Claude Ponti

  • Claude Ponti est un de nos principaux auteurs "jeunesse" : par la construction d'un univers, image et texte jouant ensemble, qui correspond en profondeur à notre questionnement commun, souterrain, sur qui nous sommes, et sur les questions qui nous sont énigme.
    Cela veut dire qu'on ne bâtit pas une telle oeuvre en fonction d'à qui elle s'adresse, mais bien en fonction des images et des énigmes qui sont les vôtres, au-dedans.
    Et si on les ouvre, elles aussi, pour soi-même, et qu'on interroge l'origine, les superstitions, le vivre ensemble, le besoin de Dieu ou la peur de la mort ? Mais Ponti reste Ponti. C'est la grande obscurité de Rabelais, avec listes et accumulations, avec cette manière insistante de revenir frapper à la porte de la plus vieille énigme. Comme Rabelais, c'est cru, c'est violent, c'est résolument "adulte" (quand bien même ceux qui ne sont pas sont tout aussi bien capables d'entendre et cette violence et ces relations à cru de l'homme et de la femme devant l'origine) - c'est le même rire, jusque lorsque Ponti demande, à l'avant-dernière page : "Depuis quand le désespoir est-il habitable ?" Alors oui, cette mise à nu, celle de l'homme au présent. Rarement l'impression, dans ce jeu fou de langue parfois jusqu'à la fusion, d'un texte aussi prodigieux, aussi nécessaire.
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  • La Table

    Claude Ponti

    D'abord, sachez que Claude Ponti, quand même un de nos principaux illustrateurs et inventeurs d'imaginaire en littérature "jeunesse", est parfaitement reconnaissable: les mots explosent, se décomposent, s'inventent. Et si on le reconnaît, c'est tout simplement aussi à cette façon de coller à notre humanité, telle qu'elle est, fragile et retorse.

    Mais vous découvrirez aussi un Claude Ponti qui foulbazar (ô nom chéri de ses livres !). Parce que l'objet ici, ce n'est pas à mettre dans les mains des enfants.

    C'est le couple, l'amour, le boulot, la reproduction, les crédits, les chefs au boulot, puis l'âge, les voyages, les rêves tombés à plat et cachés sous le tapis. Un Ponti très noir, jusqu'à la cruauté. Dans la vie de couple, et ce qui s'en renverse tout le temps, il y a aussi bien l'Alzheimer que l'obscénité.

    Et tout ça charrié dans la même histoire. On met le temps sur le table. Celle, justement, qu'on s'est achetée pour toute la vie. Bousculée dans tous les sens par monsieur et madame, le fantastique naît de ce qu'elle leur permet d'expérimenter leur propre combinaison à deux, dans la totalité des âges, passés, présents, à venir.

    Décor : un grand magasin de mobilier. Et dire qu'on est immensément fier d'accueillir ici Claude Ponti, de lui proposer comme son baptême numérique...

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