Eric Chevrette

  • Depuis une trentaine d'années, l'intérêt pour la frontière séparant la littérature et l'histoire est indéniable. Cet objet complexe a été abordé de part et d'autre de la limite disciplinaire, tantôt à partir des humanités[1], tantôt à partir de la littérature[2]. Certaines publications témoignent encore plus directement de cette porosité de la frontière entre littérature et histoire en faisant intervenir des spécialistes issus des deux disciplines[3]. La question demeure néanmoins ouverte dans la mesure où il s'agit d'un problème insoluble. Si « l'imagination a une capacité de déchiffrement de l'histoire[4] », une telle lecture du passé doit affronter des écueils éthiques et esthétiques dans la saisie et l'interprétation auxquelles elle procède, soulignant la difficulté inhérente à l'appariement du véridique et du vraisemblable. Les démarches de narrativisation faisant très souvent appel à la mémoire (exprimée de première main ou prise à distance), le problème éthique s'en trouve complexifié d'autant que la mise en récit soulève également la question de la fidélité au réel (ou, au contraire, son éloignement).

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