Paul Eluard

  • "Parler aux hommes le langage de tous les hommes et leur parler cependant un langage tout neuf, infiniment précieux et simple pourtant comme le pain de la vie quotidienne, nul poète, avant Éluard, ne l'avait fait si naturellement. Transmuer en une sorte d'or vierge l'aspect des joies et des douleurs communes à tous, pour en faire éclater la splendeur unique, Éluard fut capable de cela plus intensément et plus aisément que nul autre. L'amour la poésie, ce titre (que je trouve follement beau), n'est-ce pas la formule exacte qui en coiffant impérieusement la vie permet de la renouveler ? La plupart des poètes ont célébré l'amour. Combien sont-ils, à la réflexion, qui l'aient porté en eux toujours et qui en aient imprégné leur oeuvre à la manière d'Éluard ? Capitale de la douleur, L'amour la poésie, je vois en ces livres des tableaux de la vie commune telle que par l'amour elle est rendue poétique, c'est-à-dire illuminée. Il n'est personne qui, pour un temps bref au moins, n'ait fait l'expérience de pareille illumination, mais les avares et les prudents ont la règle de rabaisser les yeux au plus vite, tandis que la leçon d'Éluard est de substituer définitivement le monde ainsi transfiguré à l'ancien et de s'en mettre plein la vue et plein les doigts sans avoir peur de se déchirer à ses aigus sommets."
    André Pieyre de Mandiargues.

  • Ce volume rassemble des poèmes de Paul Éluard (1895-1952) publiés pendant la Seconde Guerre mondiale, le plus souvent dans la clandestinité sous des pseudonymes tels que Jean du Haut ou Maurice Hervent, dans divers recueils, revues et brochures (dont L'Honneur des poètes, Minuit, juillet 1943 et Europe, Minuit, mai 1944). Ainsi le recueil Poésie et vérité 1942, publié en octobre 1942 aux Éditions de la Main à la Plume, et dans lequel figurent « La Dernière Nuit et quelques autres poèmes dont le sens ne peut guère laisser de doutes sur le but poursuivi : retrouver, pour nuire à l'occupant, la liberté d'expression ».
    L'un de ces « quelques autres poèmes » est Liberté.
    « Et partout en France, écrit Paul Éluard dans la bibliographie du recueil, des voix se répondent, qui chantent pour couvrir le lourd murmure de la bête, pour que les vivants triomphent, pour que la honte disparaisse. »
    Ces poèmes d'Éluard furent recueillis en un volume publié aux Éditions de Minuit en avril 1945, avec trois autres poèmes inspirés entre 1936 et 1938 par la guerre d'Espagne. C'est cette édition qui est reprise ici.
    Table des matières.
    AU RENDEZ-VOUS ALLEMAND : Avis - Courage - Les belles balances de l'ennemi - Chant nazi - « Un petit nombre d'intellectuels français s'est mis au service de l'ennemi » - Les sept poèmes d'amour en guerre - Critique de la poésie - L'aube dissout les monstres - Enterrar y callar - Les armes de la douleur - Tuer - Bêtes et méchants - D'un seul poème entre la vie et la mort - Pensez - On te menace - À celle dont ils rêvent - En plein mois d'août - Le poème hostile - Comprenne qui voudra - Gabriel Péri - Dans un miroir noir - Charniers - Le même jour pour tous - Chant du feu vainqueur du feu - À l'échelle humaine - Les vendeurs d'indulgence - Faire vivre // POÉSIE ET VÉRITÉ 1942 : Liberté - Sur les pentes inférieures - Première marche, la voix d'un autre - Le rôle des femmes - Patience - Un feu sans tache - Bientôt - La halte des heures - Dimanche après-midi - Douter du crime - Couvre-feu - Dressé par la famine - Un loup - Un loup - Du dehors - Du dedans - La dernière nuit // RAISONS D'ÉCRIRE, ENTRE AUTRES, ET BIBLIOGRAPHIE : Novembre 1936 - La victoire de Guernica - Les vainqueurs d'hier périront.

  • Amoureuses

    Elles ont les épaules hautes
    Et l'air malin
    Ou bien des mines qui déroutent
    La confiance est dans la poitrine
    À la hauteur où l'aube de leurs seins se lève
    Pour dévêtir la nuit

    Des yeux à casser les cailloux
    Des sourires sans y penser
    Pour chaque rêve
    Des rafales de cris de neige
    Des lacs de nudité
    Et des ombres déracinées.

    Il faut les croire sur baiser
    Et sur parole et sur regard
    Et ne baiser que leurs baisers

    Je ne montre que ton visage
    Les grands orages de ta gorge
    Tout ce que je connais et tout ce que j'ignore
    Mon amour ton amour ton amour ton amour.

  • 'Je sais parce que je le dis
    Que mes désirs ont raison
    Je ne veux pas que nous passions
    À la boue
    Je veux que le soleil agisse
    Sur nos douleurs qu'il nous anime
    Vertigineusement
    Je veux que nos mains et nos yeux
    Reviennent de l'horreur ouvertes pures

    Je sais parce que je le dis
    Que ma colère a raison
    Le ciel a été foulé la chair de l'homme
    A été mise en pièces
    Glacée soumise dispersée
    Je veux qu'on lui rende justice
    Une justice sans pitié
    Et que l'on frappe en plein visage les bourreaux
    Les maîtres sans racines parmi nous

    Je sais parce que je le dis
    Que mon désespoir a tort
    Il y a partout des ventres tendres
    Pour inventer des hommes
    Pareils à moi
    Mon orgueil n'a pas tort
    Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
    Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
    Debout qu'on a voulu abattre'

    Le travail du poète, VII

  • Pour vivre ici

    Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
    Un feu pour être son ami,
    Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,
    Un feu pour vivre mieux.

    Je lui donnai ce que le jour m'avait donné
    Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
    Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
    Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

    Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
    Au seul parfum de leur chaleur ;
    J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
    Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.
    (1918)
    [...]

  • "Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité est non pas, je le répète, d'invoquer, mais d'inspirer. Tant de poèmes d'amour sans objet réuniront, un beau jour, des amants. On rêve sur un poème comme on rêve sur un être. La compréhension, comme le désir, comme la haine, est faite de rapports entre la chose à comprendre et les autres, comprises ou incomprises.
    C'est l'espoir ou le désespoir qui déterminera pour le rêveur éveillé - pour le poète - l'action de son imagination. Qu'il formule cet espoir ou ce désespoir et ses rapports avec le monde changeront immédiatement. Tout est au poète objet à sensations et, par conséquent, à sentiments. Tout le concret devient alors l'aliment de son imagination et l'espoir, le désespoir passent, avec les sensations et les sentiments, au concret. [...]"
    Extrait de L'évidence poétique

  • "Ce nouveau recueil de vingt-sept poèmes inédits en majeure partie marque un moment important dans la vie de l'auteur et dans son oeuvre. "Je me suis voulu moraliste, dit-il dans sa préface. Combien de fois ai-je dû me répéter, avec cet entêtement absurde du combattant
    discipliné : 'Ce qui est mal te fait souffrir ou fait souffrir les autres, mais ce qui est bien est juste et harmonieux et sage, dans tous les sens ; tu le sais, ne ruse pas.' Car ruser avec le bien s'avère toujours plus possible que de conserver son mal. On ruse avec la vie, on ne trompe pas la mort." Mais ce bien et ce mal, quels sont-ils? "Combien de fois ai-je changé l'ordre de ces poèmes, remis au bien ce qui était au mal, et inversement? Le jour suivait-il la nuit ou la nuit le jour? Je suis d'humeur changeante, mais ni l'aube pour moi, ni le crépuscule, jamais ne trébuchent. Ils se transforment. Le mal doit être mis au bien. Et par tous les moyens, faute de tout perdre. Contre toute morale résignée, nous dissiperons la douleur et l'erreur. Puisque nous avons eu confiance.""
    (Bulletin de la NRF n° 30, déc. 1949)

  • Ce livre reproduit le texte de cinq méditations poétiques destinées d'abord à la radio. En adoptant pour ces réflexions sur son art, pour cette suite d'essais, de poèmes en prose, de citations merveilleuses, la forme des voix alternées, Paul Éluard converse avec les grands poètes, ses frères. Les Sentiers et les Routes de la Poésie, c'est l'expression accomplie de ce dialogue entre les voix intérieures du poète et les voix humaines qui le touchaient. Un de ses amis demandait un jour à Éluard combien de temps il avait passé à écrire ces cinq émissions : "Trois mois - et vingt-cinq ans", répondit-il. Les textes qui sont mis dans la bouche de l'Auteur comptent parmi les plus beaux écrits en prose d'Éluard. Sur la poésie, l'imagination, l'amour, l'enfance, le fantastique, il s'est rarement livré avec plus de liberté, de charme et de bonheur. "Les véritables poètes, écrivait-il, n'ont jamais cru que la poésie leur appartînt en propre." Aussi, aux confidences de l'Auteur, Éluard mêle-t-il un éblouissant florilège : poèmes, lettres d'amour, chansons populaires, poésies d'enfants, paroles célèbres ou obscures, inconnues ou glorieuses, mais dont chacune rayonne.

  • " Le génie de Paul Éluard est d'avoir concentré, en quelques dizaines de pages, tous les ressorts du poétique en deçà et au-delà de sa définition fossilisée en vers comptés / rimés. [...] On trouve dans cet opus, apparent fourre-tout en vérité, n'en doutez pas, scrupuleusement composé, mieux que dans un austère traité académique, un répertoire dynamique des formes poétiques possibles, celles notamment qu'ont explorées les poètes des cinquante dernières années : vers libres, poème en prose, aphorisme, poésie sonore, poésie concrète, lettrisme, ready-made, accumulation, etc. On en tirera la meilleure des conclusions : la poésie n'est pas ceci ou cela, elle est ceci et cela, multiple, diverse, imprévisible. " Jean-Pierre Siméon (extrait de la préface)

  • 1911-1920 : la métamorphose d'Eugène Grindel en Paul Eluard. Annotées et enrichies d'un appareil critique, ces lettres de jeunesse nous plongent aux racines mêmes de l'oeuvre du poète..."Ces lettres de jeunesse éclairent de façon décisive la posture singulière d'Éluard, en prouvent la sincérité et la cohérence en en exposant la genèse. Il est émouvant certes, mais aussi intellectuellement passionnant de voir comment de quatorze à vingt-quatre ans le jeune Eugène Grindel apprend à vivre à l'exact confluent des forces les plus antagonistes : la maladie, la guerre d'une part ; l'amour, la poésie d'autre part. La morale positive, alpha et oméga de toute l'oeuvre d'Éluard, qui veut que l'on affronte et dépasse sans cesse les raisons incessantes du désespoir, ne relève pas de quelque spéculation naïve, d'un idéalisme adolescent exalté. Elle est née, chacune de ces lettres ici le prouve, de l'expérience objective, des réalités vécues contradictoirement par le jeune garçon."
    Jean-Pierre Siméon (extrait de la préface)

  • Une sélection de vingt poèmes extraits du recueil de Paul Éluard, Capitale de la douleur, vingt poèmes parmi les plus évocateurs et les plus émouvants de cette anthologie, vingt poèmes exprimant la palette des sentiments amoureux de Paul Éluard à l'égard de sa femme Gala : de la joie d'aimer à des cris de désarroi. Des textes courts, rapides et saisissants qui donnent naissance à de merveilleux chants d'amour.

  • Ce volume rassemble les poèmes de Paul Éluard dédiés à l'amour, écrits durant les dix dernières années de sa vie : Une longue réflexion amoureuse, Le Dur Désir de durer, Le temps déborde, Corps mémorable et Le Phénix. " C'est un livre incandescent, brûlant d'aimer, brûlé de désir, traquant la fl amme, s'il faut, au-delà de la mort [...] Un des opus sacrés de l'adolescence, [...] un bréviaire insolent où puiser, à chaque instant d'ombre et d'abandon, telle ou telle de ces formules dont la jeunesse a besoin pour oser le pas... " Jean-Pierre Siméon (extrait de la préface)

  • Poemes politiques

    Paul Eluard

    Avec Paul Éluard, la poésie n'est plus un mirage, ni un rêve. Elle est la fusion du rêve et de l'action ; elle est, comme dit Aragon, le mariage du ciel et de l'enfer. Alors que naguère encore, le chagrin et la douleur isolaient le poète et ses chants du reste des hommes, ce qui aide aujourd'hui Paul Éluard à vivre, c'est d'aider les hommes à vivre. En reconnaissant l'enfer dans la vie des hommes, l'impossibilité d'en extraire son propre enfer, et la dérision qu'est la complaisance en l'enfer, Paul Éluard a rendu possible la fusion intime, irréversible, de la vérité et de la beauté, et la croyance en l'espoir, sentiment qui n'appartient qu'à ceux pour qui il n'y a d'autre religion que celle de la perfectibilité infinie de l'homme, d'autre philosophie que celle qui fonde la possibilité de transformer le monde, d'autre horizon, même au coeur de l'enfer, que ce ciel public : le bonheur humain.
    Préface de Louis Aragon.

  • Derniers poemes d'amour - ne 2021 Nouv.

    " Un livre incandescent, brûlant d'aimer, brûlé de désir, traquant la flamme, s'il faut, au-delà de la mort... "
    Ce volume, devenu un classique incontournable de la poésie sentimentale et érotique, rassemble les poèmes de Paul Eluard dédiés à l'amour, écrits durant les dix dernières années de sa vie :
    Une longue réflexion amoureuse (1945),
    Le Dur Désir de durer (1946),
    Le temps déborde (1947),
    Corps mémorable (1948) et
    Le Phénix (1951). Moderne et lyrique, Eluard choisi le vers libre, exempt de toute ponctuation, pour chanter la femme divinisée et déclarer sa flamme à ses muses et compagnes, de Nusch à Dominique, en passant par Jacqueline. Comme le note Jean-Pierre Siméon dans la préface, Derniers poème d'amour est l'" un des opus sacrés de l'adolescence, un bréviaire insolent où puiser, à chaque instant d'ombre et d'abandon, telle ou telle de ces formules dont la jeunesse a besoin pour oser le pas... "
    " Même quand nous dormons nous veillons l'un sur l'autre
    Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d'un lac S
    ans rire et sans pleurer dure depuis toujours
    Un jour après un jour une nuit après nous "

  • Cette correspondance inédite fait revivre vingt ans de l'histoire de Dada et du surréalisme au fil des échanges entre deux acteurs majeurs. Des noms d'écrivains - Tzara, Aragon, Crevel, Char, Péret et d'autres - traversent ces pages, ainsi que ceux de peintres, Max Ernst et surtout Dalí. On y voit l'histoire des revues s'enrichir de nouveaux épisodes.
    L'auteur de Capitale de la douleur et de L'amour la poésie a donné à la poésie surréaliste son plus pur éclat, sa participation aux côtés de Breton à la vie palpitante du mouvement se révèle primordiale. Les enthousiasmes alternent avec les aveux de détresse absolue dans le dialogue de deux êtres réunis par une amitié sans réserve.
    Relation dont l'un et l'autre mesureront rétrospectivement le caractère exceptionnel. 'J'ai cru, comme en aucun autre, à ton amitié, à ta compréhension profonde de ce que nous voulions', écrit Breton à Eluard en mars 1936. À partir de cette année, les engagements révolutionnaires dictés au départ par la même et intransigeante passion les conduisent peu à peu vers des choix opposés. Rejoignant une aspiration de jeunesse vers la fraternité humaine, Eluard va en chercher l'incarnation du côté du Parti communiste auquel il adhérera pendant la guerre alors que les yeux de Breton se seront définitivement dessillés lors du premier Procès de Moscou. Sous nos yeux, la correspondance se fait la chronique d'une rupture.

  • Une analyse de l'oeuvre au programme du bac 2014 de littérature française en Tle L.
    Les Mains libres, le recueil du poète Paul Éluard et de l'artiste Man Ray, est au programme du bac 2014 de littérature française en terminale L, en lien avec l'objet d'étude " Littérature et langages de l'image ".
    Ce Profil du bac numérique en propose une analyse approfondie en deux parties.
    1. Le résumé et les repères pour la lecture
    La présentation de tous les poèmes et dessins du recueil
    2. Les problématiques essentielles
    Éluard et le surréalisme - Comment le langage " illustre " les dessins - L'image de la femme - Poésie et politique - La figure du poète...
     

  • " Par sa poétique double de l'automatisme puis du collage, L'Immaculée Conception concilie les deux grands modes d'écriture, issus des Illuminations de Rimbaud et des Poésies de Ducasse, qui déterminent la majestueuse révolution surréaliste telle que celleci se trouve illustrée dans l'un des plus grands livres qu'elle ait jamais produits.L'Immaculée Conception est ce livre. Son ambition est immense. Elle l'est à un tel point qu'aucun lecteur n'a pu en prendre encore la mesure. Il s'agit de tout faire tenir en l'espace des quelques pages fulgurantes qui donnent à cet ouvrage sa dimension d'encyclopédie poétique de poche, [...] denses au point de paraître inintelligibles, défi nitives comme si elles contenaient le dernier mot d'un oracle absolu s'exprimant en aphorismes sans appel. " Philippe Forest (extrait de la préface)

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