Fayard

  • Cicéron

    Yves Roman

    • Fayard
    • 7 Octobre 2020

    Rabat 1
    «  J'ai défendu la République dans ma jeunesse, je ne l'abandonnerai pas dans ma vieillesse... je ferai volontiers le sacrifice de ma vie, si, par ma mort, je puis réaliser pour les citoyens le rétablissement de la liberté...  »
    Cicéron, Philippiques, II, 118.
     
    Rabat 2
    «  Cicéron...Ce n'est pas le nom d'un orateur, c'est le nom de l'éloquence...  »
    Alphonse de Lamartine, Vies de quelques hommes illustres, Cicéron, 1863.
     
     
     
    Cicéron est, à plus d'un titre, une figure exceptionnelle. Nul auteur, nul homme politique romain n'offre la même possibilité de compréhension de son temps. Un temps qui, dans une République à l'agonie, vit les Romains se partager violemment entre tenants du mouvement, les populares, et partisans de l'immobilisme, les optimates, pour finir par s'affronter les armes à la main. Cicéron, qui n'avait que sa voix, pensait, fort peu modestement, que sa parole suffirait à redresser une situation désespérée. Pouvait-il cependant croire que, sans l'appui de légions ou d'importantes clientèles, une troisième option politique, réformatrice sans être révolutionnaire, avait vocation au succès  ? Il le crut et ce fut son drame. Il devait finir sauvagement assassiné sur ordre de Marc Antoine en 43 av. J.-C., laissant derrière lui une oeuvre immense.
    En suivant sur le temps long le devenir de Cicéron et la postérité de son oeuvre, Yves Roman nous plonge au coeur de la compréhension d'une démarche politique, rhétorique et philosophique, pour saisir toute la complexité d'un homme.
     
    Professeur d'histoire romaine à l'université Lyon 2 de 1981 à 2010, Yves Roman est l'un des grands spécialistes d'histoire ancienne en France. Ancien président de la Sophau (Société des Professeurs d'Histoire Ancienne de l'Université) et lauréat de l'Académie française, il a notamment publié avec Danièle Roman une Histoire de la Gaule (Fayard, 1997) qui est aujourd'hui encore une référence.
     

  • L'inauguration, le 4 octobre 2019, dans les jardins des Champs Élysées à Paris, de la sculpture Bouquet of Tulips « offerte » par l'artiste américain Jeff Koons à la France en hommage aux victimes des attentats terroristes de 2015 a attisé des polémiques mêlant art, spéculation, décision politique et choix esthétiques.
    Les qualités esthétiques de ce monument ne sont pas l'objet de ce livre - bien que ces « tulipes » ressemblent plutôt à des objets sexuels qu'on n'a l'habitude ni de montrer ni de nommer.
    Il s'agit surtout d'analyser ce dont il est révélateur, la manière dont l'opération s'est déroulée, ce qu'elle nous apprend sur la politique culturelle et l'art contemporains, sur les modes de décision et les intérêts en jeu. Enfin, sur les conceptions actuelles de la ville et, pour le dire sans fard, son enlaidissement systématique.
    La question plus générale que pose l'affaire des « tulipes » est en effet celle de l'art dans la ville, celle de la touristification et enfin de l'enlaidissement au nom de la quête de la beauté, du bien-être et du confort. Nos villes (et tout particulièrement Paris) sont devenues des dépotoirs où se mêlent mobiliers urbains plus ou moins design, « oeuvres d'art », panneaux, équipements et aménagements en tous genres.
    Il est temps de réfléchir à ces enjeux, fût-ce de manière provocante.
    Yves Michaud, philosophe et critique d'art, a dirigé l'école des Beaux- Arts de Paris (1989-1997). Il a conçu et animé L'Université de tous les savoirs (2000-2013). Auteur, entre autres textes sur l'art, de La crise de l'art contemporain (1997) et de L'art à l'état gazeux (2003), il prépare actuellement la suite de ce livre qui portera sur l'esthétique des atmosphères.

  • Le 1er février 1918, un soldat amnésique est interné à l'asile psychiatrique du Rhône. Tous les moyens sont employés pour l'identifier et le rendre à sa famille. Son portrait s'étale à la une des journaux et est affiché sur les portes de toutes les mairies. Plusieurs centaines de familles reconnaissent en lui un père, un fils ou un frère disparu à la guerre. Comment départager ces familles qui n'arrivent pas à faire le deuil de leur proche disparu ? Une longue et douloureuse enquête débute. Elle dure tout l'entre-deux-guerres et s'achèvera sur un procès à rebondissements où s'opposent tous ceux et celles qui ont reconnu en l'amnésique un de leurs parents. Les contemporains sont fascinés par cet homme sans passé : Jean Anouilh s'empare du fait divers pour écrire son Voyageur sans bagage et la presse baptise rapidement l'amnésique « le soldat inconnu vivant ». Cette histoire singulière révèle en réalité une profonde souffrance née de la Grande Guerre, une douleur intime et collective : celle du deuil impossible à faire pour les familles des soldats disparus. Dans une société qui voudrait tant oublier et qui n'en finit pas de se souvenir, il n'y a pas plus de certitudes que de corps à pleurer.

  • Contre-courants politiques

    Yves Citton

    • Fayard
    • 3 Octobre 2018

    «  La gauche  », «  la droite  », ça n'existe plus -  dit-on. Il n'y aurait que des innovations en marche, et des réformes imposées au pas de course. Mais dans quelle direction  ? Selon quels principes d'orientation  ?
    Ce petit livre espère nous réorienter à partir d'un angle peu usité dans nos débats politiques  : celui de la sensibilité littéraire. À l'ineptie médiatique des petites phrases, il oppose les vertus poétiques et politiques des nouveaux mots. Une vingtaine de termes insolites sont proposés pour représenter les tensions sous-jacentes à nos problèmes contemporains. Organisée en polarités, cette panoplie espiègle de nouveaux -ismes décline et reconfigure la grande opposition droite-gauche sans pour autant l'abolir.
    Davantage que fonder un nouveau parti, il s'agit d'identifier de nouveaux courants, inséparables de leurs contre-courants. Plutôt qu'à choisir un camp, la littérature aide à saisir des tensions, qui nous traversent tous et toutes. Au lieu d'appeler à la guerre, elle invite à (se) sourire -  nos problèmes étant bien trop graves pour être abandonnés à l'esprit de sérieux ou de faction.
     
    Yves Citton est professeur de littérature et media à l'université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, et co-directeur de la revue Multitudes.
     
     

  • Trop souvent étudiées séparément, la presse et l´édition sont réunies depuis la fin du xxe siècle dans des groupes de communication qui se donnent pour vocation de dominer les marchés de l´information, du divertissement et de l´éducation. En France, la Librairie Hachette et le Groupe de la Cité (aujourd´hui Editis) ont longtemps symbolisé ce combat qu´on observe ailleurs sur toute l´étendue de la planète. Pour la première fois, ici, l´accès à des sources considérables permet de revisiter toute l´histoire de l´édition du siècle dernier dans ses rapports avec le pouvoir politique, la banque et les autres médias. Partout, en effet, les pouvoirs - étatiques, financiers, politiques ou religieux - jouent un rôle important dans l´évolution de ces entreprises. C´est à tenter de déchiffrer ce mouvement incessant que s´attache ce livre où Jean-Yves Mollier revient, entre autres, sur la constitution des Messageries Hachette dans les années 1920, la confection des listes " Otto " en 1940, l´épuration et le non-renouvellement de l´édition après-guerre, la tentative avortée de nationalisation des NMPP en 1947, et s´attarde sur les multiples transformations qu´a subies l´édition française de 1918 à 2008. Jean- Yves Mollier est historien, professeur à l´université de Versailles Saint- Quentin-en-Yvelines. Il est notamment l´auteur de L´Argent et les Lettres.
    Histoire du capitalisme d´édition (1880-1920) (Fayard, 1988), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d´un empire (Fayard, 1999), Où va le livre ? (La Dispute, 2000, 2002 et 2007) et Le camelot et la rue. Politique et démocratie au tournant des xixe et xxe siècles (Fayard, 2004).

  • L´abbé Bethléem est un peu connu en histoire littéraire pour avoir publié en 1904 un brûlot, Romans à lire et romans à proscrire, futur best-seller qui fit le tour du monde. Mais la force de frappe de son magazine culturel, la Revue des Lectures, qui parvint à s´imposer dans l´entre-deux-guerres auprès de la NRF, de la Revue des Deux Mondes ou du Mercure de France, l´est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut aussi la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 relative aux publications destinées à la jeunesse qui allait servir à empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, voire Régine Deforges, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l´Enfer de la Bibliothèque nationale.
    Jean-Yves Mollier raconte avec brio l´histoire de l´abbé Bethléem dont la mission fut de mettre au pas les écrivains au XXe siècle, y compris catholiques, pour les contraindre à respecter les lois relatives à la défense des bonnes moeurs. Pour l´Église catholique qui s´était sentie menacée dans ses certitudes et ses croyances au moment de l´irruption de l´Encyclopédie de Diderot et d´Alembert, l´heure avait sonné de reconquérir les âmes perdues et de traquer le Mal partout où il se cachait. L´abbé Bethléem s´attaqua d´abord au roman, puis au théâtre, à l´opéra, à la bande dessinée, à l´annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant encore très éloigné du sulfureux bikini de l´après-Seconde-Guerre mondiale.
    Fondé sur un important dépouillement d´archives et de journaux du XXe siècle, voici un ouvrage édifiant qui montre que la censure, toujours présente au XXIe siècle, et qui demeure le refuge de tous les extrémismes, doit sans doute beaucoup à l´abbé Bethléem, et, au-delà de sa forte personnalité, à l´Église catholique.

  • L'exécrable

    Yves Laplace

    • Fayard
    • 29 Janvier 2020

    Que représente la photographie de couverture  ? Est-ce une madone  ? Une Ma­rianne  ? Non. C'est la France nouvelle se dégageant de l'emprise juive, sculpture exposée au palais Berlitz, à Paris, en septembre 1941. Cette statue géante ouvrait l'exposition Le Juif et la France, dont le maître d'oeuvre fut l'explorateur et anthropologue d'origine suisse George Montandon. Trois ans plus tard, un commando de la Résistance viendra tuer Montandon dans sa villa de Clamart.
    Mais est-il vraiment mort  ?
    Qui est aujourd'hui l'Exécrable  ?
    Qui est-il en nous, de l'enfance adorable à l'âge d'homme  ?
    Qui est-il dans la mosaïque du temps  ?
    Qui est-il devant une mère, un père, un ami disparus  ?
    Peut-être l'un des fantômes qui s'invitent dans notre présent.
    Ce récit très personnel, livre des visages, des lieux et des noms, forme une enquête biographique et littéraire.
     
    Passionné d'histoire et de théâtre, Yves Laplace est l'auteur de plusieurs romans dont Plaine des héros (Fayard, 2015).
     

  • Revoir Paris

    Pierre-Yves Bournazel

    • Fayard
    • 13 Mars 2019

    Dans une capitale qui peine à tenir ses promesses, nombreux
    sont ceux qui aspirent à « revoir Paris ».
    En préférant scruter l'avenir que le passé, le député de
    Paris Pierre-Yves Bournazel se fait le porte-voix de leur
    espérance dans un livre personnel et passionné.
    Pour lui, l'élection municipale de 2020 doit être l'occasion
    de dépasser le « régime des partis » et de faire émerger une
    offre politique totalement inédite - une offre dont les habitants
    seraient à la fois les seuls inspirateurs et les vrais
    destinataires.
    Il pose les termes de ce nouveau pacte démocratique dans
    un livre adressé à la ville qu'il a appris à connaître mais qu'il
    a aimée dès le premier jour.
    Aucun enjeu, aucun défi n'échappe à son analyse d'élu
    de terrain pragmatique, inventif et ouvert au dialogue.
    Revoir Paris revient autant pour lui à réfléchir à Paris
    qu'à rêver pour Paris, ce qu'il nous invite à faire loin de tout
    sectarisme et de tout conformisme.

  • Tous les discours des personnalités économiques ou politiques qui s´expriment dans les médias ont un propos commun : la reprise est en vue, la croissance va revenir, on va s´en tirer. Certes, il y aura des sacrifices à faire, des réformes à effectuer, mais, grosso modo, le cours ordinaire des choses va reprendre. Or nous sommes à l'aube d'une période particulière. C'en est fini du cours des choses à l'ancienne, comme nous l'avons connu jusqu'à la fin du XXe siècle. Pourtant, ici, nul n'arrive à se projeter dans le grand bouleversement de demain et à anticiper les mutations. Où va le monde dans les dix prochaines années ? Yves Cochet souhaite que nous nous préparions au choc et que nous le pensions comme tel : choc versus crise, versus catastrophe... Pour Jean-Pierre Dupuy, on doit changer de mode de pensée ("Faire comme si le pire était inévitable") ; pour Susan George, il est urgent d'inverser politiquement l'ordre économique ; enfin, Serge Latouche nous invite à anticiper et nous adapter à la grande transition qui va nous conduire, de gré ou de force, à la décroissance.

  • La forte présence en France de ressortissants d´anciennes colonies est le principal paradoxe de ce que l´on appelle désormais la question post-coloniale.
    Dans le cas de l´Algérie en particulier, on aurait pu penser que les combattants d´une longue et douloureuse guerre d´indépendance ne voudraient plus avoir de liens avec l´ancienne métropole. Or de nombreux patriotes sont venus, après 1962, rejoindre de ce côté-ci de la Méditerranée des Algériens déjà installés pour des raisons économiques et qui n´entendaient pas rentrer chez eux. Les uns et les autres sont devenus majoritaires dans les " grands ensembles " qui avaient été bâtis pour des Français à la périphérie des villes au cours des années 1960 et 1970.
    Depuis trente ans, ces " grands ensembles " ou ces " cités " sont le lieu d´émeutes déclenchées par des " jeunes " d´origine immigrée victimes de discriminations et du chômage. Souvent ces " jeunes " ne savent ni ne comprennent pourquoi ils sont nés en France et pourquoi leurs pères et leurs grands-pères se sont établis dans un pays qu´ils avaient âprement combattu.
    Leur sentiment de déracinement se double d´une fréquente ignorance des circonstances dans lesquelles leur patrie a autrefois été conquise et mise sous tutelle. Ils ne connaissent pas toujours non plus les débats et les conflits qui ont pu diviser les mouvements pour l´indépendance.

    Afin d´éclairer la lanterne des ex-colonisés comme des ex-colonisateurs et de clarifier cette très complexe question post-coloniale, Yves Lacoste propose une analyse géopolitique et un récit historique. Analyse géopolitique pour décrire les rivalités de pouvoir qui ont facilité les entreprises européennes (notamment la traite des esclaves), récit historique pour comprendre le déroulement des conquêtes puis des luttes de libération. Cette démarche se veut une contribution à l´apaisement des malentendus, des ressentiments, des rancoeurs.

  • L'homme ne descend pas du singe, mais d'un singe; son origine est unique, son berceau tropical, est-africain, et son histoire plonge dans un passé vertigineux dont ce livre raconte les 70 derniers millions d'années. Bien que le processus évolutif demeure mal compris, l'histoire tectonique et climatique de la Terre éclaire souvent de manière inattendue celui de sélection naturelle, suffisant pour maintenir tout au long du récit un fil conducteur tout à fait continu.

    Cette tentative, nouvelle dans son aspect synthétique, ne prétend pas offrir d'explication définitive à la succession des événements et des êtres, mais elle a le mérite de proposer une solution qui tienne compte de tout ce que l'on sait aujourd'hui.

    Yves Coppens, après avoir été professeur d'anthropologie au Museum national d'Histoire naturelle et directeur au Musée de l'Homme, est aujourd'hui professeur au Collège de France et membre de l'Académie des sciences.

    Il a participé lui-même à la découverte d'un grand nombre de nos ancêtres qu'il décrit; depuis près de vingt ans, il dirige en effet des expéditions et des fouilles en afrique, notamment au Tchad et en Ethiopie, et en Extrême-Orient, notamment en Indonésie et aux Philippines.

  • L'historien d'aujourd'hui ne peut envisager la Gaule et les Gaulois de la même manière que ses prédécesseurs: la génération de Jullian fut marquée par la revanche sur l'Allemagne, celle de Carcopino par la colonisation et celle de Hatt par la décolonisation. De plus, l'éventail méthodologique, qui s'est élargi et affiné (de l'épigraphie latine à la photographie satellitaire) depuis un siècle, permet de considérer cette histoire sur la longue durée, c'est-à-dire sur le large demi-millénaire qui s'ouvre au début du VIe siècle av. J.-C. (fondation de Marseille). Bien avant la première intervention militaire romaine (125 av. J.-C.), le commerce étrusque puis grec eut une incidence considérable sur la vie même des habitants de la Gaule. Le vin eut ainsi une fonction beaucoup plus large que celle que lui assignent les sources grecques et latines _ étancher la " soif celtique " _ et modifia en profondeur, avec d'autres produits et objets du monde méditerranéen, les sociétés celtiques. Le commerce joua donc un rôle majeur dans la confrontation de deux civilisations, celle des Grecs et des Romains _ fondée sur la pierre _, celle des Celtes _ caractérisée par le bois et le torchis. Il n'importe guère finalement qu'un jour les Italiens aient, dès le milieu du IIe siècle au sud, pris le relais des Grecs, qui eux-mêmes avaient évincé les Etrusques: les échanges avaient dépassé l'ajustement de l'offre et de la demande pour remplir un véritable rôle culturel. Rome prit le problème autrement, imposant armées, colons et provinces. Cette brutalité ne constitua pourtant pas en soi une rupture et se borna à donner de tout autres dimensions aux relations économiques et aux contacts culturels. Une fois la saignée césarienne opérée, les Romains cherchèrent en outre à séduire, et de leur côté les Gaulois ne furent ni ces hommes falots faits de sable et de vent que décrit Mommsen ni des vaincus acculturés prêts à s'incliner devant la splendeur des décors urbains ou des autres formes de la civilisation méditerranéenne. La romanisation passa ainsi par un demi-millénaire de commerce, par de subtils accords politiques symbolisés par les cérémonies du culte impérial au Confluent des Gaules (Lyon), et par un élargissement du droit de cité (au milieu du Ier siècle ap. J.-C., les citoyens romains de Gaule étaient les égaux de ceux nés sur les bords du Tibre). Tout fut dit au concile de Reims (70 ap. J.-C.) où les notables assemblés refusèrent les chemins de la rébellion: ils étaient devenus non pas des Gallo-Romains _ le terme est une invention contemporaine _, mais des Romains des provinces des Gaules. Danièle et Yves Roman enseignent tous deux l'histoire ancienne, l'une à l'université Paul-Valéry de Montpellier, l'autre à l'université Lumière-Lyon-II. Leur ouvrage constitue la première grande synthèse sur la Gaule depuis plusieurs décennies.

  • Il faut quelque audace aujourd'hui pour rappeler la clameur de Valmy, car - à droite comme à gauche - il n'est pas politiquement correct de parler de la nation (on préfère invoquer la République) : à l'heure de Maastricht, ce serait une idée dépassée. On craint aussi et surtout de faire écho aux slogans des nationalistes à propos de l'immigration.

    C'est justement pour ne pas laisser cette idée-force aux mains de l'extrême droite dans une conjoncture lourde de dangers qu'Yves Lacoste a entrepris une approche nouvelle de l'idée de nation.

    C'est une idée géopolitique parce qu'elle pose - en France et ailleurs - des problèmes de territoire, de langue, de pouvoir; elle s'est transformée depuis deux siècles en fonction des rivalités de la droite et de la gauche et des points de vue que l'on porte sur l'histoire. Il existe plusieurs visions implicites de la nation, et il faut tenir compte des différents courants identitaires, notamment de la présence de quatre millions de musulmans: ils sont pour la plupart nés en France et eux aussi parlent le français.

    C'est parce que s'accélèrent les effets de la mondialisation et que se mettent en place les pouvoirs financiers de l'Union européenne, mais aussi parce que s'aggravent les phénomènes d'exclusion et que se propagent des mouvements xénophobes qu'il est plus que jamais nécessaire de se soucier de la nation. Il est urgent qu'une conception historique évolutive l'emporte sur des slogans dangereux pour la démocratie et le développement de notre pays. Le destin de cette idée géopolitique fondamentale qu'est la nation n'est assurément pas terminé.

    Yves Lacoste, géographe, spécialiste de géopolitique, est professeur à l'université de Paris-VIII. Il est le fondateur et le directeur d'Hérodote, revue de géographie et de géopolitique, et a dirigé les trois volumes de Géopolitiques des régions française (Fayard, 1986).

  • En mai 987, le Carolingien Louis V meurt des suites d'un accident de chasse. Six semaines plus tard, l'accession au trône du duc des Francs, Hugues Capet, marque l'avènement d'une dynastie qui régnera pendant huit siècles sur la France.

    Le succès du " coup d'Etat " qui fait de Hugues Capet un roi n'est pas purement fortuit. Il tient aux bouleversements politiques et sociaux d'un Xe siècle volontiers décrit comme la période la plus sombre du Moyen Age. Il tient aussi à l'exceptionnelle réussite d'un lignage, celui des Robertiens, qui, en moins de deux générations, est parvenu à imposer sa primauté dans l'ordre politique franc. Enfin, il doit sans doute beaucoup à la personnalité d'un homme longtemps méconnu et maltraité par l'historiographie. Prince sur le déclin, Hugues Capet n'eut certes ni la vigueur d'un conquérant ni les moyens matériels de s'imposer comme un grand chef d'Etat. Dans ce royaume franc, déchiré depuis près d'un siècle par les luttes entre grands, théâtre de l'effondrement des structures carolingiennes, il se contenta de mériter sa royauté, de l'assumer avec dignité et mesure en tenant à distance ceux qui la menaçaient, et de la transmettre à sa descendance.

    Ce faisant, il en rehaussa l'éthique, la sauva du naufrage et prépara l'avenir.

    Yves Sassier est né en 1946. Juriste et historien, agrégé des Facultés de Droit (Histoire du droit et des institutions), il est professeur à l'Université de Rouen. Il est l'auteur d'une recherche sur le comté d'Auxerre aux Xe _ XIIIe siècles, et de diverses contributions à l'étude de l'histoire politique et religieuse des deux premiers siècles capétiens.

  • Les grands mouvements de concentration actuels dans le monde de l'édition marqueraient la fin d'un âge d'or : celui de l'éditeur soucieux du travail de son auteur, de la qualité des textes, de la vente lente de chefs-d'oeuvre à venir, du dialogue avec ses lecteurs.

    Le mythe a la vie dure. Jamais pourtant l'édition ne fit profession de mécénat.
    À embrasser, avec Jean-Yves Mollier, la période clé de 1880-1920, le lecteur découvrira que le capitalisme d'édition, alliant éditeurs, notaires et banquiers, était déjà vivace. Tout au plus avons-nous aujourd'hui changé d'échelle.
    1880-1920 : en quarante ans, l'édition passe du temps des éditeurs - Louis Hachette, Michel Lévy, les frères Garnier, Edouard Dentu - à celui des grandes entreprises éditoriales : Hachette et Cie, Calmann-Lévy, Plon-Nourrit, Flammarion, Fayard et bientôt Gallimard et Grasset. Pour l'édition, comme pour la finance, se pose alors le problème de la rentabilité, de la mobilité et de la rotation de son capital : la librairie est devenue une affaire financière, commerciale et industrielle, à l'expansion de laquelle s'intéressent les banques. Les éditeurs - souvent fondateurs de grandes dynasties bourgeoises - les Panckoucke, Dalloz, Mame, Didot - se préoccupent de tous leurs titres, ceux qui figurent à leur catalogue et ceux qui sont cotés en Bourse. Certains sauront négocier le grand tournant qui conduira du livre pour bibliophile au produit de grande consommation pour le plus large public. D'autres, une fois fortune faite, géreront leurs biens comme de bons rentiers fascinés par l'immobilier, Panama ou les courses. Face à l'éditeur - chef d'entreprise manipulateur d'argent - les auteurs réagissent diversement, d'Emile Zola, recourant à la publicité pour vendre le plus d'exemplaires possible, à Pierre Loti, André Gide, Marcel Proust, Henry de Montherlant, généralement peu regardants sur les conditions souvent draconiennes qui leur sont faites, à Léon Bloy enfin, fustigeant le règne du Veau d'or.

    Jean-Yves Mollier est chargé de cours en histoire contemporaine à l'Université de Paris X-Nanterre. Il est notamment l'auteur de Michel et Calmann Lévy ou la naissance de l'édition moderne.

  • Louis VII

    Yves Sassier

    • Fayard
    • 7 Novembre 1991

    Mari bafoué, gouvernant immature et dépourvu de toute envergure dont le règne n'aurait été qu'une longue suite d'erreurs et d'humiliations: le Louis VII dépeint par l'historiographie traditionnelle manque singulièrement de grandeur, et sa faiblesse offre un saisissant contraste avec la vigueur de son père, Louis VI, ou le génie politique de son fils, Philippe Auguste.

    Louis VII n'a certes pas la personnalité qu'on attend d'un roi: tolérant, généreux, pieux jusqu'à la dévotion, naïf et sensible, il ferait plutôt figure de saint laïque. Pourtant ce prince aux moeurs trop pures, au tempérament trop doux, apparemment mal armé pour lutter contre l'ambition et la fourberie des monarques de son temps, sut dessiner les contours d'une royauté plus forte.

    En ce XIIe siècle trépidant, où la chrétienté occidentale se déchire, où Frédéric Barberousse aspire à la domination universelle, où les situations que l'on croit figées pour toujours se modifient soudain, le long règne (1137-1180) de Louis VII ne se juge pas d'une pièce. Premier roi de France à prendre la croix et à gagner la Terre sainte, il doit mener, dès son retour, un difficile combat dont l'enjeu est la survie de la dynastie. Il ne pourra empêcher la montée des Plantagenêt, mais, attentif au jeu politique, plus habile et peut-être plus clairvoyant qu'on ne le pensait, il affermit de façon décisive la prérogative du roi de France en tant que protecteur des Eglises et pacificateur du royaume.

    Juriste et historien, agrégé des Facultés de Droit, Yves Sassier est professeur à l'université de Rouen où il enseigne l'histoire des institutions et des idées politiques. Il est l'auteur d'un Huges Capet (Fayard, 1987).

  • Les terres froides

    Yves Bichet

    • Fayard
    • 23 Août 2000

    « J'ai vendu des violettes séchées avec mon frère Bernard, j'ai chassé les vipères, j'ai connu les jupons puants de l'institutrice, exploré le reposoir de Sainte Apollonie. J'ai sabordé la fête des Rogations et relancé la chasse aux salamandres avec les copains arabes. J'ai eu un premier amour à vous dégoûter du coup de foudre. La foudre, la vraie avait déjà éclaté. Celle qui sabre les épaules aimées, marque les seins neufs et prometteurs, volatilise les colliers de naissance.
    J'ai aussi connu un garçon qui parlait aux animaux. Mais lui est parti... » Yves Bichet, l'auteur de La Part animale et du Nocher, évoque ici une bouleversante initiation à l'amour.

  • 177

    Jean-Yves Le Naour

    • Fayard
    • 14 Mai 2014

    Ils sont 177. Venus des quatre coins du pays, ils sont bretons, basques, alsaciens, normands, français de Tunisie, de Nouvelle-Calédonie et d´ailleurs. Parmi eux, des hommes qui croient au ciel et d´autres qui n´y croient pas, des hommes de gauche et de droite, des ouvriers et des bourgeois. Ils sont différents, et pourtant semblables, tous mus par le même idéal : vaincre l´Allemagne nazie et libérer la patrie. Mais pour devenir Béret vert, pour intégrer les prestigieux commandos britanniques qui vont ouvrir la voie au débarquement de Normandie, ils doivent en passer par un entraînement exténuant sous l´égide du commandant Kieffer, au terme duquel les moins valeureux sont impitoyablement éliminés. Moqué à cause de son allure juvénile, René Rossey a dû mentir sur son âge pour pouvoir rejoindre les Français libres en Angleterre. Lui qui n´a pas 17 ans, il s´accroche, veut prouver qu´il est un homme. Ils ne sont que 177 Français ce 6 juin 1944 aux côtés de 150 000 Américains, Anglais et Canadiens. Mais, ce jour-là, ils sont toute la France. Avec un grand souffle romanesque, l'auteur nous fait découvrir une dimension méconnue de cette page de notre histoire sur laquelle nous pensons avoir tout lu.

  • Plaine des héros

    Yves Laplace

    • Fayard
    • 25 Février 2015

    « Crois-tu qu´on ne soit pas tout à fait égarés dans la durée, pas tout à fait séparés de nos morts ni tout à fait perdus pour eux ? me demande Grégoire.
    Toutes les Lili. Toutes les Olga. Toutes les Alvina. Tous les Alexandre, tous les Sacha, tous les Nicolas. Casimir, Paul et Georges. Tous sont mes héros. Tous sont tombés sur la plaine des héros ; sur ma plaine. Un seul est absolument tombé du côté des bourreaux : Georges Oltramare, mon oncle. Un seul est absolument tombé du côté des victimes : Casimir Oberfeld, mon père. Mais tous ont penché des deux côtés. » Écrivain passionné d´histoire et de théâtre (il a signé une dizaine de pièces), photographe et arbitre de football à Genève, Yves Laplace est avant tout romancier. Ses récits donnent la parole à des « irréguliers » : enfants perdus, fous, visionnaires, assassins, persécuteurs ou martyrs, dont les divagations traduisent le fracas et la beauté du monde.

  • Personnage familier des grandes villes dans les années 1870 à 1914, le camelot est à la fois l'héritier des colporteurs des campagnes d'autrefois et l'enfant de la modernité qui transforme alors la France. La rue est son royaume, le boulevard sa chasse gardée et le trottoir la scène sur laquelle il commente l'actualité et joue chaque jour une nouvelle représentation. Crieur de journaux et vendeur de chansons satiriques, de brochures, de faire-part de décès humoristiques, colleur d'affiches ou de placards, il est omniprésent dans l'espace public.

    Grand maître du rire par la truculence de son boniment quand l'actualité est paisible, le camelot peut exciter la foule lorsque la presse est déchaînée :
    Principal diffuseur de la littérature contestataire, il se révèle un personnage-clé des manifestations boulangistes, du scandale de Panama et de l'affaire Dreyfus. En ces temps d'apprentissage de la démocratie, le camelot s'improvise agent électoral lors des grandes campagnes nationales et n'hésite pas à truquer les résultats des élections quand il le peut. Recruté lui-même par quelques personnages tout-puissants, comme Napoléon Hayard, " Empereur" autoproclamé des camelots, il voit son rôle diminuer après la Première Guerre mondiale.

    Présent aujourd'hui encore sur les marchés d'Afrique et d'Amérique du Sud, parfois aussi dans nos villes, le camelot est un marginal qui accompagne la marchandisation progressive des sociétés et la politisation des masses.

    Dans ce livre où l'on entend vibrer la rue, Jean-Yves Mollier suit pas à pas ces commerçants ambulants au coeur des villes d'hier et d'aujourd'hui et propose une nouvelle lecture d'un moment crucial de notre histoire politique.

  • Avec Cavour, Garibaldi et Victor-Emmanuel II, Giuseppe Mazzini (1805-1872) est la quatrième figure tutélaire du Risorgimento italien et il mérite autant qu'eux d'être connu en France pour le rôle essentiel qu'il a joué dans l'histoire de son pays et pour l'héritage politique et intellectuel qu'il a laissé, héritage encore vivace de nos jours. De grandes figures comme Thomas Carlyle, Gandhi, Giovanni Gentile, Friedrich Nietzsche, Thomas Mann, Adam Mickiewicz, Romain Rolland, Carlo et Nello Roselli, Gaetano Salvemini, Alexis Tolstoï, Woodrow Wilson ont écrit sur lui et se sont inspirées de son oeuvre ;
    C'est lui qui a élaboré le projet le plus cohérent et le plus moderne :
    Rassembler l'Italie dans une république unitaire. Ayant passé l'essentiel de sa vie en exil, il est à l'échelle européenne l'un des principaux théoriciens de la démocratie moderne, du nationalisme et de la question sociale, ce qui a fait de lui l'un des adversaires longtemps redoutés de Marx.

    Ses idées restent actuelles sur de nombreux points : la politique comme religion civile ; les rapports entre les nations et l'union des peuples en Europe ; une conception politique et sociale qui s'efforce de concilier libéralisme, démocratie et socialisme, anticipant sur les conceptions du socialisme libéral.

    À l'heure où, tout comme nous, notre " soeur latine " tente d'explorer une voie vers la modernité qui lui soit propre, cette passionnante biographie, qui est la première en France mais s'appuie sur l'historiographie italienne récente comme sur une lecture exhaustive et personnelle des écrits de Mazzini, vient combler une lacune en permettant de restituer à Mazzini la paternité de ses réflexions et initiatives politiques.

  • Au fil des âges et des révolutions technologiques, l´homme a mis en oeuvre des savoir-faire pour maîtriser les matériaux disponibles dans son environnement. Aujourd´hui, nous pouvons, grâce à la modélisation numérique, étudier les structures à différentes échelles et concevoir ainsi sur mesure de nouveaux matériaux très performants : des semi-conducteurs dans le domaine de l´électronique, des fibres optiques et des verres, des composants automobiles ou aéronautiques, des métaux utilisés dans les centrales nucléaires ou des objets nanométriques destinés aux applications biomédicales. À l´interface de la physique, de la chimie et de la mécanique au niveau fondamental, et des sciences de l´ingénieur, la science des matériaux tend aujourd´hui à rapprocher les notions de matériau et de structure, comme en témoigne l´exemple des matériaux architecturés.

  • Des garçons qui prennent la route, planche de surf sous le bras, pour fuir notre société de surconsommation et aller chercher dans quelque paradis ensoleillé du bout du monde une nouvelle façon de vivre, cela se voit tous les jours. Des garçons qui reviennent désabusés, l'âme pleine de bleus, et tentent d'oublier leur échec en se fondant, silencieux, dans ce monde qu'ils n'ont pas su fuir, cela se voit aussi tous les jours. Des garçons qui réussissent parfaitement leur "décollage", découvrent l'harmonie et le bonheur et reviennent pour en faire profiter leurs semblables, c'est beaucoup plus rare. Yves Bessas est de ceux là. Surfer puis skieur passionné, il a découvert, dans cette glisse qu'il a traquée sur les vagues et les montagnes des quatre coins du monde, le secret du bien-être, de l'équilibre, et de la communion avec l'univers. Quête étonnante, presque magique, qui l'a mené d'Hawaii à Tahiti, des plages de Nouvelle Zélande aux cimes des Alpes, jusqu'à une vérité qu'il ne soupçonnait même pas. Homme de sciences (avant de "décrocher", il a obtenu son diplôme de pharmacien) il a parfaitement su analyser ses expériences et nous livre ici les enseignements fondamentaux qu'il en a tirés. Un message d'espoir qui passionnera tous ceux qui sentent confusément que le bonheur et l'harmonie ne sont pas des utopies... à condition de vouloir vraiment y atteindre.

  • Ils sont venus en France au nom d'une exigence ou d'un refus. Pour cela, ils ont connu - dans leur pays d'origine saisi par l'idéologie - l'insécurité, la prison, parfois la torture. Les voici à l'abri, physiquement à l'abri. Mais ces femmes et ces hommes n'ont pas changé. Ils restent ces observateurs aigus qui ont su aller au bout de leurs convictions. Leur regard transforme l'asile en exil. Leurs déceptions, ils les gardaient pour eux : devoir de réserve oblige quand on est réfugié sur une terre étrangère ! En les laissant ruminer leur silence, nous nous privions d'une étonnante occasion de nous connaître mieux... Mieux nous connaître à travers le regard de certaines de ces femmes et de ces hommes de courage et de conviction, aux sens aiguisés par le risque, voici donc tout le projet de ce livre. Ces entretiens, menés avec discrétion et vigueur par Yves Meaudre, nous obligent à nous décentrer de nous-mêmes. Il nous faut accepter des approches, des modes d'analyse qui ne sont plus les nôtres. Surtout, il nous faut recevoir des interpellations qui dérangent notre quiétude. Et si ces réfugiés nous étaient envoyés comme des messagers, des veilleurs ? - Constantin Commorovsky et Nicolas Elvoceanu (Roumanie) - Mgr Raymond-Marie Tchidimbo (Guinée) - Farid Ghais, Mansour Labaky et Ibrahim Chebli (Liban) - Tatiana Goritcheva et Vladimir Maximov (URSS) - S.E. N'Guyen Van Huy (Viêt-nam) - Marcyn Frybes (Pologne) - Claude Vigée (Israël) - Jorge Valls (Cuba).

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