Nelly Wolf

  • À l'heure d'internet, un vaste public s'est mis à écrire. Or ce phénomène n'est pas nouveau. Après la Révolution française, à mesure que progressait la scolarisation, les classes laborieuses et les gens ordinaires se sont emparés de l'écrit. Comment la littérature, comment les écrivains professionnels, qui jusqu'alors détenaient sinon un monopole, du moins un pouvoir sur la langue écrite ont-ils accueilli ce nouveau partage ? Comment ont-ils réagi à cette concurrence inédite ? Y ont-ils vu une ressource ou une menace ? Ce livre tente de répondre à de telles questions en explorant les oeuvres littéraires. Si Gustave Flaubert et Virginie Despentes forment les bornes chronologiques de cet ouvrage, la réflexion s'appuie principalement sur un corpus de huit auteurs témoins : Marcel Proust, Colette, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Annie Ernaux, François Bon, François Bégaudeau et Ivan Jablonka. On verra, chemin faisant, que la littérature éclaire les débats les plus contemporains sur l'école, l'oral et l'écrit, les fractures culturelles, l'illetrisme et la marginalité.

  • Restitue de façon vivante les débats intellectuels et politiques autour du réalisme, et exhume des oeuvres et des auteurs oubliés. S'adresse aux étudiants en lettres comme aux professeurs de lettres.

  • L'écrivain crée son style en imprimant sa marque à la langue ; mais cette marque est celle d'un individu socialement déterminé. Le style est un acte social. Le choix et l'usage d'une langue littéraire recouvrent des enjeux sociaux. Reprenant une hypothèse autrefois soulevée par Roland Barthes, cet ouvrage se propose ainsi d'explorer la socialité des proses romanesques à l'époque moderne. Il examine en quoi les événements qui surviennent dans une langue littéraire, affectant aussi bien la grammaire que l'énonciation, trahissent une logique sociale. Les études réunies ici forment quatre tableaux correspondant à quatre intrigues sociostylistiques. « Peuple », « Migrations », « Désengagement », « Français moyen » désignent des problématiques sociales encryptées dans des stratégies d'écriture et faisant apparaître, du xixe siècle à nos jours, des noms aussi divers que ceux de Zola, Sand ou Huysmans, Jean-Richard Bloch, Irène Némirovsky, Albert Cohen ou Georges Perec, Aragon, Gide, Camus ou Robbe-Grillet, Patrick Modiano, Annie Ernaux ou Gabriel Matzneff. Ces quatre tableaux ne sont pas simplement juxtaposés. Un fil les relie. Conduisant de la passion politique au repli individualiste, ce fil retrace à sa manière une histoire de France. C'est ainsi que les styles romanesques, tissant leur propre histoire, nous parlent de l'histoire.

  • Cet ouvrage collectif veut montrer que, contrairement à l'idée reçue, Mai 68 a exercé une influence à la fois rapide, profonde et durable sur la littérature. Non seulement les écrivains se sont engagés dans l'action à l'instar de Blanchot ou Duras, mais le mouvement a inspiré aux romanciers, poètes et dramaturges, témoins ou acteurs de Mai, une écriture contemporaine ou quasi contemporaine de l'événement, ainsi que le prouvent les exemples de Merle, Lainé, Gary, Heidsieck, etc. Dans ce livre sont analysés en outre la place prise par Mai 68 dans l'imaginaire littéraire des générations antérieures (Leiris, Aragon, Malraux) et postérieures (Quintane, le collectif Inculte) ainsi que le rôle joué par Mai 68 dans une série de mutations littéraires, telles que l'émergence d'une écriture féminine revendiquant sa spécificité (Duras, Rochefort), ou la structuration institutionnelle de genres jusque-là réputés mineurs comme la science-fiction ou le roman noir.

  • Quand se met en place la Ve République et que Charles de Gaulle prend le pouvoir en 1958, il apparaît aux yeux de la majorité des Français comme « l'homme providentiel », le seul capable d'éviter au pays une guerre civile sur fond de guerre d'Algérie. Inséparable en ses débuts de ce providentialisme incarné et du prestige du « Général », confondant à l'instar de son inspirateur son propre destin avec celui du pays et se percevant chargé d'une mission historique, le gaullisme offre un curieux mélange de romantisme patriotique (la France a une « âme » dont « le Général » s'est fait « une certaine idée »), de messianisme historique (l'homme du jour est, selon ses propres termes, « investi par l'histoire ») et d'autoritarisme gestionnaire (renforcement de l'autorité du président, appui sur l'armée, mise en place d'un pouvoir fort, recours direct au référendum en cas de besoin, hiérarchisation pyramidale des prises de décision). À cette base idéologique, rodée depuis la création du Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947, s'ajoute un populisme pragmatique et « bon enfant », de Gaulle s'avérant contre toute attente un remarquable show-man, habile dans l'utilisation du nouveau « média chaud » : la télévision. Mais si le gaullisme marche, et fait marcher, s'il survivra longuement à la disparition de son « lider maximo », c'est parce qu'il utilise au mieux les avantages d'une conjoncture unique et s'impose d'une manière singulière dans l'imaginaire social de l'après-guerre. Tandis que la IVe République de Vincent Auriol et de René Coty n'avait pu se dépêtrer des séquelles immédiates de la Seconde Guerre mondiale, le gaullisme est porteur d'un grand récit héroïco-épique qui rétablit la continuité historique du pays en effaçant la défaite de 1940 et en voilant l'ampleur de la collaboration sous le régime de Vichy. Marchant à la gloire et au culot, ce récit a pour fonction immédiate de renégocier la place de la France dans le monde en redéfinissant la nature et le statut de l'« universalité française » telle qu'elle s'était imposée à travers le classicisme (langue et culture) et la révolution (politique). Avec le mythe « de Gaulle » et l'héroïsation de la geste résistante se développe une nouvelle conception du « fait français », basée sur un régime de singularité : paradoxale et - pour cette raison - efficace, elle postule une curieuse universalité de la différence française, laquelle est une manière d'acter et de neutraliser autant que faire se peut le recul de la France sur l'échelle des puissances nationales. Plus ce recul se prononce, plus la singularité s'accuse et plus l'universalité se revendique. En plus de s'appuyer sur la Résistance et la Libération comme noyaux historiques de cette représentation de l'« universalité minoritaire », ce mécanisme est relayé par une large gamme de représentations corrélées : Vercingétorix est bientôt tenu pour le premier résistant de l'histoire de France et Jeanne d'Arc pour la première héroïne de la Libération. « Au fond, la France éternelle n'avait jamais accepté la défaite », résume Eric Hobsbawm dans son bel ouvrage de synthèse sur l'histoire européenne[1] ; c'est là une représentation forgée par le gaullisme, fondée sur le développement permanent de l'oxymore « souffrante, mais éternelle » et basée sur l'exaltation d'un héroïsme doux aux oreilles de la nation.

empty