Presses universitaires de Rennes

  • Pour le lectorat français, la Révolution mexicaine se résume parfois aux personnages mythiques que furent Pancho Villa et Emiliano Zapata, immortalisés par les fresques de Diego Rivera et les peintures de Frida Kahlo. Si ces acteurs renvoient à une étape fondatrice de ce processus tumultueux, à son indéniable dimension agraire et populaire, force est de constater que leur aura a presque fini par obscurcir la compréhension générale d'une révolution aux élans nationalistes, socialistes et anticléricaux, contemporaine des guerres mondiales, des expériences bolchevique et fascistes, des Fronts populaires, de la guerre civile espagnole et de l'internationalisme de l'entre-deux-guerres. Le vaste processus de transformation politique et sociale que connut le Mexique entre les années 1910 et 1940 ne saurait en effet être intelligible à la seule lumière de ces icônes, mais bien dans le cadre d'une histoire plus vaste, attentive à la « conscience-monde » des élites révolutionnaires. Proche des gouvernements émanant de la Révolution, tout en cherchant continuellement à « aller au peuple », à éduquer l'ouvrier, le paysan et l'Indien, le mouvement étudiant apparaît comme l'un des acteurs les plus pertinents pour repenser et relire intégralement le processus révolutionnaire mexicain. Ni entièrement élitiste, ni réellement « subalterne », cet intellectuel collectif, tantôt contestataire du pouvoir en place, tantôt son héritier légitime, sut nourrir la Révolution mexicaine de références européennes et latino-américaines afin de mieux l'orienter, autant qu'il contribua à sa circulation dans l'espace atlantique, par le biais des relations internationales étudiantes. Ce livre propose donc une « histoire étudiante » de la Révolution mexicaine. Il analyse le surgissement du premier mouvement étudiant, organisé nationalement, que connut le Mexique contemporain. Il démontre que ses représentants firent de la « classe étudiante » un acteur légitime de la Révolution, apportant ses réponses, non seulement aux questions corporatives et éducatives, mais aussi aux problèmes sociaux, politiques et « raciaux » qu'affrontaient les dirigeants de la jeune nation. Il offre, au-delà, une réflexion sur la genèse des mouvements étudiants en Amérique latine et sur les formes du politique dans le Mexique contemporain.

  • Le 4 janvier 1964, à Rennes, seize jeunes gens créaient l'Union démocratique bretonne (UDB), un parti autonomiste breton explicitement ancré à gauche. Cinquante ans plus tard, ce parti fait plus que jamais partie du paysage politique breton, dont il est désormais un des plus anciens acteurs. L'ouvrage dirigé par Tudi Kernalegenn et Romain Pasquier se propose de poser les bases d'un savoir académique sur ce demi-siècle d'existence d'une organisation dont les idées et les actions ont durablement marqué la société bretonne, bien que le succès électoral n'ait pas toujours été au rendez-vous. « Petit parti », l'UDB n'en a pas moins été au coeur des mobilisations de la Bretagne contemporaine sur les questions de développement économique, de défense des langues régionales, de l'environnement ou de la décentralisation. À travers une approche pluridisciplinaire et comparative, le livre entend renouveler l'analyse du régionalisme en montrant les relations complexes entre identité, mouvement culturel et action politique. L'histoire de l'UDB illustre en effet tout à la fois les obstacles à la politisation des identités territoriales en France et les ressorts sociaux et identitaires d'une mobilisation de longue durée. Cet ouvrage confirme qu'à l'ombre d'un récit national uniformisant, qui diabolise et rejette les particularismes, se sont construits des espaces politiques très différenciés selon les régions françaises. Ce qui pose la question de l'évolution territoriale et institutionnelle de l'État républicain contemporain.

  • Depuis plusieurs décennies maintenant, la conjugaison des logiques de décentralisation et d'intégration communautaire remettent en cause la légitimité d'action du vieil État-nation européen. Les régions bénéficient-elles de cette nouvelle donne politique ? Assiste-ton à un renforcement de la capacité politique régionale ? A partir d'une étude comparative dans deux régions françaises, la Bretagne et le Centre, et deux régions espagnoles, la Galice et La Rioja, Romain Pasquier analyse la variabilité du potentiel mobilisateur des régions en Europe. Il met l'accent sur deux variables clés pour comprendre la structuration d'une capacité politique régionale : l'empreinte des modèles régionaux d'action collective et la prégnance des styles nationaux dans les politiques territoriales en France et en Espagne. A travers l'analyse de la capacité d'action des institutions régionales autour d'une série d'enjeux d'action publique, aussi bien au niveau local qu'au niveau national et européen, l'auteur arrive à la conclusion que certaines régions semblent posséder davantage de prédispositions que d'autres pour s'adapter à la nouvelle gouvernance européenne. Par delà les variations institutionnelles, les régions dans lesquelles se perpétuent ou se développent des formes d'identification collective et des pratiques politiques coopératives sont plus à même de se positionner dans les régulations politiques polycentriques qui s'organisent à l'échelle européenne.

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