Marc Chevrier

  • Pour le dernier numéro de sa trilogie 75e anniversaire, Relations a choisit le thème de « La puissance de la création ». L'acte de créer, d'innover, d'initier de nouveaux commencements est au coeur de l'existence humaine et au coeur du combat pour une société juste. Souhaiter un monde meilleur passe inévitablement par l'acte d'imaginer un monde différent et de lui donner corps. De l'art à la religion en passant par le politique, l'économique et le social, la création est un mouvement d'expressivité et une quête de liberté qui se déploie dans tous les domaines de l'activité humaine. Elle s'ancre dans un héritage qu'elle tente de renouveler, dans une tension qui accouche sans cesse du monde. Aussi dans ce numéro, un débat sur l'avenir du Bloc québécois avec Claudette Carbonneau et Marc Chevrier, un article de Denise Couture sur la Fédération des femmes du Québec, un article d'Eve B. Araoz sur les paradoxes du gouvernement d'Evo Morales en Bolivie, sans oublier le Carnet de Bernard Émond et la chronique poétique de Natasha Kanapé Fontaine.

  • Si la mondialisation semble affaiblir la nation, on perd toutefois de vue son concurrent, l'empire, qui, surgissant des époques anciennes, se renouvelle dans la modernité. Loin de se résumer à une seule grande puissance - les États-Unis -, il est multiple et diversement peuplé : l'Union européenne, le Royaume-Uni et même... la Suisse. Or, en démocratie libérale, l'empire prend souvent la forme de la fédération, qu'on continue d'idéaliser sans saisir ce qu'elle a d'impérial dans sa dynamique et ses fondements. Le Canada illustre pleinement l'empire en action, lui qui prétend synthétiser un microcosme postnational où les cultures, les peuples et les croyances coexisteraient harmonieusement, grâce à un droit multiculturel et à un art particulier de gouverner.
    Naviguant dans l'histoire, le droit et les idées, entre l'Europe et l'Amérique, l'auteur suit les intuitions fécondes de l'écrivain Robert Musil, témoin privilégié du défunt empire austro-hongrois, où des hommes et des peuples finissaient « sans qualités ».

  • La république incarne entre autres la liberté et la souveraineté du peuple, la vertu publique, la lutte contre la corruption du pouvoir et de l'argent, l'indépendance et l'instruction du citoyen.
    Les auteurs de cette anthologie proposent les meilleurs discours républicains qui ont façonné l'histoire québécoise de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille. Certains textes seront appréciés pour leur audace et leur caractère polémique, d'autres pour leur grande valeur littéraire. Ces discours fournissent des clés précieuses pour réinterpréter notre histoire nationale, ses épreuves, ses ruptures comme ses constantes.
    Cette anthologie présente une autre façon de lire l'histoire du Québec, au-delà des lectures courantes: fédéralistes contre souverainistes, libéraux contre conservateurs. Les républicains québécois étant d'ardents défenseurs de la souveraineté du peuple, ce livre aidera à comprendre la genèse et l'évolution de la démocratie au Québec.
    Des textes de
    L'Assemblée législative du Bas-Canada, Raymond Barbeau, Honoré Beaugrand, François Blanchet, Télésphore-Damien Bouchard, Pierre Bourgault, Arthur Buies, Ève Circé-Côté, André Dagenais, André D'Allemagne, Louis-Antoine Dessaulles, Antoine-Aimé Dorion, Jean-Baptiste-Éric Dorion, Joseph Doutre, Pierre du Calvet, Clément Dumesnil, Gérard Filion, Jules Fournier, Louis Fréchette, François-Xavier Garneau, Edmond-Charles Genêt, Paul Gérin-Lajoie, Jacques Godbout, Paul Gouin, Jean-Charles Harvey, Daniel Johnson, Henri-Gustave Joly, Maurice Laframboise, le baron de Lahontan, Hermas Lalande, Godfroy Langlois, Pierre Laporte, André Laurendeau, Wilfrid Laurier, Burton Ledoux, la Ligue de l'enseignement, Alphonse Lusignan, Pierre Maheu, Honoré Mercier, Henry Mézières, Esdras Minville, Charles Mondelet, Robert Nelson, Joseph Papin, Louis-Joseph Papineau, Jacques Perrault, Joseph-François-Xavier Perrault, le Rassemblement pour l'indépendance nationale, Maxime Raymond, Raoul Roy, Maurice Séguin, Joseph-Charles Taché, Pierre Elliott Trudeau, Edmond Turcotte, Pierre Vadeboncoeur, Denis-Benjamin Viger.
    Marc Chevrier est professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal. Il a publié, aux éditions du Boréal, Le Temps de l'homme fini (2005) et La République québécoise (2012).
    Louis-Georges Harvey est professeur au Département d'histoire de l'Université Bishop. Il a publié de nombreux articles sur l'histoire du mouvement patriote ainsi qu'une monographie sur le sujet, Le Printemps de l'Amérique française, parue aux éditions du Boréal en 2005. Il est devenu membre de la Société des dix en 2011.
    Stéphane Kelly est professeur de sciences sociales au cégep de Saint-Jérôme. Il a été membre du comité de rédaction des revues Possibles et Argument pendant plusieurs années et a publié aux éditions du Boréal de nombreux essais, dont La Petite Loterie (1997) et À l'ombre du mur. Destin et trajectoires de la génération X (2011).
    Samuel Trudeau est conférencier et professeur. Il a enseigné l'histoire de l'Europe contemporaine à l'Université du Québec à Hull. Il est présentement coordonnateur et professeur au Département d'histoire-géographie du collège de Maisonneuve.

  • La République est la grande oubliée de l'histoire politique du Québec, comme si cette idée qui a inspiré tant de peuples dans le monde n'avait rien à nous dire ici. Pour Marc Chevrier, introduire la République dans nos débats, ce n'est pas seulement deviser sur le remplacement de notre monarque constitutionnel par un président élu, c'est s'interroger sur les fondements de notre démocratie. Dans cette perspective, il étudie d'abord un phénomène paradoxal, le « monarchisme québécois », qui se signale par un penchant à séparer l'État de la communauté des citoyens et par un climat intellectuel particulier, ultramontain, où les lumières, en toutes choses, ne peuvent venir que d'ailleurs.

    Il fouille ensuite dans le lointain passé de la Nouvelle- France, cette autre grande incomprise, qui constitue peut-être un fascinant embryon de république moderne, commencée par le choc entre le monde européen inégalitaire et l'univers indien sur lequel plusieurs penseurs européens ont projeté des fantasmes de liberté naturelle.

    Il trace les chemins à prendre pour fonder une République du Québec et essaie d'en esquisser quelques traits à travers un certain nombre de questions qui se poseront nécessairement aux constituants, peu importe qu'il s'agisse d'une république indépendante ou d'une république qui, appuyée par un référendum majoritaire, aurait à redéfinir sa place à l'intérieur d'un Canada sommé à son tour de se repenser.

    Il pose enfin la question, délicate : une culture patriote du bien public au Québec est-elle encore possible ?

  • Un grand débat sur l´éducation fait rage au Québec depuis l´annonce en 1997 d´une réforme pédagogique d´une ampleur insoupçonnée. Bien loin de s´épuiser, ce débat a révélé le fossé grandissant qui sépare les tenants d´une vision de l´apprentissage fondée sur l´activité de l´apprenant-élève et les défenseurs d´un enseignement axé sur les savoirs et la pédagogie explicite de maîtres versés dans leur discipline. Or, c´est justement en vue de montrer au public les impasses où conduit cette réforme et la fragilité de ses fondements que des intellectuels ont fondé en janvier 2006 le Collectif pour une éducation de qualité (CEQ).
    Plusieurs d´entre eux, avec d´autres auteurs partageant les visées du CEQ, ont ainsi décidé de faire ce livre pour donner une voix à la perspective humaniste et moderne en éducation, souvent ignorée ou méprisée dans les milieux pédagogiques férus d´inventions parfois abracadabrantes. Journaliste, universitaires, libre penseur ou chercheuse indépendante, les auteurs montrent ce qu´est en train de devenir l´école québécoise: une école dévorée par une administration censée la servir, aveuglée par une idéologie progressiste politisant à outrance l´école et conquise, au bout du compte, par une utopie technicienne n´assignant à l´Homme aucune finalité propre, sinon celle de s´adapter aux normes du milieu et de la société productive.
    Cette école-machine qui a battu en brèche tout principe de «précaution pédagogique» ne se donne pas les moyens d´enseigner proprement les sciences aux plus jeunes et lie le succès scolaire à une vision de l´estime de soi bien peu convaincante.
    Par leurs contributions, les auteurs veulent ainsi tirer les leçons de ce gâchis et repérer des voies pour l´avenir.

  • Comme le notait Paul Valéry, le XXe siècle a marqué pour l'Occident le commencement d'un temps radicalement nouveau, celui du monde fini. Ayant été entièrement explorée, parcourue, cartographiée, la terre que l'homme habitait cessait de lui apparaître comme un milieu infiniment ouvert où retentissait l'appel de l'inconnu ; c'était désormais un territoire balisé, aux frontières précises et indépassables. Or cette entrée dans la finitude, cet effacement des horizons lointains est également ce qui caractérise le plus profondément la psyché et l'existence des sujets modernes que nous sommes. La mort de Dieu, la liquidation des mythes, la disqualification générale des idéaux de tous ordres, cette sécularisation radicale par quoi se définit notre modernité et qui fait de nous des êtres libérés de toute dépendance comme de toute culpabilité et de tout regret à l'égard de quoi que ce soit qui nous dépasse et nous tire hors de nous-mêmes, c'est ce que l'auteur de ce livre appelle le temps de l'homme fini. Un temps à la fois tragique et risible, dont les manifestations touchent tous les aspects de la vie qui est aujourd'hui la nôtre, de l'éducation à la politique, de la publicité à l'architecture, de l'urbanisme à l'organisation familiale, de l'idéologie aux arts. Un temps qu'il ne s'agit ni de célébrer ni de déplorer, mais bien de comprendre et d'habiter avec autant de courage que de lucidité. Écrit dans une langue aussi vive qu'élégante, trouvant son inspiration aussi bien dans l'observation minutieuse de la vie sociale que chez les grands auteurs, ce livre tient à la fois de l'étude sociologique et de l'essai, au sens le plus juste - et donc le plus problématique - du terme. Il propose sur l'état actuel du monde (et du Québec) un regard à la fois pénétrant et passionné, très critique, certes, souvent même corrosif, mais non dépourvu d'espoir.

  • La Ve République française se démarque des autres régimes politiques contemporains par les circonstances exceptionnelles de sa naissance, mais peut-être surtout par sa stabilité, alors qu'elle était loin de faire l'unanimité à ses débuts et qu'encore de nos jours on ne compte plus les désaveux et les constats d'échec. Mais par-delà l'apparente stabilité du régime, depuis un demi-siècle, la France a connu de véritables métamorphoses, dont les auteurs de ce livre retracent les contours. Après avoir analysé la spécificité des institutions, ils présentent les rapports complexes entre les médias et le pouvoir, avant de s'attaquer aux délicates questions du pluralisme social et culturel, de la laïcité ou de la réglementation du travail. Dans une quatrième partie de l'ouvrage sont abordées les politiques extérieures d'une " moyenne puissance peu banale ".

  • Si l´égalité entre les sexes définit l´horizon des femmes et des hommes de notre temps, il demeure que les unes et les autres s´assument en tant que sujets incarnés féminins ou masculins. L´expression de leur sexuation paraît ainsi relever bien davantage

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