Huguette Legros

  • Être né «le bâtard» et devenir «le Conquérant» : quel incroyable défi remporté ! Et que d'épreuves dans l'intervalle : complots à déjouer, Richardides et autres ennemis à combattre, roi de France et pape à rassurer. Et pourtant Guillaume affirme son pouvoir. En 1066, il convainc les barons normands de partir à la conquête du royaume anglo-saxon.Parmi les questions abordées ici par des érudits locaux et des universitaires de France et d'Angleterre : la bâtardise de Guillaume, la relation entre vérité historique et légende, la mémoire de l'écrit et la mémoire inscrite dans des lieux comme Falaise, Caen, Bayeux, Valognes, Domfront... Et Dives, où embarqua l'armée d'invasion.

  • La folie, au Moyen Âge, n'est pas considérée comme une aliénation mentale ; elle est liée à des dysfonctionnements du corps et/ou de l'âme. Dans les textes littéraires, elle n'est qu'un moment dans la vie du héros, à l'exception des fous natureus et des fous du roi, et dans un premier temps, les représentations du fou et de la folie peuvent apparaître comme convenues parce qu'elles se rattachent à des héritages connus et qu'elles se conforment à une certaine topique ; mais l'étude des oeuvres montre, qu'en fait, elles sont riches de nuances qui leur confèrent une complexité signifiante. Les origines de la folie, ou ce qui est considéré comme tel, sont diverses. Les seuls personnages à sombrer réellement dans la démence sont ceux qui croient avoir perdu l'amour de la femme aimée. La folie relève aussi des discours religieux et didactique ; le pécheur, le fou en Christ ou le pénitent contraint de jouer la folie sont alors des figures de fous aux yeux de la société qui considère encore ceux qui ne respectent plus les valeurs de la féodalité comme des fous : chevalier desreez, fol despenseur ou rois oublieux de leur fonction sont ainsi stigmatisés. Enfin, la folie ne s'exprime pas seulement par des actes, elle est également paroles déréglées : celles des prophètes, des fous de cour, des poètes aux marges du non-sens. Si les formes de folies sont multiples, si leurs senefiance ne le sont pas moins, leurs écritures présentent aussi des caractéristiques originales selon les genres adoptés : romans en vers ou en prose, récits brefs, jeux, poésies lyriques ou dites. Étudier les représentations de la folie dans la littérature médiévale permet de mieux cerner les enjeux des formes d'écriture contemporaines. Dans tous les textes, et quelle que soit la nature de la folie, sa peinture dans la littérature vernaculaire des xiie, xiiie et xive siècles se caractérise par une exceptionnelle richesse polyphonique ; loin d'être un temps de vacuité, la folie est un moment de vérité et le fou comme les représentations de la folie révèlent les lignes de faîte et les évolutions de la pensée et des mentalités au cours du Moyen Âge occidental.

  • Depuis le XIIe siècle, Robert hante la mémoire normande. Au Moyen Âge, l'histoire de ce fils du diable circule sous les formes les plus diverses. Puis la Bibliothèque Bleue prend le relais. Au XVIIIe siècle, un conte libertin lui fait écho. Ensuite, avec les Romantiques, la légende retrouve de la vigueur et, entre autres adaptations, inspire l'opéra de Meyerbeer. D'où vient cette légende noire ? Quelles sont ses relations avec la vie de Robert le Magnifique, duc de Normandie ? Littéraires, historiens du Moyen Âge et spécialistes de la Normandie ducale répondent ici. Ils croisent leurs regards sur le personnage et retracent sa destinée littéraire.

  • Le repentir est précisément le principal des sentiments dont la présence authentifie la prière du coeur. Nous n'entendons pas par là uniquement le violent repentir qu'éprouve le pécheur héros du Miracle à la suite du péché précis dont les circonstances, les conséquences et le pardon constituent la structure du récit. Il s'agit aussi de l'esprit de repentir dont font preuve, tout au long des Miracles, les personnages les plus dignes et les plus saints. Leur prière à Notre Dame est autant et souvent plus confession que louange. Lorsque Gautier évoque les divers sentiments accompagnant la prière, il y fait presque toujours figurer le repentir. Prière et espérance ; prière, humilité et repentir ; prière, ferveur et repentir ; prière, foi, espérance et repentir ; telles sont les principales "combinaisons" que nous rencontrons en feuilletant les Miracles. Plutôt que de considérer ce repentir comme un sentiment parmi les autres, ne pourrait-on considérer au contraire les autres sentiments comme les diverses figures du repentir ? Il faudrait alors comprendre le repentir comme l'état de l'âme se découvrant tout entière devant Celui - ou celle - qu'elle prie, éprouvant alors en même temps le vif sentiment de son imperfection et de la douloureuse contradiction de la condition humaine, mais aussi l'espérance d'être aimé et sauvé. Nous pénétrons mieux alors le sens de cette prière du coeur qui est à la fois plaisir et souffrance.

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