Le Livre de Poche

  • Oeuvres t.1

    Paul Valéry

    À dix-huit ans, Valéry entame une première carrière qui le conduit à faire paraître une trentaine de poèmes, après quoi le sentiment, autour de 1892, de ne pouvoir égaler Mallarmé ou Rimbaud vient ouvrir une crise : il cesse d'écrire et néanmoins, trois ans plus tard, donne coup sur coup deux brefs chefs-d'oeuvre : l'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci et La Soirée avec Monsieur Teste. Devenu rédacteur au ministère de la Guerre en 1897, il connaît une nouvelle, et plus longue, période de silence à laquelle la publication de La Jeune Parque ne mettra un terme qu'en 1917. Il continue cependant, chaque matin, à l'aube, à tenir les Cahiers où il consigne des réflexions sur des sujets divers, mais la suspension de l'oeuvre est par moments vécue comme une panne douloureuse. Un nouveau départ est donné vers 1912 lorsque Gide lui demande de réunir ses oeuvres de jeunesse et, de la relecture de ses anciens poèmes, vont naître tour à tour, après la Parque, l'Album de vers anciens et Charmes en 1922. À cet ensemble s'ajoute en 1919 la réimpression de l'Introduction et de La Soirée, et peu après les dialogues d'Eupalinos et de L'Âme et la danse : l'évidence s'impose qu'une oeuvre majeure est en train de se construire, et cette gloire naissante vaut à son auteur de nombreuses commandes de préfaces, d'études ou de conférences qui viendront nourrir les volumes successifs de Variété, les Regards sur le monde actuel ou les Pièces sur l'art. Elle lui vaut également de participer à diverses commissions culturelles, en particulier dans le cadre de la Société des Nations, et de devenir ainsi, en Europe, une sorte de passeur de culture. Édition de Michel Jarrety.

  • Alphabet

    Paul Valéry

    Edition enrichie (Préface, notes, annexes, repères chronologiques et bibliographie)
    Nouvelle édition.
    Alors qu'il venait d'acquérir vingt-quatre lettrines gravées, un éditeur demanda à Valéry d'y associer vingt-quatre poèmes en prose dont chacun commencerait par une lettre différente. L'écrivain se proposa aussitôt d'y évoquer les vingt-quatre heures du jour, composa le recueil sans tout à fait l'achever, mais ne le publia pas. À certaines lettres de l'alphabet correspondent donc plusieurs poèmes. Tous ces textes se trouvent ici rassemblés, accompagnés de nombreuses photos et illustrations.

  • Si la dernière section de cette édition est la plus ample, c'est que Valéry continue d'extraire de ses Cahiers des fragments plus ou moins remaniés pour de nouveaux recueils, Mélange et Mauvaises pensées qui paraissent tous les deux en 1941 et, surtout, qu'il décide de rassembler d'anciens petits livres qui vont permettre la publication des deux volumes célèbres de Tel Quel. Les années de guerre sont naturellement moins propices aux commandes, et ses activités de conférencier se trouvent suspendues jusqu'à la célébration, à la Libération, du deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de Voltaire. Valéry, membre du Comité national des écrivains, de nouveau président du PEN Club français, redevient alors pour tous, quelques mois avant sa disparition, la haute figure des Lettres françaises qu'il avait été avant-guerre. La grande oeuvre de ces années est certainement « Mon Faust », une pièce de théâtre qu'il entreprend dès 1940 et à laquelle il continue de travailler de loin en loin. Bien qu'inachevée, il la fait paraître en deux éditions successives et, derrière la brillante légèreté de l'écriture et les répliques étincelantes, l'essentielle lassitude du protagoniste, qui est celle même de son auteur, assombrit bien des scènes. Puis un autre projet fait retour, celui d'un recueil de textes à l'identité incertaine, qui suivent la pente du conte plutôt que du roman que Valéry n'aime pas : brossant la figure de quelques héros singuliers, il reprend des pages ébauchées autour de 1923, en écrit de nouvelles et rédige un « Avertissement » pour ces Histoires brisées. Il laisse néanmoins le recueil inachevé, et c'est donc pour nous un dossier, plus qu'une oeuvre. Édition de Michel Jarrety.

  • Alors que l'oeuvre proprement poétique s'était refermée en 1926 avec les « Fragments du Narcisse » laissés inachevés, le deuxième tome de cette édition atteste un certain retour du vers dans des oeuvres destinées à la scène : après le livret d'Amphion en 1931, Valéry écrit celui de Sémiramis en 1934. Mais cette époque, surtout, demeure celle des commandes : de plus en plus sollicité, Valéry en effet multiplie conférences et discours officiels - à l'occasion, par exemple, du centenaire de la mort de Goethe en 1932 - qui le conduisent à se peindre avec humour comme le « Bossuet de la IIIe République ». Ces différents textes continuent d'être rassemblés dans les volumes de Variété, et sa figure de représentant éminent de la culture française, dans son pays comme à l'étranger, s'en trouve confortée. Cette figure tient aussi à la réflexion novatrice qu'il poursuit sur la littérature, et le terme de poétique qu'il choisit pour la chaire du Collège de France qu'il occupe à partir de 1937 s'imposera. Il eut été aussi reconnu comme poète en prose s'il était parvenu à donner aux pièces d'Alphabet la forme définitive qu'il eût souhaitée ; mais il laisse le recueil inachevé, et c'est une oeuvre posthume qu'on lira dans ce volume. Ces poèmes, eux aussi, étaient une commande et, à cet égard, Degas Danse Dessin, où se découvre largement un portrait du peintre que Valéry a bien connu, fait figure d'exception. C'est un livre très personnel et, tandis que Valéry avait jusqu'ici toujours enfoui l'intime au plus profond, on le voit maintenant se livrer davantage : par exemple, en 1932, le dialogue de L'Idée fixe marque assurément un tournant, qui est aussi celui d'une écriture plus spontanée. Édition de Michel Jarrety.

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