Rose M. Becker

  • « Je reste sans voix. Parce qu´il vient de relever la tête. Mon voleur de taxi. Dans ma poitrine, mon coeur s´arrête de battre - à moins que ce ne soit le temps qui s´arrête de défiler ? Jamais je n´ai croisé des yeux pareils. Bleu sombre. Bleu tempête. Comme le fond de l´océan quand il est en colère. » Au moment où elle se rend à l´entretien d´embauche qui peut changer sa vie, Kate Marlowe manque de se faire piquer son taxi par le plus irrésistible des inconnus. Avec le bébé de sa défunte soeur à charge, ses factures en retard et ses loyers impayés, elle ne peut pas laisser filer cette voiture. Ce travail, c´est sa chance ! Ni une ni deux, elle décide de prendre en otage le bel étranger... même s'il y a de l'électricité dans l'air.
    Entre eux, l´attirance est immédiate, foudroyante.
    Même s´ils ignorent encore que cette rencontre va changer leur vie. À jamais.
    Tout oppose la jeune débutante, impulsive et spontanée, au richissime PDG, énigmatique et ténébreux.
    Tout... ou presque. Car Kate et Will sont liés par un secret qu´ils vont bientôt découvrir... à leurs dépens.

  • « Quelle gourde ! Je n´ai rien vu venir : rien, rien, rien. Aveuglée par mon attirance, par la tension électrique entre nous, je n´ai pas su lire les signes avant-coureurs. Je m´en veux tellement. » Après sa première nuit avec le séduisant Will Stevenson, Kate Marlowe est certaine d´avoir trouvé le grand amour. Éblouie, elle s´est donnée à lui corps et âme et flotte sur un petit nuage... jusqu´à ce qu´elle découvre par hasard la vérité.
    Là, c´est la douche froide.
    En une seconde, le rêve tourne au cauchemar.
    Son monde bascule, les masques tombent.
    Will n´est pas celui qu´elle croyait. Elle a été trompée, dupée, manipulée. Dans son bureau, elle trouve des documents accablants et c´est le coeur brisé qu´elle fuit son somptueux appartement new-yorkais. Tout est fini !
    Mais la vérité est-elle si simple ? L´homme qu´elle a tant aimé cache-t-il un visage aussi noir ? A-t-il vraiment tourné le dos à sa famille, à ses responsabilités ? Ou y a-t-il une autre explication, une autre version des faits ? Au fond de son coeur, Kate ne peut pas s´empêcher d´espérer. Car elle aime toujours Will, elle l´a toujours dans la peau !
    Et s´il existait encore une petite chance pour leur amour ?
    Sensible et amoureuse des mots, Rose M. Becker a tout naturellement consacré sa vie à l´écriture. Ses histoires d´amour émouvantes ont captivé les lecteurs, qui se reconnaissent dans ses personnages tendres et touchants. Le bébé, mon milliardaire et moi est son premier livre publié aux Éditions Addictives.

  • « Dès qu´il est question de Sam, je me transforme en lionne. Je ne suis peut-être pas la tante idéale ni la tutrice parfaite, mais je l´aime comme personne ne pourra jamais l´aimer, ce petit. » Suite à son entrevue désastreuse avec l´assistante sociale en charge du dossier de son neveu, Kate est persuadée d´avoir perdu la garde de Sam, le fils de sa défunte demi-soeur dont elle s´occupe depuis plusieurs mois. Mais c´était sans compter sur l´aide providentielle de Will Stevenson, le beau milliardaire dont elle est éperdument amoureuse. Protecteur et possessif, il se démène pour la protéger.
    Jamais leur lien n´a été aussi fort.
    Jamais ils n´ont été aussi si proches.
    Réconciliée avec Will au cours d´une nuit torride, Kate a également découvert la blessure secrète de son amant.
    Hélas, rien n´est simple dans la vie de Kate ! Alors qu´elle rêve de vivre sa passion avec Will, le destin semble se liguer contre elle, contre eux, contre leur bonheur. Et elle s´apprête à vivre la pire nuit de son existence. Une nuit de cauchemar, noire et sans fin. Une nuit où elle risque de perdre ce qu´elle a de plus précieux : ceux qu´elle aime. Et durant cette épreuve, elle sait qu´elle ne pourra compter que sur une seule personne. Will.
    Sensible et amoureuse des mots, Rose M. Becker a tout naturellement consacré sa vie à l´écriture. Ses histoires d´amour émouvantes ont captivé les lecteurs, qui se reconnaissent dans ses personnages tendres et touchants. Le bébé, mon milliardaire et moi est son premier livre publié aux Éditions Addictives.

  • Extrait

    « Elena n’est pas ma petite amie. » Cette phrase n’arrête pas de résonner à mes oreilles, suintant comme une blessure. Je me sens tellement idiote. Sans hésiter, je dévale les escaliers en courant. Je n’ai pas le courage de retourner à l’intérieur, de traverser les trois halls d’exposition, de faire des sourires et des ronds de jambe à des inconnus. La soirée touche presque à sa fin, plus personne n’a besoin de moi. À la place, je fonce droit devant et passe près d’Elio, plongé en pleine conversation avec Dominic Stone. À mon passage, il relève la tête.
    – Elena ?
    Je ne m’arrête pas, je ne me retourne pas. Je continue à courir, le cœur brisé. C’est ridicule, pourtant. Je connais à peine cet homme, nous n’avons passé qu’une seule nuit ensemble sans rien nous promettre. Une unique nuit. Magique et brûlante pour moi. Ordinaire et sans valeur pour lui. À sa décharge, jamais Elio Garibaldi ne m’a fait des serments d’amour éternel ni promis une relation suivie. Alors pourquoi ai-je si mal ? Pourquoi est-ce si douloureux, là, dans ma poitrine ? Mes cheveux blonds volent derrière moi, tel un voile d’or, tandis que je fonce à travers la cour.
    – Elena !
    À nouveau, la voix d’Elio. Impérieuse, presque autoritaire. Inquiète, aussi.
    Un comble, non ?
    À toute allure, je martèle les pavés tandis que la grille en fer forgé se dresse devant moi – et avec elle la promesse de la liberté, de rentrer chez moi et de me glisser sous ma couette, telle une bête blessée. Ce qui me déçoit le plus, dans cette histoire ? Y avoir cru, m’être bercée d’illusions toute seule, certaine d’avoir enfin trouvé quelqu’un avec qui partager ma vie, mon quotidien, mes secrets. Je dois être trop fleur bleue, trop romantique. Ou trop bête. Hors d’haleine, je m’apprête à atteindre le grillage. Un souffle de feu brûle ma poitrine, irradiant entre mes côtes.
    Quand une main s’abat sur mon épaule et me retient. Freinée dans mon élan, je vacille et un bras me ceinture, m’empêchant de basculer en avant. Puis une haute silhouette apparaît devant moi en me barrant la route.
    – Où est-ce que tu cours comme ça, Elena ?
    Elio. Elio, forcément.
    Lui est impeccable dans son costume noir, agrémenté d’une chemise immaculée et d’une cravate bleu azur. Pas un pli à sa chemise, pas une mèche qui dépasse ni une goutte de sueur. À croire qu’il n’a pas cavalé derrière moi ou qu’il n’est pas humain. Il se dresse sur mon chemin et des bouffées de son parfum viril et boisé me parviennent, m’enveloppant d’un nuage déjà familier. À nouveau, des images de notre nuit d’amour affluent, me prenant à la gorge. Comme si j’avais une boule d’épines dans la trachée. Et Elio me dévisage de ses superbes yeux translucides, les plus beaux yeux que j’aie jamais vus, frangés de longs cils noirs et fournis, assez inhabituels chez un homme.
    – Que se passe-t-il ?
    Sa voix est grave, posée, bien timbrée – une voix que l’on écouterait lire l’annuaire toute la nuit sans broncher. Je me mords les lèvres et me force à relever la tête pour affronter son regard, même si sa beauté me blesse au cœur. Ses mâchoires viriles, sa peau d’albâtre, ses traits parfaits, son front haut, sa bouche sensuelle… Pourquoi me fait-il un tel effet ? Je ne contrôle plus rien, au point de prendre peur. Je ne me reconnais pas. Tout ça ne me ressemble pas.
    – Je t’ai vue passer en courant et…
    – Je rentre chez moi.
    – Sans attendre la fin de l’exposition ?
    Je ne réponds pas, une moue butée aux lèvres. Lui lève la main pour effleurer une de mes pommettes et son contact m’électrise, comme à chaque fois.
    – Quand tu es triste, tes yeux s’assombrissent. De vert d’eau, ils deviennent vert émeraude, beaucoup plus foncés. C’est étonnant.
    Je recule vivement. Il n’a pas le droit de me toucher, pas le droit de me dire un truc pareil après son petit échange avec le galeriste.
    – Je t’ai entendu parler avec Dominic Stone.



  • Extrait

    Une voix.
    Une voix qui m’appelle.
    Une voix posée, familière.
    Une voix qui me ramènerait des enfers.
    Il fait noir, si noir. De toutes mes forces, j’essaie d’ouvrir les yeux, mais mes paupières sont lourdes comme des volets en plomb. J’ai l’impression que mes cils sont soudés. Et toujours cette voix qui murmure au-dessus de moi. Je m’y raccroche désespérément. Je flotte à la dérive, sans conscience de mon corps. Je ne sens plus ni mes bras ni mes jambes.
    Où suis-je ? Que s’est-il passé ?
    – Elena…
    Mon cœur manque un battement.
    C’est Elio, c’est sa voix.
    – Elena, s’il te plaît…
    Mon pouls s’accélère.
    – Reste avec moi. Je ne veux pas que tu me laisses. Tu entends ? Reste, Elena. Réveille-toi, fais-le pour moi.
    Une étincelle s’allume au fond de moi, une petite flamme qui brûle dans ma poitrine. Je dois le rejoindre. À tout prix. Par n’importe quel moyen.
    – Je ne pourrai pas sans toi.
    Puis, encore plus bas :
    – Je ne pourrai plus.
    Brutalement, je donne un coup de pied au fond du puits de ténèbres où je suis prisonnière, je frappe pour remonter à la surface. Revenir au monde. Revenir à lui. Mobilisant toute mon énergie, j’ouvre les yeux. Et à travers mes longs cils collés, je discerne avec peine ce qui m’entoure. Un plafond blanc. Une odeur de médicaments et d’antiseptique. Le bruit d’une machine qui émet un bip-bip continu. Et, penchée au-dessus de moi, une haute silhouette.
    C’est lui. Je sais que c’est lui.
    – Elena, si tu savais comme je tiens à toi…
    Jamais encore il ne m’avait parlé comme ça. Sa voix calme et posée tremble légèrement. Il tient mes mains. Très émue, je sens ses paumes tièdes, rassurantes, autour de mes doigts. J’ai la sensation qu’il me transmet son énergie. Et je gémis faiblement pour attirer son attention.
    – Elena ?
    Elio se fige. Les yeux braqués sur moi, il me regarde me réveiller, me débattre contre le sommeil… et la douleur qui commence à m’assaillir. Un élancement me parcourt le bras, et mon dos et ma nuque irradient. Je me cramponne à ses doigts.
    – Elena !
    Je devine la joie, la peur, le soulagement, la confusion mêlés. Une seconde plus tard, j’aperçois son magnifique visage… en trois exemplaires.
    Trois fois plus d’Elio ? Je ne vais pas me plaindre !
    Malgré ma vue brouillée, je discerne ses yeux bleu arctique, les mèches noires de sa chevelure qui retombent sur son front, la finesse de ses traits, sa mâchoire virile et affirmée, sa peau si blanche qu’elle évoque les statues antiques. Mon cœur a des ratés, mais plus pour les mêmes raisons.
    – Oh mon Dieu, merci ! Tu es réveillée, Elena… Merci, merci…
    Dans un geste spontané, il baise mon front avec fièvre. Je frissonne sous la fraîcheur de ses lèvres. Lui encadre mon visage entre ses deux mains. Son contact est si doux. Et malgré les vapes, je remarque le décor de la chambre. Du carrelage, des peintures blanches et le parfum désagréable de l’eau de Javel. Je suis dans un hôpital. Alors, tout me revient : la fête avec Alice et Luca. Moi au volant de la Ferrari, en train de les ramener chez eux. Et l’accident. Le petit frère d’Elio, complètement ivre, qui donne un brusque coup de volant… et moi qui réagis trop brutalement et nous expédie dans le décor.
    Le choc.
    Le noir.
    Non, non, pas ça ! Je m’agite, affolée. Je veux bouger, me relever. Je veux savoir ce que j’ai. Plongée dans un état de faiblesse généralisée, je ne parviens qu’à agiter un orteil. Elio, lui, caresse mon visage avec ses pouces. Debout près du lit, il appuie son front contre le mien, de sorte que je sens son souffle frais sur ma peau, sur ma bouche. Ma peur diminue, apaisée par sa seule présence.
    – Chut, chut, Elena…
    – Agé bour gour.
    Euh… je parle Klingon maintenant ?
    Je commande du boulgour ?
    – Je suis là… Si tu savais comme j’ai eu peur !
    Son masque de self-control se fissure. Il me prend délicatement dans ses bras sans plus chercher à maîtriser ses sentiments. Pas de sourire en coin, pas de pirouette. À cet instant, il serait prêt à faire n’importe quoi pour me garder, me protéger, me guérir. Ses mains sont partout. Elles caressent mon front, mes joues. Elles repoussent mes longs cheveux blonds, collés par la fièvre. Moi, je lève péniblement les bras et me cramponne à lui, l’étreignant à mon tour comme une noyée. Elio semble bouleversé.
    – Je suis là, je suis là, répète-t-il.
    Je ne peux plus le lâcher. Je m’accroche à lui, torturée par les souvenirs de l’accident. J’ai peur. J’ai mal. J’ai besoin de lui, tellement, tellement…
    – Je t’aime, Elena.
    Ce n’est qu’un murmure.
    Est-ce… est-ce que j’ai bien entendu ?
    – Je t’aime, je t’aime tant…
    Il… il m’aime ?



  • Extrait

    Assise sur une chaise en métal devant une petite table rectangulaire, je rentre la tête dans les épaules. Je dois faire un cauchemar. Je ne reconnais pas la jeune fille blonde aux yeux affolés qui se reflète dans la glace. Mon teint blanc a viré au gris et je cache mes mains sous la table pour dissimuler leur tremblement. Je suis accusée de vol, moi qui n’ai jamais piqué une allumette ! Je suis accusée d’avoir dérobé une statuette hors de prix à la galerie Pasqualina. Et d’avoir été assez bête pour la planquer chez moi. Atterrée, je prends ma tête entre mes mains avec l’impression d’être plongée en pleine machination.
    Super ! Ma vie s’est transformée en épisode de Homeland.
    En garde à vue depuis une heure, j’ai les nerfs qui craquent. D’autant que j’ai l’air malin dans ma somptueuse robe du soir en mousseline blanche et rose. Les sequins de mon bustier brillent tristement dans la salle d’interrogatoire où je suis confinée. J’ai eu droit à la totale : les photos anthropométriques, les empreintes. Comme si j’étais l'ennemi public numéro 1 en cavale. Une femme à l’accueil m’a rassurée : « C’est normal, c’est la procédure. » Sauf que ça me glace le sang.
    Rester calme. Rester calme.
    J’ai peeeeur !
    À nouveau, la porte de la pièce s’ouvre pour livrer passage à un homme en uniforme bleu marine – un des deux types qui sont entrés chez moi, grand et un peu chauve. Je n’ai pas encore parlé au petit excité qui a fouillé ma chambre. Mon cœur bat la chamade tandis que le policier s’assoit en face de moi, à califourchon sur sa chaise. Il pose sur la table un sachet en plastique scellé contenant un trousseau de clés. Après une seconde, je le reconnais. Et je regarde l’homme sans comprendre.
    – Qu’est-ce que c’est ?
    – Vous les reconnaissez ? me répond-il simplement.
    J’attrape le sachet pour les observer. Aucun doute possible. Un gros trèfle à quatre feuilles se balance à mon trousseau. Il était supposé me porter chance.
    Note pour plus tard : préférer le fer à cheval.
    – Oui, ce sont mes clés. Je les avais perdues. Où les avez-vous trouvées ?
    – Chez vous, tout simplement.
    – Pardon ?
    Je le dévisage, interdite, tandis que son regard se durcit. Quand soudain, ses deux poings s’abattent sur la table, me faisant reculer dans mon siège. L’inspecteur Watts, à en croire le badge qu’il porte à la poitrine, n’a pas l’air commode. Et il m’arrache sa preuve des mains pour la ficher sous mon nez.
    – Vous essayez de me faire gober qu’on vous a piqué vos clés aujourd’hui, comme par hasard ?
    – Non, pas du tout… je les ai perdues.
    – Alors comment se fait-il qu’on les ait trouvées dans votre appartement ?
    – Je ne sais pas.
    Ça y est, je suis en hyperventilation. Comme toujours en cas de stress. Mais l’officier ne s’en émeut guère, poursuivant sur sa lancée.
    – Votre situation est grave, mademoiselle Lavigne. Vous êtes accusée du vol d’un objet d’art. Ce soir, quelqu’un s’est introduit dans la galerie Pasqualina sans effraction. Et cette personne a utilisé la clé qui était en votre possession.
    La clé oubliée dans mon atelier par Elio.
    Mon cœur manque un battement.
    – Ça vous revient, on dirait ?
    – Non, je…
    – Vous avez pris cette statuette, mademoiselle Lavigne. Vous êtes allée dans la galerie, vous l’avez piquée et vous êtes rentrée chez vous pour la cacher dans votre chambre. On a les clés avec vos empreintes. Et un témoin affirme vous avoir vue rôder autour de la galerie.
    – Un témoin ?
    C’est la quatrième dimension. Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur. N’essayez donc pas de régler l’image.
    – Fini de jouer !
    Ses poings fracassent à nouveau la table qui vacille dangereusement. J’en ai des sueurs froides tandis que je me rencogne dans mon coin. Mon pouls atteint des pics de vitesse et je suis à deux doigts de tomber dans les pommes. Le flic se lève en repoussant sa chaise d’un geste brusque. Il se penche vers moi, de sorte que son souffle balaie mon visage.
    – Quand vous avez obtenu les clés de la galerie Pasqualina, vous y avez vu une occasion en or de vous enrichir.
    – Mais je… je n’ai pas de problème d’argent !
    – Vous avez été là-bas et vous avez pris cette statue parce qu’elle se trouvait dans la réserve. C’est un vol d’amateur, qui ne demandait pas de compétences particulières en matière de systèmes de sécurité. Puis vous êtes bien tranquillement rentrée chez vous pour la dissimuler dans votre armoire.
    Je secoue la tête, affolée.
    – Vous pensez que j’aurais été assez bête pour la cacher chez moi ?
    – Avouez, mademoiselle Lavigne !
    – Avouez quoi ? Je n’ai rien fait.
    – Avouez, bon Dieu !
    Il frappe encore la table pour me faire craquer, pour obtenir mes aveux et classer au plus vite cette affaire. Je sens que la nuit va être longue, très longue…
    ***
    Je comprends maintenant pourquoi certains suspects craquent et avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis. Après deux heures passées en salle d’interrogatoire, j’ai les larmes aux yeux, même si je n’ai pas changé ma version d’un mot. Jusqu’à ce qu’un homme en costume-cravate me rejoigne dans la petite salle, armé d’un attaché-case et d’un sourire confiant. Qui est-ce ? Je me méfie, sur mes gardes. Les policiers passent-ils à la vitesse supérieure ? Vais-je avoir le droit à un projecteur dans les yeux et des litres d’eau dans la figure ?
    – Elena Lavigne ? Je m’appelle Alex Clauson. Je suis l’un de vos avocats.
    Il me serre la main.
    – Vous avez été commis d’office ?
    Il éclate de rire en s’asseyant sur le rebord de la table, visiblement très à l’aise dans ce cadre. Âgé d’une quarantaine d’années, il est plutôt bel homme. Mes yeux s’attardent sur sa veste d’excellente facture et ses mocassins vernis, impeccablement cirés. Sans parler de sa coupe de cheveux ou de sa chevalière en argent. Soit le bureau du procureur a revu les salaires à la hausse, soit…
    – Pas du tout. Je fais partie de l’équipe qui travaille pour monsieur Garibaldi. J’ai été envoyé pour vous sortir de ce pétrin. En ce moment, deux de mes collègues s’occupent des formalités.
    Je suis abasourdie. Et je frissonne dans ma longue robe du soir totalement déplacée dans cet endroit. La fin du conte de fées a été brutale après mon rendez-vous magique avec Elio au-dessus de Roosevelt Island. Le carrosse ne s’est pas simplement retransformé en citrouille. Cendrillon a été arrêtée et coffrée par les flics.
    Personnellement, je n’aime pas trop ce remake.
    Je serre mes bras autour de moi, couverte d’une fine chair de poule. Je ne peux m’empêcher de songer à Elio. Que pense-t-il de toute cette histoire ? Me croit-il coupable, capable d’une chose pareille ?
    – Vous serez sortie dans moins d’un quart d’heure. Nous sommes en train de régler votre caution.
    – Ma caution ?
    – Elle a été fixée à dix mille dollars. Monsieur Garibaldi s’en acquitte.
    Je deviens toute pâle alors que l’avocat pose une main compatissante sur mon épaule. Mais je n’entends même pas la suite de son discours, sans doute des paroles réconfortantes. Je me mords les lèvres. À cause de moi, Elio vient de perdre une grosse somme. Ce n’est sans doute qu’une goutte d’eau dans l’océan de sa fortune, mais je me sens mal à l’aise. Dans quel pétrin me suis-je fourrée ? Et comment ? La situation m’échappe complètement. J’ai l’impression d’être prise dans un piège.
    Quelques minutes plus tard, et grâce au coup de baguette magique d’Elio, je sors du commissariat. Entourée par un escadron de trois ténors du barreau, je respire l’air frais de la nuit. Et je le vois. Il est là, dehors. Il m’attend devant sa voiture, garée sur le parking, et tourne en rond comme un lion en cage. Mon cœur se gonfle dans ma poitrine. Parce qu’il est là pour moi. Parce qu’il a volé à mon secours. Parce qu’il a tout fait.



  • Extrait
    1. Dans les flammes
    – Elio !
    Mon cri explose dans la rue, s’élevant au-dessus de la cacophonie générale. Partout, des gens affluent et sortent des immeubles voisins. Certaines voitures se garent le long du trottoir tandis qu’un adolescent brandit son téléphone portable pour filmer la scène. Moi, je ne fais plus attention à rien. Mon cœur cogne dans ma poitrine, désordonné, affolé. Et le sang se retire de mon visage, me laissant blanche comme un linge. Si je n’avais pas si peur, je m’évanouirais sur-le-champ.
    – Elio ! Elio !
    Les larmes me montent aux yeux tandis que je fixe désespérément les fenêtres de mon atelier en flammes. Il brûle ! Tout le dernier étage est en feu. À présent, une épaisse fumée grise s’échappe des vitres et une odeur de plastique brûlé me pique les narines. Rien à voir avec les feux de cheminée et leur bonne odeur de bois. Je commence à tousser violemment, pétrifiée sur place.
    C’est un cauchemar.
    À peine de retour de notre merveilleux voyage dans les Hamptons, les drames nous rattrapent. Cédant à la panique, je pousse un cri étranglé. Elio a disparu à l’intérieur depuis trop longtemps. Pourquoi ne revient-il pas ? Et pourquoi s’est-il jeté dans la gueule du loup ? Je n’ai même pas eu le temps de le retenir. Sans hésiter, il s’est précipité vers l’immeuble, sa haute silhouette absorbée par les volutes sombres.
    – Eliooo !
    Je secoue la tête, envoyant voler mes longs cheveux blonds, hypnotisée par les fenêtres de mon atelier. Je ne vois plus rien. Seulement un écran gris, opaque. Et des flammes qui commencent à lécher l’un des murs en s’échappant d’un soupirail. Mon cœur s’arrête de battre. S’il mourait ? S’il brûlait vif ? Je me mords les lèvres, priant comme jamais de ma vie.
    Rendez-le moi, rendez-le moi.
    Autour de moi, les conversations inquiètes forment une rumeur discrète, un fond sonore odieux. Tous les voisins se sont rassemblés au seuil de leurs immeubles. Une femme en peignoir plaque une main sur sa bouche, affolée, tandis que son mari entoure ses épaules d’un bras. L’adolescent continue à filmer – merci la génération YouTube ! Et moi, j’enregistre chaque information, comme si le film se déroulait au ralenti. J’ai l’impression de jouer dans un mauvais remake de La Tour infernale.
    – Elio…
    Ma voix se casse, brisée. Et à cet instant, le chant strident de la sirène des pompiers s’élève. Toutes les têtes se tournent dans la même direction, vers le camion rouge qui déboule sur l’avenue, tout gyrophare allumé. Il est encore à l’horizon, à se faufiler parmi les véhicules qui s’écartent tant bien que mal dans la circulation dense. Les secours n’arriveront pas à temps. L’incendie n’en était qu’à ses débuts à notre arrivée, mais il prend de l’ampleur, dévorant tout sur son passage. Alors, je ne réfléchis plus. J’agis avec mes tripes.
    Je me précipite vers l’immeuble.
    – Elio !
    Quand une main s’abat sur mon bras pour me retenir. Des doigts épais et puissants qui me stoppent net, me forçant à me retourner.
    – Elena, n’y allez pas !
    Faisant volte-face, mes longs cheveux blonds dans la figure, je me retrouve nez à nez avec Dominic Stone. En costume marron et cravate vert bouteille, le vieil homme est sorti de sa galerie, située en face de l’atelier. Des plis inquiets creusent sa figure tandis qu’il plonge dans mes yeux verts. Il secoue la tête, paternel.
    – Ne faites pas ça, Elena.
    – Elio est à l’intérieur !
    – Je sais, je sais…
    Jetant un regard inquiet vers l’immeuble, il se tait un instant mais sans me lâcher, sa main serrée comme une pince autour de mon bras. Lui aussi semble ravagé par l’angoisse.
    – J’ai tout vu, me précise-t-il d’un ton apaisant.
    – Il risque sa vie !
    – Les pompiers arrivent. Ne cédez pas à la panique.
    – On ne peut pas le laisser à l’intérieur !
    Il y a des larmes dans ma voix tandis que le camion rouge, muni de sa longue échelle métallique, se gare sur le bas-côté en déversant un flot d’hommes en uniforme noir. Cela ressemble à un film. C’est si… irréel. Et toujours pas d’Elio. Toujours pas trace de l’homme que j’aime. Je donnerais ma vie, là, tout de suite, pour apercevoir sa haute silhouette. Étouffant un sanglot, je secoue la tête tandis que Dominic enserre mon bras, bienveillant.
    – Vous croyez qu’Elio aimerait vous voir courir à sa poursuite, dans les flammes ? Allons, allons…
    Il se rapproche de moi et ne me lâche pas d’un centimètre, comme s’il redoutait que je ne fasse une bêtise ou ne cède à une impulsion. Il semble sincèrement anxieux, même s’il domine sa panique. Et sa voix se fait persuasive, entêtante, tandis que j’observe la porte de l’immeuble. Déjà, les pompiers déroulent leur lance à eau. Et aucune trace d’Elio, nulle part. Dominic continue à me susurrer des recommandations à l’oreille. Sans trop savoir pourquoi, je pense à Kaa, le serpent dans Le Livre de la jungle.
    Aie confiance… Aie confiance…
    Quand soudain…
    – Regardez ! crie une femme dans mon dos.
    Mon cœur s’arrête de battre au moment où une haute silhouette se découpe au seuil du bâtiment. Un homme. Un homme chargé comme une mule émerge de la fumée noire. Abritant son visage derrière un bras, il tient un énorme sac en toile et un carton à dessins. Je ne respire plus. Le temps s’arrête. Et j’oublie tout – les cris des pompiers, les murmures des badauds, les volutes piquantes, l’odeur de plastique, les klaxons des voitures, la présence du galeriste. Il n’y a plus que lui et moi. Lui qui sort. Moi qui lui tends les bras.
    Puis mon cri. Mon cri qui déclenche tout.
    – Elio !
    M’arrachant à l’emprise de Dominic, je me précipite vers lui. Ses cheveux noirs et fins en bataille, son visage parfait recouvert d’une fine couche de suie, il laisse tomber son précieux chargement par terre. Et moi, je me jette à son cou. Il sent le feu et le danger, la mort et la fumée. Sans hésiter, j’enfouis ma tête contre son épaule tandis qu’il m’étreint de toutes ses forces. Derrière nous, les pompiers s’élancent à l’intérieur après avoir sécurisé la zone et repoussé les badauds.
    Pour moi, plus rien n’existe.
    Que lui.
    Que lui, si vivant sous mes doigts, contre moi.
    – J’ai cru que…
    Je ne peux pas terminer ma phrase. Une grosse boule se forme dans ma gorge et mes nerfs craquent. Je me mets à pleurer toutes les larmes de mon corps, sans pouvoir me refréner. J’évacue toute la tension accumulée. Dire qu’il n’a disparu que trois minutes, trois petites minutes ! J’ai eu l’impression que ça durait un siècle.
    – Ne pleure pas, ma chérie. Je suis là, tu vois bien.
    – Tu aurais pu mourir !



  • Extrait

    Ottavio Garibaldi assassiné ? Je fixe Elio avec crainte en enregistrant ces informations. Il tient toujours son portable à la main, méditant les révélations du détective privé qu’il a engagé pour élucider la mystérieuse fin de son père. Et nous restons silencieux devant le musée d’art moderne où se poursuit l’exposition. Je n’ai plus conscience des voitures qui s’engagent dans l’avenue, des passants qui nous frôlent. Je ne vois que la silhouette d’Elio qui se découpe devant moi dans son smoking noir pendant qu’il encaisse le choc.
    — Mademoiselle Lavigne ?
    Je sursaute en entendant la voix de Dominic Stone. Que fait-il là ? Je n’ai pas le temps de réagir qu’il sort du grand immeuble en verre du MoMA pour se diriger droit sur nous, un sourire affable aux lèvres. Ce que je trouve plutôt culotté après ce qu’il vient de nous apprendre au sujet du rachat des parts de Luca. N’est-il pas maintenant l’actionnaire principal de la galerie Pasqualina au détriment de frères Garibaldi, qui en avaient hérité de leur père ? Il semble d’ailleurs flotter sur un petit nuage. Et, bonhomme, il s’avance vers moi en agitant la main.
    — Venez vite, Elena. Je vous cherche partout.
    — Moi ?
    — Vous venez de vendre une de vos œuvres !
    Wow. Ça va trop vite pour moi.
    — Allons, dépêchez-vous ! me serine monsieur Stone. Votre acheteur aimerait vous rencontrer.
    Sans égard particulier pour Elio qu’il vient de spolier, il pose une main autoritaire sur mon bras. Je réprime un long frisson, hérissée par ce contact. Il y a toujours eu une incompatibilité épidermique entre moi et cet homme à la mine chafouine et à l’œil roublard. Je me tourne vers Elio, tiraillée. J’ai l’impression d’être la femme coupée en deux des tours de magie.
    — Je…
    — Vas-y vite.
    Le timbre neutre d’Elio me donne froid dans le dos, lui aussi… même s’il est destiné à Dominic dont il daigne à peine remarquer la présence. Il adoucit d’ailleurs ses paroles d’un signe de tête encourageant à mon attention. Ce qui ne l’empêche pas de serrer les mâchoires en regardant les doigts épais du galeriste sur mon épaule. Je me laisse entraîner vers l’intérieur du musée… même si je continue à fixer Elio, sans regarder où je mets les pieds.
    Il m’encourage d’un sourire, sachant combien cet instant compte pour moi. Puis il se détourne, ne m’offrant plus que son large dos aux épaules carrées. Je le vois coller son téléphone à son oreille et je devine sans peine qui il cherche à joindre : Henry Philips, le privé chargé de l’enquête. Un instant plus tard, je suis prise dans le flot des invités aux côtés de Stone qui se frotte les mains de contentement devant mon succès. Un flot de paroles mielleuses coule de ses lèvres – je n’en écoute pas la moitié.
    — Je vous félicite, ma petite Elena.
    Je ne suis pas sa petite Elena.
    — C’est un réel succès pour vous et pour la galerie. Vous savez qu’il est très rare de vendre aussi rapidement une œuvre lors d’un vernissage. Surtout lorsqu’on débute. Je…
    Clac. Je me déconnecte.
    Mon cœur bat la chamade à mesure que nous traversons l’enfilade des salles. Je reste derrière le galeriste qui déverse sur moi une litanie de paroles creuses. Il semble parfaitement à l’aise en ma présence. En homme rompu à toutes les roueries, il n’arrête pas de toucher mon coude, mon épaule… De mon côté, j’ai un gros nœud dans la gorge. Cette œuvre vendue, c’est à la fois excitant et intimidant. Comme le vieux monsieur élégant qui me tend la main, planté devant mes Open Box.
    — Mademoiselle Lavigne, je présume ? Je suis lord Barforth. Ravi de faire votre connaissance.
    Monsieur Stone se charge des présentations et mon acheteur serre longuement ma main, sans la lâcher. Je me mords les lèvres… et commence à bégayer, à bafouiller. Oh, non ! ça recommence. Pourquoi les symptômes de Creutzfeldt-Jakob se manifestent uniquement dans les moments importants ? L’aristocrate anglais finit par éclater d’un rire distingué, amusé par mon trouble… – comment dire ? – très visible !
    — C’est un honneur de rencontrer une jeune artiste de votre talent. Je suis tombé amoureux de votre travail au premier regard. Je collectionne les œuvres d’art depuis de nombreuses années.
    — Oh, je ne sais pas quoi dire…
    — Elena est l’un de nos éléments les plus prometteurs, me coupe Stone avec un bel aplomb.
    Pendant que les deux hommes échangent quelques idées sur la scène artistique new-yorkaise, je coule un regard ému vers ma série de boîtes ouvertes. J’imagine l’une de mes Box exposée dans un château au cœur des landes. Ne me demandez pas pourquoi dans les landes, c’est comme ça. Je me sens à la fois inquiète et remplie d’orgueil. C’est un petit bout de moi qui s’en va. C’est un travail intime, personnel, qui appartiendra désormais à un inconnu. Mais n’est-ce pas le destin d’une œuvre ?
    — À l’avenir, je pense que vous occuperez une place de premier plan dans le monde artistique. Je rappellerai alors à mes amis collectionneurs que j’ai été le premier à croire en vous, m’assure lord Barforth.
    — Merci, monsieur.
    Puis j’ajoute, presque malgré moi :
    — Prenez bien soin de ma boîte.



  • Une histoire d'amour sensuelle et mystérieuse... Être jetée hors de la galerie d'art où je veux exposer : fait ! Me retrouver en soutien-gorge en pleine soirée mondaine : fait ! Rencontrer un bel inconnu, à moitié nue, dans les vestiaires pour hommes : fait ! Survivre à la honte : à faire. Tout ça en une journée... Vous y croyez ? Lunaire, attachante et imprévisible, Elena Lavigne vit l'une des pires journées de sa vie. En vingt-quatre heures, cette jeune étudiante en art est refoulée de la galerie où elle vient présenter ses oeuvres et se retrouve à jouer les naturistes en plein gala dans un palace. C'est la catastrophe ! Jusqu'à ce qu'elle croise la route d'un séduisant inconnu en se trompant de vestiaire. Le problème ? Elle est en soutien-gorge, lui en smoking. Ce qui n'empêche pas le coup de foudre... Après le succès de son premier roman, Rose M. Becker revient avec Désirs et désastres. Désirs et désastres, vol. 1 sur 6.

  • Une histoire d'amour sensuelle et mystérieuse... Être jetée hors de la galerie d'art où je veux exposer : fait ! Me retrouver en soutien-gorge en pleine soirée mondaine : fait ! Rencontrer un bel inconnu, à moitié nue, dans les vestiaires pour hommes : fait ! Survivre à la honte : à faire. Tout ça en une journée... Vous y croyez ? Lunaire, attachante et imprévisible, Elena Lavigne vit l'une des pires journées de sa vie. En vingt-quatre heures, cette jeune étudiante en art est refoulée de la galerie où elle vient présenter ses oeuvres et se retrouve à jouer les naturistes en plein gala dans un palace. C'est la catastrophe ! Jusqu'à ce qu'elle croise la route d'un séduisant inconnu en se trompant de vestiaire. Le problème ? Elle est en soutien-gorge, lui en smoking. Ce qui n'empêche pas le coup de foudre... Après le succès de son premier roman, Rose M. Becker revient avec Désirs et désastres. Vous trouverez réunis ici tous les volumes de la série (du 1 au 6).

  • Ne ratez pas la romance 100% drôle et érotique de Rose M. Becker ! « Je reste sans voix. Parce qu'il vient de relever la tête. Mon voleur de taxi. Dans ma poitrine, mon coeur s'arrête de battre - à moins que ce ne soit le temps qui s'arrête de défiler ? Jamais je n'ai croisé des yeux pareils. Bleu sombre. Bleu tempête. Comme le fond de l'océan quand il est en colère. » Au moment où elle se rend à l'entretien d'embauche qui peut changer sa vie, Kate Marlowe manque de se faire piquer son taxi par le plus irrésistible des inconnus. Avec le bébé de sa défunte soeur à charge, ses factures en retard et ses loyers impayés, elle ne peut pas laisser filer cette voiture. Ce travail, c'est sa chance ! Ni une ni deux, elle décide de prendre en otage le bel étranger... même s'il y a de l'électricité dans l'air. Entre eux, l'attirance est immédiate, foudroyante. Même s'ils ignorent encore que cette rencontre va changer leur vie. À jamais. Tout oppose la jeune débutante, impulsive et spontanée, au richissime PDG, énigmatique et ténébreux. Tout... ou presque. Car Kate et Will sont liés par un secret qu'ils vont bientôt découvrir... à leurs dépens. Sensible et amoureuse des mots, Rose M. Becker a tout naturellement consacré sa vie à l'écriture. Ses histoires d'amour émouvantes ont captivé les lecteurs, qui se reconnaissent dans ses personnages tendres et touchants. Le bébé, mon milliardaire et moi est son premier livre publié aux Éditions Addictives. Découvrez la saga de Rose M. Becker, Le bébé, mon milliardaire et moi ! Ce livre regroupe tous les e-Books de la série (volumes 1 à 3).

  • Extrait

    Vautrée sur le canapé de mon meilleur ami, je fixe le poste de télévision sans le voir. C’est la centième rediffusion de Love Actually en cette période de fêtes de fin d’année. Avec un gros reniflement, je plonge ma main dans le saladier de pop-corn dégoulinant de beurre et j’en avale une énorme poignée. Pendant quelques secondes, je ressemble à un hamster – un rongeur en plein nervous breakdown. Pour la peine, j’attrape une tranche de pain d’épices pour m’en goinfrer. Je vais prendre 30 kilos mais je m’en fous !
    De toute manière, je vais finir seule, obèse et dévorée par des chats.
    Pendant que Hugh Grant improvise une petite danse à l’écran, je pousse un énorme soupir. Assis à côté de moi, Chris entoure mes épaules d’un bras protecteur. Il ne dit rien. Notre complicité se passe de mots. Nos deux visages seulement éclairés par l’écran, nous restons silencieux. Chris a respecté le code de déontologie de l’amitié et éteint toutes les lumières… afin que je puisse pleurer en paix dans mon coin.
    Harrison Cooper est un assassin.
    La phrase me trotte dans la tête, impitoyable. Prenant une serviette en papier, je fais mine d’essuyer ma bouche alors que je tamponne mes joues humides. Deux jours après la découverte du secret d’Harrison dans la presse, je suis encore sous le choc. Sonnée comme si j’avais reçu une enclume sur la tête. Il a tué toute une famille dans un accident de voiture ! Il a tué des gens de la même manière que mes parents ont été tués.
    – Tu veux un sucre d’orge ?
    Chris me tend un bâtonnet à rayures rouges et blanches. C’est orgie de sucre, ce matin ! Enfermés dans le chalet de mon voisin, nous nous bâfrons avec toutes les cochonneries à notre portée. Chris a déclenché le plan « Alerte cœur brisé ». Je lui ai raconté toute mon histoire avec Harrison : de notre rencontre dans la boutique d’antiquités jusqu’à notre nuit sous la neige artificielle… et notre rupture. Et il s’est montré à la hauteur, tel le grand frère que je n’ai jamais eu.
    Qu’est-ce que je ferais sans lui ?
    Je secoue la tête en croquant dans le bâton. Tant pis pour mes dents ! Tant pis pour mes fesses ! Je hausse les épaules en continuant l’orgie. Chris, lui, me couve d’un œil inquiet et passe une main dans mes cheveux bruns, retenus en une haute queue de cheval au sommet de ma tête. Des mèches folles s’en échappent, comme si j’avais tenu un bâton de dynamite entre les mains. Je n’ai pas l’air brillant avec mon legging noir et mon gros gilet avec la tête du père Noël tricoté.
    – Je n’arrive pas à y croire ! craqué-je soudain.
    Chris ouvre la bouche mais je ne lui laisse pas le temps de caser un mot. Trop tard ! La machine est lancée.
    – Trois personnes sont mortes à cause de lui ! Toute une famille ! Comment a-t-il pu me cacher un truc pareil ?
    – Ce n’est pas vraiment le genre de choses qu’on raconte entre le plat et le dessert…
    – Tu prends sa défense ?
    Je lui jette un regard furibond. Mon ami, toujours aussi canon avec son look de surfer égaré dans le Montana, recule contre l’accoudoir du canapé, les mains en l’air en signe de reddition.
    – Tu sais bien que je suis de ton côté.
    Il marque un bref arrêt, l’air de marcher sur des œufs.
    – Mais je me demande si tu devrais vraiment croire cet article. Après tout, il a été écrit par Maggie O’Malley ! Cette femme est une vraie vipère et elle a la fâcheuse habitude de transformer la réalité.
    Je pousse un énième soupir, désabusée.
    – J’y ai bien pensé et j’ai vérifié toutes ces informations sur le Net. Ce qu’elle a écrit est parfaitement exact. À l’âge de 16 ans, Harrison Cooper a percuté de plein fouet une voiture familiale et fait trois victimes. Il est passé devant le juge pour enfants et a été envoyé deux ans dans un centre de détention pour mineurs.
    – C’est terrible.
    Chris presse doucement mon genou de sa grande main hâlée. Mon meilleur ami semble catastrophé. Il devine combien cette histoire réveille de douloureux souvenirs en moi. Le crime d’Harrison me rappelle le drame qui a fauché mes parents deux ans plus tôt, sur une petite route de campagne. J’ai failli donner mon cœur à un meurtrier. Je lui ai fait confiance ! J’essaie de ne pas fondre en larmes. À la place, j’enfourne une pelletée de grains de maïs soufflés, bien décidée à mourir du diabète en fin de matinée.
    – Je suis là si tu as besoin d’en parler.
    Je ne peux pas répondre. J’ai la bouche trop pleine. Et Chris en profite pour se racler la gorge. Il se tortille sur le sofa comme s’il était pris d’une envie pressante.
    – Je l’ai croisé, hier.
    – Qui cha ? fais-je, les joues gonflées par les bonbons. Harrichon ?
    – Lui-même. Il était en train de faire des courses en ville, je crois. Et je peux t’assurer qu’il faisait peine à voir.
    Mon cœur manque un battement. Même si cela devrait m’indifférer. Même si cela ne devrait plus me toucher. Harrison n’est plus qu’une vaste, une gigantesque erreur pour moi. Alors pourquoi ai-je toujours ce trou noir dans la poitrine ? Pourquoi mon cœur refuse-t-il de s’accorder à mon cerveau, à ma raison ? Comme s’il menait sa vie propre !
    – C’est vrai ? dis-je, après avoir avalé ma tonne de glucides.
    – Il semblait porter le poids du monde sur les épaules. Alors je ne connais pas du tout cet homme… mais tu l’imagines vraiment dans la peau d’un tueur ?
    Quelques secondes filent.
    Rien n’est plus possible entre lui et moi. Voilà tout ce que j’ai besoin de savoir.
    – Les gens n’ont pas toujours l’air de ce qu’ils sont. Et maintenant, change de chaîne, s’il te plaît. Rien n’est plus déprimant qu’une comédie romantique !



  • Extrait

    Tombée à genoux sur la moquette, je tiens ma blessure à deux mains. La tache rouge perce à travers le tissu de mon pyjama, sous la grosse laine de mon gilet. Un frisson me secoue l’échine. Il fait froid tout à coup, comme si ma fièvre était tombée. Sentant la douleur irradier dans mon flanc, je presse la plaie de toutes mes forces. Dans le couloir, une cavalcade retentit, les marches de l’escalier tremblent – sans doute Jonathan qui s’enfuit. Et dans mon cerveau embrouillé, la même phrase revient en boucle :
    J’ai été poignardée par le frère d’Harrison !
    Non, je dois dormir, c’est forcément un rêve !
    Un rêve qui craint, alors…
    Une seconde plus tard, j’entends le bruit d’une porte qui claque, une autre qui s’ouvre. Dans le chalet de Serena, c’est le branle-bas de combat. Je halète, chaque inspiration me fait mal. Je n’ose plus jeter le moindre coup d’œil à ma blessure. J’ai trop peur de voir mes boyaux à l’air ! Et bientôt, la lumière s’allume dans le corridor, des bruits de pas résonnent. Seule dans le dressing, je relève la tête, mes cheveux bruns en pétard autour de mon visage blême, et j’aperçois la haute silhouette d’Harrison sur le seuil. Il y a comme un flottement et…
    – Mary !
    Le cri du cœur. Il a vu le sang. Il a vu la tache entre mes doigts. Figé, il semble à la limite de perdre son légendaire sang-froid. Moi, je lui souris faiblement. J’ai connu des jours meilleurs, j’avoue. Puis je pointe l’index en direction du couloir :
    – Jonathan…
    Ma voix vacille, tremblote telle la flamme d’une bougie sous le vent. Me raclant la gorge, je répète plus fort :
    – Jonathan… par là…
    Sauf qu’Harrison ne s’élance pas à l’assaut de mon agresseur. À la place, il se précipite vers moi, fondant sur ma pauvre forme recroquevillée dans un coin. À moitié tombée dans les belles robes de soirée de Serena, j’ai la tête perdue au milieu des ourlets soyeux et les jambes repliées sous les fesses. Surtout, je reste penchée en avant, côté blessure. Harrison s’agenouille près de moi.
    – Laisse-moi voir.
    – Non… ton frère…
    – Mary ! Il n’y a qu’une seule urgence : toi !
    Surprise par le ton autoritaire de sa voix, j’ouvre de grands yeux tandis qu’il pose ses mains très douces sur les miennes. Son visage à quelques centimètres du mien, je distingue nettement ses mâchoires serrées, ses pupilles dilatées. Mon cœur se met à battre très vite malgré la douleur. Je crois qu’il tient à moi. Je le sens à ses doigts qui tremblent lorsqu’il écarte les miens pour constater l’étendue des dégâts. Je ne peux quitter ses yeux vert-noisette où danse une lueur angoissée. Serait-il possible que lui aussi… ?
    Aïe !
    Un violent pincement dans ma chair me rappelle le coup de couteau reçu. Ça fait mal ! Je me mords les lèvres, retenant un gémissement au moment où une seconde forme apparaît à l’entrée du dressing. Serena en personne. Dans son luxueux peignoir blanc, la vieille dame s’immobilise en jetant un regard incrédule à la scène. Elle me voit, moi, par terre, avec du sang sur mon gilet. Et Harrison, accroupi, qui cherche à l’ouvrir fébrilement pour m’aider.
    – Seigneur !
    Son cri terrifié résonne jusqu’au plafond, où les néons illuminent crûment la pièce. Un authentique cri de panique, viscéral.
    – Oh mon Dieu ! répète-t-elle en plaquant les deux mains sur sa bouche, les yeux écarquillés par cette vision de cauchemar.
    À cet instant, Harrison se détourne de moi pour lui jeter un regard acéré, impatient. De mon côté, je sens un courant d’air s’inviter sous le col de mon pyjama rose. Hélas, le tissu colle à la petite flaque d’hémoglobine. Ma blessure me lance, comme si mon cœur y pulsait. Où est Jonathan ? Tout s’embrouille dans ma tête.
    – Appelle une ambulance ! lance Harrison à sa grand-mère.
    Son calme est presque contagieux. Serena hésite, prise entre deux feux, entre son désir de me secourir et sa terreur. Puis elle finit par hocher la tête alors qu’Harrison insiste sans la quitter de son regard assuré, pénétrant. Il sait ce qu’il fait. Or il ne peut rien arriver d’irréparable tant qu’il est là. J’en ai la certitude.
    Les dents serrées, je continue à me raccrocher à l’une de ses mains. Je m’y cramponne pendant qu’il comprime ma blessure de ses doigts libres, jouant le rôle de garrot pour endiguer l’hémorragie. Doucement, il colle son front au mien dans le silence. Nez contre nez, je sens son parfum, sa chaleur, son aura. Et malgré la souffrance, je suis emportée dans une bulle, à l’abri, comme si j’avais trouvé mon refuge.
    Nous ne bougeons pas. Et nous sommes encore dans cette position lorsque les sirènes retentissent dans le lointain.



  • 3 histoires de romances érotiques qui vous tiendrons en haleine! Retrouvez dans ce coffret les best-sellers des éditions Addictives ! Nos auteures Phoebe P. Campbell, Rose M. Becker, Emma M. Green vous font partager des histoires d'amour sensuelles et envoûtantes, rien que pour vous et votre plaisir ! Ce coffret contient le volume 1 des séries : - Lui résister... ou pas de Phoebe P. Campbell - Sex Friends - Et plus si affinités de Rose M. Becker - Jeux Interdits de Emma M. Green Les histoires contenues dans ce coffret peuvent être lues indépendamment.

  • Extrait

    Un œil fixé sur la pendule de mon tableau de bord, je tourne dans les petites rues de ma ville natale. Bienvenue à West Yellowstone ! Population ? Mille habitants et quelques… et moi, et moi, et moi. Perdue au nord-ouest du Montana, la minuscule agglomération se dresse au beau milieu des montagnes à perte de vue et des sapins qui se plient sous les bourrasques du mois de décembre. Ici, tout le monde se connaît. À peine ai-je le temps de tourner dans l’avenue principale que M. Stone, le garagiste, et Patrick Cunningham, l’agent immobilier, me saluent d’un petit signe de la main.
    Home sweet home.
    Je me gare devant une enfilade de bâtiments en bois qui s’étirent tout le long de Main Street. Et avant de sortir, je fais les vérifications d’usage. Écharpe ? Oui ! Manteau boutonné ? OK ! Gants ? Mis ! Bonnet en laine noire ? Yes ! Je suis prête à affronter la rigueur de l’hiver montanais. Dernier coup d’œil au rétroviseur. Bon, je ressemble un peu à Bibendum avec ma grosse parka molletonnée rouge. On me tirerait dessus, je crois qu’elle ferait gilet pare-balles…
    Mais après vingt ans passés dans cet État, je sais comment survivre au froid glaciaire qui s’abat sur notre région en cette saison. Pas envie de finir avec les orteils cristallisés au fond de mes chaussures ! Quand j’étais petite, mon père me racontait qu’un touriste avait été amputé des doigts de pied pour avoir marché trop longtemps dans la neige. Franchement ? Je crois qu’il se fichait de moi ! Mais je ne peux pas m’empêcher d’y songer avec un petit sourire en descendant de mon gros 4x4. Mon père… il me manque terriblement. Comme maman.
    – Ça va, Mary ?
    Stan Travis, le fils cadet du gérant du plus grand hôtel de la ville, travaille à mi-temps dans l’établissement, destiné à accueillir les touristes venus profiter du parc national tout proche de Yellowstone. Quand je disais qu’on ne peut pas faire un pas ici sans être reconnu…
    Intimité : zéro. Par contre, question convivialité…
    – Ça roule.
    – Qu’est-ce qui t’amène dans les parages ? me demande-t-il, lui aussi emmitouflé jusqu’à la racine des cheveux dans une parka XXL.
    On ressemble à deux bonshommes de neige en train de faire la conversation. Les habitants de West Yellowstone ne sont pas très glamour en hiver. Mais revenez en été et vous verrez ce que vous verrez !
    – Je dois faire une petite course avant d’aller chercher Brittany au collège. D’ailleurs, je suis à la bourre !
    – Pour changer ! se moque-t-il.
    Si je n’étais pas si pressée, je lui réglerais son compte, à mon vieux copain de lycée. Mais pour cette fois, je me contente d’une grimace avant de m’éloigner au petit trot – aussi vite que mes vêtements me permettent d’avancer – en direction de la boutique d’antiquités située au bout de la rue. Gérée par l’adorable Mme Miller depuis des temps immémoriaux (on la soupçonne d’avoir été une contemporaine d’Abraham Lincoln), elle propose toutes sortes d’objets rares, délicats et généralement hors de prix. Mais j’ai prévu le coup, quitte à multiplier les heures de boulot entre mes heures de cours à la fac de médecine.
    – Bonjour ! claironné-je en entrant dans le magasin.
    Au-dessus de ma tête, un petit carillon retentit tandis que la porte en verre se referme derrière moi. Aucune réponse. Apparemment, il n’y a personne. Surprise, je m’avance entre les étagères garnies de petites fioles en cristal, d’étuis à cigares anciens et de poupées en porcelaine. J’en profite pour enlever quelques couches : mon écharpe, mon bonnet… et j’abaisse le zip de ma parka. Histoire de respirer un peu dans mon airbag.
    – Où est-il ? fais-je à mi-voix.
    Deux mois plus tôt, j’ai repéré le cadeau idéal pour Serena Cooper, la vieille dame avec laquelle je suis devenue amie au cours de mes nombreuses visites en tant qu’aide-soignante. Malgré nos cinquante ans d’écart, nous avons tissé des liens profonds. C’est la femme la plus intègre, la plus intelligente et la plus bienveillante de ma connaissance. Je la considère parfois comme une grand-mère, moi qui n’ai presque plus de famille en dehors de ma petite sœur Brittany.
    Or, je voudrais la remercier. De sa gentillesse. De son attention. De nos fous rires. Et de son invitation à sa grande fête de l’hiver, donnée chaque année au début de la saison. Je me faufile derrière une grande vitrine format Dwayne Johnson. Quand soudain, j’aperçois le superbe coffret à bijoux que je souhaite acheter.
    Dans les mains d’un homme.
    Pilant comme si je venais de prendre une porte en plein visage, je reste interdite à l’autre bout de l’allée. Qui est cette bombe ? 1,85 mètre de cheveux châtains coupés court, de barbe de trois jours un peu piquante, de lèvres charnues et d’yeux vert-noisette à tomber par terre. Sa carrure athlétique, ses larges épaules cachées sous un manteau en cachemire noir, me barrent entièrement la route. Mon cœur manque un battement. Ou deux. Ou trois.
    Dans le jargon médical, on appelle ça une crise cardiaque.
    Je n’ai jamais vu un type aussi canon. Il est si impressionnant que j’en avale ma salive de travers. Je me sens soudain très gauche, incapable d’avancer. Zut ! Je ne vais pas jouer les mijaurées ! J’hésite pourtant à l’aborder tandis qu’il examine mon coffret sous toutes les coutures. Un instant, je ne peux m’empêcher d’admirer ses grandes mains, fines mais puissantes. Elles caressent le bois avec une douceur et une attention qui me rendent… toute chose. C’est presque sensuel.
    Bon Dieu ! Je dois vraiment me trouver un petit copain !
    De profil, lui n’a toujours pas remarqué ma présence, complètement absorbé par son examen. Tiens, je ne sais pas si je dois me vexer… J’en profite pour repérer la petite cicatrice qui barre son menton. Souvenir d’une bagarre ou d’un accident ? Je l’imagine bien en train de braver les dangers dans la jungle comme Indiana Jones. Avec un fouet, peut-être.
    Un seau d’eau froide, par ici !
    Reprenant mes esprits, je m’approche en toussotant. Sauf que mon bel inconnu ne se retourne pas. Je suis invisible ou quoi ? Me plantant derrière lui, je me racle à nouveau la gorge et mon demi-dieu pivote enfin dans ma direction, tiré de sa profonde réflexion. Le coffret à bijoux entre les doigts, il baisse les yeux sur moi, plus petite d’une bonne vingtaine de centimètres. Des yeux comme je n’en ai jamais vus. Profonds et mélancoliques. D’une beauté à couper le souffle. Sauvages, aussi. À peine m’a-t-il entraperçue qu’une lueur méfiante danse dans ses pupilles, assombrissant son regard. Comme s’il se mettait en garde.
    – Vous disiez ?
    Il a une voix chaude, grave, bien timbrée, à vous donner des frissons partout… sauf que les mots claquent sèchement, comme une cravache.
    – Excusez-moi de vous déranger mais…
    Moi, par contre, je ne brille pas par mon élocution. Je me force à redresser les épaules, bien décidée à ne pas me laisser impressionner par cet étranger.
    – … c’est le coffret que je voulais acheter pour une amie.
    L’homme hausse les sourcils. Et sans me répondre, il se met à détailler ostensiblement le magnifique objet, passant en revue le couvercle ouvragé, les côtés incrustés de pierres semi-précieuses et le dos ciselé. Puis il relève la tête :
    – Comment vous appelez-vous ?
    – Euh…
    Je ne vois pas le rapport.
    – Mary Elligson.
    – Eh bien, c’est bizarre, Mary Elligson… parce que je ne vois votre nom écrit nulle part.
    J’en ai le souffle coupé.
    – En fait, j’ai prévu d’offrir ce coffret depuis plusieurs semaines…
    – Alors pourquoi ne pas l’avoir acheté ? À présent, c’est moi qui vais le faire.
    Le sale type !
    Et sur ces mots, il me plante au beau milieu de l’allée, près de la vitrine « The Rock ». Mon cœur tambourine. D’accord. Monsieur Petite-Cicatrice-au-menton le prend sur ce ton. À peine s’est-il éloigné de quelques pas que je me lance à sa poursuite. Je ne suis pas le genre de fille à me décourager facilement. Ce coffret, je l’aurai ! Il correspond exactement aux goûts de Serena et je refuse qu’il me file sous le nez, pas après avoir sué sang et eau pendant deux mois pour réunir la somme.
    – Attendez !
    Déjà, mon inconnu gagne la caisse, posée sur un comptoir en verre où sont exposés une myriade de bijoux anciens hors de prix. Mme Miller sort au même moment de sa réserve. Sourde comme un pot, elle a sans doute été attirée par mes éclats de voix. Je tapote sur l’épaule de l’homme… qui se retourne encore. Il pince ses lèvres sensuelles, l’air franchement agacé. Mais pas seulement. Je dirais aussi qu’il semble… suspicieux. Comme s’il se méfiait de moi.
    – Je croyais le problème réglé.
    – Écoutez, fais-je avec mon plus beau sourire. J’aimerais vraiment acquérir cet objet. C’est très important pour moi.
    – Pour moi aussi.
    Je tente de lui faire du charme en papillonnant de mes longs cils noirs. Sauf qu’il ne tique même pas face à mes grands yeux verts. Là, je me sens vexée. Carrément. Cela dit, cette technique n’a jamais fonctionné avec personne… Le visage fermé, il me contemple comme s’il attendait la suite et ne comprenait pas où je voulais en venir.
    OK. Pour le côté femme fatale, on repassera.
    – J’ai économisé longtemps pour l’acheter…
    Je tente de l’amadouer en penchant la tête sur le côté comme un cocker battu.
    – Dites-le-lui, madame Miller !
    Prise à témoin, la vieille dame sursaute avant de hocher la tête. Je sais qu’elle m’aime beaucoup. Surtout, elle connaît mon attachement à ce bel objet. Toutes les semaines, je passe vérifier qu’il se trouve bien en exposition. Car Mme Miller, dont les affaires périclitent en ces temps hivernaux, ne pouvait guère se permettre de le réserver à mon nom sans que je verse un acompte. Elle se mord les lèvres, embarrassée… jusqu’à ce que l’inconnu lui décoche un sourire. Là, elle fond comme neige au soleil, les joues rouges.
    Je rêve ou Mme Miller, 85 ans, sourde et presbyte, est sous le charme ?
    – Pouvez-vous me faire un paquet cadeau, s’il vous plaît ?
    – Avec plaisir, monsieur.
    La traîtresse.
    Très bien. La politesse ne marche pas. La persuasion non plus. Le charme, encore moins (no comment…) ! Ne reste que la supplique.
    – Je me permets d’insister…
    – Je vois ça ! s’exclame Monsieur Cicatrice-sexy avec un petit claquement de langue agacé.
    – Je vous en prie, faites un geste. Je suis certaine que vous pourrez trouver une foule d’autres cadeaux géniaux dans cette boutique. Regardez ces bracelets en argent ! fais-je, en les pointant du doigt à travers la vitrine. Ou ce ravissant médaillon qui s’ouvre !
    Il m’enveloppe d’un long regard des pieds à la tête, l’air indéchiffrable.
    – Eh bien achetez-les, s’ils vous plaisent tant.
    Le bide. Le méga four.
    – S’il vous plaît ! fais-je en serrant les mains et en renonçant à toute dignité. C’est très important. Noël est dans moins de quinze jours… vous ne pouvez pas faire un petit geste ?



  • Un an après s'être fait larguer par son petit ami, Jane s'est installée sur la côte ouest, fuyant son passé et sa famille... Elle qui n'attend plus rien de ses relations avec les hommes tente de se reconstruire à la campagne, loin de ses déboires amoureux. Mais... difficile de joindre les deux bouts avec un bébé à élever, seule et sans un sou ! Jusqu'au jour où Anthony Roy, leur voisin, homme d'affaires et propriétaire de tous les terrains alentour, lui propose un contrat un peu particulier : et s'ils devenaient... sex friends ? Le plaisir sans les sentiments, un homme sans les inconvénients... L'idéal pour Jane ! Mais sera-t-elle capable de s'en tenir à leur marché ? *** « J'ai l'impression de revivre la même scène comme dans un mauvais remake. Vous savez, celui qui ne sert à rien et que personne ne va voir au cinéma. Sauf que j'en suis la vedette. Encore. Voilà un scénario dont je me serais bien passé ! Dans le rôle de l'homme qui me rejette : Anthony Roy. Dans celui de la cruche enceinte par accident : moi, Jane Sullivan. Pour décor, pas de grand restaurant sur fond de buildings new-yorkais. Cette fois il s'agit simplement d'une salle de bains dans un vaste manoir, avec en trame de fond le mariage de nos grands-parents respectifs. » *** Retrouvez la nouvelle série de Rose M. Becker, Sex friends - Et plus si affinités, une comédie piquante à souhait ! Sex friends - Et plus si affinités de Rose M. Becker, vol. 6 sur 6

  • Extrait
    À la lueur des chandelles, je ronge mon frein en écoutant Mark évoquer son nouveau travail. Il parle. Beaucoup. Énormément. En fait, il ne s’arrête pas une seconde, de sorte que je ne peux pas placer un mot. Ce soir, je rêve qu’il ait un bouton « off » dans le dos… Mais c'est impossible de le faire taire tandis qu’il me décrit par le menu son nouveau poste à « grandes responsabilités » au « sommet de la pyramide hiérarchique ». Me mordant les lèvres, j’attrape mon verre de vin pour le porter à mes lèvres, assommée par sa logorrhée. Puis je le repose aussi sec.
    Non. Ce n’est pas bon pour le bébé.
    Parce qu’il y a un bébé. Parce que je suis enceinte. Moi, Jane Sullivan, 22 ans, j’attends un enfant. Je dois me pincer pour y croire. Ou plutôt non, je ne me pince pas, je vais bien assez souffrir ce soir... et durant les sept prochains mois. Un bébé ! Moi ! Alors que je suis encore étudiante en MBA. Je tends la main en travers de l’impeccable nappe blanche du superbe restaurant où Mark m’a invitée. Mais au moment où j’effleure ses doigts, il les retire prestement pour goûter une gorgée de son grand cru.
    – Qu’est-ce que tu en penses ?
    J’ouvre la bouche pour lui répondre. Mais mon compagnon enchaîne :
    – J’ai eu l’impression de recevoir un parpaing sur la tête. Je t’assure.
    J’avais oublié qu’avec Mark, les questions sont toujours rhétoriques.
    – Puis j’ai réfléchi et j’ai trouvé cette promotion assez logique. Après tout, j’étais le choix le plus évident au sein du service financier.
    Je souris faiblement. Mais alors très, très faiblement. Je n’ai qu’une envie : me lever et lui hurler que je suis enceinte. Pourtant, je reste sagement assise sur mon siège tandis qu’un serveur stylé approche de notre table en portant un lourd plateau d’argent. Avec une mine compassée, il dépose devant nous des plats sous cloche avant de les soulever de ses gants blancs en annonçant une « sole braisée et sa compotée de poireaux aux graines grillées de sésame blond ». L’odeur me porte tout de suite au cœur.
    Je… Je crois que je vais tomber dans les pommes.
    Bien sûr, Mark ne remarque rien et attaque son plat de bon appétit. Le temps qu’il avale une bouchée, je profite d'un bref répit. J’essaie de réfléchir, victime de mon premier haut-le-cœur officiel de femme enceinte. Cela dit, à mieux y réfléchir, je n’étais pas très brillante au cours des deux derniers mois. Tout s’explique. Voilà pourquoi je ne supportais plus le chocolat et la viande rouge. Pendant un temps, j’ai cru que j’étais gravement malade.
    Le chocolat, quand même…
    Sans cette prise de sang imposée par mon médecin, inquiet de mes fréquents vertiges et de mes maux de ventre, je n’aurais pas su que j’attends un enfant. Du moins, pas si vite. Je me croyais seulement indisposée. Dans tous les cas, je ne me doutais de rien même si j’ai dû oublier ma pilule une fois ou deux. Je ne sais plus. J’ai bien programmé l’alarme de mon téléphone pour la prendre à heure fixe mais elle sonne parfois dans le métro, quand je rentre de mes cours. Et là, c'est difficile de sortir ma petite plaquette. Misère ! Je suis déjà en train de me justifier.
    – … et j’ai rencontré mon nouveau supérieur en début d’après-midi pour la signature de mon contrat. Tout s’est décidé très vite.
    Un bébé. Un vrai de vrai.
    – Tu m’écoutes ?
    Est-ce que je dois le garder ? Est-ce que je dois avorter ?
    – Jane ?
    Mark passe une main devant mon visage et je sursaute violemment.
    – Hein ?
    – Tu es encore avec moi ? J’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas.
    Moi aussi j’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas. On est deux dans ce cas.
    – Si, si, bien sûr que si. Tu parlais de la signature de ton contrat. Je suis juste un peu… distraite.
    – Tu pourrais quand même faire preuve d’un minimum d’intérêt quand je te parle de moi. Ce n’est pas si souvent !
    J’ouvre de grands yeux ronds qui me donnent un air de merlan frit. Ou de sole braisée. Je le trouve gonflé car depuis huit mois que nous sortons ensemble, il tient plus souvent le crachoir que moi. Cela ne me déplaisait pas au début. J’ai été fascinée par son aisance et sa décontraction lors de notre première rencontre dans une garden-party où mon père, banquier dans un illustre établissement privé, était l’invité d’honneur. Grand, blond, l’œil bleu laser… Mark était si séduisant dans son costume de lin blanc. En général, j’apprécie son ambition et son assurance, mais pas ce soir.
    – Tu devrais te réjouir pour moi, Jane. Il s’agit de notre avenir à tous les deux.
    Mon cœur cogne plus fort. Au moins, il se projette dans le futur avec moi. Du bout de ma fourchette, je picore vaguement dans mon assiette. Je coupe des bouts minuscules et les mastique une bonne centaine de fois avant d’avaler. Je ne me sens pas bien. Traduction pour les non-bilingues en « femme enceinte » : je vais dégobiller sur la table. Peut-être aussi sur la moquette. J’hésite, je me tâte. Surtout, je serre bien fort les dents en écoutant Mark pérorer. Pour le coup, je ne le trouve plus aussi fascinant. Saisissant la bouteille de pinot noir, Mark remplit à nouveau son verre. « Les Jardins du Roy », lis-je sur l’étiquette. Heureusement, mon petit ami ne semble pas s’inquiéter de mon manque d’appétit.
    – Je les ai beaucoup impressionnés avec la gestion du portefeuille Morrison.
    Et là, ça sort tout seul :
    – Je suis enceinte.
    Comme ça. D’un coup.
    – Je pense… continue Mark avant de s’interrompre brutalement.
    Bref silence.
    – Qu’est-ce que tu viens de dire ?
    Cette fois, je dois prendre mon courage à deux mains pour me répéter. J’inspire un bon coup avant de murmurer, la voix tremblante :
    – Mark, je suis enceinte.
    Long, très long silence. Si long que j’entends presque les mouches voler. Autour de nous, les conversations des clients vont bon train, formant un discret et raffiné brouhaha. Personne ne place un mot plus haut que l’autre dans ce temple du bon goût où quatre étoiles s’affichent crânement au fronton. Je me trémousse dans ma délicate robe de mousseline rose qui laisse apparaître mes longues gambettes. En même temps, je triture une mèche noire échappée de ma haute queue de cheval. Mark m’examine sans mot dire.
    On dirait un cyborg. Il n'a pas la moindre expression sur son visage.
    – Tu es enceinte ? articule-t-il en détachant chaque syllabe, comme s’il prenait la pleine mesure de mon aveu. Depuis quand le sais-tu ?
    – Je l’ai appris cet après-midi. J’ai reçu les résultats de ma prise de sang et…
    – Combien de mois ?
    Prise de court, je ne comprends pas. Puis, je sens son regard brûlant rivé à mon tour de taille. On ne voit encore rien. Ni bosse, ni petit renflement. Juste mes abdos en acier obtenus à grand renfort de séances de sport et de joggings dans Central Park.
    – D’après le médecin, huit semaines.
    À cet instant, un indicible soulagement se répand sur les traits de Mark. Comme si on lui ôtait un manteau de plomb des épaules. Les plis de son front disparaissent, ses épaules s’affaissent, son buste se relâche. Toute la tension accumulée s’évapore. Moi, je ne bouge pas, les sourcils froncés et la fourchette toujours à la main. J’ai très froid soudain.
    – Bon. Alors il n’est pas trop tard.
    – Trop tard pour quoi ?
    – Pour remédier à la situation.
    Un éclat inquiet brille dans mes yeux dorés. D’instinct, je porte une main à mon ventre, les doigts crispés. À croire que je cherche à protéger l’enfant qui se trouve à l’intérieur. OK, c’est un petit squatteur. OK, il n’a pas été invité à la fête. Mais c’est mon bébé ! Quelque chose en moi est en train de se réveiller tandis que Mark m’enveloppe d’un regard… condescendant. Presque paternaliste. C’est exactement cela, il ressemble à mon père quand je lui ramène une note inférieure à A.



  • Extrait
    Une sonnerie stridente s’élève à travers la porte entrouverte de la cuisine, insistante et continue. Je me précipite du fond du jardin, au risque de m’étaler sur la pelouse. Entre mes mains, le seau de grains bringuebale dangereusement. De grosses taches d’engrais s’étalent sur mon jean et barbouillent mon t-shirt bleu. Il est à peine neuf heures du matin et je ressemble déjà à un épouvantail passé à tabac par une nuée de corbeaux. Mes cheveux noirs, retenus par un peigne, en profitent pour s’écrouler dans mon dos.
    I hate Mondays.
    Ventre à terre, je franchis la ligne d’arrivée – le seuil de la ferme – et renverse au passage quelques graines destinées aux poules. Dans ma précipitation, je manque même de rouler sur l’une d’elle et me raccroche de justesse à une chaise. Si la vente de légumes bio ne marche pas, je pourrais toujours me recycler dans le cirque. La poitrine en feu et les muscles des jambes en compote, je poursuis sur ma lancée. Je n’avais pas couru comme ça depuis l’école primaire…
    En sport, je suis croyante, pas pratiquante.
    Quand enfin, j’attrape d’une main moite le combiné, mon interlocuteur m’a l’air tenace. Ce qui n’est jamais très bon signe. J’ai toujours eu un don pour deviner si les appels étaient amicaux ou agressifs. C’est mon seul talent. Ça et expulser un noyau de cerise à plus de deux mètres avec mes trous de nez.
    – J’écoute !
    – Mademoiselle Sullivan ? Mickaël Carter à l’appareil.
    Mon visage se décompose car monsieur Carter est mon banquier. C’est-à-dire mon pire cauchemar. Je réprime un soupir qu’il ne doit pas entendre. En quittant New York pour l’ancienne ferme de ma grand-mère en Californie, j’ai également changé de banque. Malheureusement, mes comptes ne se trouvent plus dans l’établissement où officie mon père. Et ils ne sont plus aussi garnis qu’autrefois, loin de là ! Sans parler du fait que monsieur Carter, un gros bonhomme à moitié chauve et au front luisant de sueur dès que le thermomètre dépasse la barre des vingt degrés, n’est pas très conciliant. Surtout avec les jeunes mères célibataires adeptes du système D.
    Grand silence. Accusateur pour lui. Coupable pour moi. Pourquoi ai-je soudain le sentiment de rétrécir et d’avoir six ans ? Je suis une femme adulte, je n’ai pas à me justifier en permanence. Je redresse les épaules, tel un bon petit soldat, jusqu’à ce que la voix persifleuse de mon conseiller s’élève. Je suis certaine qu’il prend un malin plaisir à me torturer.
    – Vous connaissez sûrement déjà la raison de mon appel. La banque vous a déjà adressé deux lettres de relance à ce sujet.
    – Vraiment ? fais-je, innocemment.
    On me donnerait le bon Dieu sans confession. En même temps, je tortille le fil du combiné, un vieil appareil avec cadran rotatif, autour de mon index.
    – Que comptez-vous faire pour votre découvert, mademoiselle Sullivan ? demande Carter, sévère.
    Rien.
    – Tout mon possible, je vous l’assure.
    – Quand ? Nous avons besoin d’une date, d’un délai.
    Laissez-moi réfléchir. Après avoir payé les courses, le lait en poudre, les couches, l’eau, l’électricité, le gaz, la nouvelle gouttière, la réparation de ma camionnette… Alors, s’il reste quelque chose, et j’en doute, je ferai peut-être un dépôt…
    – Cette semaine, sans faute.
    – Votre compte est débiteur de sept cents dollars.
    – J’en ai conscience et j’attends plusieurs paiements pour les meubles que je restaure. La situation va vite rentrer dans l’ordre.
    – Je ne demande qu’à vous croire, mademoiselle Sullivan. Mais vous m’avez déjà dit ça la dernière fois.
    Je sais. Hélas, aucun arbre à billets ne pousse dans mon jardin.
    – Vous n’êtes pas assez sérieuse dans votre gestion, me reproche-t-il sur un ton de petit maître.
    C’est trop. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. De quel droit ce financier en costume cravate me juge-t-il ? Pendant que je me démène comme une folle pour ramener trois dollars, lui reste toute la journée rivé à sa chaise, dans son bureau climatisé avec vue sur le port de San Francisco ! Que sait-il de mes journées, de mes galères ? A-t-il déjà élevé un enfant seul et sans appui ? Ma voix explose dans la cuisine parce que je ne suis pas du genre à baisser la tête sans rien dire :
    – Pas assez sérieuse ? je tonne de plus en plus fort. Je me lève tous les matins à cinq heures, monsieur Carter, pendant que vous ronflez aux côtés de votre femme. Je nourris mes poules, j’entretiens mon potager et je peux vous dire que travailler la terre n’est pas une partie de plaisir !
    Le rouge me monte aux joues, enflammant mon visage. Je suis heureuse qu’Eva ne soit pas dans la maison mais à la garde de ma grand-mère pour la matinée. Sans doute se serait-elle mise à pleurer, inquiétée par mon explosion de rage.
    – Je balise toute la Californie dans une camionnette pourrie parce que je n’ai pas les moyens d’en acheter une neuve. Je cherche de nouveaux clients auxquels vendre mes légumes bio. Et le reste du temps, je le passe enfermée dans mon atelier à redonner vie à de vieux meubles !
    Respirer, respirer.
    – Regardez mieux mes comptes ! Je n’ai contracté aucun emprunt, je me débrouille sans personne. Et je ne fais pas la moindre dépense inutile. Pas de shopping, pas de futilités, rien que le nécessaire pour ma fille et moi. Alors cessez de prétendre que je ne suis pas sérieuse !
    Nom de nom !
    – Je suis sûrement la fille de 23 ans la plus responsable de ce pays !
    Mon banquier en reste la chique coupée. Il n’a sans doute pas l’habitude qu’on lui parle sur ce ton et avec une telle passion. Car depuis l’abandon du père de ma fille, qui ne me donne plus de nouvelles depuis maintenant treize mois, je me bats comme une lionne pour m’en sortir. Et je suis fière du chemin parcouru même s’il manque sept cents malheureux dollars sur mon compte à la fin du mois.
    – Mademoiselle Sullivan, ce n’est pas ce que je voulais dire…
    – Je passerai à la banque déposer l’argent en fin de semaine.
    Soit tout l’argent récolté avec la restauration des meubles…
    Adieu, nouvel anorak ! Je vais garder ma vieille parka à la manche effilochée encore quelques semaines.
    – Au revoir, monsieur Carter.
    Je raccroche sèchement. Et durant une minute, je reste immobile près du téléphone, reprenant mon souffle et mes esprits. Peut-être n’aurais-je pas dû m’emporter comme ça… Je me mords les lèvres, embarrassée. Je n’ai pas pu résister à la tentation de le remettre en place. Et c’était bon, bon, bon ! M’accoudant au long comptoir de bois qui occupe un pan de la cuisine, je soupire et jette un coup d’œil torve à la corbeille d’osier où s’empile mon courrier. Des factures, encore des factures. Et un tract publicitaire où un prêtre vaudou, formé à la grande école de Madagascar, me propose de guérir mon impuissance, de retrouver l’être aimé ou de réussir mes examens…
    Je l’appelle ou… ?



  • Extrait
    Une forte odeur d’antiseptique me pique les narines, odieuse et entêtante. Fermant les paupières, j’appuie ma tête contre le mur, la nuque douloureuse et les jambes lourdes. Je n’ai pas bougé depuis deux heures. Je suis raide comme un bâton. Dans ma poitrine, mon cœur tambourine au rythme de ma peur. À chaque battement, il scande le même nom : Eva, Eva. En boucle. Eva, Eva…
    – C’est un cauchemar…, dis-je à voix basse.
    Hagarde et incrédule, j’entremêle mes doigts, assise sur un luxueux fauteuil prune de la salle d’attente. À la demande d’Anthony, ma fille a été transportée en urgence dans une clinique privée de San Francisco, située dans le quartier huppé de Russian Hill. Les larmes me piquent les yeux, brûlantes. Je me retiens de pleurer, de craquer. En ce moment, ma fille est aux mains des médecins, en train de passer un scanner avec la meilleure équipe médicale de l’État. Je me raccroche à cette pensée.
    – Je suis là, Jane…
    À côté de moi, Anthony me tend la main. Depuis l’accident d’Eva, il ne m’a pas quittée une seconde, il ne m’a pas abandonnée depuis que nous sommes montés dans l’ambulance qui roulait à toute allure vers la ville. Jamais je n’ai autant regretté d’habiter la campagne qu’au moment où le véhicule des urgences cahotait sur une interminable route ponctuée d’ornières. À chaque nid-de-poule, je serrais les dents en tenant la petite menotte de mon bébé allongé sur un brancard.
    Dans la salle d’attente, je saisis compulsivement les doigts d’Anthony, tournant vers lui un visage ravagé par l’angoisse. Tout s’est passé durant mon absence. Pendant ma virée shopping à Monterey, ma fille est tombée de sa chaise haute. Hope, l’amie de ma grand-mère qui la gardait, s’est tournée pour répondre au téléphone… et le drame a eu lieu. Ma fille a basculé en avant, sa tête percutant le carrelage de la cuisine. Elle a perdu conscience sur le coup. Que se serait-il passé si Anthony n’était pas passé par là à ce moment ? J’en ai la chair de poule.
    – Essaie de ne plus y penser, me chuchote sa voix rauque, comme s’il lisait dans mes pensées. Concentre-toi sur Eva.
    Il a raison… Mais je ne peux empêcher mon esprit de vagabonder. J’imagine cent fois cette scène que je n’ai pas vécue. Ma fille. Son petit corps inerte par terre. Hope, pétrifiée, incapable d’appeler les secours ou de réagir. Et Anthony, venu rendre visite à ma grand-mère pour lui parler de l’encombrante livraison de lampions faite dans ses vignes pour son mariage avec John. Mon cœur se serre, ma poitrine semble prise dans un étau. J’ai l’impression d’étouffer.
    – Respire, Jane ! Respire, ma chérie !
    C’est la première fois qu’il m’appelle « chérie ». Doucement, il pose une main sur ma nuque et m’aide à me pencher en avant, à placer ma tête entre mes genoux afin que je reprenne mon souffle. La pièce tourne autour de moi, tanguant comme un navire à la dérive. Il me murmure à l’oreille des mots rassurants, collé à mon dos. Et il a le tact de ne pas me mentir, de ne pas prétendre que « tout va s’arranger ». Car nous ignorons si c’est le cas.
    Nos doigts se nouent, ne formant qu’une seule main. Je m’agrippe à lui comme à une bouée de sauvetage et il ne se dérobe pas. Il continue à me parler, en caressant mes longs cheveux noirs, en me jurant qu’il fera tout pour nous aider, Eva et moi. Je le crois. Pour la première fois depuis des mois, je crois un homme. Parce que c’est lui. Quand je tourne la tête dans sa direction, une unique larme roule sur ma joue, traçant un sillon de sel.
    – Est-ce qu’elle va s’en sortir ?
    Il presse plus fort ma main et ses grands yeux noirs plongent dans les miens, sans faux-semblant.
    – J’en suis certain, Jane.



  • Extrait
    Sur la pointe des pieds, je tends les bras et attrape la couverture pliée au sommet de l’armoire. L’air dubitatif, Mark m’observe depuis le seuil de la porte. Vais-je réussir à tolérer la présence de mon ex à la ferme ? C’est seulement pour quelques jours mais je suis devenue une vraie sauvageonne, habituée à mon indépendance et à prendre seule toutes les décisions. Autrefois, je n’imaginais pas ma vie sans un homme. Je rêvais d’un mariage en blanc et d’un grand appartement à New York avec deux enfants et demi et un chien. Plus maintenant. Tout ça, c’est de l’histoire ancienne.
    Jane n’a plus besoin de Tarzan.
    Ce dont j’ai vraiment besoin et envie, c’est… Bref. Je ne l’aurais pas. Je me mords les lèvres en songeant à Anthony. Notre histoire est terminée. Sans retour en arrière possible. De toute manière, entre la découverte de ma maternité, son enquête sur ma grand-mère et l’accident d’Eva, nous n’avons eu de cesse de nous éloigner pour mieux nous retrouver. Comme deux aimants. Mais cette fois, c’est différent. C’est bel et bien fini parce que le père de ma fille est revenu dans ma vie et me réclame une seconde chance. Eva mérite de grandir dans une vraie famille.
    Ça me donne envie de manger un kilo (ou deux, ou dix) de chocolat. Et tant pis pour mes grosses fesses.
    – Tu es sûr que ça ne posera pas de problème à ton travail ? dis-je en pivotant vers Mark.
    L’air dégagé, il hausse les épaules.
    – J’ai pris quelques jours de vacances.
    Qu’est-ce que ça peut être ? Un clone ? Un extraterrestre ? Un robot ? Le fruit d’une expérience militaire qui a raté ?
    – Euh, Mark… Tu n’as jamais pris de vacances de ta vie.
    – Mais si, rappelle-toi quand nous sommes partis en Louisiane tous les deux, dans cette charmante petite auberge…
    – Tu suivais un séminaire.
    – Ah.
    Abîmé dans une profonde réflexion, il finit par rire, un peu gêné, tandis que je le contemple avec attention, les sourcils froncés.
    – Tu es atteint d’une maladie incurable ?
    – Quoi ? Non, bien sûr que non.
    – Tu es en cavale et fiché par Interpol ?
    – Jane, voyons… Je n’ai pas le droit de simplement vouloir me rapprocher de toi et Eva en prenant un peu de repos ?
    Si.
    Non.
    Je ne sais pas.
    – J’ai changé, me répète-t-il pour la centième fois.
    À force, ça va bien finir par rentrer. Sauf qu’au moment où je me retourne, je croise ses yeux bleus et revois exactement l’homme qui m’a abandonnée, le sale type qui m’a fait un odieux chantage à l’avortement lors de notre rupture. Comment pourrais-je oublier ces derniers mois, cette grossesse solitaire, cet accouchement avec seulement ma grand-mère pour me tenir la main ? Comment effacer toutes ces semaines où j’ai changé, câliné, promené, aimé ma fille sans la moindre aide de la part de son père ?
    Ok, Mark veut revenir. Mais ce sera à mes conditions.
    – Viens par là ! je lance en passant devant lui la tête haute.
    Il me suit dans les escaliers sans rechigner. Je gagne le salon où je commence à m’affairer. Je range monsieur Grincheux, mon nain de jardin, pousse la table basse et le fauteuil. Puis j’étale un drap sur le canapé dans un grand claquement de tissu. Mark reste en arrière, à me contempler d’un œil incrédule. Et il finit par se racler la gorge.
    – Jane…
    – Oui ? fais-je en déployant la couverture.
    – Qu’est-ce que tu fais ?
    – Ton lit. Ça ne se voit pas ?
    – Mon… Mon lit ? Tu veux dire que… je… enfin…
    Cette fois, je me retourne lentement avec des yeux de tueuse. Il ne manque plus que le faisceau laser pour le terrasser. Mark recule d’un pas, prudent, comme s’il redoutait que je ne le morde. Très sûre de moi, je croise les bras sur ma poitrine.
    – Attends. Ne me dis pas que tu pensais dormir avec moi. Dans ma chambre.
    – Non voyons ! Jamais de la vie !
    Ses protestations, comme sa voix, sonnent étrangement faux. Mes pupilles se rétrécissent alors que mes lèvres se résorbent en une mince ligne suspicieuse.
    – Ce n’est pas parce que tu viens en visite quelques jours ou que tu manifestes l’envie de connaître Eva que les choses vont reprendre comme avant. Nous ne sommes plus en couple, Mark. C’est clair ?
    – Très clair.
    – Il y a aussi certaines règles à respecter dans cette maison.
    Autant mettre les choses à plat dès le premier soir afin de dissiper tout malentendu. Franchement…. Je rêve ! Lui dans mon lit ? Après tout ce qu’il a fait (ou pas) ? Il y en a qui ne doutent de rien !
    – Lever à cinq heures tous les matins.
    – Quoi ? s’étrangle-t-il. J’espère que tu plaisantes !
    – Pas le moins du monde. Déjeuner à midi. Dîner à dix-huit heures.
    – Tu vis à l’heure des poules, Jane !
    – Précisément. Mais surtout, je vis à l’heure d’Eva, qui est encore une toute petite fille de sept mois et demi. À toi de t’adapter tant que tu es sous mon toit. J’attends aussi que tu participes aux tâches ménagères : lessive, repassage, vaisselle, aspirateur, etc. Ici, il n’y a pas de femme de ménage ni de room service.
    Mark semble décontenancé quelques secondes puis il finit par hocher la tête sans grande conviction. Il paraît abasourdi. Sans doute ne s’attendait-il pas à ce genre d’accueil.
    – En ce qui concerne Eva, tu ne la garderas pas seul au début. Ma grand-mère ou moi resterons avec toi pour nous assurer que tout va bien.
    – C’est aussi ma fille !
    – Biologiquement, oui. Mais tu ne l’as encore jamais vue et je ne peux pas te confier mon bébé tant que je n’ai pas confiance en toi.
    Bref silence.
    – À prendre ou à laisser.
    – Je prends… finit-il par marmonner en s’approchant du canapé.
    Je l’entends bougonner à mi-voix tout en retirant sa Rolex qu’il dépose sur un petit chevet. Rien que sa montre permettrait de réparer la toiture de la maison ou la vieille gouttière, ce qui me rend un peu amère. Il retire ensuite ses mocassins en daim de la meilleure facture, un peu abîmés par la boue. Apparemment, il n’a pas songé à emporter une garde-robe adaptée à la campagne. Et brièvement, je revois Anthony sur sa moto, en jean, bottes de biker et blouson de cuir. Jamais déplacé, toujours à sa place. Partout où il va, quoi qu’il fasse.
    Anthony…
    – Qu’est-ce que tu as dit ? demande Mark.
    – Hein ?
    J’ai parlé tout haut ?
    – Rien, rien. J'espère que tu vas passer une bonne nuit.
    – Courte, surtout ! ironise mon ex. Mais ça me va, ajoute-t-il précipitamment comme je fronce les sourcils.
    – Super. Maintenant, je vais chercher Eva chez ma grand-mère et nous ferons les présentations.
    Je tourne les talons, remplie de fierté. Je ne me suis pas laissée faire. Ce temps-là est révolu. Jane a appris à se débrouiller seule dans la jungle.
    Ma vie. Ma fille. Mes règles.



  • Le sexe sans les sentiments, un homme sans les inconvénients. Un an après s'être fait larguer par son petit ami, Jane s'est installée sur la côte ouest, fuyant son passé et sa famille... Elle qui n'attend plus rien de ses relations avec les hommes tente de se reconstruire à la campagne, loin de ses déboires amoureux. Mais... difficile de joindre les deux bouts avec un bébé à élever, seule et sans un sou ! Jusqu'au jour où Anthony Roy, leur voisin, homme d'affaires et propriétaire de tous les terrains alentour, lui propose un contrat un peu particulier : et s'ils devenaient... sex friends ? Le plaisir sans les sentiments, un homme sans les inconvénients... L'idéal pour Jane ! Mais sera-t-elle capable de s'en tenir à leur marché ? *** - Je sais combien tu es attachée à cet endroit, et moi aussi. Tout a commencé avec ta ferme, nous ne nous serions jamais rencontrés si nous n'avions pas été voisins, commence Anthony. Je souris. - Et si je n'avais pas eu des poules zinzins... Il me sourit à son tour mais je devine la tension dans son regard. Il semble à fleur de peau, presque nerveux. Je déglutis avec peine, consciente qu'il va se passer quelque chose d'important. Je sais qu'il m'aime... En ce moment même, je le lis dans ses pupilles d'encre qui me dévorent d'un feu passionné. Mon coeur cogne si fort qu'il semble prêt à s'évader de ma cage thoracique. - Je ne veux pas t'arracher à cet endroit si tu y es heureuse mais... Il a peur. Anthony Roy a peur. - Mais... ? fais-je en guise d'encouragement. Il inspire une grande bouffée d'air avant de se lancer tête baissée : - Voudrais-tu emménager avec moi, à Los Angeles ? Une seconde s'écoule à peine qu'il m'ensevelit déjà sous un flot de mots, comme s'il redoutait le silence ou ma réponse. Sa voix se fait rauque, mâle, persuasive. Complètement irrésistible. *** Retrouvez la nouvelle série de Rose M. Becker, Sex Friends - Et plus si affinités, une comédie piquante à souhait ! Sex Friends - Et plus si affinités de Rose M. Becker, vol. 5 sur 6

  • Extrait
    Un oeil fixé sur la pendule de mon tableau de bord, je tourne dans les petites rues de ma ville natale. Bienvenue à West Yellowstone ! Population ? Mille habitants et quelques... et moi, et moi, et moi. Perdue au nord-ouest du Montana, la minuscule agglomération se dresse au beau milieu des montagnes à perte de vue et des sapins qui se plient sous les bourrasques du mois de décembre. Ici, tout le monde se connaît. À peine ai-je le temps de tourner dans l'avenue principale que M. Stone, le garagiste, et Patrick Cunningham, l'agent immobilier, me saluent d'un petit signe de la main.

    Home sweet home.

    Je me gare devant une enfilade de bâtiments en bois qui s'étirent tout le long de Main Street. Et avant de sortir, je fais les vérifications d'usage. Écharpe ? Oui ! Manteau boutonné ? OK ! Gants ? Mis ! Bonnet en laine noire ? Yes ! Je suis prête à affronter la rigueur de l'hiver montanais. Dernier coup d'oeil au rétroviseur. Bon, je ressemble un peu à Bibendum avec ma grosse parka molletonnée rouge. On me tirerait dessus, je crois qu'elle ferait gilet pare-balles...

    Mais après vingt ans passés dans cet État, je sais comment survivre au froid glaciaire qui s'abat sur notre région en cette saison. Pas envie de finir avec les orteils cristallisés au fond de mes chaussures ! Quand j'étais petite, mon père me racontait qu'un touriste avait été amputé des doigts de pied pour avoir marché trop longtemps dans la neige. Franchement ? Je crois qu'il se fichait de moi ! Mais je ne peux pas m'empêcher d'y songer avec un petit sourire en descendant de mon gros 4  x4  . Mon père... il me manque terriblement. Comme maman.

    - Ça va, Mary ?

    Stan Travis, le fils cadet du gérant du plus grand hôtel de la ville, travaille à mi-temps dans l'établissement, destiné à accueillir les touristes venus profiter du parc national tout proche de Yellowstone. Quand je disais qu'on ne peut pas faire un pas ici sans être reconnu...

    Intimité : zéro. Par contre, question convivialité...

    - Ça roule.

    - Qu'est-ce qui t'amène dans les parages ? me demande-t-il, lui aussi emmitouflé jusqu'à la racine des cheveux dans une parka XXL.

    On ressemble à deux bonshommes de neige en train de faire la conversation. Les habitants de West Yellowstone ne sont pas très glamour en hiver. Mais revenez en été et vous verrez ce que vous verrez !

    - Je dois faire une petite course avant d'aller chercher Brittany au collège. D'ailleurs, je suis à la bourre !

    - Pour changer ! se moque-t-il.

    Si je n'étais pas si pressée, je lui réglerais son compte, à mon vieux copain de lycée. Mais pour cette fois, je me contente d'une grimace avant de m'éloigner au petit trot - aussi vite que mes vêtements me permettent d'avancer - en direction de la boutique d'antiquités située au bout de la rue. Gérée par l'adorable Mme Miller depuis des temps immémoriaux (on la soupçonne d'avoir été une contemporaine d'Abraham Lincoln), elle propose toutes sortes d'objets rares, délicats et généralement hors de prix. Mais j'ai prévu le coup, quitte à multiplier les heures de boulot entre mes heures de cours à la fac de médecine.

    - Bonjour ! claironné-je en entrant dans le magasin.

    Au-dessus de ma tête, un petit carillon retentit tandis que la porte en verre se referme derrière moi. Aucune réponse. Apparemment, il n'y a personne. Surprise, je m'avance entre les étagères garnies de petites fioles en cristal, d'étuis à cigares anciens et de poupées en porcelaine. J'en profite pour enlever quelques couches : mon écharpe, mon bonnet... et j'abaisse le zip de ma parka. Histoire de respirer un peu dans mon airbag.

    - Où est-il ? fais-je à mi-voix.

    Deux mois plus tôt, j'ai repéré le cadeau idéal pour Serena Cooper, la vieille dame avec laquelle je suis devenue amie au cours de mes nombreuses visites en tant qu'aide-soignante. Malgré nos cinquante ans d'écart, nous avons tissé des liens profonds. C'est la femme la plus intègre, la plus intelligente et la plus bienveillante de ma connaissance. Je la considère parfois comme une grand-mère, moi qui n'ai presque plus de famille en dehors de ma petite soeur Brittany.

    Or, je voudrais la remercier. De sa gentillesse. De son attention. De nos fous rires. Et de son invitation à sa grande fête de l'hiver, donnée chaque année au début de la saison. Je me faufile derrière une grande vitrine format Dwayne Johnson. Quand soudain, j'aperçois le superbe coffret à bijoux que je souhaite acheter.

    Dans les mains d'un homme.

  • Et si quelqu'un menaçait votre vie... Qui vous protégerait?? « Pour la première fois, je découvre l'appartement de Matthew, un grand trois-pièces lumineux dans un immeuble ancien, avec vue sur l'Hudson. Tout est ordonné, rien ne traîne - ce qui ne m'étonne pas de lui. Sur la table basse du salon, je retrouve aussi un DVD?: Under Water, mon film le plus sulfureux. - Tu as d'excellents goûts, dis-moi?! fais-je, amusée. Il semble un peu embarrassé. - Je l'ai acheté avant notre rencontre, lorsque l'agence CORP m'avait contacté pour me proposer de devenir ton bodyguard. J'étais curieux et... - Et...?? je murmure en nouant les bras autour de son cou. - Et déstabilisé à l'idée de te voir. - Toi?? Déstabilisé?? - Je suis un homme ordinaire, plaide-t-il. - Tu es tout sauf ordinaire, Matthew Turner. - Devant toi, je suis comme les autres?: amou... Il s'interrompt, conscient de son lapsus. Et son aveu flotte entre nous, tombant tel un baume sur mon coeur. Mais je connais son refus de se déclarer tant qu'il n'aura pas recouvré son honneur perdu. Alors, je n'insiste pas. Par un miracle de volonté, précisons-le. Ce soir-là, nous jouons à la dînette dans sa minuscule cuisine new-yorkaise. Il me sert néanmoins des pâtes à la carbonara maison qui me tire des gémissements d'extase. Non seulement il est canon, prêt à sacrifier sa vie pour moi... mais en plus, il cuisine comme un dieu. Est-ce que cela peut vraiment durer???» *** Célèbre actrice abonnée au succès et au sommet du box-office, Liz Hamilton est une jeune femme de 22 ans, insouciante et légère. Sa vie se résume à une succession de tournages, de soirées, d'interviews - et d'amis pas toujours sincères. Jusqu'au jour où elle reçoit les lettres d'un détraqué. Des missives inquiétantes, violentes, sinistres. Habituée à évoluer dans un monde de paillettes et de faux-semblants, elle n'y accorde guère d'importance... avant que son agent n'engage un garde du corps. Et pas n'importe lequel?! Matthew Turner. 28 ans. Des yeux verts à perdre la tête. Un corps d'athlète à donner des palpitations. Et un homme qui ne la prend pas avec des pincettes?! Entre Liz et son bodyguard, la relation fait des étincelles. Elle le perçoit comme un espion chargé de surveiller tous ses faits et gestes. Et lui se méfie de cette séductrice trop gâtée par la vie. Obligés de cohabiter sous le même toit en dépit de leurs préjugés, ils vont devoir affronter ensemble la menace... et la tension érotique qui plane entre eux. Après Le Bébé, mon milliardaire et moi, Désirs et Désastres, Sex Friends, et plus si affinités et Noël, mon milliardaire et moi, découvrez la nouvelle romance de Rose M. Becker?! Protège-moi... de toi de Rose M. Becker, volume 3 sur 3

  • Et si quelqu'un menaçait votre vie... Qui vous protégerait ? « M'engouffrant dans l'ascenseur, je monte au cinquième étage où m'attend déjà Karl Wallace, mon agent. À peine ai-je ouvert la porte de son bureau... que je me retrouve nez à nez avec un inconnu. Un inconnu ? Non, pas tout à fait. - Monsieur Canon ? Attendez ! Rembobinez... J'ai dit ça à voix haute...? Les mains dans les poches, adossé au mur, mon mystérieux blond aux yeux verts me lance un regard amusé. Je me fige sur le seuil, un peu, beaucoup, énormément embarrassée. J'en bafouille : - Je veux dire... Oui... Qu'est-ce que je veux dire, moi ? - Que faites-vous ici ? C'est bien, ça. C'est compréhensible, clair, net. L'homme que j'ai croisé plus tôt sur le tournage me contemple avec un sourire en coin. Il ne répond pas. Quittant son siège en cuir, mon agent se lève pour m'embrasser avec effusion. Moi, je continue à fixer mon bel étranger avec des yeux ronds. Il est encore plus attirant que dans mon souvenir. Nos regards se cherchent à travers l'espace, comme aimantés. Suis-je la seule à sentir la tension dans la pièce ? - Je te présente Matthew Turner, déclare Karl avec son emphase coutumière. Il s'agit de ton nouveau garde du corps. - Mon... quoi ?! » *** Célèbre actrice abonnée au succès et au sommet du box-office, Liz Hamilton est une jeune femme de 22 ans, insouciante et légère. Sa vie se résume à une succession de tournages, de soirées, d'interviews - et d'amis pas toujours sincères. Jusqu'au jour où elle reçoit les lettres d'un détraqué. Des missives inquiétantes, violentes, sinistres. Habituée à évoluer dans un monde de paillettes et de faux-semblants, elle n'y accorde guère d'importance... avant que son agent n'engage un garde du corps. Et pas n'importe lequel ! Matthew Turner. 28 ans. Des yeux verts à perdre la tête. Un corps d'athlète à donner des palpitations. Et un homme qui ne la prend pas avec des pincettes ! Entre Liz et son bodyguard, la relation fait des étincelles. Elle le perçoit comme un espion chargé de surveiller tous ses faits et gestes. Et lui se méfie de cette séductrice trop gâtée par la vie. Obligés de cohabiter sous le même toit en dépit de leurs préjugés, ils vont devoir affronter ensemble la menace... et la tension érotique qui plane entre eux. Après Le Bébé, mon milliardaire et moi, Désirs et Désastres, Sex Friends, et plus si affinités et Noël, mon milliardaire et moi, découvrez la nouvelle romance de Rose M. Becker ! Protège-moi... de toi de Rose M. Becker, volume 1 sur 3 Cadeau : à la fin de ce livre, découvrez gratuitement l'extrait d'une autre série !

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