Théâtre

  • Knock

    Jules Romains

    "Le tambour : Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. Ça me chatouille, ou plutôt ça me gratouille.
    Knock : Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille ?
    Le tambour : Ça me grattouille. Mais ça me chatouille bien un peu aussi...
    Knock : Est-ce que ça ne vous grattouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?
    Le tambour : Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me grattouillerait plus."

  • Johnnie Coeur

    Romain Gary

    "Je me suis efforcé, dans Johnnie Coeur, de retrouver une certaine tradition du dialogue comique qui court à travers les âges depuis les temps antiques en passant par la Commedia dell'arte, atteint ses sommets avec Jacques le Fataliste et son maître, Don Juan et Sganarelle, Don Quichotte et Sancho Pança, s'incarne plus modestement au cirque dans Auguste et Monsieur Loyal, et s'élève au cinéma à des hauteurs nouvelles dans le merveilleux jaillissement des Marx Brothers.
    J'ai évidemment tenté de donner à cette tradition un contenu contemporain, de lutter par le rire, notre vieille arme, contre tout ce qui dépasse mes forces et ma raison, puisque l'indignation elle-même devient aujourd'hui dérisoire dans sa futilité.
    Johnnie Coeur, le personnage central de la pièce, est un mime. Il mime son propre dégoût, sa rage, son impuissance et son idéalisme désespéré. C'est un idéaliste qui se moque de son propre coeur. Je me suis efforcé d'éviter la tragédie et d'accéder au comique, qui est pour moi la seule façon de me défendre.
    Johnnie Coeur commence sa grève de la faim comme une escroquerie, parodiant tant d'autres escroqueries morales de notre temps, et il finit par nourrir sa dérision de sa vie même, allant jusqu'au bout de son rire, se laissant mourir de dégoût, d'amour et de haine pour l'humanité." Romain Gary.

  • La bonne moitié

    Romain Gary

    Qui est Théo Vanderputte, une 'si vieille personne' qui s'occupe des enfants des résistants fusillés, jusqu'au jour où ces enfants 's'occupent' de lui à leur tour ? Un monstre qui dort peut-être toujours au fond de l'humain, dans cette tanière obscure où l'Histoire va si souvent le chercher, le réveiller, l'utiliser ? Un martyr, un traître, ou les deux à la fois ? Comment distinguer en lui la 'bonne moitié' de l'autre, la part coupable ? Comment le 'calculer' ? Comment, dans cette étrange et presque clownesque créature qui semble surgie de quelque tragique et bouffonne commedia dell'arte, châtier ce qui ne peut être pardonné et épargner ce qui est pitoyable ?
    Tel est le dilemme devant lequel se trouvent Luc, fils d'un compagnon de la Libération, dix-huit ans, Raton, un pied-noir, seize ans, Jannie, seize ans, et Velours, douze ans. Réfugiés dans l'hôtel particulier d'un déporté à Buchenwald, ils sont soudain confrontés avec tout ce qui, dans l'homme, est pitié, horreur, crime, absurdité, vilenie, mais, par-dessus tout, victime.
    Recherché par les comités d'épuration, Théo est jugé par ses pupilles, dont l'aîné, Luc Martin, reconnaît en lui l'incarnation même de ce qu'une époque terrible a pu faire de l'homme - et à l'homme.

  • Antigone

    Romain Sardou

    • Xo
    • 11 Février 2021

    " Céder devant un homme, peut-être, si la lutte est loyale. Mais devant une femme, jamais. " De tous les grands mythes, Antigone est sûrement le plus puissant.
    De toutes les grandes héroïnes de théâtre, Antigone est celle qui incarne le mieux la place de la femme dans la société.
    Face à tous les obscurantismes se dresse toujours une Antigone, merveilleusement inattendue.
    Romain Sardou propose ici sa nouvelle version d'Antigone. C'est bien le même mythe, mais la pièce commence autrement... Poussez les portes du palais de Créon, Antigone est de retour.

  • Pour la première fois sont proposées au public, ensemble, deux des plus célèbres comédies de Jules Romains, Knock ou le triomphe de la médecine et M. Le Trouhadec saisi par la débauche, interprétées par l'auteur lui-même, qui réussit la prouesse de travestir sa voix pour donner vie à ses personnages.
    Ce véritable enregistrement historique, que nous présente Olivier Rony (Succession Jules Romains), permet de redécouvrir de manière jubilatoire ces oeuvres majeures de notre patrimoine théâtral.
    "Pour un auteur, donner à haute voix la lecture d'une de ses oeuvres est l'achèvement naturel de son travail. C'est aussi une épreuve d'authenticité."
    Jules ROMAINS
    "(...) Jules Romains illustre une race de créateurs méprisée par les cuistres. Il est un de ces parias sur l'épaule duquel les critiques dits sérieux gravent au fer rouge la marque d'infamie la plus indélébile : celle de la dérision, ou pire encore, du silence. Il est un humoriste, un prince de l'humour, infiniment supérieur à Alphonse Allais.(Nouvelle Revue des Deux Mondes, octobre 1972)."
    Paul Guth - 1972
    L'auteur de Le Trouhadec est un des très grands auteurs comiques de la première moitié du XXe siècle. Et pourtant, il y avait de la concurrence ! Il y avait Georges Feydeau, Courteline, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Sacha Guitry. Par un coup de maître, avec Knock, il se détache du peloton de tête (...) Un autre grand type créé par Jules Romains est Monsieur Le Trouhadec. Ce membre de l'Institut, un peu gâteux (il en existait encore aux environs de 1930), a prodigieusement amusé son auteur (...) Si on ajoute quatre ou cinq chefs-d'oeuvre indiscutables qu'il a donné au théâtre français, le parfum toujours poétique, subtil et parfois sarcastique de ses petites en un acte qui font la nique à celles de Becque, on n'a qu'une constatation à faire : le poète comique Jules Romains a du génie. Et n'oubliez pas que cet éloge vient d'un homme qui écrit lui aussi des comédies !"
    (Nouvelle Revue des Deux Mondes, octobre 1972). Marcel Achard, de l'Académie française - 1972

  • Le temps viendra

    Romain Rolland

    Écrivain, musicologue, biographe, essayiste, romancier et dramaturge, Roman Rolland (1866-1944) est l'auteur d'une oeuvre considérable. Si de nombreux textes inédits - notamment son Journal - éclairent le parcours de cet homme, sa véritable personnalité demeure méconnue.
    Victime de partis pris et de préjugés, Romain Rolland vécut une Histoire qui a bouleversé l'Europe, avec deux guerres mondiales et l'avènement des totalitarismes. Il fut aussi un Européen convaincu qui a lutté contre le fascisme et le nazisme, un internationaliste qui a jeté une arche entre l'Occident et l'Orient.

  • Robespierre

    Romain Rolland

    J'avais trente ans, lorsque j'entrepris d'écrire une vaste épopée dramatique de la Révolution française, en une douzaine de drames. J'ai soixante-douze ans, lorsque j'achève le drame, qui, dans ma pensée, devait constituer le sommet de la courbe : « Robespierre », Je n'avais jamais cessé d'y songer ; mais j'attendais de me sentir en pleine possession du sujet. Cette année, il m'a paru que le temps était venu.
    La tragédie se résume en peu de mots :
    Trois mois et demi s'écoulent entre le début et la fin de la pièce, entre l'exécution de Danton et celle de Robespierre.
    Tous les hommes que je mets en scène sont de sincères et passionnés Républicains. Leurs convictions s'allient à leur intérêt pour les obliger tous à sauver la République : car leur sort est lié au sien ; ils se sont tous compromis irrévocablement, en votant la mort du Roi. Et cependant, ils vont s'acharner à détruire leur oeuvre : la République. Ils seront pris par leurs passions, par leurs fureurs, par leurs soupçons, dans une véritable frénésie qui ne leur permettra plus de voir où ils vont, qui les jettera même dans les bras des pires ennemis de la République. Par moments, ces hommes auront des lueurs de l'abîme où ils courent, et ils seront épouvantés, - mais incapables de revenir en arrière.
    Je n'ai pas cherché à les idéaliser. Je n'ai ménagé ni aux uns ni aux autres les erreurs et les fautes. J'ai été pris moi-même par la grande vague qui les emporte. J'ai vu la sincérité de tous ces hommes, qui s'exterminent, et la fatalité terrible des Révolutions. - Elle n'est pas d'un temps. Elle est de tous les temps. J'ai tâché de l'exprimer.
    Romain Rolland

  • Danton

    Romain Rolland

    Romain Rolland s'était souvenu du décret du Comité de Salut Public projetant, le 20 ventôse an II, d'instituer un Théâtre du Peuple destiné à « célébrer les principaux événements de la Révolution française. » Il voulait donner là « le spectacle d'une convulsion de la nature, d'une tempête sociale, depuis l'instant où les premières vagues se soulèvent du fond de l'océan jusqu'au moment où elles semblent de nouveau y rentrer et où le calme retombe lentement sur la mer. [...] Le 14 Juillet en était la première page et Danton le centre, la crise décisive, où fléchit la raison des chefs de la Révolution et où leur foi est sacrifiée à leurs ressentiments. » (Théâtre de la Révolution, préface).

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