Presses de l'Université du Québec

  • Qu'est-ce qu'une institution aujourd'hui ? Les conceptions théoriques de l'institution sont aussi variées que les représentations mobilisées par les intervenants sociaux dans le feu de l'action. Le mur fermé est allié à la rue ouverte, la coercition à l'autonomie, l'encadrement à l'accompagnement, le tribunal au thérapeutique, l'hôpital à l'art, le médicament à la toxicomanie, la responsabilisation à la liberté. L'institution actuelle semble éventrée de sa substance normative qui se redistribue inégalement sur une série d'instances et de dispositifs intermédiaires qui intègrent autant des fonctions classiques (éduquer, contrôler, soigner, punir, etc.) que des stratégies novatrices (accompagner, autonomiser, responsabiliser, réduire les méfaits, etc.). Toutefois, ces nouvelles instances et dispositifs ne dessinent-ils pas les contours communs d'une individualité sociale qu'on veut soutenir et promouvoir ? Dans le présent ouvrage, théoriciens et intervenants du domaine social tentent de mettre en lumière, de comprendre et de problématiser le « nouvel esprit » de l'institution.

  • L'idéaltype du travailleur, qui s'est construit en référence au modèle du mâle pourvoyeur, valorise les longues heures de travail. Les exigences des organisations ne sont certes pas étrangères à ce phénomène. La performance des employés est en effet souvent mesurée en fonction du temps qu'ils accordent à leur travail, et leurs besoins de flexibilité ont vite été « vampirisés » par la logique productiviste. Bien que les travailleurs, y compris ceux à temps partiel, disent vouloir consacrer moins d'heures au travail rémunéré, dans les faits, le temps de travail a augmenté, surtout chez les plus scolarisés, les professionnels, les cadres et les gestionnaires. Malgré ces constats, peut-on encore se référer exclusivement à cet idéaltype, dominé par une organisation du travail « dévorante », pour caractériser les travailleurs contemporains ? Les textes réunis dans cet ouvrage vont au coeur du rapport au travail et de l'expérience de travail afin de remettre en question ce modèle théorique. Les auteurs nous livrent une analyse percutante des changements qui marquent le nouveau modèle productif postfordiste, en révélant notamment les résultats de recherches empiriques portant sur les conceptions et les stratégies des travailleurs de différents milieux professionnels, particulièrement dans les domaines de la santé, des services sociaux et de la sécurité publique.

  • Le déplacement du contrôle vers les équipes de travail, la gestion par projets, le pouvoir du client, la responsabilisation individuelle, la superposition des statuts de travailleurs dans un même espace concret ou virtuel ont complexifié les réalités de travail et changent non seulement les rapports de force entre les acteurs, mais la façon dont ils s´expriment. Dans ce contexte où l´autonomie et l´engagement au travail sont sollicités et encouragés, peut-on encore parler de domination au travail ? Par quelles voies se manifeste-t-elle ? Quel cadre d´analyse permet de saisir et de comprendre ces transformations ?

    À leur façon, chacun de ces textes ouvre une réflexion sur la domination au travail telle qu´elle se présente aujourd´hui. Ce qui apparaît comme un consentement aux contraintes du travail est renforcé par des modes de gestion qui jouent avec le désir d´autonomie pour responsabiliser l´individu face à ses capacités personnelles de relever les défis du travail. Que ce soit la domination à travers les épreuves du travail, dans les nouvelles formes de travail ou dans les nouvelles pratiques de gestion des entreprises, chaque partie de l´ouvrage propose une lecture de la domination qui remet en question les représentations de l´individu dominé et met en évidence la diversité des formes de domination à l´oeuvre.

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