Yan Hamel

  • Dans le gigantesque massif de prose que nous a laissé (ou légué) Simone de Beauvoir, Yan Hamel, par-delà les histoires de la vie intellectuelle et artistique parisienne, les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d'Algérie, les rappels d'engagements politiques, a préféré faire ressortir les pages que la philosophe a consacrées non pas aux marches revendicatives mais aux randonnées en montagne, turban au vent, escaladant des sentiers escarpés, partant à l'aventure pédestre avec quelques compagnons, constamment téméraire, défiant le danger quand Sartre peinait à la suivre... De toutes les figures du Castor, caricaturales ou admiratives, Yan Hamel - marcheur qui a emprunté les mêmes itinéraires - en offre une fraîche, originale, singulière et drôle, celle de la trekkeuse.

    « Chacun est libre d'imaginer Simone de Beauvoir comme il la désire. Des années avant la fatale journée du 14 avril 1986 qui allait l'abandonner aux griffes des vivants, elle était loin de pouvoir imaginer tout ce que nous allions faire d'elle. Les morts, enseigne avec raison la psychanalyse existentielle, sont des moulins dans lesquels on entre au gré de sa fantaisie. Depuis que la bière scellée a rejoint celle de Sartre sous la sobre pierre tombale au cimetière du Montparnasse, le souvenir, lui, ne s'arrête plus : il fuit en spirales d'images grumeleuses qui s'entraînent les unes les autres dans le tout-à-l'égout du régurgité assertif. Il m'aura néanmoins fallu choisir une perspective. Les pages qui suivent redonneront donc vie à Simone de Beauvoir, une femme qui a beaucoup marché. »

  • C'est un fait connu, souvent étudié dans ses tenants mais curieusement peu dans ses aboutissants : le roman est un genre sans règles autres que tacites. Si le moment de sa naissance est l'objet d'infinis débats, tant ses origines se perdent dans un lacis de formes anciennes ou peuvent être rapportées à des événements (le passage à la langue romane, l'avènement des Temps modernes) ou des oeuvres (Don Quichotte, Robinson Crusoé, La princesse de Clèves) qui en marqueraient sinon le véritable commencement tout au moins le commencement symbolique, la question de sa suite ou plus exactement de sa poursuite reste un chantier encore largement ouvert. Comment, en effet, le roman se transmet-il, en l'absence d'un cadre poétique fixe, comme une forme toujours disponible et toujours vivante ? L'étude de Thomas Pavel sur La pensée du roman apporte à ces questions plusieurs réponses, au premier chef celle qui constitue l'objet même de son livre : le roman se maintient dans le temps par sa tâche, à la fois spécifique et inépuisable, de mettre en scène les mondes idéaux que nous imaginons pour guider nos vies. Mais une autre réponse, non moins importante, traverse toute l'étude. Le roman, suggère Thomas Pavel, se transmet de façon « coutumière ».

  • Le présent numéro déroge à la formule habituelle d'Études françaises, soit la réunion d'un dossier thématique et de deux ou trois articles libres, pour faire toute la place à ces derniers. En fait, il serait plus juste de dire qu'il renoue avec un usage qui avait déjà eu cours et qui fut ensuite délaissé. À la fin de la décennie 1980 et au début de la suivante, la revue a publié trois numéros de « mélanges » - « Lectures », « Variété » et « Lectures singulières[1] » - qui participaient alors d'une nouvelle politique d'ouverture : on souhaitait accueillir des articles dont l'objet, les questions et les perspectives théoriques soient les plus divers possibles. En fait, Études françaises s'était définie dès sa fondation par l'ouverture ; seulement, la généralisation de la formule du numéro thématique, qu'elle et bien d'autres revues avaient adoptée, rendait difficile, voire impossible, la publication de certains travaux. Sans renoncer aux dossiers, on décida alors de ménager une section de la revue pour des textes libres, et de faire paraître occasionnellement une livraison de mélanges.

  • La Seconde Guerre mondiale est un des événements les plus traumatiques vécus en Europe au cours du XXe siècle. C´est aussi l´un des plus commentés, discutés, mis en récit. C´est précisément à l´étude de ces romans que se consacre Yan Hamel dans La bataille des mémoires.
    Cette étude est nécessaire parce que plusieurs des plus grands écrivains contemporains ont essayé de donner un sens à ce qui ne paraissait pas en avoir. La bataille des mémoires fait entendre les voix de Vercors et de Julien Gracq, de Lydie Salvayre et de Marguerite Duras, de Romain Gary et de Louis-Ferdinand Céline, de Jorge Semprun et de Jean Rouaud, de Jean Genet et de Michel Tournier, sans oublier celles de Simone de Beauvoir, Roger Nimier, Roger Vailland, Marcel Aymé, Claude Simon et Patrick Modiano.
    Il fallait aussi se pencher sur leurs oeuvres, car elles soulèvent des problèmes fondamentaux. Comment arrive-t-on à dire ce qui paraît si difficile à dire : la guerre, la mort, l´oubli ? Que peut la littérature devant une tragédie comme celle des années 1939-1945 ? Les écrivains peuvent-ils rester à l´écart des drames de leur époque et ne pas s´engager ? Voici quelques-unes des questions difficiles, et essentielles, auxquelles La bataille des mémoires apporte des réponses.
    Yan Hamel est chercheur post-doctoral au Département des lettres françaises de l´Université d´Ottawa. Il a publié plusieurs articles sur la littérature française contemporaine et il a coédité deux volumes collectifs : Victor Hugo (2003-1802) (2003) et Des mots et des muscles ! (2005).

  • Tout au long de sa vie, Jean-Paul Sartre a porté un intérêt soutenu aux États-Unis et à leur culture. Tout petit, accompagné de sa maman, Poulou fouille fiévreusement les boîtes des bouquinistes, espérant trouver une autre aventure de Nick Carter ou de Buffalo Bill. Devenu grand, le romancier fait découvrir à Antoine Roquentin, dans La nausée, les lois de la contingence après lui avoir fait réentendre un vieux ragtime ; il caricature le racisme sévissant au sud de la ligne Mason-Dixon dans La putain respectueuse ; et après lexécution des époux Rosenberg, il publie une lettre ouverte accusant les Américains dêtre des « animaux malades de la rage ».
    Il y a aussi des récits de rêve new-yorkais dans Limaginaire, des références au jazz dans Huis clos, un reportage sur Hollywood dans le journal Combat, sans oublier, dans les mois précédant lexplosion de Mai 1968, un grand tribunal populaire destiné à juger les crimes contre lhumanité commis par larmée américaine au Vietnam Yan Hamel montre dans ce livre important comment lAmérique devient chez Sartre et dans la culture française en général une constellation de représentations contradictoires.

  • Dirigé par Catherine Cyr, le dossier analyse quelques-unes des formes que revêt aujourd'hui la mise en action du spectateur au théâtre. Alors qu'Anyssa Kapelusz aborde le passage de la « participation » au « participatif », Gilbert Turp analyse la fragile relation qui unit l'acteur au spectateur. Certains textes posent leur éclairage sur une pratique ou une oeuvre en particulier, comme un parcours ambulatoire créé par Sophie Cadieux et Alexia Bürger ou une pièce présentée dans un hôtel abandonné de New York. On trouve aussi dans ce numéro un portrait du dramaturge Jean-Paul Quéinnec et le compte rendu d'un colloque consacré aux enjeux du son au théâtre.

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