Pierre Dessureault

  • Comment inscrire l'art public dans la ville autrement? Pour analyser la question, Jacques Doyon dirige un dossier réunissant trois artistes aux approches fort différentes : la sculpture-installation de Nicolas Baier créée pour le 50e de la Place Ville-Marie, les graffitis urbains de Dominique Auerbacher et les fresques photographiques de Patrick Dionne et Miki Gingras. La section « Focus » de la revue s'attarde sur ­Anticoste­ de Richard Baillargeon, une mosaïque de photos et d'objets hétéroclites rassemblés comme autant de fragments à recomposer pour « lire » l'histoire de l'île, et sur la récente exposition d'Omer Fast, ­Continuous Coverage­, à la galerie d'art contemporain The Power Plant. La revue clôt ses pages avec un entretien de Jacques Doyon avec Bonnie Rubenstein, directrice artistique du festival de photographie CONTACT de Toronto.

  • En géologie, le concept de stratification renvoie à l'idée d'un processus au cours duquel des sédiments s'accumulent en couches, pour éventuellement former des ensembles sédimentaires plus ou moins hétérogènes, mais qui n'en demeurent pas moins des unités de sens à part entière. Ainsi en va-t-il de certaines images, dont la compréhension suppose un effeuillage des différentes strates de signes qui les constituent. À ce titre, les séries Scarti d'Adam Broomberg et Oliver Chanarin, Copperheads de Moyra Davey ainsi que les Études préparatoires de Marc-Antoine K. Phaneuf, auxquelles Ciel variable consacre la section thématique de ce numéro, ont ceci en commun qu'elles sont le fruit de processus de stratification. Ces oeuvres permettent d'apprécier comment l'ajout de signes peut modifier, enrichir ou court-circuiter la nature et le sens d'une image.

  • En plein dans le mille du 375e anniversaire de la cité, Ciel variable plonge dans les « Montréalités ». Si l'éditorial de Jacques Doyon nous parle de la vie des quartiers, c'est à l'un d'entre eux en particulier, Hochelaga-Maisonneuve, que s'intéresse le photographe Robert Walker. Un quartier chargé d'histoire et à la destinée compliquée, autrefois industriel et aujourd'hui aux prises avec les aléas de l'embourgeoisement. Ses images, ainsi que celles d'autres créateurs, sont témoin du tissu complexe de la ville : ses commerces, ses artères, ses publicités, sa mixité sociale, sa diversité, sa culture, son architecture, son militantisme aussi. La revue revient aussi sur quelques projets photographiques marquants sur le Montréal du passé avec les talents de Gabor Szilasi, Clara Gutsche ou encore David Miller. Également au sommaire, l'exposition présentée à la galerie Artexte examinant les relations entre la photographie et les magazines imprimés au Canada entre 1970 et 1990, et de nombreux autres événements dans la section actualités.

  • Les oeuvres présentées dans le numéro printemps-été de Ciel variable peuvent sembler relever, au premier abord, d'un simple travail sur le motif. Un regard plus attentif montre cependant que ce qui se désigne ainsi, dans une telle focalisation sur les arbres, les icebergs ou les nuages, c'est le façonnement des éléments naturels par l'action humaine en un paysage qui est devenu un environnement. Des essais sur la série Arbres de Jocelyn Philibert, Eidôlon d'Alain Lefort et Espaces aériens de Denis Farley constitue le coeur de ce numéro où l'on retrouve aussi plusieurs portraits d'artistes, comptes-rendus d'exposition dont celui de la récente présentation des oeuvres de Robert Mapplethorpe au MBAM, ainsi qu'une entrevue avec Luce Lebart, directrice de l'Institut canadien de la photographie du MBAC.

  • Pour son édition automnale, Ciel variable s'intéresse à la thématique de la ruine et s'attache à capter les traces d'un monde en train de disparaître, un monde où la mutation de l'image photographique s'inscrit dans une transformation plus fondamentale qui affecte l'ensemble de la culture et des valeurs de nos sociétés. La section Portfolio présente en ce sens The Donkey that became a zebra de Michel Campeau, Fin de siglo d'André Barrette et Trauma de Joan Fontcuberta.On retrouve également dans ce numéro des essais sur les expositions d'Emanuel Licha, au Musée d'art contemporain de Montréal, de Katia Kameli, Délio Jasse et Vasco Araùjo, à Londres, et les Archives du Service de la photographie de l'ONF, de même qu'une entrevue de Claude Goulet des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, et, dans la section Actualités, plus d'une dizaine de recensions d'expositions et de publications récentes.

  • Cet automne, la revue Ciel variable consacre son portfolio principal à trois artistes intéressés par le phénomène de migration. « La frontière est devenue une sorte de non-lieu, une zone hors nations, où l'identité des migrants est mise en examen et leur statut tenu en suspens pour un temps de plus en plus long et indéterminé. » Ce numéro aborde certains aspects de cette traversée des frontières avec Roxham de Michel Huneault, The Castle de Richard Mosse et The Space Between the Seconds d'Émilie Serri qui traitent de l'accueil réservé aux migrants, de leur intégration et des questionnements identitaires suscités par de telles mouvances territoriales. La section « Focus », elle, propose trois articles, l'un sur le collectif Outre-vie / Afterlife créé par Raymonde April en 2013, l'un sur la photographie comme acte de collaboration et l'autre sur l'exposition Michel Campeau - avant le numérique.

  • Les oeuvres réunies dans le numéro printemps-été, Revisiter | Revisit, de la revue Ciel variable font un retour sur des phénomènes ou événements significatifs de l'histoire récente pour les remettre en mémoire et prendre la mesure de leurs enjeux actuels. Freedom Rocks : The Everyday Life of the Berlin Wall de Blake Fitzpatrick et Vid Ingelevics, Le huitième jour d'Emmanuelle Léonard en écho à Charles Gagnon et The Natalie Brettschneider Archive par Carol Sawyer sont des oeuvres foisonnantes, aux itérations multiples, qui empruntent des formes complexes à l'image de leurs objets d'investigation, soit tout un champ des pratiques artistiques, des oeuvres phares et des moments charnières, des artefacts culturels démultipliés qui sont l'objet d'intenses manipulations idéologiques. Aussi, sous la rubrique « Focus », découvrez L'Arab Image Foundation, l'exposition Exhibit Model de Jonathan Monk présentée chez VOX l'automne dernier, ainsi que celle de onze photographes ayant participé à un portrait collectif de l'ancien hôpital Royal Victoria.

  • Le numéro hivernal de la revue Ciel variable s'articule autour d'expérimentations chromatiques dans la pratique de Yann Pocreau, Jessica Eaton et Bert Danckaert. De la manipulation de la lumière (par filtration, combinaison, diffraction) jusqu'au travail sur ses surfaces d'inscription (pellicules, papiers photo, surfaces murales) en passant par le repérage de compositions picturales dans les rues de la ville, un espace d'exploration s'ouvre pour la photographie autour des diverses manifestations de la couleur. Il en résulte des images qui mettent en question nos perceptions. Le référent de ces travaux est souvent la peinture abstraite et sa longue tradition d'expérimentation, mais le réel aussi comporte sa part d'ambiguïté perceptuelle quant à l'impact des couleurs. On retrouvera également dans ce numéro des articles de fond sur l'exposition récente de Marisa Portolese au Musée McCord et la dernière édition des Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie de même qu'une réévaluation de l'exposition Camerart, présentée à la galerie Optica en 1974.

  • Trois expositions récentes offrent à la revue Ciel variable l'occasion de jeter un regard inusité sur l'acte de collectionner. Serge Clément présente, avec Archipel, la collection de tous les livres photographiques qu'il a conçus, livres que l'on peut comprendre comme des mises en séquence de collections de ses propres images. Avec Tout ceci est impossible, Bertrand Carrière plonge dans la collection de la Cinémathèque québécoise en s'intéressant au film noir dont il extrait des images-types tout en explorant les jeux de temporalités propres au fondu enchaîné. Enfin, la collection Lazare représente avec États d'âmes, esprit des lieux un exemple assez rare d'une collection rassemblée patiemment au fil des ans pour refléter une vision teintée de mélancolie sur un monde en difficultés. La rubrique « Focus », elle, propose d'explorer le documentaire Le tribunal sur le Congo de Milo Rau, la 22e édition de Paris Photo, Anthropocene fatigue d'Edward Burtynsky et In Pursuit of Magic, exposition rétrospective du travail de Nathan Lyons.

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