Nicole Lapierre

  • Qui se ressemble s'assemble ", dit-on. Cette fausse évidence justifie les replis et les rejets. Devons-nous être les mêmes pour
    vivre côte à côte ? La réponse est non. Ce n'est ni nécessaire, ni souhaitable. Mais l'affirmer ne suffit pas.
    Écrit dans un langage clair, illustré de nombreux exemples, ce livre engagé croise anthropologie et politique. Il commence avec le monde enchanté des ressemblances familiales, où la nature est invoquée pour garantir la lignée, et se poursuit avec le mythe de la " famille nationale ".
    Deux types de société sont fondés sur la ressemblance. Le premier est radicalement excluant : il impose le rejet des minorités ou, dans un processus totalitaire, leur destruction. Le second est autoritairement incluant : il prône l'assimilation des groupes minoritaires. Les deux perspectives sont dissemblables mais aucune n'accepte les minorités telles qu'elles sont.
    Nicole Lapierre défend un comparatisme apte à constater l'évidence des différences sans les hiérarchiser. Elle inverse la proposition : qui s'assemble se ressemble (un peu), sans pour autant perdre sa singularité.

  • Dans ma famille, on se tuait de mère en fille. Mais c'est fini. Il y a longtemps déjà, je me suis promis qu'accidents et suicides devaient s'arrêter avec moi. Ou plutôt, avant moi. Sauve qui peut la vie ! J'aime cette expression. C'est le titre d'un film de Jean-Luc Godard de 1980. Mais lui, il avait mis des parenthèses à (la vie), comme une précision, une correction de trajectoire. Le sauve-qui-peut, c'est la débandade, la déroute. Le sauve qui peut la vie, c'est la ligne de fuite, l'échappée parfois belle. J'en fais volontiers ma devise.Il m'a fallu du temps pour comprendre que ce qui était une manière d'être - une tendance à parier sur l'embellie, un goût de l'esquive, un refus des passions mortifères, une appétence au bonheur envers et contre tout -, avait aussi profondément influencé ma façon de penser. J'aimerais que ce livre, écrit sur fond de drames passés, collectifs et privés, soit une lecture revigorante, une sorte de fortifiant pour résister au mauvais temps présent. Nicole Lapierre

  • « Nous pensons toujours ailleurs » : éloge du déplacement, du décalage et du décentrage, cette phrase de Montaigne devient, sous la plume de Nicole Lapierre, le fil d´Ariane d´un voyage intellectuel sans pareil, dans le dédale des idées et des mondes, des époques et des lieux. Son enquête nous entraîne sur les pas de tous ces intellectuels déplacés qui s´en sont allés, justement, penser ailleurs, sortant des sentiers battus, refusant de rester à leur place, passant les bornes, franchissant les frontières, enjambant les barrières sociales, sans y être invités ni conviés. Arpentant un terrain d´aventure où se mettent en jeu et en péril des identités résolument vagues et mêlées, qui refusent classements, confinements et cloisonnements, elle nous fait découvrir une infinie galerie de portraits, de Georg Simmel à Edward Said, de Walter Benjamin à Paul Gilroy, en passant par Devereux, Deleuze et tant d´autres, un musée imaginaire où les idées prennent chair et vie. Éloge de l´entre-deux - un peu dedans, un peu dehors, déjà plus, pas encore -, cet essai amoureux, vagabondage passionnant et passionné, est aussi un livre-manifeste.

    Par leur vie, leur itinéraire et leurs travaux, les personnages élus par Nicole Lapierre sont autant de figures de l´intellectuel comme étranger, dont l´expérience décalée aiguise les interrogations et stimule la pensée. L´intellectuel critique est toujours une personne déplacée, parfois au sens propre, en raison de son histoire personnelle ou de contingences historiques, mais nécessairement au sens figuré. Le lecteur le découvrira en cheminant avec l´auteur, partageant sa réflexion itinérante, aux frontières des disciplines et aux confins des territoires : il est, heureusement, bien des manières d´être étranger.

  • Changer de nom

    Nicole Lapierre

    • Stock
    • 11 Octobre 1995

    Changer de nom Pourquoi change-t-on de nom ? Quelles sont les motivations de celles et ceux qui engagent de longues procédures pour se débarrasser d'un nom difficile à porter ? Quelles sont les contraintes que leur impose la loi française ? Comment vivent-ils ce pari aventureux qui dérange la logique univoque de l'identité ? Qu'ont-ils à perdre ou à gagner en abandonnant leur patronyme, ce signe attestant de qui l'on naît et d'où l'on vient, qui classe et parfois déclasse ?
    Autant de questions qui tissent la trame de cette première étude exhaustive d'une pratique mal connue et largement taboue. A la croisée de l'individuel, du familial et du social, le changement de nom relève de l'investissement personnel, de l'histoire biographique et des profondeurs de l'inconscient. Mais il est également tributaire de la valeur que la société confère à l'institution du nom, de la symbolique qui s'y rattache, des préjugés et des idéologies du moment. Révélant l'emprise du national sur le nominal, il dévoile ce qui se noue dans notre société autour de ces questions centrales que sont la citoyenneté, l'intégration, l'assimilation et leur envers : le repli identitaire, l'exclusion ou la discrimination.
    Entre appartenance et dissidence, filiation et affiliation, le changement de nom est ici le fil rouge d'une ample réflexion sur la nation et l'identité. Mêlant les récits de Juifs, d'Arméniens et de Maghrébins ayant changé de nom à ceux de résistants ayant gardé leurs surnoms de clandestinité, évoquant la tentation littéraire du renom par le pseudonyme aussi bien que l'obsession du repérage des noms cultivée par l'extrême droite, Nicole Lapierre nous invite à un voyage aussi passionnant qu'inattendu, naviguant entre sociologie et histoire, anthropologie, psychanalyse et littérature.
    Nicole Lapierre est directeur de recherche au CNRS et co-dirige le CETSAH (Centre d'études transdisciplinaires Sociologie-Anthropologie-Histoire). Elle a notamment publié Le silence de la mémoire et Le livre retrouvé.

  • « L´empathie va à l´encontre de la vieille et détestable recette des pouvoirs incertains consistant à stigmatiser des populations ou à les dresser les unes contre les autres, pour faire diversion ou servir d´exutoire. Noirs contre Juifs, chrétiens contre musulmans, gens d´ici contre gens du voyage, ou d´autres encore, peu importe les protagonistes, dans ce dangereux jeu de dupes. Loin de la sympathie compassionnelle envers les victimes et des mobilisations humanitaires tenant lieu de politique, qui reproduisent des relations inégalitaires, l´empathie encourage au contraire les solidarités fondées sur le respect et la réciprocité. Celles auxquelles invitait Frantz Fanon, à la fin de Peau noire, masques blancs : "Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l´autre, de sentir l´autre, de me révéler l´autre ? Ma liberté ne m´est-elle pas donnée pour édifier le monde du Toi ?"»  Vigoureux éloge de l´empathie, Causes communes prend le parti des convergences plutôt que des concurrences, des solidarités plutôt que des rivalités. Retraçant avec mille histoires inédites les relations nouées par des Juifs et des Noirs autour d´idéaux de liberté et de dignité durant le xxe siècle, Nicole Lapierre nous emmène dans un vaste voyage, de New York à Varsovie, du Mississipi à l´Ouzbékistan, de la Lituanie à l´Afrique du Sud, de Harlem à Paris, en passant par les Antilles. Nourri par l´enquête, son propos prend résolument le contre-pied de cette triste dérive appelée « concurrence des victimes » qui renvoie dos à dos deux communautés de souffrance. Les tensions qui parfois les opposent nous concernent tous : elles résultent d´abord du niveau de la reconnaissance accordée à l´histoire des opprimés ou des persécutés. Quels qu´ils soient. Juifs ou Noirs.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • La famille élargie a-t-elle disparu ? Le rôle des générations est-il effacé ? L'amour filial est-il fini ? Certainement pas. Cette enquête unique sur les liens familiaux tels qu'ils se vivent au quotidien entre toutes les générations dans la France d'aujourd'hui le montre de façon étonnante. Elle révèle que ces relations ont plus que jamais un rôle essentiel et que de multiples transmissions assurent le relais de l'histoire et de la mémoire. Non, famille et modernité ne sont pas contradictoires ; oui, dans toutes les couches sociales, il existe un « esprit de famille », une façon d'être entre soi qui conforte liens et continuités tout en ménageant, mieux que par le passé, l'autonomie de chacun. Claudine Attias-Donfut, directeur de recherche à la Caisse nationale d'assurance vieillesse, a notamment publié Sociologie des générations. Nicole Lapierre, directeur de recherche au CNRS, est notamment l'auteur de Changer de nom et du Silence de la mémoire. Martine Segalen, professeur à l'université Paris-X est notamment l'auteur de Sociologie de la famille. Elle a publié avec C. Attias-Donfut : Grands-Parents : la famille à travers les générations.

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