Louise de Vilmorin

  • "Madame de porta soudain ses mains à ses oreilles et, l'air égaré, s'écria :
    - Ciel ! Je n'ai plus mes boucles d'oreilles ! Elles ont dû tomber pendant la valse.
    - Non, non, vous n'en aviez pas ce soir, lui affirmèrent toutes les personnes qui l'entouraient alors.
    - Si, je les avais, je les avais, j'en suis sûre, dit-elle et, cachant toujours ses oreilles dans ses paumes, elle courut à son mari :
    - Mes boucles d'oreilles ! Mes deux coeurs ! Je les ai perdus, ils sont tombés ! Voyez, voyez, fit-elle en écartant ses mains.
    - Vous ne portiez pas de boucles d'oreilles ce soir, répondit M. de."

  • '"Tout s'est éteint, flambeaux et musiques de fête..." Voici donc ces poèmes séparés d'une légende qui les enrobait. Peu importe une légende, quand elle ne défigure pas les oeuvres. Celle-là les a plus que défigurées. Mais autant en emporte la vie : le seul portrait ressemblant qui restera de Louise de Vilmorin sera bientôt celui qu'apporte le livre de son frère André. Déjà la légende se retire, comme la mer.
    La clef de Louise de Vilmorin n'était pas dans une mondanité épisodique (j'ai vu à Verrières moins d'Altesses que de protégés), ni dans une grâce célèbre, mais dans une fantaisie impulsive et féerique. Nulle rêverie n'a mieux transfiguré les Contes de Perrault, que l'étude qu'elle leur a consacrée. Elle parlait à merveille de Titiana, et parfois parlait comme elle. En 1933 (elle n'écrivait pas encore, et toussait) elle m'avait dit : " - Je m'agite, on croit que je vais dire quelque chose d'intelligent. Pas du tout : je tousse. - Vous ressemblez à certaines jeunes femmes de Shakespeare. - On m'a seulement dit : de Gyp." Elle ne ressemblait pas à Madame de, mais à Maliciôse. Et à maints égards, ces poèmes sont les poèmes de Maliciôse.
    On en a rarement compris la nature, parce qu'ils ont été publiés avec toutes sortes de calligrammes, vers olorimes, ou palindromes. Très douée pour des acrobaties qui commençaient par le poème à Gaston Gallimard : "Je méditerai - Tu m'éditeras..." et finissaient par des calligrammes en forme de tonneau compliqué, Louise de Vilmorin les mêlait volontiers à ses vrais poèmes. Or, sa virtuosité, qui naissait du jeu, semblait liée à un domaine foncièrement littéraire.
    D'où le malentendu fondamental, plus grave que celui de sa légende : car l'importance de cette poésie, c'est qu'elle est, à contre-courant de la poésie contemporaine, une poésie orale. Quelqu'un parle.'
    André Malraux.

  • 'Mildrid, en cet instant, la comprit mieux qu'elle-même : il faillit la prendre dans ses bras. Il l'aurait embrassée s'il avait pu croire qu'ils en mourraient tous les deux. Seule la certitude qu'ils continueraient à vivre l'empêcha de le faire ; il était déjà résolu à ne pas la perdre.'

    Figure du Tout-Paris, amie de Cocteau, Orson Welles, Ophuls et compagne d'André Malraux à la fin de sa vie, Louise de Vilmorin (1902-1969) est l'auteur d'une quinzaine de romans, de recueils de poèmes et d'une immense correspondance. Sainte-Unefois est son premier roman.

  • 'J'ai beaucoup d'amitié pour vous et j'en aurai plus encore si vous êtes franche.
    - Vous me le jurez ? - Je vous le jure', répondit-il, et Gilberte parla. Elle lui raconta que la lettre que Cécilie avait perdue dans un taxi contenait non seulement les propos très compromettants qu'il avait tenus sur M. Doublard-Despaumes, ses moeurs et sa vénalité, mais aussi, une comédie satirique dont lui, Gustave, était le héros.

  • Si ce recueil est composé de textes principalement publiés dans la presse (Vogue, Marie Claire, Arts...), entre 1935 et 1970, Louise de Vilmorin déploie toujours son art littéraire : ici elle tourne un poème, là offre un conte, ses souvenirs deviennent des nouvelles et ses fantaisies cachent des méditations.
    La Dame de Verrières saisit l'esprit du temps (la circulation à Paris), comme elle voyage dans le temps ("L'Aiglon vous reçoit à Schoenbrunn") ; elle réagit avec émotion à la disparition de Saint-Exupéry ou à l'insurrection de Budapest, comme elle évoque avec drôlerie un amiral japonais rencontré à l'âge de dix ans ou les hommes de style d'Édouard VII à Marlon Brando. Et qu'il s'agisse d'une simple noix qu'un jardinier transforme en moulin ("Objets-chimères"), des jeux de l'amour et ses hasards ("Le petit enchanteur") ou de l'élégance masculine, on retrouve à tout propos le charme, la sagesse et l'esprit de Louise de Vilmorin.

  • Fictions, poèmes, proses d'occasion et pages d'interviews composent ce volume. Appartenant à toutes les périodes de l'oeuvre de Louise de Vilmorin, des années trente aux années soixante, certains de ces textes furent publiés dans Vogue, Marie-Claire mais aussi Minotaure, tandis que d'autres, amoureusement dactylographiés et brochés par Louise, étaient offerts par elle à certains de ses amis, en une sorte de samizdat amoureux. Écrits pour leur seul plaisir, et le sien, ils sont aujourd'hui dispersés dans des collections privées, et l'on aura ici l'occasion de les lire pour la première fois.
    Des croquis mordants de "J'étais du mariage" ou "J'ai été séduite" au surréalisme sombre de "Ce soir" ou de "Démone", de la désinvolture apparente de certains entretiens à un hilarant "L'argent me ruine", c'est toute la palette, ou l'écho, de la fantaisie de Louise de Vilmorin qu'offre ce recueil appartenant à tous les genres ou les défiant tous.
    On pourrait leur appliquer ce que Louise disait, à sa manière, à propos de ses romans : "En ce qui concerne mes propres livres, j'ai toujours regretté que mon éditeur se soit entêté à leur donner l'appellation trompeuse de roman plutôt que "pâté maison", "machin" ou "venez-y-voir"."

  • Juriste émérite et amateur fou de violons, le chancelier Krespel, léger excentrique "qui n'a jamais été jeune", mène une vie tranquille dans une petite principauté du coeur de l'Allemagne.
    Au cours d'un voyage en Italie, où il s'est rendu pour acquérir un violon fabuleux, il assiste à une représentation à l'Opéra San Benedetto et tombe sur le champ amoureux de la célèbre cantatrice Angela. Il la séduit, et l'épouse. Mais le charme a ses revers. La diva se révèle capricieuse et casse, dans un moment de fureur, le violon miraculeux.
    C'est tout le destin du chancelier, et de tous ceux qui l'entourent, qui s'en trouvera scellé.
    Publié à l'origine dans les Cahiers du Cinéma, et totalement oublié depuis, ce "scénario impossible à tourner", texte littéraire à part entière, offre une suite de variations autour d'un célèbre conte d'Hoffmann, mais aussi et surtout autour des motifs chers à Louise de Vilmorin : la gravité sous le masque de la frivolité, le ravissement amoureux, les vertiges de la séduction, la hantise de la mort et le rôle de l'art comme réponse aux jeux de dupe du désir.

  • Son visage cerné d'ombre et ses yeux, dont il distinguait la large place sous son front, avaient l'expression que l'on voit à certains portraits d'inconnues dans les châteaux : quelque chose de fatal et d'éperdu qui rend plus touchante la beauté de la jeunesse et fait haïr le temps.
    "Qui est-elle ?" murmura-t-il. Comme il se posait cette question, une chauve-souris vint se coller à la vitre illuminée et sembla coiffer Marie-Dorée d'un présage de malheur.

  • De Londres à Budapest, de Moscou à Monte-Carlo, de Verrières à Paris, ce volume rassemble le plus clair des reportages écrits par Louise de Vilmorin à différentes époques de sa vie.
    On y retrouve le même soin du détail, le sens de l'imprévu, le souci des choses frivoles, le même art de la pointe qui inspire ses récits. Un rythme, des rites, une manière de vivre, le respect des apparences caractéristiques d'une période disparue resurgissent dans ces pages avec une fraîcheur intacte.
    L'évocation d'amis et de figures proches, comme autant d'exercices d'admiration, complète cet ensemble de textes qui offre aussi, à sa manière, une sorte d'autobiographie indirecte de l'auteur de Madame de....

  • Une comédie amoureuse diabolique, comme sait les agencer l'auteur de Madame de. M. Zaraguirre, cinquante-six ans, séduit la fiancée du fils de son meilleur ami, l'épouse, l'emmnène en Amérique du Sud. Plus tard, l'ancien fiancé cherchera à se venger. Mais l'on verra comment on ne peut impunément jouer des comédies d'amour pour assouvir une vengeance et satisfaire l'amitié.

  • À la fin de 1950 et au début de 1951, Louise de Vilmorin fut invitée par Paul-Louis Weiller à séjourner dans ses propriétés de Saint-Vigor, près de Versailles, et de Sélestat, dans le Bas-Rhin. Avec les deux amis qui l'accompagnent, elle forme le cercle des "Espérons" ("[...] étant pauvres et inquiets, nous ne cessons de dire : "espérons", c'est ainsi que nous avons choisi de nous appeler"). Dîners en ville, bals masqués, moments de désespoir amoureux, trouvailles chez les antiquaires et les modistes, petits complots de famille, gentilles médisances, portraits acérés, jeux de farces et attrapes rythment cette chronique, que Louise lisait régulièrement à ses amis, et où l'on retrouve tout l'humour, la justesse de trait, la tristesse légère, tout l'esprit en un mot, de son écriture poétique et romanesque.
    C'est incidemment dans l'espace de ces mêmes mois que Louise, se souvenant d'un ami lointain, écrit quelques pages, qu'elle publie en revue, et que ne tardent pas à se disputer ses amis éditeurs : Madame de paraîtra chez Bernard Grasset à l'automne 1951.
    Un fragment de journal tenu en Hongrie en 1937 et un "Bloc-Notes" écrit pour le journal Arts dans les années cinquante complètent cet ensemble d'écrits autobiographiques totalement inédits.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Erica est une enfant dont le coeur se partagea quand elle devint jeune fille. Son père, Eloi Dullum, un horloger qui avait alors passé la cinquantaine, l'élève très simplement à Bourg-en-Pas, village d'artisans où elle rend à chacun l'affection que chacun lui témoigne. Néanmoins elle n'aime vraiment que ce père homme bon et raisonnable qui la chérit. Elle grandit heureuse à ses côtés.
    Une nuit de Noël, au cours d'un bal sur la glace, elle allait se fiancer à l'un ou l'autre des prétendants qu'Eloi Dullum avait choisis pour elle lorsque apparaît au milieu de la fête un jeune homme habillé de noir qui ressemble à un promeneur égaré. C'est Hugo Sandermeur, un inconnu sans métier. Érica s'éprendra de lui passionnément. Elle entrera en lutte avec son père qui se refuse à la donner en mariage à un vagabond. Ne pouvant résoudre à faire le malheur de ce père, ne pouvant se résigner à renoncer à son amour, éplorée, tête perdue, coeur partagé, elle ira trouver la mort au fond d'une eau paisible.
    Le lecteur verra comment l'affection d'Eloi Dullum fera renaître la jeune fille pour lui seul, comment tout le village bercera cette illusion et comment l'amour ramènera Hugo Sandermeur, fiancé à une ombre, sous le toit du vieil horloger.

  • "... Catherine je vous..." Il s'interrompit et Mme Valle-Didier le regarda. Il cligna des yeux comme s'il cherchait à discerner en elle quelque chose de très lointain ; son souffle se fit à la fois hésitant et haletant, son visage se tendit, ses narines palpitèrent et frémirent, ses lèvres s'entrouvrirent et Catherine, reconnaissant en chacun de ces signes l'approche imminente d'un baiser, fut prise de trouble, s'abandonna, et déjà fermait les yeux lorsque : "Atchoum !" Peter von El éternua. Elle en eut un haut-le-corps.
    "Que Dieu vous bénisse", dit-elle et, ne sachant quelle contenance prendre, elle murmura les premiers vers d'une poésie qu'elle avait lue le matin.

  • Cette histoire se passe dans une ville morte du Comtat où résident le marquis et la marquise Ninicci et leur huit déplorables rejetons, tous
    imbus, comme leurs parents, des plus mauvais principe de la bonne société et d'une aristocratie sans valeur et sans éclat. Il ne s'agit donc pas de personnages historiques, mais de gens qui croient l'être et ne possèdent pour toute gloire qu'un tuyau de vermeil attribué à Benvenuto Cellini. Les enfants appellent leur mère, qui est fort grosse, Tante Pée, et leur père, qui est fort sec et vaniteux, Papa Nini.
    Le hasard mettra Nini en présence de Maliciôse, une très jeune et mystérieuse femme dont il s'éprendra. Ayant découvert l'intérêt que leur père porte à Maliciôse, les enfants décident de provoquer le départ de cette femme dangereuse. Maliciôce ne saura jamais qui ils sont. Son soupirant se ruine pour elle et décide même de vendre l'incomparable tuyau qui assure à lui seul le prestige de la famille. Les enfants, abattus par l'échec de leur complot, parviendront à se rendre acquéreurs de cet objet splendide et assureront le bonheur de Tante Pée en faisant disparaître Maliciôse de façon dramatique.

  • Fausta règne sur le domaine des Quatre-Feux où elle est née. On continue à l'appeler Mademoiselle bien qu'elle ait un mari, et un fils, Ludo, le lutin sauvage. Fausta aime Nivôse, elle se fait construire un palais, l'amour, la fantaisie et la liberté sont ses seules règles de vie. La mort a interrompu ce conte, mais c'était le propre des romans de Louise de Vilmorin que de rester ainsi suspendus dans l'imaginaire sans retomber dans le réalisme d'un dénouement.

  • Ces poèmes inédits de Louise de Vilmorin se distinguent par un ton un peu différent de ceux que l'on connaît déjà. Moins de fantaisie et un sentiment très profond et simple qui s'exprime par une poésie lyrique, voilée de tristesse. La présentation du volume est la même que celle des Carnets publiés en 1970.

  • "Je ne me reconnais pas de devoir envers ceux qui m'ont choisie. Ils peuvent me considérer comme un objet : j'agis sur eux mais ils n'agissent pas sur moi.
    Où es-tu donc dans la vie ? Quelle prison te retient ? Ne cours-tu jamais hors des pentes de mon esprit sur de vraies routes ? N'es-tu libre que là ? T'ai-je inventé, homme bien-aimé ? Je te connais pourtant, mais jamais je n'ai entendu ton vrai pas dans la vie. En moi tu vas et viens, et porté par mon coeur tu voyages. Mais tu ne dis que : « Chut. Quel est ce battement ? Quels sont ces sanglots ? » As-tu peur de moi ?
    Personne encore ne m'a conquise, mais parfois je me suis laissé aller."

  • Louise de Vilmorin fit la connaissance de Coco Chanel en 1947, à un moment où cette dernière songeait à écrire sa biographie. Coco se confia à Louise, et de ces confidences sortit un texte couvrant la première période de la vie de Chanel, moment où se dessine et se fixe définitivement l'ensemble du projet et de la vision de la célèbre couturière.
    Version positive de la biographie de Lola Montes que Louise de Vilmorin écrira dix ans plus tard, ces "Mémoires" fragmentaires de Chanel reprennent le thème de l'indépendance personnelle et de la façon dont la femme se crée dans un monde qui tend à la nier et à l'assujettir.
    Intérêt supplémentaire - et non des moindres : c'est que Coco ne livre à Louise que de fausses confidences ; et que l'on retrouve dans ce bref et splendide récit la virtuosité d'écriture propre à la seconde, et la vision d'elle-même, juste parce que fausse, que voulut laisser d'elle-même la première.

  • "Un soir au début de septembre, alors que le duc et la duchesse de Villavide ayant fini de dîner se levaient de table, la fameuse pendule du grand salon, en forme de château-fort, sonna le premier coup de huit heures. La duchesse hâta le pas et sourit en regardant un pont-levis s'abattre sous le cadran et huit petits personnages s'avancer l'un après l'autre, danser, saluer et disparaître dans un bruit de rouages et de chaînes.
    - Ah ! s'écria-t-elle, Julien, comme ils ont bien dansé ce soir. J'aime leurs façons de cette heure-ci, et elle ajouta : il doit être près de huit heures.
    Le duc sortit sa montre, en vérifia le tic tac ainsi que les personnes de cet âge avaient l'habitude de le faire, puis les yeux à demi fermés il l'éloigna de son visage.
    - Diable, dit-il, diable, ils avancent de plus en plus."

  • "Sur le Danube en Février
    Les longs îlots d'herbe frissonnent,
    Ce sont des tombeaux oubliés
    Que la brume d'oubli couronne.

    Les souvenirs y sont couchés
    Pareils à des anges malades,
    Les souvenirs anges cachés
    Au coeur d'anciennes promenades.

    Le fleuve glisse bras ouverts
    À la poursuite d'un visage
    Et fait danser tête à l'envers
    Les amants en pèlerinage

    Quand meurt aux abords de l'Été
    Le grand vent qui souffle d'Asie
    Le papillon vient grelotter
    Sur ces tombeaux des fantaisies.

    Oh ! fantaisie Oh ! vérité,
    L'heure est partie en étrangère
    De ces souvenirs désertés
    Dont elle fut la passagère.

    Gardienne de ces reposoirs
    La ronce, négresse en broussailles,
    Vient apporter ses bijoux noirs
    Au pied du lit des épousailles.

    Mais les anges n'ont d'autre ami
    Que ce fleuve au destin tranquille
    Et leurs noms se sont endormis
    Sous l'herbe haute de ces îles.

    Sur le Danube en Février
    La mouette lourde et sauvage,
    Dans le sable du sablier
    Ensable à jamais nos images.

  • «Un homme c'est un homme, mais un bel homme, c'est autre chose.» Un soir, le beau Sandro, qui était marchand de bouchons, vient chercher une amie et l'emmène voir un opéra-comique, dont parle tout Paris. Cette pièce est jouée par une chanteuse de café-concert, Migraine, qui lui a donné son nom pour titre.
    Sandro tombe sous le charme de Migraine, sans savoir qu'elle joue sur la scène sa propre histoire. Confondant le théâtre et la réalité, il a sans cesse envie d'intervenir dans l'action.
    Plus tard, devenu l'amant de Migraine, il retrouvera dans la réalité une situation semblable à celle du théâtre. Vaniteux, possessif, il voudrait faire étalage de sa liaison, alors que Migraine, imprévue et imprévisible, tient à la garder secrète. En effet, un veuf sentimental, qui rôde dans sa vie, se tuerait s'il connaissait la vérité. Mais Sandro, bien que désenvoûté, ne veut pas se conduire comme son rival de théâtre.
    L'histoire est racontée par une amie de Sandro, qui s'adresse à l'homme qu'elle aime. Nous ne saurons pas son nom. En tout cas, il ne s'agit pas du tout de Madame de ou de Julietta. «Migraine», écrit dans un style revolver, est une oeuvre très différente des précédents romans de Louise de Vilmorin.
    «Tu disais : "Ça sent Baden-Baden." Ce soir-là, tu étais parti, tu étais loin, mais je t'entendais quand même et peut-être même "Baden-Baden". Alors je me suis dit que j'irais me coucher : non pas que j'avais sommeil, il n'était que huit heures, mais pour tenir ta place chaude, et puis, étant donné la saison, j'ai pensé : il l'aimerait peut-être mieux fraîche, et comme ça ne me tenterait pas d'aller dormir sur le canapé de l'entrée et de poser ma tête à la place où tu jettes ton chapeau, je suis restée accoudée au balcon.»
    Et c'est ainsi que commencent les amours dramatiques de Sandro et de Migraine.

  • Maria vient pour la première fois du Canada en France. Olivier, qui ne peut aller l'attendre au Havre, envoie à sa place son frère Philippe.
    Philippe est épris de Léone, mais l'envie qu'il a de connaître Maria l'emporte sur son attachement pour Léone et occasionne entre eux une rupture dont il croit être satisfait ; car la curiosité que lui inspire Maria lui paraît être une preuve d'amour.
    Maria déçoit Philippe. Il lui en veut de n'être pas conforme à ses rêves ; tout son amour imaginaire lui reste sur le coeur. Et il ne songera plus qu'à se débarrasser d'elle jusqu'au moment où, dans une boîte de nuit hongroise, ils tomberont tous les deux sous l'empire de la voix d'un violon. Ils seront d'abord la proie d'un enchantement qui les attirera l'un vers l'autre, puis la proie d'une passion que le violon gouvernera.

  • Louise de Vilmorin aurait pu être une virtuose de SMS : chez elle, "élégie" s'écrit déjà LEJ, et 'les baisers d'hier', LBZIR... L'Alphabet des Aveux trouve son origine dans le plaisir des mots et la liberté d'en user ; qualité qu'elle partageait avec Jean Hugo, autre "collectionneur" de bonheurs d'expression et de rébus bizarres. Utilisant l'allitération et le calligramme, le palindrome et l'holorime, la charade et le rébus, Louise de Vilmorin prend place dans la tradition des Grands Rhétoriqueurs, et des écrivains et poètes qui voient dans le langage moins le véhicule transparent de l'expression, que la source même de la création et d'une jouissance singulière.
    Le goût du jeu n'empêche pas, comme toujours chez elle, la lucidité la plus aiguë et la conscience ombrée de mélancolie (comme dans "Le voyageur en noir"), des équivoques et des impasse du désir.
    Le présent ouvrage [2004] comprend un ensemble de dessins et projets de Jean Hugo pour l'édition originale de L'Alphabet des Aveux, restés jusqu'à ce jour inédits.

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