Langue française

  • Fruit d'une enquête fleuve, ce livre révèle les profondes transformations qui secouent le monde intellectuel français. Sans nier la réalité d'un milieu impitoyable où pleuvent les coups bas, il en montre aussi les aspects les plus vivants, collectifs et inventifs, dans ses marges comme en son centre, où s'inventent les pensées de demain.
    Un climat crépusculaire domine la vie intellectuelle, polarisée par les figures parasitaires de la discussion publique, les bouffons médiatiques et les experts omnipotents. Catégorie centrale de notre histoire politique depuis la fin du XIXe siècle, l'intellectuel ne suscite plus une attente aussi vive que celle dont il fut longtemps l'objet. Désincarnés, mal identifiés, souvent égarés dans les limbes de leurs jargons, les penseurs subissent leur relégation dans les marges de la société.
    Cet éloignement à l'égard des citoyens, combiné à la fragilisation de leur statut économique, n'est pourtant qu'un faux-semblant. Car au coeur de ce paysage spectral se déploie un nouvel élan porté par des générations d'intellectuels, moins charismatiques que leurs illustres aînés, mais inventifs, ouverts aux expérimentations théoriques, aux alliances avec d'autres sphères sociales, notamment les artistes et les militants.
    Au fil d'une enquête dans ce " champ " intellectuel hexagonal fragmenté, peuplé de chercheurs, de lieux de débats, d'espaces de rencontres où s'imbriquent des enjeux théoriques et des questions sociales et politiques urgentes, Jean-Marie Durand dresse une cartographie renouvelée du monde de la pensée. Un monde animé par des auteurs qui préfigurent un modèle inédit de l'intellectuel au XXIe siècle. Un Homo Intellectus mobile, mondialisé, réencastré dans la société. L'intellectuel est mort, vive l'intellectuel !

  • Depuis que Miles Davis a annoncé sa naissance à la fin des années 1950 dans son album Birth of the Cool, le cool flotte parmi nous, comme un horizon, une tentation, une respiration. On l'emploie à tort et à travers : " On se voit demain soir ? Cool. "" Elles sont cool, tes baskets ! " Chaque semaine, des " Mister Cool " émergent des circuits de la pop culture, héros fabriqués d'un monde attiré par le beau, le fun, le frais, le sexy, le calme, le détaché, le glamour...
    Le mot glisse dans nos mains comme il fond dans nos bouches. Mais à travers lui, nous disons ce à quoi nous tenons le plus : une vie lavée du tragique, libérée des conflits inutiles, attentive aux mouvements du siècle. Car plus que le mot fétiche d'une société marchande, le cool a la beauté secrète d'une allure de vie, d'une manière d'exister, décentré, au coeur du monde.
    Jean-Marie Durand signe la première histoire du cool, un panorama pop-culturel érudit et pourtant si cool.

  • En 1977, le monde est entré dans une nouvelle ère, celle de l'inquiétude. Tu n'as rien vu en 1977. Rien. Qu'y avait-il d'ailleurs à voir, à saisir, à comprendre ? Le monde occidental était plus ou moins en paix, la guerre froide figeait les positions belliqueuses, pas de chômage de masse, une extrême droite somnolente, la jeunesse profitait encore de l'appel d'air de 68... Tout semblait calme et tranquille. En apparence. Cette année-là pourtant se joue quelque chose d'essentiel : le début de la chute. Le punk, Apple, les " nouveaux philosophes ", Star Wars, Beaubourg, Téléfoot et la bande à Baader. Tout s'y invente, tout s'y déploie, tout s'y transforme, du sentiment de vacuité à l'ivresse du spectacle et de la technique,de la mélancolie postmoderne au triomphe de l'idéologie néolibérale, du deuil d'un avenir radieux à la globalisation des normes. De sorte que 1977 peut être considérée comme la scène primitive de notre époque actuelle. Une année zéro. L'origine de la faille dont nous éprouvons aujourd'hui les secousses. L'année d'une bifurcation vers un monde brutal dans lequel nous nous agitons encore.

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