Pierre-François Moreau

  • Spinoza fut attaqué de toutes parts mais ses positions marquèrent les controverses sur la Bible, le droit naturel et la liberté de conscience ; on retrouve sa trace dans les Lumières, l'idéalisme allemand, le marxisme et la psychanalyse. L'Éthique et le Traité théologico-politique construisent une pensée de la Raison, refusant la finalité, la providence et l'illusion du libre-arbitre, une pensée de l'universalité des lois de la nature, de la singularité individuelle, de la liberté de philosopher. Chez Spinoza, rien n'est au-dessus de l'entendement humain ; l'étendue n'est pas moins divine que la pensée ; le bien et le mal sont relatifs ; l'homme n'est pas un empire dans un empire ; la fin de l'État est la liberté.

  • À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    À la fin du mois d'août 1937, le reporter de guerre Robert Capa débarque à New York par le paquebot. Il a 23 ans, il est déjà veuf : un mois plus tôt, sa compagne photographe Gerda Taro a été tuée lors de la guerre d'Espagne à Brunete, près de Madrid, alors qu'il se trouvait à Paris.

    Ce séjour new-yorkais est l'occasion pour Robert Capa de s'extraire de son désespoir. Il retrouve sa famille – mère et frère notamment, qui ont fui Budapest –, ainsi que ses amis, dont le photographe hongrois André Kertész qui avait été son mentor à Paris, il tente de se faire engager par le nouvel hebdomadaire Life Magazine.

    Mais c'est surtout l'occasion pour lui de mener à bien un projet de livre. Un album à la mémoire de Gerda, intitulé
    Death in the making, conçu avec André Kertész, pour évoquer en images les douze derniers mois que Capa a passés en Espagne à couvrir la Guerre civile avec Gerda. Sous l'hommage du combat des Républicains espagnols, cet ouvrage raconte aussi – implicitement – leur amour agité, ainsi que leur collaboration où la cause révolutionnaire devint une cause intime.

    Après Gerda, livre sur la naissance d'un livre, roman où se mêle histoire et fiction, recrée le tourbillon de ces six semaines à New York, une ville en paix, dans laquelle remontent les souvenirs de cette année 1936-1937, ses violences, ses déchirements qui bouleversèrent aussi bien le couple Taro-Capa que l'Europe entière.

  • Elle est arrivée de Bénin City pour profiter de l'argent suisse et payer les dettes de sa famille. Elle vit sous la coupe d'une proxénète qui détient son passeport et son juju, cette figurine sacrée qui lui permet de la contrôler. Il conçoit des jeux vidéo fun-gore qui ont fait de lui une star. Il voyage à travers le monde d'hôtel de luxe en festival de geeks, ivre de drogues et vivant dans un univers parallèle où la fiction prend le pas sur la réalité. Le soir où elle s'asperge de White spirit et s'immole par le feu pour mettre fin à tout, c'est lui qui la sauve. Il devient à ses yeux l'homme qui peut l'arracher à ses démons. Les voici liés pour le meilleur et pour le pire, unis par leurs folies et leurs obsessions, associés pour se sortir du guêpier où ils se sont fourrés...

  • Sous le soleil andalou, truands teigneux, barbouzes marocains ou victimes de la crise : tous partagent la même avidité. « Il tenta désespérément de se débattre. Sursauts inutiles. Les quatre l'empoignèrent et le traînèrent à la poupe en le dérouillant. Pantin désarticulé. Au moment du dernier élan, alors que quatre bras s'apprêtaient à le balancer par-dessus bord, le coup de grâce vint percuter son crâne. L'aube naissante tomba en rideau. Son corps déchira la surface d'eau noire, s'enfonça, entraînant avec lui une coulée de bulles d'un vert fluorescent. Un bruit sourd, une gerbe d'écume. Le pilote embraya et le yacht bondit en se cabrant. Il entrouvrit soudain les yeux. Autour, la mer, le froid, les courants d'eau profonde aspirés depuis l'Atlantique. Il coulait, coulait. Il voulut crier, mais un flot d'eau salée pénétra dans sa bouche. Sa dernière sensation fut une soif immense. Une soif d'air. Les poumons pleins d'eau, il sombra. » Pierre-François Moreau, reporter et chroniqueur littéraire notamment pour Actuel, est scénariste.

  • Selon les époques et les doctrines, les passions peuvent être envisagées comme vices, péchés, effets de l'imagination ou moteurs nécessaires à l'acion humaine. La modernité recueille ainsi un héritage complexe de thèmes venus de l'Antiquité comme du Moyen Âge. Ce volume aborde donc les modernités sur ce thème des passions, du tournant du XVIe siècle à la fin de l'époque des Lumières.

  • Les racines du libéralisme Liberté de conscience, liberté de la presse, habeas corpus, défense de la propriété, pluralisme, une certaine méfiance à l'égard de l'État : tels sont les traits principaux qui définissent le libéralisme du XXIe siècle. Mais ces thèmes s'appuient sur une philosophie politique élaborée au cours des siècles précédents : celle du droit naturel, qui fait du sujet la source et le fondement de la société, de l'État, des échanges et de la civilisation.

  • Lire Spinoza, c'est décrire les lignes de force de son architecture théorique; analyser les textes essentiels où viennent se nouer les principales difficultés; insérer sa pensée dans le contexte hors duquel on ne peut déchiffrer son sens et ses enjeux. C'est aussi demeurer attentif à sa dimension controversiale et aux registres de son style, de son lexique et de son argumentation, ainsi qu'aux différents genres d'écriture philosophique qu'il a choisis : le dialogue et le traité, la lettre ou l'exégèse, la démonstration mathématique ou la scolie polémique. C'est enfin repérer les écarts significatifs qui marquent la production de son originalité et transforment une culture en interrogation systématisant. Il s'agit alors moins d'exposer une doctrine que de repérer et d'analyser les problèmes d'une philosophie. Ainsi peuvent prendre sens le rapport de Spinoza à Épicure ou à Descartes, sa reprise complexe de ce que Tacite dit des Juifs; sa relation à l'athéisme ou au matérialisme; l'usage qu'il fait du vocabulaire psychologique ou des textes bibliques traitant des prêtres ou des prophètes; la signification que prennent sous sa plume des notions comme la lumière naturelle, l'amour, le jugement, le doute ou le martyre. Pierre-François Moreau enseigne l'histoire de la philosophie à l'École Normale Supérieures des Lettres et Sciences humaine. Il dirige la nouvelle édition des OEuvres complètes de Spinoza.

  • Versé autant dans les arts libéraux que dans les arts mécaniques, Spinoza fut aussi tailleur de verre à Amsterdam, sans doute acteur de théâtre, probablement dessinateur. Il fréquenta la boutique d'antiquaire de Franciscus Van den Enden et fut proche de la société des arts Nil volentibus arduum ; il habitait non loin de Rembrandt et Potter et appréciait la compagnie de peintres et de décorateurs. Élaborée au coeur du siècle d'or de la peinture hollandaise, cette philosophie a souvent inspiré les artistes. Comment expliquer un tel regard non philosophique sur une philosophie qui ne présente pas une pensée développée sur les arts ? Comment expliquer qu'on ait tenté d'emprunter les voies de l'esthétique pour pénétrer une philosophie qui ne constitue pas ce champ de réflexion en un domaine autonome ? A défaut d'avoir une esthétique à proprement dit, le spinozisme n'en contient pas moins une profonde réflexion sur les arts et leurs usages au sein d'un projet d'éthique conçue comme art de vivre.

  • Toute une dimension de la modernité s'est constituée en relisant et en transformant les philosophies antiques. Second volet d'une série de trois ouvrages (I. Le Stoïcisme, 1999 ; III. L'Épicurisme, à paraître), ce volume étudie le retour du

  • Spinoza transalpin est né de la rencontre entre chercheurs spinozistes italiens et français, et de la confrontation de leurs interprétations les plus récentes sur la métaphysique, la théorie de la connaissance, la politique et les rapports entre philosophie et théologie. L'ouvrage se présente sous la forme d'un dialogue au cours duquel les grands commentateurs actuels du spinozisme en Italie exposent leurs travaux, leurs méthodes d'investigation et leurs découvertes les plus récentes et les répondants français s'efforcent de mettre au jour l'originalité de cette recherche, de la situer par rapport aux types d'approche des chercheurs français dans le même domaine et de les questionner à ce sujet. L'intensité et la fécondité des recherches conduisent à s'interroger sur la force et la richesse du spinozisme italien et à en comprendre la spécificité. Marquées depuis longtemps par des orientations philologiques et historiographiques, les recherches italiennes tournent également autour de l'enracinement de Spinoza dans la modernité. Elles témoignent d'un souci d'analyser sa pensée sous un angle à la fois rétrospectif et prospectif pour l'actualiser, construire des concepts opératoires et en faire surgir la puissance cachée. C'est en confrontant ainsi différentes traditions nationales de lecture et d'interprétation que l'on peut échapper à leurs limites et conjuguer ce qu'elles ont de meilleur.

  • Les passions ne sont pas ce qu'on croit. Dans l'Antiquité la connaissance des passions est avant tout une connaissance de l'action sur les passions, il n'y a guère de place pour une consistance théorique autonome de la passion. A l'âge classique les passions sont prises comme objets de science, éléments constitutifs de l'homme. Cette conception théorique est constitutive d'une anthropologie. A la question antique "Comment agir sur les passions ?" se substitue la question moderne "Comment constituer une géométrie des passions ?" Ce volume est le premier d'une série consacrée à l'étude des passions, le legs antique et médiéval. Ce thème a fait l'objet de travaux organisés dans le cadre de l'Ecole normale de Fontenay Saint Cloud (mars - avril 1997).

  • On trouvera ici réunies les trente-quatre contributions présentées à la Sorbonne, au cours de quatre journées d'études organisées par le Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne de l'université Paris I et le Centre d'études en rhétorique, philosophie et histoire des idées (École normale supérieure de Lyon). Le volume présenté illustre la force de décomposition et de recomposition de la philosophie de Spinoza, qui n'a cessé d'être présente durant tout le XIXe siècle - et particulièrement en ses points hauts. Spinoza, par le truchement de spinozismes plus ou moins fidèles, s'est constitué en agent de transmutation d'une toujours nouvelle puissance de penser et d'agir, en réponse aux défis des temps et des conjonctures. I. Spinoza au XIXe siècle : l'Allemagne Éditions de Spinoza au XIXe siècle (Piet Steenbakkers). - Sur le Spinoza du Pantheismusstreit (Pierre-Henri Tavoillot, Myriam Bienenstock). - L'idéalisme allemand et Spinoza (Jean-Marie Vaysse, Thomas Kisser, Klaus Hammacher, Wolfgang Bartuschat). - Thèmes spinozistes dans la gauche hégélienne (Gérard Bensussan). - Spinoza, Marx, marxisme (André Tosel, Jean Salem). - Spinoza à l'ombre du nihilisme (Christophe Bouriau, Bernard Rousset, Patrice Choulet). II. Spinoza en France, en Italie, en Russie et ailleurs Spinoza en France (Jacques Moutaux, Pierre-François Moreau, Jean-Pierre Cotten, Chantai Jaquet, Pierre Macherey, Christian Lazzeri, André Comte-Sponville, Jean-Michel Le Lannou, Alexandre Matheron). - Spinoza et l'Italie (Alessandro Savorelli, Roberto Bordoli, Jean-François Braunstein, Cristina Santinelli).- Spinoza et la Russie (Vladimir Metlov, François Zourabichvili). - Spinoza en Espagne et dans l'Europe du Nord (Hélène Politis, Fokke Akkerman.Wiep Van Bunge, Atilano Dominguez).- Politiques de Spinoza (Manfred Walther, ElhananYakira).

  • Quels sont les rapports entre langage et pouvoir ? L'étude s'appuie sur de nombreux auteurs classiques : Machiavel, Spinoza, Rousseau, Kant, Malebranche et al.

  • L'époque des Lumières se voulut le siècle de la Raison et a reconnu le rôle des passions, comme aiguillon de la connaissance, moteur des actions humaines, ressort de la vie privée tout autant que de la politique. C'est le noeud formé par Raison et passions qui caractérise le mieux ce siècle. Cette confrontation est reconnaissable aujourd'hui dans les principes de notre droit, dans les questions éthiques qui animent médecine et gouvernement, dans les interrogations de nos pratiques esthétiques.

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