Sciences humaines & sociales

  • La philosophie n'est pas une discipline abstraite et intellectuelle, réservée aux seuls spécialistes. Bien au contraire, depuis Socrate, elle vise à éclairer notre existence de manière aussi indispensable que salutaire, en s'adressant à chacun de nous, tels que nous sommes, avec nos engagements et nos aveuglements, nos désirs et nos peurs. Retrouver la dimension méditative de la philosophie, allier l'art de l'attention à l'art du questionnement, voilà le chemin qu'ouvre ce livre unique et précieux. Les grandes questions de la philosophie ne sont plus alors des haltes imposées sur l'autoroute de la culture générale, mais des expériences fondatrices, personnelles et universelles à la fois.

  • Peut-on trouver une forme de sérénité dans un monde qui souffre et où tant d'êtres humains sont sacrifi és ? Comment vivre pieds et poings liés à la dictature de la rentabilité, qui tient pour rien ce qui ne se comptabilise pas, ce qui ne se gère pas ? Nous avons certes le choix. Nous pouvons nous lancer à corps perdu dans la bataille, et faire alors de la sérénité un à-côté de la vie, un loisir. Jouir de l'instant présent et accumuler les profi ts, être zen pour être plus effi cace... Ou alors nous pouvons ouvrir les portes et les fenêtres de la maison et de notre propre esprit. Être prêt à assumer que le monde est tendre, c'est-à-dire fragile et donc nécessairement poignant. Si nous acceptons la vulnérabilité de notre être et la tendresse du monde, c'est que nous avons quitté la prison du « moi, moi-même et encore moi » ? la recherche du confort et de la sécurité à tout prix que Franz Kafka décrit comme l'enfermement dans un terrier. La vulnérabilité n'est pas aussi effrayante que nous le croyons ; elle est même le socle de toute éthique possible.

    Création Studio Flammarion En couverture : Photomontage d'après des photos : © Dougal Waters Photography ltd / Getty Images ; © Image Source / Corbis

  • Auschwitz est comme un trou dans notre histoire, au-delà même d'une tragédie, si l'on donne à ce terme les connotations nobles et élevées qu'on lui associe d'ordinaire. Dès lors, la question, pour nous tous, est de savoir dans quel espace nous pouvons vivre si nous acceptons d' « habiter cette catastrophe », si, au lieu de vouloir l'intégrer dans un ordre quelconque en essayant d'en tirer des leçons, nous la vivons comme indépassable.
    Ce livre passe en revue les catégories devenues classiques pour analyser la Shoah : génocide, banalité du mal, devoir de mémoire... Il les critique toutes. Il ne les refuse pas, mais s'efforce, respectueusement, d'en montrer les limites. Par sa seule existence, la Shoah récuse d'une manière abyssale nombre de présupposés de la tradition philosophique et politique occidentale : par exemple la représentation de l'homme comme « animal raisonnable » et l'opposition entre cette rationalité et des passions qu'il faudrait dompter. Elle nous oblige à reconsidérer l'histoire de l'Occident, et à repenser l'homme.
    Si le sol de nos certitudes est ainsi ébranlé d'une manière décisive, dans quelle « maison » pouvons-nous vivre désormais ? Fabrice Midal nous fait entendre la parole de Nelly Sachs et de Paul Celan : la « cabane » dans laquelle nous séjournerons ne pourra plus annuler notre exil.

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