    Nous ne retiendrons ici que les travaux, concepts et notions qu'il nous semble possible de mobiliser dans une lecture de la consommation contemporaine. Nous partirons de quelques-unes de ses intuitions pour voir comment elles ont été ensuite creusées et comment elles nous donnent aujourd'hui matière à comprendre la consommation. La première intuition bien entendu concerne le don plus précisément l'Essai sur le don et sa réception dans les sciences sociales et humaines. Cette partie occupera une grande part de nos propos. La seconde, que l'on abordera à partir des techniques du corps, nous permettra notamment d'ouvrir le champ entier de la culture matérielle (Warnier), de la corporéité mais également de revenir in fine sur la notion d'homme et de fait social total.

  • Analyser la consommation à travers le prisme de celui qui est souvent considéré comme le fondateur de la sociologie soulève un certain nombre de questions. Il faudrait tout d'abord se mettre d'accord sur l'existence et la cohérence de ce prisme Durkheimien ceci pouvant poser problème au regard de l'évolution même de la pensée de l'auteur (Dubet, 2007) et à l'aune de sa réception plurielle (Mucchielli, 2010), comme nous pourrons le voir plus loin beaucoup parlent de « deux Durkheim ». Par ailleurs, la consommation en tant que pratique sociale est peu abordée directement par Émile Durkheim lui-même. Si elle est ainsi évoquée dans De la division du travail social, et quelques mentions apparaissent dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse », ce sont surtout ses continuateurs, fondateurs avec lui de l'école française de sociologie, qui vont la développer, notamment François Simiand et Henri Hubert, et principalement Maurice Halbwachs avec ses travaux sur les niveaux et modes de vie des classes ouvrières. Aussi faut-il retourner à l'oeuvre de Durkheim et en proposer une interprétation voire même une traduction de plusieurs des concepts qu'il a forgé pour en saisir toute la force heuristique dans le champ des études sur la consommation.
    Afin de comprendre comment l'approche durkheimienne pourrait permettre de saisir ce phénomène consommatoire contemporain, trois principales voies seront reprises :
    - La première portera sur la définition du fait social et nous amènera notamment à revenir sur les principes méthodologiques proposés par Durkheim.
    - La seconde s'appuiera sur la division du travail social et s'intéressera à la lecture de la modernité que perçoit Durkheim et qui est sous-jacente à toute son oeuvre.
    - La troisième piste abordera la question de la religion et du sacré.

  • Le terme sémiologie est plutôt réservé aux approches françaises des années 1960 et 1970 inspirées notamment par Roland Barthes. En revanche, l'ensemble des travaux internationaux comme la plupart des contributions françaises postérieures à 1980 apparaissent sous la seule étiquette de sémiotique. Nous allons décrire rapidement cette évolution, puis nous mettrons en évidence quelques unes des options théoriques de la sémiotique dite greimassienne, pour ne pas dire structurale, qui a largement inspirée les travaux de Jean-Marie Floch. Ce sera l'occasion d'évoquer les speech acts et les performatifs, sans que soit abordée la problématique générale des sciences du langage qui permettrait de situer les importantes contributions de Peirce (Eco, 1988, 1992). Nous présenterons trois des modèles fondamentaux de Greimas (le parcours génératif de la signification, le schéma narratif et le carré sémiotique) avant de conclure sur l'axiologie de la consommation et la portée pratique de la sémiotique.

  • Nous proposons ici une lecture intéressée, et donc partielle, de la vision des sociétés contemporaines de Baudrillard. Intéressée, parce que nous allons privilégier son regard sur le monde des objets, de la technique et des médias. Partant du plus concret, les objets, il se tourne en effet progressivement vers le plus abstrait, qu'il appellera les simulacres et le monde de la simulation, puis Réalité Intégrale. Partielle, car nous porterons peu notre attention sur le photographe, le pataphysicien ou le commentateur de l'art contemporain. Nous cherchons surtout à repérer les thèmes centraux de sa réflexion à propos de la société de consommation, de la généalogie de la valeur et, finalement, de ce que Morin (2004, 55) appelle sa fascination pour « le problème de la faible réalité de la réalité ». Préalablement, nous esquissons le contexte de ses premiers ouvrages.

  • C'est en 1961 que René Girard publie l'ouvrage intitulé Mensonge romantique et vérité romanesque (MRVR). C'est un ouvrage de littérature comparée particulièrement original tant l'hypothèse qui y est posée est perturbante. Il y est question du désir. D'ordinaire l'origine du désir est posée comme étant immanente à l'individu. Le désir trouve sa source « dans » l'individu et se porte sur un objet susceptible de satisfaire ce désir et dans l'approche classique de la motivation l'accès à cet objet permet de réduire l'état de tension qui est à l'origine de l'émergence du désir. Sans nécessairement remettre en cause cette vision classique, il systématise une vision très différente susceptible d'expliquer de nombreux comportements et en particulier de consommation.


  • Cet auteur qui a marqué les sciences sociales du XXe siècle voit son oeuvre depuis la fin de sa vie, retravaillée, réinvestie, parfois également déconstruite et souvent malheureusement travestie. Nous postulerons ici deux idées principales : la première, c'est que, contrairement à une idée reçue, l'oeuvre de Bourdieu n'a jamais été véritablement statique et monolithique, au contraire, elle a fait l'objet par son auteur même d'évolutions, de modifications et surtout de précisions, d'affinages qui demandent à ne pas voir l'ensemble théorique comme un bloc indiscutable et indiscuté (Corcuff, 2003) (Lahire, 2001). La seconde conviendra que c'est justement parce que l'oeuvre de l'auteur n'est pas finie qu'elle n'est pas morte ;

    a contrario

    elle doit servir de base et fournir des fondements sur lesquels vont pouvoir s'écrire et s'inscrire des dépassements dans un esprit «

    de dettes et critiques

    » (Lahire, 1999). Comme beaucoup de grandes oeuvres, le travail de Bourdieu pose autant de questions qu'il amène de réponses, mais les questions qu'ils posent sont plus que jamais d'actualité. Que ce soit pour le suivre ou pour s'en démarquer, sa recherche est désormais une base théorique et conceptuelle indispensable, comme le souligne Nathalie Heinich.

  • Derrida, Deleuze et Lyotard sont indissociables dans le mouvement de pensée poststructuraliste qui à partir de la fin des années 60 a radicalement changé la façon de voir le monde et par là même de concevoir les sciences en général et les sciences sociales en particulier. L'impact de ces French Theorists comme on les catégorise a été si important qu'il structure encore la façon dont on pense et fait de la recherche en sciences sociales aujourd'hui. Le marketing et ses disciplines connexes comme le consumer research ont été touchées relativement tardivement par ce mouvement de pensée (début des années 90) mais de façon remarquable : la plupart des canons de la discipline ont été remis en question par les marketeurs dits « postmodernes ». Parmi l'ensemble des apports de ces auteurs, nous avons choisi de nous focaliser sur un concept pour chacun avec au premier chef, le postmodernisme pour Lyotard, puis ensuite la déconstruction pour Derrida et enfin le marketing comme outil de contrôle pour Deleuze. Nous en détaillons le contenu et les applications réalisés dans notre discipline par des auteurs relevant essentiellement des courants de la CCT et du Critical Marketing.

  • Soucieux de décentrer le regard philosophique, Foucault propose une réflexion particulièrement stimulante, dont les utilisations sont multiples, de la sociologie à l'histoire en passant par les sciences de gestion. Il s'agit dans cette contribution, de présenter tout d'abord de manière succincte les théories et concepts foucaldiens, d'en montrer ensuite la portée et les controverses qu'elles ont suscitées et enfin d'en souligner la richesse pour des recherches à venir. La pensée de Michel Foucault est essentielle pour toute personne intéressée par la consommation : pour saisir la généalogie de la consommation et des disciplines qui cherchent à la comprendre ; les dispositifs de pouvoir à l'oeuvre pour que le marché fonctionne et, à l'inverse, la manière dont le marché peut être une structure d'émancipation par rapport à d'autres micro-pouvoirs ; l'objectivation du sujet par le biais de discours normalisants qui le désignent, le classent, l'individualisent, le contiennent ; les processus de subjectivation par lesquels le sujet s'émancipe.

  • Les travaux de Michel Maffesoli s'inscrivent dans la lignée postmoderne qui a bouleversé les sciences sociales dans les années 70/80. Cependant, contrairement à ses collègues français qui se sont majeurement concentrés sur le postmodernisme, c'est-à-dire une perspective philosophique spécifique riche d'hypothèses épistémologiques et de préférences méthodologiques qui ont poussé à repenser les principes généraux de la science et de la connaissance, Michel Maffesoli s'est intéressé à la postmodernité, au glissement ou césure d'avec la modernité qui a caractérisé la condition sociale émergente à la fin du dernier millénaire. Et, contrairement à ceux, nombreux, qui ont vu dans la postmodernité une sorte d'extrémisation de la modernité - une hypermodernité - , Michel Maffesoli est allé voir « au creux des apparences » (Maffesoli, 1990) ce qui se tramait dans les plis de la postmodernité : « une mutation sociétale nécessitant une transmutation du langage » selon lui (Maffesoli, 2010, 13). D'où une oeuvre prolifique proposant, à partir de la méthode métaphorique, un ensemble de notions originales pour « dire » le social contemporain avec au premier chef la notion de « tribu » (Maffesoli, 1988). Globalement, « les formes élémentaires de la postmodernité » (Maffesoli, 2010) telles que proposées par Maffesoli dans l'ensemble de ces travaux fournissent un cadre de compréhension unique de la société actuelle et, par là même, de la consommation contemporaine.

  • Le parcours intellectuel de Ricoeur a fait l'objet de changements et d'évolutions parfois inattendues. Mal à l'aise dans le champ universitaire d'après 68 soumis à l'influence et au rythme des médias d'une part, et méfiant envers les philosophes salariés inscrits dans un conformisme de pensée d'autre part, il se situe jusqu'aux années 1985 en marge de la scène philosophique en France. Il a souvent regretté, en raison de la longue tradition jacobine de la France, la condamnation de toute désobéissance civile voire intellectuelle et de fait l'absence de participation critique des philosophes dans les débats de société contrairement à la tradition anglo-saxonne (Ricoeur, 1991, 80). Aussi, il a fallu attendre seulement la fin des années 80 pour que sa reconnaissance publique soit effective.

  • Boltanski et Thévenot s'inscrivent, dès la fin des années soixante-dix, dans le programme de recherche de la sociologie pragmatique qui s'oppose, d'une part, au déterminisme social tel que promu par la sociologie de Durkheim ou Bourdieu, et d'autre part, à l'individualisme méthodologique de Boudon. Dans cette optique, les analyses portant sur la reproduction sociale sont délaissées au profit de théories s'intéressant à la compréhension de la dynamique de l'action. L'idée force de ce courant pragmatique tient à ce que les comportements des individus ne sont pas induits par un déterminisme mais, au contraire, guidés par des situations et des contextes spécifiques marqués par une très grande incertitude, bien loin des calculs de l'homo sociologicus

  • Nous ferons l'hypothèse que l'apport le plus original de la sociologie de l'acteur-réseau à l'analyse des phénomènes de consommation concerne la manière dont elle interroge le rôle qu'y jouent les objets. Depuis plus de trente ans en effet, les sociologues de ce courant se sont évertués à montrer à quel point les entités non humaines contribuent à redéfinir les acteurs et ce qu'ils font. Leur démarche est une exhortation à enrichir le regard porté traditionnellement sur la consommation par les différents spécialistes qui s'y sont intéressés. On a trop longtemps confondu étude de la consommation et étude du consommateur. Certes, un des bénéfices des travaux réalisés par la consumer research est d'avoir montré que le comportement des consommateurs relève à la fois de l'anthropologie, de la psychologie et de la sociologie de la consommation (Cova et Cova, 2009). D'autres recherches ont souligné, inversement, le rôle joué par les professionnels du marché : les travailleurs du marketing, de la distribution, du merchandising ou de la logistique, qui mobilisent des savoirs et des savoir-faire spécialisés pour cadrer et arranger la scène d'échange, contribuent fortement à mettre en forme les actes de consommation (Cochoy et Dubuisson-Quellier, 2000 ; Araujo et al., 2010 ; Cayla et Zwick, 2011). En braquant le projecteur sur les « choses du marché », l'approche de l'acteur-réseau invite à revisiter les phénomènes de consommation au carrefour de ces deux perspectives et à suivre dans un même geste consommateurs et professionnels, sans restreindre pour autant l'analyse à l'un de ces deux pôles ou exclure l'un des deux. Ce sont les origines, les fondements et les voies d'une telle approche que nous voudrions décrire ici. Dans un premier temps, nous présenterons quelques points de repère élémentaires concernant les notions et approches développées dans ce courant, en pointant le projet de « sociologie orientée objet » qu'elles visent. Puis, nous montrerons comment cette démarche peut être mise à profit dans l'analyse des processus de consommation à proprement parler.

  • Si en France les sciences de gestion se sont rapidement emparées de la complexité (Martinet, 1993 ; Thietart et Forgues, 1995), le marketing n'a, pour l'instant, que peu succombé à ses sirènes. Ce phénomène peut s'expliquer par un conservatisme épistémologique (modélisation analytique) au sein duquel la discipline semble s'être nichée. Plus encore, il semble que son absence du champ du marketing francophone soit également liée à sa quasi inexistence... dans les travaux anglophones. Ceci s'explique en partie par la difficulté de traduction de la théorie de la complexité du fait de la propension de Morin à jouer avec les mots, en revenant, sans cesse, à leur étymologie. Pour cette raison, les idées de Morin se sont propagées dans les pays latins (où les traductions portugaises ou espagnoles abondent) et ont connu un moins grand succès chez les anglo-saxons, qui dominent, donc normalisent, la discipline. Ainsi, à l'image d'Askegaard et Linnet (2011), seuls quelques francophiles se sont intéressés aux implications de la pensée de Morin pour le marketing en général, et pour le comportement du consommateur en particulier. Issue du courant de pensée systémique, la théorie de la complexité, développée par Edgar Morin, semble pourtant, comme nous allons le voir, adaptée pour appréhender la complexité inhérente à tout processus de consommation

  • « Quant aux Français, loin de tirer parti d'une source aussi riche, ils ont préféré emprunter les étrangers qui les avaient eux-mêmes copiés. [...] Ah ! connaissons mieux la valeur de ce que nous possédons, pénétrons dans la bibliothèque des manuscrits »... Ces lignes, que rédige Paulin Paris, en 1824, valent pleinement aujourd'hui, pour ce qui est de la situation des études académiques de la consommation. Nombreux sont ainsi les travaux qui, dans le monde, s'appuient actuellement sur des auteurs français, s'inspirent de leurs idées - de théories philosophiques, sociologiques, anthropologiques, qu'ils tiennent pour essentielles. Idées, théories, qui s'en reviennent en France sous de nouveaux oripeaux - les origines étant oubliées, sinon connues que par leurs traductions... Plutôt que de s'en remettre à celles-ci, revenons aux sources mêmes !
    Ce retour aux sources anime ce livre tout entier (en reprenant l'esprit du premier tome). Il présente à tous ceux qui sont intéressés par le consommateur et la consommation plusieurs des grands auteurs français les plus souvent cités, exploités de part le monde dans les travaux dédiés au développement de ce champ. Le lecteur pourra ainsi trouver dans ce second tome : des figures du tournant structuraliste comme Greimas, Floch, Baudrillard ou Girard et encore Bourdieu ; celles du tournant postmoderne et de la french theory avec Derrida, Deleuze, Lyotard mais aussi Foucault et Maffesoli ; des représentants du tournant pragmatique aux noms de Ricoeur, Boltanski et Thévenot ainsi que Callon et Latour ; et enfin un détour par la pensée systémique proposée par Edgar Morin.
    Avec ces différents chapitres du tome 2, le voyage théorique initié dans le tome 1 se poursuit alors, portant de nouveaux jeux de bascule entre la pensée des structures agençant ce monde et la réhabilitation des acteurs (et sujets) reconnaissant une puissance d'agir sur ce monde. Chemin faisant, il sera aussi possible de découvrir des approches pragmatiques mettant les objets et les choses du marché sur le devant de la scène...
    L'objectif de ces chapitres retours sur les grands auteurs est de fournir aux étudiants, doctorants et chercheurs un soubassement théorique aux approches socio-anthropologiques et philosophiques de la consommation (regroupées sous la dénomination Consumer Culture Theory).


  • Ce livre est un des premiers ouvrages exclusivement consacrés à la méthode des récits de vie en sciences de gestion, en France. Il est le fruit d'une collaboration entre trois enseignants-chercheurs travaillant dans plusieurs disciplines des sciences de gestion (management, GRH, entrepreneuriat et marketing) et qui utilisent les récits de vie dans leurs recherches.

    Cet ouvrage, qui se veut à la fois pédagogique et réflexif, est illustré par de nombreux exemples de recherches qui mobilisent la démarche des récits de vie au travers de différents champs de recherche en sciences sociales et de gestion.
    Il aborde les problématiques épistémologiques et méthodologiques soulevés par les récits de vie. Il situe la méthode par rapport aux principales approches qualitatives en montrant ses intérêts et ses spécificités dans le contexte des sciences des organisations et de gestion. Il expose également les étapes, les problèmes et les critiques soulevés par la méthode et fournit un certain nombre de réponses aux chercheurs en gestion souhaitant recourir ou se familiariser avec les buts et les moyens de la méthode des récits de vie dans cette discipline.

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